– Pour sauver ses énergies intermittentes, l’Espagne stoppe ses entreprises et le fait payer aux Espagnols

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#webtube : Les arrêts de production industrielle sont devenus le dernier moyen pour éviter un nouveau blackout électrique espagnol. Le black-out qui avait frappé le réseau espagnol d’électricité le 28 avril 2025, provoquant la mort de 147 personnes, est encore dans toutes les mémoires. Et la crainte d’une nouvelle catastrophe hante, depuis, les acteurs hispaniques de l’énergie.

Nouvelle catastrophe évitée de justesse

Le 14 janvier 2026, le comparateur de contrats d’électricité, de gaz, d’Internet, d’assurance et de banque Selectra sonnait l’alerte sur son site : « Le spectre d’un nouveau black-out plane sur l’Espagne (malgré le bouclier anti-pannes). » Ses experts ont indéniablement eu le nez creux, la revue spécialisée Transitions & Énergies nous apprenant, peu après, que les Espagnols avaient frôlé la catastrophe, le 28 janvier. « Cette fois, ce ne sont pas les parcs solaires photovoltaïques qui ont déstabilisé le réseau électrique, mais les parcs éoliens contraints par la tempête Kristin de se mettre par sécurité en arrêt d’urgence. »

Le scénario de l’année passée était sur le point de se renouveler, mais l’expérience aidant, le « recours aux centrales à gaz, mises cette fois en réserve, et la coupure d’alimentation forcée des grands groupes industriels ont évité le pire ». L’incident, qui aurait pu être aussi voire plus grave et meurtrier que celui d’avril 2025, est très instructif à plus d’un titre.

L’intermittence en cause

Arrêtons-nous sur ses causes en premier lieu. C’est l’arrêt brutal (une mise en sécurité déclenchée automatiquement par des vents très forts) des parcs éoliens qui était à l’origine de la déstabilisation du réseau, et non des parcs solaires, comme l’année passée. Cela montre, contrairement à ce que veulent faire croire depuis 2025 le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez ainsi que tous les partisans des énergies renouvelables (EnR) intermittentes, que l’éolien peut déstabiliser le réseau tout autant que le solaire et que les deux sont déstabilisants par nature, justement du fait de leur intermittence, directement liée aux caprices du temps.

Il est tout autant instructif de s’intéresser aux mesures prises, qui ont permis d’éviter un nouveau drame. Premier enseignement : la mise en place de batteries de secours qui devait permettre de prendre le relais d’EnR à l’arrêt n’a pas eu lieu, et n’aurait sans doute pas suffi, l’agence Bloomberg estimant pour sa part que le « modèle espagnol atteint ses limites », devenant de facto presque hors de contrôle en cas d’épisode très défavorable.

Les entreprises comme variables d’ajustement

L’incident de 2026 montre par ailleurs que l’Espagne a, cette fois, eu le bon réflexe, mettant en marche des centrales à gaz pour compenser une partie du manque de production dû à l’arrêt des éoliennes. Mais il montre aussi que cela n’a pas suffi, que les autorités le savaient très bien. Et c’est donc dans le cadre d’un plan de crise défini à l’avance qu’il a été demandé aux entreprises espagnoles électro-intensives (gourmandes en électricité) de cesser en tout ou grande partie leur activité.

Le 28 janvier 2026, c’est un débranchement d’urgence face au déclenchement d’une situation de crise qui a eu lieu. Mais on constate que ce procédé est devenu progressivement, non seulement un outil préventif, mais qu’il est aussi désormais intégré au fonctionnement « ordinaire » de la production électrique du pays. On lui a même trouvé un petit nom : le Service de Réponse à la Demande Active (SRAD, créé en 2023).

À ce sujet — L’énergie solaire était bien responsable du black-out électrique mortel en Espagne

Dans une étude parue fin septembre dernier, la revue espagnole espécialisée El Periodico de la Energia constatait en effet « déjà sept activations du SRAD depuis le 15 juillet », en dix semaines, donc. Une fréquence jamais vue auparavant, selon ce media, qui rappelle qu’« en 2025, l’année de la panne d’électricité, [le SRAD] n’a pas été activé » et qu’il ne l’avait été que cinq fois auparavant, depuis 2022.

Non-sens économique

Partant du principe qu’une infrastructure de production d’énergie se doit d’être au service de l’activité économique, et non l’inverse, comment ne pas comprendre la sidération générale face à une méthode de compensation des défauts chroniques des EnR qui consiste finalement à considérer les entreprises électro-intensives comme des variables d’ajustement.

C’est donc l’entreprise qui se met désormais au service de producteurs d’électricité, lesquels n’ont pourtant comme seule raison d’être de la servir… Une inversion qui constitue un incroyable non-sens économique, que ne peut expliquer qu’un jusqu’au-boutisme idéologique devenu si aveugle qu’il en oublie jusqu’à la vocation même de ce qu’il a mis en place !

Mais ce n’est pas tout. Car à fois chaque que Red Eléctrica de España (le gestionnaire du réseau de transport d’électricité espagnol) déclenche une procédure de SRAD, le manque à gagner pour les entreprises se chiffre en millions d’euros. Or, les entreprises victimes sont indemnisées. Et c’est le « Nicolas » espagnol qui paie. El Periodico de la Energia rappelle donc que « les clients paieront sur leur facture d’électricité presque le double du « bouclier » des arrêts urgents d’usine : 255,5 millions [d’euros] en six mois ».

Mais le SRAD devenant un outil au quotidien, « les 255,5 millions que les clients paieront entre janvier et juin de l’année prochaine s’ajoutent aux 520 millions déjà payés depuis le lancement du mécanisme à la mi-2023 ». Au total, la facture s’élève donc déjà à 775 millions d’euros, et ne peut que s’allonger dans les temps à venir. Le SRAD est en effet appelé à être désormais déclenché de plus en plus souvent, étant le seul bouclier de protection encore vraiment efficace face au mauvais tours que jouent des EnR de plus en plus ingérables.

 L’Espagne, exemple à suivre ou à fuir ?

Pour son malheur, l’Espagne est clairement le laboratoire d’une stratégie électrique poussant très fortement, pour des raisons purement idéologiques, le recours aux EnR intermittentes. Au prix, d’ailleurs, de faillites retentissantes de certains de ses acteurs.

Un laboratoire qu’ont tenté et tentent toujours de reproduire en France les militants de l’éolien et du solaire, qu’ils en profitent pour des raisons politiques ou économiques. Faut-il faire avec ? Ou s’en inquiéter, au contraire, et considérer alors la stratégie énergétique de notre voisin comme l’exemple à ne surtout pas suivre ? Pour au moins quelques mois encore, notre gouvernement actuel penche clairement pour une grande proximité avec les choix espagnols.

Etienne Lombard, dans BV

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