– Ceuta : combien d’entrées illégales pour avoir le droit de parler d’invasion ?

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Articles : Aout 2026Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026
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#webtube : En mai 2021, c’était près de 10.000 migrants qui étaient entrés illégalement sur le territoire de Ceuta. En une nuit. On pensait alors voir atteint un sommet. Mais non. Et demain ? Ceuta ! Un confetti espagnol – et donc européen – de 18 km2 adossé au Maroc (710.000 km2, Sahara occidental inclus) et plus largement au continent africain (plus de 30 millions de km2 !). « Retournez la carte et vous saisirez le poids du continent africain sur le continent européen », nous disait notre professeur de géographie, en classe prépa à Saint-Cyr, il y a près d’un demi-siècle de cela. Un conseil teinté de prophétie : ce professeur – paix à son âme – qui voyait loin car il voyait long, avait sans doute lu Le Camp des saints, publié cinq ans plus tôt. Ceuta, donc, ce 30 juillet, a connu une vague inédite de migrants illégaux qui a littéralement déferlé sur la petite enclave, principalement par la mer. Ce vendredi 31 juillet, on évoque plus de 60.000 personnes, dont une immense majorité de jeunes hommes. Ceuta compte 80.000 habitants, on vous laisse imaginer… « Cela représente 70 % de la population de Ceuta. C’est comme si, en 24 heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol. Évidemment, c’est impossible d’absorber cette pression », a d’ailleurs déclaré le président du gouvernement local de Ceuta.

25.000 auraient d’ores et déjà rejoint « volontairement » le Maroc, a annoncé le ministère de l’Intérieur espagnol, qui veut peut-être ainsi se rassurer et nous rassurer. Nous rassurer car, évidemment, compte tenu de l’ampleur du phénomène, l’affaire n’est pas qu’hispano-espagnole ou hispano-marocaine ! Elle est européenne et donc française. In fine, quel sera, d’ailleurs, le « delta » de cette expédition migratoire entre ceux qui n’auront fait qu’un petit aller-retour à Ceuta et ceux qui chercheront à aller plus loin, c’est-à-dire à rejoindre la péninsule Ibérique, c’est-à-dire le continent européen, c’est-à-dire aussi, fatalement, statistiquement, la France, même si M. Nuñez a annoncé avoir pris toutes les dispositions comme il se doit ? Nul ne le sait, à cette heure.

« Attaque contre l’intégrité territoriale »

Le président socialiste du gouvernement espagnol s’est rendu, ce vendredi, à Ceuta. Dans sa déclaration, il ne parle pas d’invasion mais d’« attaque contre l’intégrité territoriale de l’Espagne », ce qui veut dire la même chose. Des attaques contre l’intégrité territoriale, l’Espagne, la France et bien d’autres pays européens, notamment ceux qui sont en première ligne sur le pourtour méditerranéen comme l’Italie et la Grèce, en subissent depuis plus de dix ans de façon quasi quotidienne, à plus ou moins bas bruit. La question est donc celle-ci : à partir de combien de franchissements instantanés illégaux de nos frontières a-t-on le droit de parler d’invasion, d’attaque qui « mérite notre condamnation la plus retentissante et énergique », pour reprendre les mots du chef du gouvernement espagnol prononcés d’un air martial à Ceuta ? Et ce, sans se voir reproché d’« instrumentaliser la situation », comme l’écrit déjà notre presse de gauche.

Sánchez, pompier-pyromane

Un chef de gouvernement espagnol qui ressemble de plus en plus à un pompier-pyromane. Certes, il faudra évaluer la part de manipulation de la part des autorités marocaines dans cette invasion inédite, mais comment nier l’appel d’air qu’a constitué, ces derniers mois, l’annonce unilatérale de Pedro Sánchez de régulariser plus de 500.000 migrants illégaux vivant en Espagne ? Comment, aussi, ne pas souligner l’inconséquence d’une Justice espagnole, qui n’a sans doute rien à envier à la nôtre. En effet, le 8 juillet dernier, la Cour suprême du royaume a estimé que les refoulements immédiats n’étaient pas légaux pour les migrants arrivant par la mer à Ceuta ou Melilla (l’autre enclave espagnole sur la côte marocaine), tout en les maintenant possibles en cas de franchissement par voie terrestre d’un obstacle physique, comme une clôture. Le roi d’Espagne ne s’appelle pas Philippe mais Ubu !

Heureusement, Ursula fait le nécessaire

Ce qui se passe à Ceuta n’est en fait que le concentré tragique, en un lieu et un temps restreints, d’un phénomène qui dure depuis des années. On aurait presque envie de sourire en lisant la réaction d’Ursula von der Leyen, qui résume en fait toute la pensée de la majorité des gouvernants européistes : « Les images venant de Ceuta sont inacceptables. Nous ne pouvons permettre à quiconque de venir dans notre Union sans respecter nos règles. Les traversées dangereuses doivent cesser immédiatement. » Très bien. S’ensuit le couplet traditionnel sur les réseaux de passeurs : « Les réseaux de contrebande doivent être démantelés. » Des réseaux capables de faire franchir la frontière à 60.000 personnes en 24 heures, elle en connaît beaucoup, von der Leyen ? Et l’incantation se poursuit : « Et les retours doivent être rapides, comme nos règles le permettent. » Des règles qui permettent des retours rapides, c’est bien (on pense au règlement « retour » auquel Emmanuel Macron est opposé), mais on aimerait mieux des moyens qui empêchent ces entrées rapides. Plus compliqué… Néanmoins, Mme von der Leyen a chargé deux commissaires d’aider l’Espagne à contrôler la situation et Magnus Brunner, commissaire de l’UE aux Affaires intérieures et à la Migration, est même prêt à se rendre sur des points critiques. On est rassuré.

En mai 2021, c’était près de 10.000 migrants qui étaient entrés illégalement sur le territoire de Ceuta. En une nuit. On pensait alors voir atteint un sommet. Mais non. Et demain ?

À ce sujet — Ceuta : derrière la vague migratoire, le jeu trouble du Maroc


Georges Michel
, dans BV

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