. En ces temps de météo chahotique, qu’est-ce donc que le GIEC ?

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#webtube : À chaque fois que la météo s’emballe, on reparle du GIEC. Mais ce machin est assez nébuleux. Qu’est-ce que c’est que le GIEC ? Comment fonctionne-t-il ? Qu’est-ce qu’il dit du climat ? Fait-il l’unanimité chez les scientifiques ? On essaiera ici de répondre, objectivement et impartialement à ces questions, en laissant chacun conclure pour ou contre ce GIEC qui suscite tant de passions.

D’où vient le GIEC ?

L’effet de serre a été découvert par Joseph Fourier en 1824 : certains gaz atmosphériques empêchent la chaleur du sol de s’évacuer dans l’espace. Des études scientifiques vont alors se multiplier pour examiner si la combustion d’hydrocarbures de la révolution industrielle (charbon, gaz et pétrole) augmente les quantités de CO2 de l’atmosphère, et si cela pourrait perturber significativement le climat. Les États, inquiets des possibles conséquences économiques, s’en mêlent et créent en 1972 le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) pour accélérer la recherche scientifique sur le climat.

Quelques années plus tard, en 1988, le GIEC est créé par le G7, sous la houlette de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Pourquoi ? Parce que le PNUE, résolument écologique, devenait de plus en plus anticapitaliste. Le GIEC a donc à l’origine une double mission : étudier le changement climatique et ses impacts socio-économiques ; mais aussi assurer une mainmise de la politique et de l’économie sur cette expertise. Les dirigeants du GIEC sont nommés par les politiques et les rapports essentiels, les « résumés pour les décideurs », doivent être approuvés ligne par ligne par une assemblée où chaque pays dispose de ses émissaires.

Pour une fois, les scientifiques ont réussi à museler les politiques. En effet, si les États peuvent intervenir dans les résumés pour décideurs, ceux-ci ne peuvent rien contenir qui ne soit déjà dans les rapports complets originels. Ces rapports complets sont élaborés uniquement par des scientifiques, et publiés avant l’élaboration des résumés pour décideurs. Si un État voulait modifier les conclusions scientifiques, cela se verrait donc immédiatement – et de fait, jamais un État n’a osé voter contre la moindre ligne proposée par les scientifiques du GIEC, pas même Bush.

Comment fonctionne-t-il ?

Contrairement à une idée reçue, le GIEC ne produit pas d’études ni de théories, pas plus qu’il ne fait de préconisations ni ne donne de directives. Il prétend uniquement faire la synthèse des études scientifiques consacrées au climat. Comme de nouvelles études paraissent souvent, le GIEC publie tous les 10 ans environ un nouveau rapport, qui se veut l’état des lieux actualisé de la recherche sur le climat.

Le dernier rapport du GIEC (2023) a ainsi fait la synthèse de 66 000 études. 782 scientifiques ont été mobilisés pour cela. Cette première synthèse a ensuite été soumise à la relecture critique d’une armée de spécialistes qui ont émis pas moins de 200 000 commentaires qui ont dû être pris en compte, puis on a publié le rapport complet définitif (total : 10 838 pages), avant d’élaborer les indispensables résumés.

Qu’est-ce qu’il dit ?

Le rapport du GIEC se compose de trois volets différents : 1/ l’état des lieux physique du climat, 2/ les impacts actuels et prévisibles du réchauffement climatique, 3/ les stratégies d’atténuation.

Le premier groupe parvient à deux conclusions essentielles. D’une part, il y a une hausse brutale et inédite du CO2 dans l’atmosphère. D’autre part, cette hausse est « sans équivoque », sans aucun doute, liée à l’activité humaine, d’abord et avant tout la combustion des énergies fossiles caractéristiques de la révolution industrielle.

La conclusion centrale du deuxième groupe, qui se penche sur les impacts, est simple : ça va faire mal. Le GIEC établit différents scénarios servant à évaluer ce qu’il se passerait si on suivait telle ou telle trajectoire : quel réchauffement si l’on avait telles émissions de CO2. C’est pour cela qu’il y a plusieurs scénarios : cela permet de couvrir l’ensemble des possibles. Le scénario qui correspond à notre situation actuelle, où les émissions mondiales de CO2 ne baissent pas, est le scénario SSP5-8.5 : + 4,4 degrés en moyenne seront atteints entre 2080 et 2100. Personne n’a envie de vivre dans un tel monde. Les températures et les événements climatiques extrêmes vont augmenter au-delà de ce que les corps, les sociétés et l’environnement – donc l’agriculture – peuvent supporter. Les canicules ou les inondations que nous avons connues cette année, alors que le réchauffement n’est encore « que » de +1,4° environ, sont insignifiantes par rapport à ce qu’anticipe le GIEC à +4,4°.

Les conclusions du troisième groupe, qui se penche sur les atténuations possibles, ne sont guère réjouissantes. Les techniques pour capter et enfouir les gaz à effet de serre n’existent pas encore et rien n’indique qu’elles seront mises au point et mises en place à temps. Quoi qu’il en soit, toutes les innovations et toutes les transitions seront insuffisantes sans un changement radical de notre manière de vivre et de produire, ce qui n’est pas en vue.

Le GIEC fait-il l’unanimité chez les scientifiques ?

            Bref, le dernier rapport du GIEC confirme les précédents : le réchauffement climatique est d’origine humaine ; et il ajoute que c’est plus rapide et plus brutal que prévu. L’objectif des +1,5° des accord de Paris en 2015 est désormais totalement illusoire, alors qu’il est déjà certain que les canicules vont bientôt dépasser 50° à Paris. Les rapports du GIEC sont donc globalement inquiétants, alarmistes, pessimistes.

On peut même se demander si ce n’est pas exagérément pessimiste. Il convient d’envisager d’un œil critique cet organisme qui dès sa création est mêlé à la politique et à l’économie. En effet, le réchauffement climatique est une affaire juteuse, et d’autant plus juteuse que les rapports sont alarmants. Il est ainsi bien des États, en particulier du Sud, qui en profitent pour réclamer des indemnités astronomiques aux pays du Nord, davantage responsables des émissions de CO2. Le réchauffement climatique est également instrumentalisé pour mettre en place de nouvelles normes, de nouvelles taxes, de nouveaux contrôles, de nouvelles migrations. Enfin, le réchauffement rend possible les formidables profits de l’économie verte, de la transition énergétique et de l’argent public qui s’y déverse.

            Il est donc possible de se demander s’il n’y aurait pas une corruption plus ou moins généralisée au sein du GIEC, ou du moins un lobbying puissant. Le scandale du Climate Gate – la divulgation en 2009 de courriels de responsables du GIEC – a semble-t-il accouché d’une souris : ces mails ne contenaient rien de répréhensible. Mais il est possible que, compte-tenu des enjeux, certains dirigeants ou experts du GIEC soient corrompus.

            Faut-il en déduire que les rapports du GIEC sont suspects ? La défense du GIEC a toujours été la même : les analyses sont fiables parce qu’elles sont validées par l’ensemble de la communauté scientifique mondiale. Est-ce réellement le cas ?

La recherche moderne, très coûteuse en matériel, s’effectue toujours dans des laboratoires et des instituts de recherche, privés ou publics, comme le CNRS, l’INRAE, l’IRD… Tous les laboratoires, tous les instituts, et toutes les revues scientifiques valident les analyses du GIEC. Pourtant, il y a des scientifiques qui ne les acceptent pas. En 2022 un manifeste climatosceptique fut signé par 1200 scientifiques et professionnels, emmenés par Ivar Giaever, prix Nobel de physique en 1973. Parmi les signataires du monde entier on trouvait de tout, dont un marin-pêcheur et un cardiologue, mais aussi plusieurs authentiques scientifiques et même un climatologue – difficile de savoir exactement combien de chercheurs, sans doute plusieurs centaines. Ces scientifiques climatosceptiques restent très minoritaires, comparés aux 330 000 chercheurs français ou aux 9 millions de chercheurs dans le monde. De même, il y avait un seul prix Nobel, sur les centaines encore vivants.

Des études ont été réalisées pour quantifier ce phénomène. En 2016, une étude de John Cook (University of Queensland, Australia) a montré que 97 % des études scientifiques validaient les analyses du GIEC. En 2021, une étude similaire menée par Krishna Ramanujan (Cornell University, USA) a porté ce chiffre à 99,9 %, après un passage en revue de 88 125 études sur les évolutions du climat. Il y a donc un consensus très large et croissant, la quasi-totalité de la communauté scientifique actuelle valide les analyses du GIEC.

Le GIEC, malgré ses liens troubles avec la politique et l’économie, est effectivement la voix de la science sur le climat, validée et confirmée par tous les instituts et toutes les revues de recherche ainsi que par tous les chercheurs, à quelques rarissimes exceptions près. Pour rejeter les analyses du GIEC, il faut donc soutenir que la quasi-totalité de la communauté scientifique se trompe ou nous trompe depuis 40 ans.

Nicolas Degroote, Revue Eléments

. Comprendre la complexité de l’Iran : un impératif en pleine guerre

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#webtube : Docteur en architecture et chercheur-enseignant, Sina Abedi est né en Iran et vit en France. Dans un livre agréable à lire et joliment illustré, Târof : l’art de la guerre à l’iranienne (Gondishapour Éditions, 156 pages, 16 euros), préfacé par la maîtresse de conférences à l’Inalco Leili Anvar, il propose aux lecteurs francophones, à travers la description d’un concept-clef, une analyse de la complexité culturelle d’un pays trop méconnu en Occident. Faute de comprendre cette notion subtile, les Occidentaux s’exposent à un risque particulièrement élevé de malentendus lors de leurs échanges avec des Iraniens.

Le « Târof »

La préfacière souligne que ce terme difficilement traduisible recèle de multiples significations, parfois contradictoires. Elle hésite souvent, suivant le contexte, à le traduire par « manières », « obséquiosité », « politesse », « délicatesse », « art de la guerre » ou encore « chorégraphie ».

En lisant le livre de Sina Abedi, elle s’est rendue compte à quel point la pratique sociale liée au Târof « est inséparable d’un rapport au monde dont on peut retrouver les manifestations dans tous les aspects de l’existence en Iran ». Dans un pays où « l’art du non-dit et de l’allusion » est particulièrement cultivé, la transparence « est considérée comme brutale, obscène, vulgaire » car elle réduit « l’être à une surface » qui « annihile sa profondeur et sa complexité ».

« Tout, en persan, doit être compris au deuxième, troisième ou quatrième degré ». De fait, la langue « structure la pensée et les émotions ».

Le fruit d’une histoire millénaire

L’Iran est « un carrefour bouillonnant où les civilisations se sont croisées, heurtées, mélangées » et « où se sont succédés les empires et les conquérants, des Assyriens aux Mongols, en passant par l’ombre immense d’Alexandre le Grand, la vague des conquêtes arabes, ou encore, plus près de nous, les soubresauts politiques menant à l’instauration de la République islamique et l’arrivée des ayatollahs ».

À chaque époque, le peuple iranien a su « préserver une identité culturelle riche, complexe, parfois insaisissable pour l’observateur extérieur », dont l’un des piliers est « un instrument social et stratégique d’une subtilité inouïe : le Târof ».

La langue persanne, riche de nuances et de métaphores poétiques, « valorise la subtilité et l’élégance verbale ». Bien davantage qu’une politesse exagérée, le Târof constitue « une véritable arme sociale et culturelle […] tissée de mots, de silences, de gestes et de refus calculés ».

Shéhérazade, la conteuse des Mille et Une Nuits (dont le noyau originel est persan), incarne magnifiquement « cet art de survie par la parole » : « Parfois, souvent même, l’art de la nuance, la maîtrise du récit et la patience triomphent là où la confrontation directe et les armes échouent. »

« Dans une culture où l’honneur, la réputation et le respect de la “face” (la sienne et celle de l’autre) sont primordiaux, le Târof agit comme un lubrifiant social et un bouclier protecteur ».

Sous des dehors aimables, il peut aussi être utilisé « comme un outil d’influence, de négociation, voire de domination subtile », car « le sens littéral des mots est souvent secondaire ». Il faut donc savoir « lire entre les lignes » pour saisir la véritable intention, tout en étant attentif au langage corporel (gestes de la main, positions de la tête et du buste, regards…).

« Biroun » et « Daroun »

« Ces deux termes, que l’on peut traduire approximativement par “extérieur” et “intérieur”, ne désignent pas seulement des lieux physiques, mais aussi et surtout des sphères sociales, psychologiques et symboliques distinctes, chacune avec ses propres règles de comportement et de communication. »

Dans le Biroun, la scène publique, « le Târof est roi » ; dans le Daroun, l’espace privé, « le besoin de représentation sociale diminue considérablement ».

Des invités, s’ils ne sont pas des intimes, seront traités selon les règles du Biroun.

« Abérou »

Ce concept, qui est au cœur du Târof, se traduit par l’« honneur », dans un sens large « qui englobe la réputation, la dignité, le respect que l’on inspire, la crédibilité, l’image publique, la “face” ». Dans chaque échange, l’Abérou des participants est en jeu.

En l’absence de sincérité, divers « masques » feignant l’humilité, la générosité ou l’indifférence peuvent ainsi constituer une manière subtile de préserver son statut social.

Les compliments, « souvent fleuris et hyperboliques », doivent être retournés sous peine de passer pour une personne froide ou impolie.

Ces réflexes culturels profondément intégrés obligent chacun à être constamment attentif au statut social et aux réactions de son interlocuteur, ainsi qu’à la nature d’une offre et à celle de la réponse convenable. Ceux qui maîtrisent parfaitement ces codes peuvent d’ailleurs y trouver une dimension ludique.

Le refus et l’insistance

« Le jeu de l’offre et de l’acceptation passe par un rituel quasi obligé de refus initiaux suivis d’insistances répétées. Un “non” répété n’est donc pas nécessairement un refus définitif. C’est souvent le contraire : un premier “non merci” est la réponse attendue par politesse. »

Celui qui veut offrir un cadeau sincèrement devra donc insister poliment mais avec conviction, tandis qu’une acceptation trop rapide ou un rejet exprimé de manière directe seront vécus « comme un véritable camouflet, une agression verbale ».

La négociation à l’iranienne

« La préférence occidentale pour la clarté, les engagements fermes et les réponses sans ambiguïté contrastent avec la culture de l’indirect, de l’allusion et du non-dit propre au Târof. »

À l’instar de Sun Tzu, le négociateur iranien excelle dans l’art de vaincre son ennemi sans affrontement direct, en l’enveloppant par la politesse et en le complimentant avec un respect appuyé. Il cherche ainsi à obliger son interlocuteur à faire des concessions, dans un cadre où la relation personnelle est capitale.

Doté d’une grande patience considérée comme une arme stratégique, l’adepte du Târof pratique les « arts » de l’esquive (« dire non sans dire non »), de la ruse et de la dissimulation, avant de porter en douceur le coup décisif afin que l’autre partie trouve tout naturel d’accepter ses conditions. C’est tout le sens de l’expression « couper la tête avec de la soie »…

Johan Hardoy, Polémia

. France-Maroc: victoire des Bleus logique mais soporifique

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Le sélectionneur Deschamps félicite Mbappé après la victoire contre le Maroc, Boston, 9 juillet 2026 © Matt Slocum/AP/SIPA

#webtube : Avec son maillot vert menthe rappelant la statue de la Liberté, l’équipe de France se qualifie pour les demi-finales de la Coupe du monde. Elle affrontera l’Espagne ou la Belgique le 14 juillet, jour de la fête nationale. Les Lions de l’Atlas sont renvoyés chez eux.

« Nous sommes là où nous voulions être », a dit Didier Deschamps, sans manifester un grand enthousiasme, au micro de M6 qui retransmet cette Coupe du monde, à la fin du match France-Maroc à Boston, jeudi. Les Bleus se sont imposés face aux Lions de l’Atlas par un 2 à 0 logique, mais à l’issue d’une rencontre soporifique, qui les qualifie néanmoins pour les demi-finales. Ils seront opposés au vainqueur d’Espagne-Belgique, qui se disputera vendredi à Los Angeles, à 21 heures (heure de Paris).

Pour l’emporter, le onze tricolore a dû attendre la 60e minute, et un tir de Mbappé dans la lucarne gauche. Six minutes plus tard, Dembélé remettait ça. En dehors de ces deux buts, jamais les Bleus n’ont mis en péril le gardien chérifien, Yassine Bounou. En revanche, le seul fait saillant de cette rencontre que Le Parisien annonçait comme un « choc royal » à sa Une lui revient : il a arrêté à la 28e un penalty tiré par Mbappé, qui avait été fauché dans la surface de réparation.

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À partir de ce moment, la confrontation entre ces deux pays, aux allures de derby en raison des liens historiques entre eux (notamment migratoires dans les deux sens – retraités français dans l’un, main-d’œuvre marocaine dans l’autre), a ronronné. Les Marocains, qui ambitionnaient de prendre leur revanche sur leur élimination en demi-finale en 2022 au Mondial du Qatar sur le même score de 2 à 0, se sont montrés appliqués, sans plus, et les Français poussifs, ayant, eux, oublié leur superbe au vestiaire.

Quant à la troisième mi-temps « explosive » dans les rues de Paris et d’autres villes, à laquelle on s’attendait, à 2 heures du matin, elle semblait être aux abonnés absents. Après quelques scènes de liesse, Paris s’est endormie en attendant 5 heures du matin où elle s’éveille, comme le chantait Jacques Dutronc il y a des lustres.

Avec cette sortie de la seule équipe africaine ayant atteint ce stade, cette Coupe du monde devient une affaire européenne. Hormis l’Argentine qui affrontera la Suisse dimanche, toutes les autres appartiennent au Vieux Continent. Vendredi, ce sera Espagne-Belgique à Los Angeles à 21 heures, samedi Angleterre-Norvège à Miami et dimanche Argentine-Suisse.

La qualification de la France pour la finale — qu’elle se retrouve opposée à l’Espagne, contre laquelle elle s’est inclinée en demi-finale de l’Euro 2024 par un 2 à 1, ou à la Belgique — est en conséquence loin d’être assurée si elle déploie le même jeu que face au Maroc.

Ricardo Uztarroz, Causeur