– Le Charles de Gaulle, outil de puissance devenu illusion ruineuse 

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#webtube : Entre un porte-avions cloué à quai 70 % du temps, une escorte massivement investie dans l’autoprotection du Groupe aéronaval (GAN) et la menace des missiles hypersoniques ou des essaims de drones, notre fleuron de la Marine nationale est devenu obsolète et inapte aux conflits majeurs.

Reste que pour défendre notre immense domaine maritime au cours  d’opérations de basse intensité, le choix logique n’est pas d’avoir un seul PA mais au moins trois. Mais faute d’un budget suffisant, la raison impose de renoncer au GAN et de tout miser sur les sous-marins nucléaires et les drones.

Le Charles de Gaulle est un joyau vulnérable plus ruineux qu’utile

J’ai connu l’époque du Clemenceau et du Foch. Ces deux fleurons de la Marine nationale sillonnaient les mers du globe à une époque où la France était encore une grande puissance respectée, riche et prospère. Quinze ans à peine après la Seconde Guerre mondiale, notre industrie de l’armement accomplissait un exploit : concevoir et construire simultanément deux porte-avions, mis à la mer en 1961 et 1963. La France rayonnait sans interruption, car lorsqu’un navire entrait en révision, l’autre reprenait le flambeau à la mer.

Mais aujourd’hui, se satisfaire d’un seul porte-avions alors que nous possédons le deuxième domaine maritime du globe, qui s’étend sur tous les océans, est une option totalement erronée. Le choix de nos stratèges et de nos politiciens s’est fait entre 0 et 1 seul PA pour des raisons budgétaires, alors que la logique voudrait qu’il se fasse entre 0 et 3 groupes aéronavals.

Soit la France se donne les moyens d’assurer une permanence opérationnelle à la mer bien réelle, soit elle change radicalement de modèle. Mais le choix bancal actuel, le choix du pauvre, est une impasse.

Le Charles de Gaulle passe son temps à quai ou en cale sèche

Depuis son admission au service actif en 2001, les chiffres bruts du Charles de Gaulle sont sans appel : le navire a passé près de 70 % de son existence à quai ou en révision. Pour seulement 2 700 jours passés en haute mer, le fleuron de notre flotte est resté immobilisé à la base de Toulon ou en cale sèche pendant plus de 6 300 jours. Le constat devient grotesque. Quelle est la logique d’un outil de puissance qui passe les deux tiers de sa vie scotché à quai ?

Le porte-avions n’est plus qu’un colosse aux pieds d’argile

Il faut se rendre à l’évidence : si le porte-avions renforce notre diplomatie, il est désormais obsolète pour la guerre. Il faut distinguer la nature des conflits. Le porte-avions n’est pas “inutile” partout, mais il n’est plus adapté à notre politique, du moins quand on n’en possède qu’un seul.

C’est l’outil de la diplomatie et des conflits de basse intensité. Parfaitement adapté à la gestion des crises lointaines  et à la projection du pavillon français, le groupe aéronaval est un atout politique indéniable. C’est une base aérienne mobile qui s’impose en temps de paix. Mais pour que cette crédibilité diplomatique fonctionne, il faut  le nombre et la durée. Avec un seul navire disponible un tiers du temps, la France n’est qu’un « tigre de papier » aurait dit Mao.

Mais le pire est que face à un conflit réel contre une superpuissance comme la Chine, ou face à des puissances régionales dotées de drones et de missiles à profusion , comme l’Iran ou les Houthis, le porte-avions ne sert plus à rien. Les récentes tensions en mer Rouge l’ont prouvé : les Houthis, avec leurs armes de saturation low cost, ont fait trembler les forteresses navales de la puissante US Navy, qui ont dû s’éloigner des côtes et se positionner à des centaines de milles nautiques au large pour se protéger d’un désastre potentiel.

Dès que la menace s’élève, on constate que  le Charles de Gaulle exige une escorte d’élite : frégates de défense aérienne, frégates de lutte anti-sous-marines, bâtiment ravitailleur et un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Toute cette avant-garde technologique, qui représente le cœur de notre flotte de combat, consacre en réalité l’essentiel de ses forces et de ses radars à une seule mission : s’autoprotéger ! Une protection qui a un coût faramineux en munitions face à un essaim de drones.

On mobilise nos meilleurs marins et nos navires les plus modernes pour défendre une unique plateforme géante. Le GAN, loin d’être l’arme offensive par excellence est sans cesse sur la défensive, tant la perte d’un porte-avions produirait un effet dévastateur. Imaginez le pont d’envol du Gérald Ford détruit par des missiles houthis. Pas besoin de le couler pour paralyser un PA. Pas d’avions de combat sans pont d’envol.

Les simulations informatiques et les wargames sont sans appel : face à un déluge de missiles hypersoniques coordonnés, les défenses finissent par être saturées et les porte-avions sont envoyés systématiquement par le fond. Aussi bien les simulations programmées par les Chinois que celles testées par les Américains confirment cette vulnérabilité extrême. Aucun porte-avions américain ne pourra approcher des côtes de Taïwan. Effrayés par les Houthis, que pourraient donc espérer les 11 PA américains face à la Chine, dotée de tout l’arsenal de destruction imaginable ?

Le choix le plus crédible pour la France, changer de paradigme

Le constat est sévère mais lucide. Si la France refuse de consacrer 5 % de son PIB à sa défense, préférant orienter ses budgets vers son modèle social, elle doit cesser de s’accrocher à un prestige de façade.

Avec un navire resté à quai les deux tiers de son temps, on ne fait trembler personne. Le choix logique et crédible n’est pas d’avoir 0 ou 1 porte-avions, mais bien 0 ou 3. Et puisque la France n’a plus l’argent pour en aligner trois, le choix de la raison est bien zéro.

Il est donc temps de réorienter massivement nos dépenses vers ce qui fonctionne vraiment aujourd’hui : les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), les drones autonomes et les missiles de précision en grande quantité. L’annulation pure et simple du programme du futur porte-avions de nouvelle génération (PANG), estimé à 12 milliards d’euros, permettrait de libérer des budgets colossaux. Voici l’alternative crédible que la France pourrait s’offrir :

Matériel de remplacementCoût unitaire estiméÉquivalence budgétaire (pour 12 Mds €)
Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA classe Suffren)1,3 milliard €+ 6 SNA (soit un doublement de la flotte actuelle)
Frégates de premier rang (FDI / FREMM)700 millions €+ 8 Frégates lourdement armées
Missiles de croisière navals (MdCN) et antinavires3 à 5 millions €+ 1 500 à 2 000 missiles de haute précision
Drones sous-marins et de surface (très grande autonomie)10 à 30 millions €Une flotte de plusieurs centaines de drones de patrouille

J’ai longtemps cru à la puissance de feu d’un porte-avions et à son effet dissuasif. J’ai toujours regretté que le Charles de Gaulle n’ait pas eu un frère jumeau comme au temps du « Clem » et du Foch. Mais il faut se rendre à l’évidence, l’avenir des porte-avions semble être remis en question par l’arrivée d’une arme redoutable à la portée de tous les pays : le drone bon marché utilisé en essaims de centaines d’unités pour submerger les défenses. Et derrière l’essaim sur lequel le GAN a jeté toutes ses munitions, suivent les missiles hypersoniques imparables…

Il est temps d’abandonner ce symbole de puissance obsolète, condamné comme le furent naguère les cuirassés. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, une bonne dizaine de cuirassés japonais, américains, allemands et britanniques, ces géants des mers blindés et réputés invincibles, ont été coulés faute de couverture aérienne ou sous-marine, victimes de bombes et de torpilles.

Le plus grand géant de l’époque, le Yamato, 72 000 tonnes, repéré par l’aviation américaine, s’est retrouvé attaqué par plusieurs vagues de chasseurs bombardiers. Sa soute à munitions a fini par exploser. Il a coulé en emportant 3 000 marins par le fond.

Par conséquent, renforçons plutôt nos bases navales outre-mer en les dotant d’armements de dernière génération, et cessons de nous obstiner dans une illusion ruineuse de puissance à mi-temps.

Un porte-avions disponible 30 % du temps a la même rentabilité intermittente qu’une éolienne : un investissement colossal pour un outil qui passe l’essentiel de son temps à l’arrêt.

Jacques Guillemain, Riposte Laïque

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