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#webtube : Dans la série d’été « Ma Bédéthèque idéale », Monsieur Nostalgie nous invite à (re)découvrir la ligne claire de Ted Benoit (1947-2016), en particulier le recueil de dessins intitulé La peau du léopard (texte de Madeleine deMille) paru chez Albin Michel en 1985…
S’il ne fallait retenir qu’une seule signature visuelle en ce début des années 1980, le retour d’une esthétique néo-fifties en plein boom du chômage de masse, ce serait celle de Ted Benoit. Chef de file d’un mouvement libérateur et distant. L’héritier décomplexé d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs. Le prolongateur d’une ligne claire pas si claire que ça, faisant cohabiter la rigueur du trait et la dinguerie des aventures sentimentalo-policières de son héros cabossé, le dénommé Ray Banana.
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Bien plus tard, Ted Benoit reprendra le flambeau de Blake et Mortimer, se moulant dans un expressionnisme belgo-britannique, un style plus académique. Pour l’heure, il est partout : dans les kiosques, chez les disquaires, dans la publicité ou les revues spécialisées. Les commandes s’enchaînent. On raffole de son trait limpide, qui rompt avec le fouillis ambiant ; les belles courbes de ses voitures américaines, son sens de la couleur architecturée et de la perspective hollywoodienne sont des portes d’évasion pour les ados imbibés de Renaud et de Mitterrand.
Une nostalgie en forme de manifeste
Ted Benoit rompt avec la monotonie ouvrière et une certaine affliction française pour le drame noir et la grisaille salariale. La netteté de son travail, traversé par une puissante onde nostalgique, est finalement une prise de position politique dans ces années dogmatiques. Ses illustrations ont, de prime abord, le goût d’une Amérique léchée, caricaturale, hypertrophiée, issue d’un imaginaire collectif (fille de motel, shaker miroitant, juke-box aux airs de Caravelle, seins pigeonnants, American diner et drive-in), mais l’impression générale qui s’en dégage virerait plutôt vers une sorte de mal-être sociétal, de solitude simenonienne, d’un faux passé replâtré ou d’un futur hybride très flou reprenant les codes des Trente Glorieuses tout en étant imprégné du malaise français.
Ted Benoit, cinéaste de formation, dirige toujours notre œil vers de fausses pistes. On lui doit deux albums majeurs du XXe siècle : Berceuse électrique et Cité lumière. Le trouble est son encrier. Ray Banana, malgré une apparence clinquante, une chemise hawaïenne, des lunettes noires et une mèche graphique, demeure une énigme pour ses lecteurs. Ses quêtes existentielles, psychanalytiques, dans un Paris-Texas déroutant, n’ont rien à voir avec le chemin droit d’un Tintin, sûr de son bon droit.
L’œil des années 1980
En 1985, Albin Michel, en collaboration avec le Groupement Graphique d’Expression Française (GGEF), a la bonne idée de réunir le matériau brut de l’artiste. Tout un bazar organisé, un portfolio qui part dans tous les sens. On comprend alors pourquoi Ted Benoit a irrigué notre mémoire et nous a réconciliés avec « le beau » et « l’étrange ». On retrouve donc, dans cette pochette surprise, des affiches, notamment celle de l’exposition Trois architectes français de l’Institut Français d’Architecture, en 1984, qui feraient défaillir le romancier Jean-Pierre Montal ; une publicité pour le restaurant de la Tour Montparnasse ou pour la compagnie Air France (destinations : Hong Kong, Alicante, Stuttgart et Los Angeles) ; une publicité pour la SACEM ; mais aussi un portrait de son confrère Yves Chaland, autre grand dessinateur inspirateur de la période ; un hommage à Hergé pour la Fondation Miró de Barcelone en 1983 ; une pochette de disque pour le groupe Bill Baxter ; un dessin du générique de l’émission Sex Machine sur Antenne 2 ; ainsi que des œuvres pour la galerie Totem de Bruxelles.
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Sans le savoir, nous avons été biberonnés au style Ted Benoit. On fait appel à lui aussi bien pour dessiner une Peugeot 203 pour les éditions Atlas que pour la couverture d’un numéro anniversaire de Jazz Magazine. Car c’est dans la presse écrite, dans les magazines « papier », que le talent de Ted Benoit va prendre une dimension pharaonique. Il est présent dans Actuel, Libération, L’Écho des Savanes, Métal Hurlant, Télérama et la revue À Suivre. Un âge d’or dont il a été le principal animateur.
La peau du léopard, Ted Benoit, texte de M.D de Mille, Albin Michel, 1985, 91 pages.
Thomas Morales, Causeur








