– Pourquoi la gauche n’est plus à la mode

Articles : Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026Avril 2026
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Pendant près d’un demi-siècle, la gauche n’a pas seulement exercé une domination politique ou intellectuelle ; elle a imposé un climat moral, une manière d’habiter le temps, une définition du bien et du mal qui paraissait aller de soi.

Être de gauche ne relevait plus simplement d’un choix parmi d’autres : c’était appartenir au camp de l’Histoire, à celui qui prétendait accompagner le mouvement même de l’émancipation humaine. On pouvait contester tel programme ou telle réforme, mais il semblait difficile d’échapper à cette évidence diffuse selon laquelle l’avenir parlait sa langue.

Atmosphère

La droite, quant à elle, paraissait condamnée à défendre les vestiges d’un monde promis à disparaître, à protéger des héritages dont les démocraties modernes entendaient précisément s’affranchir. Les universités, une grande partie de la presse, les institutions culturelles, le monde artistique, une large fraction des élites partageaient cette conviction avec une telle unanimité qu’elle cessait presque d’apparaître comme une idéologie. Elle devenait l’atmosphère même de l’époque.

Il existait ainsi une véritable mode de gauche, mais ce mot de mode ne doit pas être entendu dans son acception frivole. Il désigne ici cette étrange puissance grâce à laquelle une vision du monde finit par s’imposer comme une évidence, jusqu’à rendre invisibles les présupposés dont elle procède. Les sociétés démocratiques aiment croire qu’elles raisonnent ; elles oublient souvent qu’elles obéissent aussi à des climats intellectuels, à des sensibilités collectives, à des formes de prestige dont elles ne prennent conscience qu’au moment où elles commencent à se dissiper. Pendant plusieurs décennies, les valeurs de la gauche ont bénéficié de cette autorité silencieuse. Elles définissaient moins une opinion qu’une respectabilité. Elles dispensaient ceux qui les partageaient d’avoir à démontrer leur légitimité, puisqu’elles semblaient se confondre avec la marche même du progrès.

Basculement

Mais aucune hégémonie culturelle n’est éternelle. Les constructions intellectuelles les plus solides ne meurent pas toujours sous les coups de leurs adversaires ; elles se fissurent lorsque le réel cesse de leur obéir. Les hommes supportent longtemps les discours qui simplifient le monde, à condition que leur expérience quotidienne continue, au moins en partie, de leur donner raison. Lorsque cette correspondance disparaît, lorsque les faits résistent obstinément aux récits destinés à les expliquer, une lassitude s’installe, puis une méfiance, enfin un basculement. Ce ne sont pas seulement les idées qui vieillissent : c’est la confiance que les sociétés leur accordaient qui s’épuise.

A lire aussi: Sébastien Delogu – notre décadence!

Or c’est bien ce qui semble se produire sous nos yeux. L’Occident est entré dans une époque que peu avaient véritablement envisagée. Le retour de la guerre sur le continent européen, l’irruption durable du terrorisme islamiste, les migrations de masse, la fragmentation culturelle, l’affaiblissement des institutions chargées de transmettre une mémoire commune, les violences ordinaires devenues l’horizon banal de tant de vies, tout cela a fait resurgir des interrogations que l’on croyait définitivement ensevelies sous les certitudes de la mondialisation heureuse. Les frontières, la souveraineté, la continuité historique, la sécurité, l’identité collective, l’autorité de l’État, autant de notions que l’on disait appartenir au vieux vocabulaire des nations inquiètes, retrouvent aujourd’hui une vigueur inattendue parce qu’elles répondent à des expériences que nul discours ne parvient plus à effacer.

Plus portée par l’esprit du temps

Les priorités s’en trouvent profondément modifiées. Il ne s’agit pas de dire que les aspirations à davantage de justice sociale auraient disparu. Elles demeurent, et elles continueront sans doute d’habiter les démocraties modernes. Mais beaucoup découvrent qu’aucune solidarité ne peut durablement prospérer si le monde commun dans lequel elle devrait s’exercer se défait peu à peu. Avant de redistribuer les richesses, encore faut-il préserver l’espace politique qui rend cette redistribution possible ; avant de multiplier les droits, il faut maintenir les institutions qui leur donnent une réalité ; avant de célébrer l’autonomie des individus, il importe de conserver cette civilisation discrète, faite de règles, de transmissions, d’habitudes et de fidélités, sans laquelle la liberté elle-même finit par devenir une abstraction privée de chair.

A lire aussi: Natacha Polony: «Je refuse ce choix entre France éternelle et nouvelle France»

C’est pourquoi la gauche n’est peut-être pas rejetée autant qu’elle cesse d’être portée par l’esprit du temps. Son influence demeure considérable dans les lieux où se fabrique encore la légitimité culturelle, mais elle paraît répondre de plus en plus difficilement aux inquiétudes qui travaillent la vie quotidienne d’une partie croissante des peuples européens. Inversement, des thèmes longtemps frappés d’indignité morale retrouvent une force singulière. Non parce qu’ils auraient soudain conquis une supériorité éthique, mais parce qu’ils donnent le sentiment de nommer ce que beaucoup éprouvent confusément et que les anciens récits ne parviennent plus à désigner.

Sommes-nous vraiment devenus « conservateurs » ?

Marcel Gauchet dirait sans doute que nous assistons moins à la victoire de la droite qu’à l’épuisement d’un cycle historique. La gauche fut l’idéologie dominante du temps où les démocraties avaient pour tâche essentielle de libérer les individus des anciennes appartenances, des anciennes tutelles, des anciennes hiérarchies. L’époque qui s’annonce est d’une autre nature. Elle oblige les sociétés à s’interroger moins sur les conditions de l’émancipation que sur celles de leur propre continuité. Car une démocratie qui ne serait plus capable de transmettre sa culture, d’assurer sa sécurité, de préserver ses institutions ou de maintenir un monde commun suffisamment stable découvrirait bientôt que la liberté qu’elle prétend protéger n’est plus qu’un mot flottant au-dessus de ruines. Nous ne sommes peut-être pas devenus plus conservateurs ; nous découvrons seulement, avec un retard dont l’histoire mesure toujours le prix, que la protection n’est pas l’ennemie de la liberté, mais sa condition la plus profonde.

Le réel finit toujours par reprendre ses droits. Il revient avec la lenteur des choses inexorables, sous les traits de la violence, de la fragmentation des peuples, de l’effacement des héritages, de la difficulté croissante à transmettre autre chose que des droits privés de devoirs. Ce que l’on nomme aujourd’hui la droitisation n’est peut-être rien d’autre que l’éveil douloureux de sociétés qui découvrent qu’elles ne vivent pas dans l’histoire des idées mais dans celle des civilisations, où la liberté n’existe jamais sans les formes qui la protègent, ni la démocratie sans un peuple encore capable de croire qu’il existe quelque chose de plus grand que les individus qui la composent. Ce n’est pas la droite qui triomphe ; c’est peut-être l’illusion progressiste qui s’achève dans le fracas silencieux d’un monde qui retrouve le sens du tragique. 

Charles Rojzman, Causeur

– En Ré majeur, l’autre visage de l’île blanche

Articles : Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026Avril 2026
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Loin des clichés d’une île envahie par les Parisiens, Valérie Solvit dévoile, dans Petit éloge de l’Île de Ré, l’autre visage de cette terre de pêcheurs et de paysans où s’entrecroisent l’histoire de France et ses souvenirs personnels.  

Valérie Solvit a fait de l’art de vivre, de la gourmandise et de la curiosité un métier. À la tête de son agence de communication, elle promeut avec la même passion bouchers et artisans d’art, cuisiniers et mécènes, musées et fromagers… Sans poser, elle a imposé sa marque : être là où on ne l’attend pas et bousculer les convenances avec bienveillance, jusqu’à faire de ses bureaux un véritable salon parisien où se croisent artistes et politiques, littérateurs et grands reporters, éditeurs et restaurateurs. Malgré cela, Solvit surprend encore. En publiant cet été Petit éloge de l’Île de Ré, elle dévoile, outre un talent de plume, son sens de l’humilité, celui nécessaire à l’exercice d’admiration – voire à la déclaration d’amour. Tel est le lien qui l’attache à cette île.

Promenade le long des côtes

Son rapport à cette terre de pêcheurs et de paysans posée au large de la Rochelle n’est pas complexe, il est entier. C’est un rapport charnel et familial en prise direct avec la nature et l’histoire. L’histoire de France, qui se lit dans les pierres des maisons et celles des églises, l’histoire de son père, qui lui transmet dès l’enfance le goût de la voile et des connaissances agronomiques, l’observation de la mer et de la terre, toutes deux nourricières, et le bonheur profond de s’y enraciner : de les connaître et de les savoir en soi pour faire littéralement corps avec elles. De là découlent les joies simples des promenades le long des côtes à pied ou à vélo, des baignades, des pique-niques sur la plage… Les souvenirs s’entremêlent en même temps qu’ils se construisent face aux couleurs éclatantes des hortensias et des clématites ; face aux variétés succulentes de pommes de terre locales, (la recette rustique de la « cuisson au diable charentais » met l’eau à la bouche) ; face au vent ; face aux ports ; face aux bistrots qui abritent encore l’âme de Ré…

A lire aussi, Thomas Morales: Suivez le guide !

Ancrage sincère

La place faite aux nourritures terrestres atteste d’un ancrage sincère, d’une pulsion vitale. Les pages consacrées aux sardines, à la roquette, aux entrecôtes, aux poivrons et aux homards n’ont rien d’anecdotiques. Les recettes qui se transmettent de génération en génération en disent souvent plus que n’importe quel album de photos. Quant au poulet rôti, il occupe une place de choix : l’anagramme de Valérie Solvit n’est-il pas « volatile servi » !  

Suivre l’auteur en son île, c’est aussi emprunter les sentiers qui mènent aux marais salants, là où se déclinent à l’infini les nuances de blancs et de roses. C’est également cheminer sur la route des églises, « elles sont le relief de ce paysage horizontal », et elles sont nombreuses : celles de Rivedoux-Plage, de Sainte-Marie-de-Ré, de La Flotte-en-Ré, de Saint-Martin-de-Ré, de Loix-en-Ré… et tant d’autres jusqu’à celle d’Ars-en-Ré, l’église Saint-Étienne, à laquelle Valérie Solvit consacre une grande partie de sa vie rétaise. Pour d’abord rénover son clocher noir et blanc planté « comme un crayon » vers le ciel, puis pour sauvegarder l’ensemble de l’édifice et ce qu’il renferme, elle a créé il y a plus de dix ans une biennale qui s’accompagne d’une vente aux enchères. Toutes les personnalités sollicitées (peintres, photographes, sculpteurs, écrivains, musiciens…) se prêtent au jeu : en offrant une œuvre à la vente, ils contribuent à la préservation du symbole, du trésor du village. À cette occasion, la galerie de portraits qu’elle brosse de ses amis artistes n’a rien de people, elle témoigne d’un long compagnonnage entre les créateurs et cette terre du golfe de Gascogne depuis toujours, et d’un lien d’amitié indéfectible qui s’y est naturellement noué. Voilà une autre leçon de générosité.

Pour découvrir l’Île de Ré loin des clichés, il ne vous reste qu’à suivre le guide…  

Jonathan Siksou, Causeur

Petit éloge de l’Île de Ré, Valérie Solvit, Éditions Les Pérégrines, 2026. 200 pages

– « Ticket Carbone » de Système U: quand le greenwashing mène droit à la contrainte

Articles : Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026Avril 2026
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Présenté comme un simple indicateur écologique, le « ticket carbone » de la chaîne de supermarchés pourrait bien habituer les ménagères à voir leurs achats évalués, notés et, pourquoi pas demain, limités…

Une information est passée pratiquement inaperçue cette semaine, hormis dans la presse professionnelle spécialisée. Le groupe coopératif Système U annonce fièrement généraliser à l’ensemble de son réseau le « Ticket Carbone », après une phase pilote menée dans quatorze points de vente. Il reste à convaincre les petits fournisseurs artisanaux de passer sous les fourches caudines des contrôleurs, et de faire certifier l’empreinte carbone de tous leurs produits. Ils vont subir une contrainte supplémentaire et ils n’auront pas le choix, car « 100 % des produits seront étiquetés avec leur empreinte carbone », promet Système U. Contraintes complémentaires, coûts supplémentaires, car il faudra bien payer les cabinets spécialisés qui délivrent la certification. Ils s’engraissent confortablement dans ce nouveau business. Même si ça n’a rien à voir, Jean-Marc Jancovici, pape de la décarbonation, cofondateur du cabinet Carbone 4, qui vend des bilans carbone aux plus grandes entreprises françaises, siège aussi au Haut Conseil pour le climat, chargé de conseiller le gouvernement sur sa politique climatique. Vous avez dit « conflit d’intérêt » ? Circulez, il n’y a rien à voir !

A lire aussi: Médias: les climatosceptiques lâchent du terrain

Système U devient ainsi la première enseigne de la grande distribution française à évaluer l’impact carbone global du panier. Concrètement, chaque produit glissé dans le caddie se voit désormais affublé d’une petite étiquette invisible: son équivalent CO₂. Une information supplémentaire, vertueuse, purement indicative, au service du consommateur éclairé. Rien d’obligatoire, rien de contraignant. Juste de la pédagogie. Cependant, l’histoire des grandes bascules sociétales nous enseigne que la première étape semble souvent anodine.

De l’information à la comptabilité

La technologie permettant d’aller bien au-delà d’un simple affichage existe déjà. En 2019, l’opérateur Mastercard s’est associé à la start-up suédoise Doconomy pour lancer la carte « DO », capable non seulement d’afficher l’empreinte carbone de chaque achat, mais surtout de bloquer purement et simplement la transaction une fois le quota d’émissions atteint (voir notre illustration ci-dessous). Cette carte ne laisse d’ailleurs aucune ambiguïté sur ses intentions : un plafond, et rien d’autre. Ni programme de fidélité, ni avantages premium, mais bel et bien un couperet numérique. Après la comptabilisation, la sanction peut pointer le bout de son nez.

De la comptabilité à la sanction

Car la décarbonation de l’économie est une nouvelle doxa, y compris dans l’esprit de nos décideurs. Le député Jean-Marie Fiévet en est un. Ce n’est pas un khmer vert, mais un benoît député Renaissance des Deux-Sèvres. Depuis 2018, il milite ouvertement pour la création d’un «compte carbone» individuel, estimant qu’il n’existe pas d’autre chemin vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 et que ce compte permettrait d’y parvenir à la fois collectivement et individuellement. L’idée, popularisée en France depuis la Convention citoyenne pour le climat de 2020, est reprise dans la Stratégie nationale bas-carbone. Elle consiste à faire descendre chaque Français d’une empreinte moyenne actuelle voisine de douze tonnes de CO₂ par an vers un plafond de deux tonnes, la norme à ne pas dépasser pour respecter l’Accord de Paris.

A lire aussi: Moira Millán, l’allumée des Andes

La feuille de route est donc claire : un compte qui se débite à chaque acte d’achat, un quota qui diminue chaque année, la création d’une Agence nationale du carbone, une carte qui refuse la transaction au-delà du seuil fixé : voilà les ingrédients du rationnement qui s’annonce inéluctable. Ne serait-ce pas un remake des tristement célèbres tickets de rationnement du passé ?

De la sanction à la prison

Bref, la notion de crédit individuel carbone qui émerge sera un carcan numérique pour chaque consommateur. Car, au-delà des achats de produits de grande consommation en supermarché, tout bien ou service est désormais comptabilisé pour son empreinte carbone. Ainsi, un e-mail, c’est 4 grammes de CO₂1 (mais 35 grammes avec une pièce jointe), une recherche sur Google entre 0,2 et 7 grammes de CO₂, l’article que vous lisez, c’est jusqu’à 4,6 grammes2, un verre d’eau du robinet 0,03 gramme, un verre d’eau minérale 100 grammes, un chien de taille moyenne 630 kg par an3, un voyage aller-retour aux Antilles 3 tonnes et un rouleau de papier toilette 250 grammes de CO₂4. Il faudra bientôt apprendre à arbitrer entre euthanasier Médor, se torcher, lire Causeur, boire un verre d’eau, manger un steak, aller passer un week-end à la campagne ou aller visiter ses enfants en Guadeloupe…

Le supermarché, idiot utile de l’ordre vert

Évidemment, Système U n’a rien demandé de tout cela. Par naïveté autant que par bêtise, l’enseigne ne fait que surfer sur la vague de cette « conso qui s’engage », comme elle le mentionne sur son site. C’est précisément ce qui rend l’affaire si inquiétante. Nul besoin de loi liberticide enfantée dans la douleur, ou de décret passé en catimini à la suite d’une Convention citoyenne pipeautée par des organisateurs militants : il suffit qu’un distributeur, mû par le seul opportunisme marketing, habitue des dizaines de millions de clients à voir leur caddie noté, évalué, comptabilisé. D’autant plus que les autres enseignes travaillent d’arrache-pied sur le sujet. Le conditionnement précède toujours la contrainte. Hobbes l’avait théorisé dès 1651 : le souverain ne gouverne pas en frappant sans cesse, mais en parvenant à « tenir tous les hommes en respect ». Le réchauffement climatique joue aujourd’hui ce rôle de spectre permanent : plus besoin de coercition brutale quand la peur de la catastrophe fait accepter d’elle-même n’importe quelle mesure présentée comme salvatrice. Le peuple, terrorisé, réclamera bientôt lui-même sa propre laisse, pourvu qu’on la baptise protection.

A lire aussi: Un constat glaçant

Demain, quand le quota individuel deviendra réalité, plus personne ne s’en étonnera : nous serons préparés depuis des années, un ticket de caisse après l’autre. Sa mise en place sera presque vécue comme une délivrance, un acte de contrition pour « sauver la planète ». Système U ne dirige rien, ne légifère rien et ne contraint personne. L’enseigne se contente, par pur calcul commercial, d’exploiter la peur du grand réchauffement. Mais c’est justement ce calcul, aussi opportuniste que mesquin, qui, multiplié par des milliers de points de vente, rendra la marche vers le compte carbone obligatoire chaque jour un peu plus irréversible.

Étienne de La Boétie l’avait déjà compris au XVIe siècle : un tyran ne tient sa toute-puissance que du consentement de ceux qu’il asservit. Qu’ils cessent de coopérer, qu’ils refusent seulement de lui prêter la main, et l’édifice s’effondre de lui-même, faute de bras pour l’exécuter. Nul besoin de chaînes quand les sujets se les forgent eux-mêmes, par habitude, par lassitude ou par vertu affichée. C’est très exactement ce consentement que Système U, sans le vouloir ni s’en soucier, façonne, un ticket de caisse après l’autre : une servitude qui ne sera pas imposée, mais désirée, presque exigée par des consommateurs convaincus d’être vertueux, car «écoresponsables». Voici comment une nouvelle ligne anodine sur un ticket de caisse ouvre en douceur la voie à un nouveau contrôle social.

Jean-Marc Perrin , dans Causeur


  1. https://www.lsa-conso.fr/cooperative-u-generalise-le-ticket-carbone-une-premiere-dans-la-grande-distribution-en-france,466621 ↩︎
  2. ADEME ↩︎
  3. Website Carbon Calculator ↩︎
  4. Yavor, K.M., Lehmann, A., Finkbeiner, M. (2020), « Environmental Impacts of a Pet Dog: An LCA Case Study »Sustainability, vol. 12, n°8, article 3394, publié par le Department of Sustainable Engineering, Institute of Environmental Technology, Technische Universität Berlin ↩︎
  5. Product Carbon Footprints (2009), menée par le WWF, l’Öko-Institut, le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et le think-tank berlinois THEMA1 — présentée à Berlin le 26/01/2009 ↩︎