– Film « L’Odyssée », Christopher Nolan se frotte à Homère et réalise son rêve

Spread the love

Articles : Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026Avril 2026
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Le film est magnifique. Le cinéaste nous prouve une fois encore qu’il sait raconter une histoire, soigner sa lumière, fluidifier son montage et diriger des acteurs aux dialogues plus grands que la vie. L’an dernier, souvenons-nous, Uberto Pasolini sortait sur les écrans The Return, un récit centré sur le retour d’Ulysse en son île d’Ithaque qui mettait de côté les douze premiers chants de l’Odyssée. Un petit film d’auteur un peu fauché, parfois kitsch, qui bénéficiait malgré tout de la présence au casting de Ralph Fiennes et de Juliette Binoche, et qui était intégralement tourné en Grèce.

Avec un budget pharaonique estimé à environ 250 millions de dollars, une dizaine d’acteurs à succès et un tournage réparti sur plusieurs pays (Grèce, Sicile, Maroc, Islande et Écosse), la nouvelle adaptation de l’Odyssée, actuellement en salles, n’appartient pas du tout à la même catégorie de films. Assumant un mode de production hollywoodien, la version de Christopher Nolan fait le pari de plaire autant aux lecteurs d’Homère qu’aux amateurs de péplums et de cinéma d’action plus contemporain.
Depuis des années, le réalisateur d’Inception, d’Interstellar, d’Oppenheimer et de la trilogie The Dark Knight rêvait de mettre en scène l’Odyssée ; il attendait, semble-t-il, le bon moment pour ce faire.

Anarchie et retour à l’ordre

Peut-être moins politique que le film d’Uberto Pasolini, car plus axé sur l’imaginaire et l’épique, la version de Nolan ne se contente pas du retour d’Ulysse à Ithaque mais traite l’ensemble de l’épopée d’Homère. Entrecoupé de flash-back de la guerre de Troie, savamment dosés et finement introduits par un montage fluide et introspectif, le périple d’Ulysse et de ses hommes pour rentrer chez eux évolue parallèlement au récit de la décadence d’Ithaque. Une cité sans roi et sans verticale du pouvoir, dont la reine, Pénélope, fait depuis vingt ans l’objet de convoitises de la part de nombreux prétendants au trône (Robert Pattinson, excellent dans le rôle d’Antinoos). Ayant grandi sans le modèle paternel nécessaire à la construction de soi et à l’affirmation d’un caractère fort et combatif, Télémaque, le fils, assiste impuissant à ce triste spectacle. Sa mère et lui appellent alors de tous leurs vœux le retour d’Ulysse – le retour à l’ordre. Les contempteurs habituels du patriarcat, de l’autorité et de la violence inhérente à l’exercice du pouvoir n’apprécieront sans doute pas le message…

À ce sujet — [CINÉMA] The Return, Ulysse et le retour à l’Ordre

Nolan tend le bâton pour se faire battre

Hélas pour Pénélope et Télémaque, le héros de la guerre de Troie aura beaucoup d’épreuves à traverser avant de les retrouver. Assez fidèlement, le réalisateur enchaîne les épisodes connus, dévoile les monstres (Polyphème, Charybde, les Lestrygons) et évoque ces figures féminines qui ont jalonné le parcours d’Ulysse, pour le meilleur (Pénélope et Athéna) comme pour le pire (Circé et Calypso). Autant pour les propos ineptes de Lupita Nyong’o qui affirmait, lors de la promotion du film, qu’Homère n’avait pas su accorder de place aux femmes dans son œuvre… Celle qui incarne à l’écran Hélène de Troie et sa sœur Clytemnestre, manifestement, ne doit pas tant ces deux rôles à une quelconque passion pour la littérature antique qu’à sa couleur de peau et au goût affiché de Christopher Nolan pour la provoc chic et choc et la polémique facile (on a pu le voir, déjà, avec Dunkerque et son éviction lamentable des 35.000 soldats français ayant couvert la retraite de l’armée britannique lors de l’opération Dynamo de 1940). De là, également, la présence au casting d’Ellen Page, dans le rôle de Sinon, qui, depuis sa chimérique « transition de genre » (ablation des seins et prise de testostérone) en 2020, se fait appeler Elliot Page…

D’une impressionnante maîtrise

Peu cohérent entre sa façon de défendre une verticalité traditionnelle née dans la culture antique et son désir pathétique de se conformer à tout prix à son époque, Christopher Nolan n’en a pas moins réussi son pari ; le film est magnifique. Le cinéaste nous prouve, une fois encore, qu’il sait raconter une histoire, composer un cadre, faire évoluer ses échelles de plans, soigner sa lumière, fluidifier son montage et diriger des acteurs aux dialogues plus grands que nature. Déjà familiers de Nolan, Anne Hathaway et Matt Damon donnent véritablement le meilleur d’eux-mêmes.
Le film n’est assurément pas un chef-d’œuvre, mais cela s’est joué à peu de choses. Il aura au moins le mérite d’avoir su vulgariser auprès du jeune public un récit difficile à adapter au cinéma, offrant peut-être à l’avenir un support idéal aux professeurs des collèges qui feront étudier Homère à leurs élèves. C’est déjà beaucoup.

4 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi, dans BV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *