. L’opération de minage se poursuit : Emmanuel Moulin, futur gouverneur de la Banque de France ?

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#webtube : À quoi servirait le pouvoir si on ne pouvait en user et… en abuser ? Emmanuel Macron, qui entamera, le 14 mai prochain, sa dixième année à l’Élysée, en sait quelque chose. La nomination récente et quasi à vie d’Amélie de Montchalin, macroniste de la plus haute extraction, à la première présidence de la Cour des comptes en est l’exemple le plus resplendissant.

Opération de minage

La série de nominations, en ces dernières années de règne interminable, s’apparente à une opération de minage de terrain sur ce champ de ruines qu’il laissera à son successeur – surtout si ce successeur est issu du Rassemblement national. On se souvient de l’épisode de la nomination du fidèle parmi les fidèles, Richard Ferrand, au Conseil constitutionnel. À une voix près, la candidature de l’homme lige d’Emmanuel Macron avait été validée après son passage devant les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat : 58 parlementaires, sur 97, avaient donné un avis défavorable à cette candidature. Il en aurait fallu 59 ! Richard Ferrand est en place jusqu’en 2034. On souhaite bien du plaisir au Rassemblement national et à ses alliés, s’ils emportent les prochaines législatives…

C’est donc la même procédure qui va s’appliquer, conformément à l’article 13 de la Constitution, pour la désignation du prochain gouverneur de la Banque de France. Car le travail de minage du terrain n’est pas terminé. D’ailleurs, Emmanuel Macron a bien prévenu qu’il sera à sa tâche jusqu’au dernier jour de son mandat. Et donc, très providentiellement ou, tout du moins, très opportunément, le gouverneur actuel de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a remis sa démission en février dernier avec effet au 1er juin prochain afin de pouvoir prendre la tête de la fondation des Apprentis d’Auteuil. Son mandat aurait dû se terminer le 1er novembre 2027. Après l’élection présidentielle… Donc, le prochain gouverneur de la Banque de France qui sera prochainement nommé sera en place jusqu’en 2032. Pile-poil : un mandat présidentiel. Quand les choses s’emboîtent comme il faut, c’est quand même mieux, faut avouer.

À ce sujet — [ÉDITO] Montchalin à la Cour des comptes : pourquoi se gêner ?

L’ancien directeur de cabinet de Bruno Le Maire…

Le pressenti s’appelle Emmanuel Moulin, a-t-on appris, cette semaine. Son nom ne dit pas grand-chose au grand public. À la lecture de sa fiche Wikipédia, on ne peut pas dire que le personnage n’ait pas le CV requis pour tenir un tel poste : ENA, ESSEC, Sciences Po Paris, inspecteur général des finances, administrateur suppléant à la Banque mondiale à Washington de 2000 à 2003, directeur du Trésor de 2020 à 2024 – l’homme a sans doute des compétences dans le domaine monétaire autrement plus importantes que celles de Richard Ferrand en matière de droit constitutionnel. Ça, c’est pour le côté face.

Pour le côté pile (ou inversement), Emmanuel Moulin a derrière lui une solide carrière en cabinets ministériels, c’est-à-dire au cœur de la conception et de la conduite de la politique française : directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo au ministère de l’Emploi (2005-2007), cabinet de Christine Lagarde à Bercy en 2007, chef du pôle économie à l’Élysée en 2009. Avec l’élection de François Hollande, celui qui était alors sarkozyste part dans le privé. 2017, c’est le retour dans le sérail avec sa nomination comme directeur de cabinet de Bruno Le Maire, à Bercy. Puis, en 2024, il prend la direction du cabinet de Gabriel Attal à Matignon. Enfin, en 2025, il remplace (ou, tout du moins, lui succède) le tout-puissant Alexis Kohler comme secrétaire général de la présidence de la République. Bref, Emmanuel Moulin peut légitimement revendiquer, par les postes clefs qu’il a tenus, avoir participé à la réussite que l’on connaît des politiques conduites sous Emmanuel Macron.

Examen de passage

Réussira-t-il son examen de passage devant les parlementaires des commissions des finances des palais Bourbon (72 députés) et du Luxembourg (49 sénateurs) ? Rien n’est écrit, aujourd’hui. À l’Assemblée, LFI et le RN ne devraient pas lui faire de cadeau. Jean-Philippe Tanguy l’a, d’emblée, qualifié d’« incompétent », en référence à son rôle dans les cabinets ministériels cités plus haut. Éric Coquerel, lui, dénonce des « risques évidents en termes de neutralité ». Ce serait une première ! RN, LFI, PC et Verts (qui devraient probablement s’opposer à cette nomination) comptent 34 députés, dans cette commission. Il en faudrait 10 de plus pour atteindre les trois cinquièmes. Que feront les députés socialistes, LR et LIOT ? Mystère. Quant au Sénat, il est tout aussi difficile, à cette heure, de faire un pronostic. Y aura-t-il une réaction de ras-le-bol de ces désignations en série de fin de règne ? On a évoqué Ferrand, Montchalin, mais il faudrait citer aussi la désignation, cette semaine, à la tête du Conseil d’État, de Marc Guillaume, actuellement préfet d’Île-de-France, parfait représentant de ce que d’aucuns appellent l’État profond français.

Cela fait effectivement beaucoup et ça commence à se voir. Cela dit, à quoi servirait le pouvoir, si on ne pouvait en user, voire en abuser…

Georges Michel, dans BV

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