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#webtube : Le modèle décentralisé espagnol montre ses limites face à une violence urbaine parfaitement coordonnée. Au Pays basque comme en Catalogne, l’automne espagnol prend des airs d’insurrection urbaine. Le lundi 26 octobre 2026, Bilbao s’est réveillée dans un paysage de chaos. L’annonce d’une conférence de Vito Quiles, décrit par une partie de la presse ibérique comme un « agitateur d’extrême droite », à l’université de Deusto a servi de prétexte à une déferlante de violence dans l’avenue Lehendakari-Aguirre, et ce, bien que l’événement ait été annulé au dernier moment par prudence.
La soirée s’est soldée par des barricades en flammes, des véhicules incendiés, des commerces vandalisés et de violents affrontements avec la police. Avec un bilan officiel de dix-neuf arrestations, dont celles de onze mineurs, ces événements font directement écho aux récents pillages au cœur de Barcelone qui ont laissé derrière eux quinze policiers blessés et 128 interpellations. Sous couvert de crise du logement, la nature des émeutes révèle une réalité politique plus profonde : une convergence des luttes à l’espagnole, regroupant trois jeunesses principalement issues des mouvances d’ultra-gauche, de l’immigration et de la frange la plus radicale des indépendantistes.
La haine de l’Espagne comme ciment idéologique
De prime abord, le parallèle entre les secousses espagnoles et les embrasements des métropoles françaises — de Paris à Marseille, en passant par Lyon ou Limoges — saute aux yeux. Dans les deux pays, la gauche la plus violente s’associe à une partie de la jeunesse d’origine immigrée pour semer le chaos dans les rues. Les appels circulant sur Internet via des réseaux internationaux comme Global Revolution en témoignent sans ambiguïté : « On emmerde votre précieuse normalité. Les ruines ne nous font pas peur ! » Mais l’Espagne a cette particularité d’y voir se greffer des courants indépendantistes régionaux.
Qu’il s’agisse de la Catalogne ou de la guérilla urbaine (kale borroka) basque, le rejet de la souveraineté espagnole offre, selon ceux qui s’y livrent, une légitimité à la violence pure. La convergence avec d’autres réseaux de casseurs ne se fait pas sur un projet de société mais sur une détestation commune de l’État central et de ses symboles. Comme le note la police en analysant les consignes du Black Bloc et des réseaux militants, les pillages sont désormais théoriquement légitimés comme une « expropriation directe » et une « légitime défense de classe » face à ce qu’ils qualifient de « vol institutionnalisé appelé propriété privée ».
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Barcelone et Bilbao, deux visages du chaos
Si l’onde de choc s’est propagée avec la même violence à Barcelone et à Bilbao, la sociologie des émeutiers dessine une géographie de la contestation à deux visages. À Barcelone, le centre-ville s’est métamorphosé, le week-end dernier, en un théâtre de pillages systématiques où, selon un habitant du quartier de El Raval, de nombreux jeunes d’origine marocaine ont été aperçus dépouillant les enseignes de luxe ou de technologie. Le même riverain racontait avec amertume voir passer des groupes exhibant leur butin : « tous avec des paquets, comme si les rois mages étaient venus », déplorant une nuit où « il n’y a eu aucune revendication, seulement du pillage et du chaos ».
Le Pays basque présente une autre configuration sociodémographique. Selon la presse, se trouvaient à la manœuvre des réseaux séparatistes locaux et les résidus idéologiques de l’ETA, un mouvement terroriste coupable du meurtre de centaines de personnes, depuis sa création en 1959. Les autorités basques ont d’ailleurs souligné que ces troubles à l’ordre public étaient « parfaitement préparés » par des « groupes organisés basques ». Évoquant le passé sanglant de la région, le conseiller à la Sécurité du gouvernement basque Bingen Zupiria a regretté d’assister « à quelque chose qu’on croyait révolu ».
Le piège des polices régionales
L’une des spécificités les plus frappantes du modèle espagnol réside dans la géographie même de la violence. Contrairement à la France, où la fureur urbaine a touché pratiquement l’ensemble des grandes métropoles, l’Espagne voit ses émeutes se concentrer dans les régions autonomes de Catalogne et du Pays basque, épargnant pour le moment Madrid et d’autres villes majeures, qui restent malgré tout sous la menace.
Cette singularité s’explique par un facteur institutionnel : la gestion du maintien de l’ordre y incombe à des polices régionales décentralisées, les Mossos d’Esquadra catalans et l’Ertzaintza basque. Dans ces territoires sous l’autorité de gouvernements autonomes — à l’image du chef du gouvernement basque Imanol Pradales, partisan modéré de l’indépendance —, le pouvoir central n’a pas la main directe sur les forces de sécurité. Cette autonomie opérationnelle a suscité de vives polémiques, face aux derniers troubles : déjà, à Barcelone, les Mossos d’Esquadra ont été débordés sans que les autorités locales anticipent en demandant des renforts de la police nationale, bien qu’elles fussent prévenues depuis longtemps.
À Bilbao, le syndicat professionnel de l’Ertzaintza a vivement dénoncé la gestion du dispositif, révélant que les fourgons d’intervention avaient mis une heure à arriver sur les lieux des incendies et que les renforts avaient été renvoyés chez eux trois heures avant la fin prévue de leur service. Un représentant syndical a résumé la colère des forces de l’ordre face aux consignes d’inaction : « Vous pouvez avoir un dispositif de 2.000 policiers, si on ne leur donne pas l’ordre d’intervenir, ils peuvent rester une heure de plus à brûler tout ce qu’ils veulent. » Aujourd’hui, sans aucun doute, le modèle décentralisé espagnol montre ses limites face à une violence urbaine parfaitement coordonnée.
Martin Dousse, dans BV
