– Derrière la charge contre Parcoursup, la question de la sélection

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#webtube : C’est la conception idéologique de l’accès au supérieur qui est en jeu et sa confrontation avec la réalité de l’emploi. Dans les revendications lycéennes, un mot semble cristalliser tout leur ressentiment : Parcoursup. Pourquoi tant de haine envers la « plate-forme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur en France » qui voit, chaque année, selon le gouvernement, pas moins de 900.000 candidats s’inscrire en quête d’une formation après le bac. À elle seule, la plate-forme est bien représentative du clivage politique : LFI souhaite sa suppression, Jean-Michel Blanquer revendique une « réussite à l’échelle globale », Sébastien Lecornu promet à la délégation de lycéens venue le rencontrer mardi un remplacement de la plate-forme, et au RN, on veut réformer Parcoursup. Ce mercredi 28 octobre, un débat a eu lieu à l’Assemblée nationale confirmant l’enjeu idéologique de ce débat.

Cristallisation de la colère lycéenne

Parcoursup serait le premier objet du ressentiment lycéen. Chaque année, les candidats classent dix vœux pour accéder à l’une des 25.000 formations, sélectives ou non, recensées sur la plate-forme. « Avec Parcoursup, les universités peuvent consulter les dossiers et choisir en fonction des notes et des appréciations. Sauf que tous les lycées n’ont pas le même niveau d’exigence et les mêmes conditions d’apprentissage », rapporte le service public, et même si, cette année, « 91,5 % des lycéens ont reçu au moins une proposition d’admission », certains bacheliers restent sur le carreau. Opacité, sélection, manque de places dans certaines filières du supérieur : les lycéens crient haro sur Parcoursup. Mais la plate-forme n’est qu’un leurre ou même simplement un punching-ball.

Mardi 27 octobre, Marie Mesmeur, députée LFI d’Ille-et-Vilaine, déposait une proposition de loi pour abroger Parcoursup, arguant que la plate-forme « opère en réalité comme un outil de tri social » où « l’opacité demeure la règle » et explique que « l’université ne peut pas être le privilège de quelques-uns triés sur le volet à l’aide d’algorithmes opaques [mais qu’] elle doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace de savoir, de débat, d’élévation collective ». L’idée est donc de permettre à « tout candidat titulaire du baccalauréat ou d’un diplôme reconnu équivalent [de] s’inscrire librement dans l’établissement d’enseignement supérieur public et la filière de son choix ».

À ce sujet — À Matignon, le dialogue social a-t-il une limite idéologique ?

Le tabou de la sélection

Ce n’est pas un hasard si LFI s’empare de Parcoursup, épicentre de la colère lycéenne. Sauf que « l’Union étudiante, La FAGE, l’UNEF et l’Union syndicale lycéenne (USL) revendiquent, de leur côté, 10 mesures principales, évaluées à 10 milliards d’euros, dont la fin de la sélection à l’université, la création de 250.000 places à l’université et une réforme des bourses. Difficile d’imaginer un tel effort financier alors que le pays est aussi endetté », résume 20 Minutes, montrant bien que le fond du problème n’est pas tant la plate-forme en elle-même, qui, d’ailleurs, était déjà une réponse à l’ancienne plate-forme APB, mais une crise plus profonde : celle de l’orientation des élèves et de la loi du marché de l’emploi à laquelle il est impossible d’échapper. Ainsi, Pour Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-UNSA interrogé par France Info, « le problème, ce n’est pas la plate-forme, c’est le nombre de places dans le supérieur et la question de la tension liée aux notes ».

Erreur massive d’orientation

Trop d’élèves sont orientés vers des filières sans débouchés professionnels. Trop d’élèves obtiennent un bac au rabais qui ne garantit pas le niveau suffisant pour poursuivre dans le supérieur. Trop d’étudiants se retrouvent en fin de cycle, même après les cinq années que sanctionne un master, sans emploi. « Beaucoup de gens étudient pour le chômage », expliquait le patron d’Axa, lors des Dialogues de l’économie de BFM Business, en comparant le système français avec ce qui se fait à l’étranger où les entreprises disent leurs besoins auxquels s’adapte l’enseignement supérieur : « On est loin de ça, en France. » « Il y a plus de 20 % de diplômés de l’enseignement supérieur qui ne sont pas en emploi et pas en étude », renchérissait Patrick Martin, président du MEDEF, un chiffre qui montre bien, explique-t-il, « qu’il y a des erreurs massives d’orientation ». En réalité, « on ment aux jeunes », dénonce un étudiant en économie venu témoigner de ses propres choix.

Alors, refonte ou réforme : tout l’enjeu du débat à l’Assemblée doit être orienté, lui, par la réalité du marché de l’emploi en France et ne pas succomber à la démagogie en promettant la suppression de Parcoursup comme si la plate-forme était responsable de tous les maux. Parcoursup reste un outil, rappelle France Universités, dans son communiqué de presse, c’est « l’orientation qu’il faut revoir en profondeur. L’articulation entre l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur ne fonctionne pas de manière optimale dans notre pays. »

Confrontation au réel

Après la concertation avec une délégation de lycéens, Sébastien Lecornu s’est engagé, entre autres, à « remplacer Parcoursup en 2028, avec de premières évolutions dès 2027 pour davantage de transparence » et à « créer 15.000 nouvelles places dans l’enseignement supérieur ». Sur X, le Premier ministre annonçait le débat de ce mercredi à l’Assemblée en expliquant que « l’orientation et la sélection des lycéens dans l’enseignement supérieur sont des sujets essentiels pour leur avenir [et qu’] ils méritent un véritable débat démocratique ». Présenté comme un enjeu majeur de la présidentielle, il s’agissait, pour chacun des groupes politiques, d’apporter leurs propositions concrètes au Parlement. Le remplacement de Parcoursup en 2028 est déjà acté, mais pour 2027, explique Sébastien Lecornu : « Les critères d’admission devront être compréhensibles et chaque refus expliqué et motivé. » Au fond, a rappelé le Premier ministre en demandant à chaque représentant de groupe « du concret, du précis, du sérieux », derrière Parcoursup, il s’agit surtout de la question de la sélection dans l’enseignement supérieur, de « notre conception de l’égalité, du mérite de la liberté, tout cela confronté au réel ».

Victoire Riquetti, Dans BV

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