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#webtube : Les émeutiers, refoulés des Champs-Élysées, se sont rabattus sur une expo de Yann Arthus-Bertrand : « Vivre ensemble ». Dans la nuit de mercredi à jeudi, après la victoire du PSG sur le Bayern, Paris a une nouvelle fois offert le spectacle désormais classique des « débordements ». Pudeur lexicale de rigueur. Résultat : 127 interpellations, des dizaines de blessés, dont plusieurs policiers. Au matin, la France se réveille avec la gueule de bois et l’on nous explique doctement que « cela aurait pu être pire ». Comme toujours. On n’ose quand même pas tenter le coup des supporters allemands. Dire que l’on envoie le Charles-de-Gaulle vers Ormuz… Que ne le dirige-t-on vers la Seine ?
Place de la Concorde !
Mais le plus savoureux — ou le plus tragique — s’est joué place de la Concorde. Les émeutiers, refoulés des Champs-Élysées, se sont rabattus sur une exposition de Yann Arthus-Bertrand intitulée Vivre ensemble. Tout un programme. Une exposition montée avec le démographe Hervé Le Bras, celui-là même qui expliquait, encore récemment, qu’« il n’y a pas de Grand Remplacement ».
Le projet, soutenu par l’État et la mairie de Paris, se voulait « artistique, culturel et citoyen ». Des centaines de portraits avenants d’une nouvelle France (Hervé Le Bras déclare d’ailleurs, au sujet de ces photos : « Yann et moi avons été saisis de la rapidité avec laquelle la France change. » Pas de Grand Remplacement, donc, mais un grand changement. On avance). La France des plaquettes institutionnelles et des éditos de Télérama.
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Et voilà que cette utopie trop lisse finit éventrée, renversée par ceux-là mêmes qu’elle célèbre. On aurait voulu écrire une allégorie qu’on n’aurait pas osé aller si loin : place de la Concorde (!), le « vivre ensemble » détruit en direct par les acteurs mêmes de cette France festive et multiculturelle dont on nous vante chaque jour les mérites. On pourrait en faire un tableau, façon Delacroix (pardon, « Delacroissant », plus adapté pour le sujet) : après La Liberté guidant le peuple, « La Vérité détruisant l’utopie ».
De l’art contemporain…
La scène est, du reste, presque une œuvre d’art contemporain involontaire. L’on introduit le chaos dans un décor harmonieux : le Vagin de la reine à Versailles, le plug anal place Vendôme…. Et hier, les émeutiers place de la Concorde… Ce village-monde Potemkine en papier glacé aux sourires trop appuyés, aux slogans implicites droit sortis des paroisses progressistes des années 1980 — « si tous les hommes voulaient se donner la main » —, vole en éclats, comme soufflé par une météorite. Le vrai vivre ensemble piétine le fantasmé. Le plus fascinant reste la réaction de Yann Arthus-Bertrand lui-même. Très affecté, d’abord, il a ensuite expliqué qu’il préférait retenir « la gentillesse » de ceux qui étaient venus aider à réparer et que cet épisode démontrait finalement… que le vivre ensemble existait. À ce degré-là, ce n’est plus de l’optimisme, c’est une foi mystique.
L’idéologie diversitaire ressemble à ces maris trompés de boulevard qui refusent de voir l’amant en caleçon caché dans l’armoire. Ils referment soigneusement la porte et en veulent à ceux qui les ont prévenus.
Et l’on notera, au passage, l’étrange asymétrie morale du système. Si des militants d’extrême droite avaient détruit cette exposition – et en toute logique, selon leur récit, c’est l’extrême droite qui aurait dû le faire, en ennemie de la culture et du vivre ensemble -, gageons qu’aussitôt, les victimes n’auraient pas minimisé les faits ni détourné le regard pour le garder sur les « belles personne » venues à leur secours.
Gabrielle Cluzel, dans BV
