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#webtube : En stoppant la guerre de 12 jours prématurément, Trump a offert a ses ennemis un répit inespéré pour se renforcer. Il vient de renouveler l’exploit en leur accordant un second cessez-le-feu qui dure depuis 40 jours, sans qu’aucune concession du régime chiite n’ait été obtenue. Bien pire, c’est Téhéran qui fait monter les enchères et menace toute la région. Selon le renseignement américain, Téhéran dispose encore de 70 % de sa force de frappe en missiles et en drones. De quoi refroidir les monarchies du Golfe, peu disposées à voir leurs raffineries et leurs usines de dessalement partir en fumée.
On ne compte plus les déclarations fracassantes de Donald Trump annonçant un jour que l’Iran n’est plus qu’un champ de ruines, pour dire le lendemain qu’il va ramener ce pays à l’âge de pierre, pour finalement affirmer que les négociations se déroulent à merveille, promesse d’un accord imminent. Mais après 80 jours de conflit dont la moitié consistant à alterner menaces de frappes et négociations virtuelles, c’est Téhéran qui pavoise parce que la parole de Trump, en théorie l’homme le plus puissant de la planète, fait davantage rire que trembler.
Et pendant ce temps, la répression contre le peuple iranien, avec des pendaisons en série, tourne à plein régime. Plus question de sauver le peuple d’une théocratie barbare. On tente de négocier à minima.
Depuis le 28 février la communication de la Maison-Blanche est devenue une farce grotesque. Trump a fait 11 déclarations annonçant que la guerre était terminée ou que la paix était imminente. Mais ce n’était qu’une suite de canulars.
Les déclarations contradictoires et incohérentes se succèdent, tandis que l’Iran ne cède rien. C’est la 6e fois que Trump repousse un ultimatum, trouvant toujours un bon prétexte pour reculer en essayant de sauver la face. Les Iraniens l’ont parfaitement cerné.
Après avoir promis une nouvelle fois de tout raser en Iran, Trump a annoncé lundi :
« J’ai été invité par l’émir du Qatar, Tamim bin Hamad Al Thani, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed bin Salman Al Saud, et le président des Émirats arabes unis, Mohamed bin Zayed Al Nahyan, à suspendre notre attaque militaire prévue contre la République islamique d’Iran, qui devait avoir lieu demain, car des négociations sérieuses sont actuellement en cours et qu’à leur avis, en tant que grands dirigeants et alliés, un accord sera conclu qui sera tout à fait acceptable pour les États-Unis, ainsi que pour tous les pays du Moyen-Orient et au-delà. Cet accord inclura notamment AUCUNE ARME NUCLÉAIRE POUR L’IRAN ! Compte tenu du respect que je porte aux dirigeants susmentionnés, j’ai donné pour instruction au secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, au président du Comité des chefs d’état-major, le général Daniel Caine, et à l’armée américaine, de ne PAS mener l’attaque prévue contre l’Iran demain, mais je leur ai également demandé de se tenir prêts à lancer un assaut total et à grande échelle contre l’Iran, à tout moment, au cas où un accord acceptable ne serait pas conclu. Merci de votre attention ! Le président DONALD J. TRUMP »
Restons lucides. Car voici un compte rendu chronologique des dix dernières déclarations de Trump. Que du vent :
1. 6 mars – Trump a publié : « Il n’y aura aucun accord avec l’Iran, sauf une CAPITULATION INCONDITIONNELLE ! » – présentant la guerre comme étant essentiellement tranchée en faveur des États-Unis. Gulf News
2. 9 mars – Trump a déclaré : « La guerre est pratiquement terminée », et a faussement affirmé que l’armée iranienne avait été détruite et que le détroit d’Ormuz avait été rouvert. Aucune de ces affirmations n’était vraie. Gulf News
3. 23 mars – Trump a affirmé que les États-Unis avaient été en contact avec « un haut responsable » en Iran et a déclaré : « Ils ont appelé, je n’ai pas appelé. Ils veulent conclure un accord, et nous sommes tout à fait disposés à conclure un accord ». L’agence de presse Fars, affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien, a immédiatement démenti toute négociation, et le ministère des Affaires étrangères iranien a déclaré qu’il se contentait d’examiner des propositions transmises par des médiateurs. Gulf News
4. 24 mars – Trump a de nouveau affirmé que les États-Unis et Israël avaient « gagné » la guerre, alors même que l’Iran poursuivait ses frappes de missiles. Gulf News
5. 1er avril – Trump a affirmé que l’Iran venait de demander un cessez-le-feu aux États-Unis et que ces derniers l’examineraient une fois que le détroit d’Ormuz serait « ouvert, libre et dégagé ». Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié cette affirmation de « fausse et sans fondement », et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré que le détroit « ne serait pas ouvert aux ennemis du pays à la suite du spectacle ridicule donné par le président des États-Unis ». Gulf News
6. 7-8 avril – Trump a annoncé sur Truth Social qu’il avait accepté un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, affirmant que l’Iran ouvrirait immédiatement le détroit d’Ormuz et s’emploierait à finaliser un accord de paix. Il a qualifié la proposition en 10 points de l’Iran de « base viable sur laquelle négocier ». Dans les 24 heures, le détroit restait fermé et les deux parties s’accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu. Gulf News
7. 21 avril – Trump a annoncé une prolongation du cessez-le-feu avec l’Iran, le qualifiant de « sans limite de durée », déclarant qu’il avait « ordonné à nos forces armées de poursuivre le blocus et, à tous autres égards, de rester prêtes et capables ». Il a simultanément donné à l’Iran 3 à 5 jours pour s’engager sérieusement dans les négociations. manifold
8. Fin avril – Trump a déclaré à plusieurs reprises qu’un accord était proche et que les dirigeants iraniens souhaitaient un accord, tout en menaçant simultanément de reprendre les bombardements si les conditions n’étaient pas remplies dans les jours suivants.
9. 10 mai – Trump a qualifié le cessez-le-feu de « sous assistance respiratoire », puis a intensifié le ton en parlant d’« assistance respiratoire massive » après avoir rejeté la proposition de l’Iran, la qualifiant de « tas d’ordures » qu’il « n’avait même pas fini de lire ». International Business Times
10. 14-15 mai (sommet de Pékin) – Trump a déclaré à Fox News que Xi avait accepté que l’Iran ne puisse jamais posséder d’arme nucléaire et a affirmé que Xi avait proposé d’aider à résoudre le conflit – présentant une résolution comme étant désormais à portée de main – tandis que Rubio déclarait simultanément à NBC News que les États-Unis « ne demandaient pas l’aide de la Chine concernant l’Iran ».
Plus personne n’a confiance en Trump. Ce yo-yo permanent fait le bonheur des traders qui jonglent avec le cours du pétrole. Mais en attendant, rien n’est réglé.
De toutes façons, quelle que soit l’issue de cette guerre, si le régime des mollahs reste en place, non seulement il n’y aura aucune paix possible au Moyen-Orient, mais Téhéran fera danser toute la planète avec le détroit d’Ormuz.
Tous les buts de guerre initiaux ont été passés à la trappe.
– Oublié de 7 octobre 2023
– Oubliée la charte prévoyant de rayer Israël de la carte
– Oubliées les dizaines de milliers de roquettes lancées sur Israël par les deux entités terroristes que sont le Hamas et le Hezbollah armés par Téhéran
– Oubliées les pendaisons en série, les tortures, les enlèvements, les exécutions sommaires exercés contre le peuple qui a cru en sa libération
Sur le nucléaire militaire, le programme balistique et le détroit d’Ormuz, on se demande ce que Trump veut négocier avec un tel régime.
Ce faiseur de paix avait déjà négocié à Doha avec les talibans « modérés ». On a vu le résultat en 2022 ! Une monumentale débandade de l’armée américaine devant quelques milliers de talibans armés de kalachnikov.
Trump va-t-il renouveler l’exercice ? La question se pose.
Car au bout de 80 jours, Téhéran menace toujours Israël, les monarchies du Golfe et les bases américaines de la région. Sans oublier le blocage du détroit d’Ormuz qui pourrait s’éterniser. On est loin des buts de guerre du 28 février.
Jacques Guillemain, Riposte Laïque
