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#webtube : Parmi les milliers de livres invisibles que charrie chaque année l’océan de l’autoédition, certains méritent de trouver leur lecteur. C’est le cas de « 1 + 1 = 1 », étrange objet littéraire signé Fred-Achille Viguier. Entre dystopie, satire et fable, ce livre inclassable raconte l’effondrement de notre monde moderne avec une verve et un humour noir qui méritent l’attention.
Nous, éditeurs, petits ou grands, on reçoit beaucoup de bouteilles à la mer, manuscrits dérivants, romans en quête de port d’attache, autofictions fantômes… Il y a de tout dans cette mer de papier. Pourquoi en ouvre-t-on certains plutôt que d’autres ? Nul ne le sait. La providence des bons auteurs ? Peut-être. Les ouvrir tous est impossible à moins d’avoir dix vies de lecture devant soi. Parfois, ces livres nous tombent dessus comme la bouteille de Coca-Cola dans Les Dieux sont tombés sur la tête.
1 + 1 = 1 est sûrement de cette famille, une bouteille de Coca qui ne paie pas de mine, échouée sur les rivages d’Amazon. Le géant américain a mis à la portée de tout un chacun de pouvoir s’auto-éditer, confortant au passage notre fétichisme du livre à une époque où de moins en moins de gens lisent. Amazon a beau couvrir la terre entière comme les satellites de Starlink, les livres auto-édités qui transitent par la plateforme américaine demeurent pour la plupart invisibles au commun des mortels. Avec son titre évoquant une tête à Toto à multiple 1, le livre de Fred-Achille Viguier n’a sans doute guère franchi le cercle étroit des connaissances proches de l’auteur. D’ailleurs il est pour ainsi dire introuvable, même sur Amazon.
C’est dommage. Il y a un style et on sait, depuis Buffon au moins, que l’homme, c’est le style. Celui de Fred-Achille Viguier est musical et psychédélique. Son livre enchâsse les récits : le Covid, une vie de Jésus à la première personne, la fin du monde, la théorie de l’évolution. Un produit hybride qui retrace notre apocalypse molle, dérisoire, loufoque et risible. Il s’ouvre d’ailleurs sur une scène qui résume à elle seule le coronavirus : une bataille rangée dans une épicerie de Sydney pour l’acquisition du dernier paquet de papier hygiénique disponible. Toute notre civilisation tient dans cette image. Rome est en train de brûler, mais nous nous battons pour du PQ triple épaisseur.
L’histoire ? En 2023, Emmanuel Macron est assassiné par Alice Coffin qui mène une révolution ethno-woko-LGBT avec Sandrine Rousseau. La France se désagrège, la Seine-Saint-Denis devient un califat et le monde entier entre dans une phase de convulsions apocalyptiques. Elon Musk envoie une colonie sur la Lune qui disparaît à son tour. Puis vient l’apocalypse thermonucléaire. Réduite à une poignée de survivants, l’humanité retourne à son destin mammifère et troglodytique, rejoignant les intuitions d’un Richard Duncan et de sa théorie d’Olduvaï, selon laquelle la civilisation industrielle ne serait qu’une parenthèse de quelques générations dans l’histoire humaine. Ou comme le dit le Terminator, cité par l’auteur : « It’s in your nature to destroy yourselves. »
Mais ce n’est pas cette dystopie qui fait le sel du livre. Ce n’est pas davantage le nazisme mis à toutes les sauces, comme une sorte d’exhausteur de dégoût universel. Non, ce qui retient l’attention, c’est ce ton, un mélange de gonzo, de pop culture et de délire psychédélique désenchanté. Quelque chose qui évoque à la fois Jean Baudrillard et J.G. Ballard. C’est parfois inégal, mais jamais ennuyeux.
Fred-Achille Viguier, 1 + 1 = 1, 200 p.
François Bousquet, dans Revue Eléments
