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#webtube : Et voilà que le dixième Star Wars arrive sur nos écrans. Le titre de ce nouvel épisode ? The Mandalorian and Grogu. Et voilà que le dixième Star Wars arrive sur nos écrans, en faisant évidemment l’impasse sur les séries télévisées et autres spin off (comme on dit à Hollywood) consacrés aux personnages annexes de l’épopée qui nous occupe. Le titre de ce nouvel épisode attendu par des dizaines de millions de fans ? The Mandalorian and Grogu.
Le petit plus commercial ? La présence de la belle Sigourney Weaver, la fille pas commode d’une autre saga, celle d’Alien, lancée par Ridley Scott en 1979 et magnifiée sept ans plus tard par James Cameron, avec le très musclé Aliens, le retour. Joli coup de marketing. Mais La Guerre des étoiles n’était-il pas aussi qu’un grandiose coup… de marketing, lors de sa sortie en 1977 ? Voilà qui peut se discuter. Discutons-en donc.
Les sales gosses du Nouvel Hollywood…
À l’époque, George Lucas, tout comme ses amis Steven Spielberg et Francis Ford Coppola, sont les figures de proue de ce que l’on nomme alors le Nouvel Hollywood ; soit de jeunes cinéastes qui, inspirés par la Nouvelle Vague française, entendent mettre fin au système des grands studios déjà moribonds. Auteurs ils se veulent, et n’entendent pas se plier aux diktats des producteurs. Ils ont de l’ambition à revendre ; un peu d’arrogance, aussi. Il est vrai que les débuts sont prometteurs : avec Le Parrain (1972), Coppola devient le roi de la Cité des anges. C’est moins vrai pour un Steven Spielberg s’étant fait la main sur le premier épisode de la série Columbo, Le Livre témoin, en 1971. L’année suivante, ce sera ensuite un téléfilm, Duel. Puis, en 1975, la déflagration mondiale des Dents de la mer. Quant aux débuts de George Lucas, ils sont moins probants. En 1971, THX 1138, dystopie tournée en noir et blanc sur le totalitarisme à venir, recueille certes les faveurs de la critique, ayant même les honneurs de la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes, mais ne trouve pas son public.
Enfin, un film d’auteur qui rapporte de l’argent…
Pour American Graffiti, sorti deux ans plus tard, ce sera le contraire : avec seulement 777.000 dollars de budget, il accumule 115 millions de dollars de recette. Le succès est tel qu’il lance Happy Days, la série télévisée à succès qu’on sait. George Lucas réussit son pari : faire un film d’auteur qui rapporte de l’argent. Soit le rêve inavoué de tous les auteurs. Ce qui ne lui interdit pas d’avoir de la tendresse pour d’autres confrères, tout aussi auteurs mais moins dans le vent, ceux de la série B, dont le producteur Roger Corman demeure l’exemple emblématique. Roger Corman, qui a lancé des metteurs en scène tels que James Cameron, Ron Howard et le même Coppola, a également rendu célèbres des acteurs dont le plus fameux demeure Jack Nicholson. Corman était le spécialiste du petit film d’horreur à tout petit budget. En ce sens, Les Dents de la mer s’inscrit dans cette lignée – un surcroit de billets verts en plus.
C’est donc pénétré de cette culture que George Lucas pense à son nouveau film, un space opera, bercé qu’il a été durant son enfance par des serials – les feuilletons d’alors – tels que Flash Gordon. Mais les droits de ce personnage de bande dessinée sont bien trop chers pour lui. Il lui faut donc trouver quelque chose de plus économique. Ce sera Star Wars.
À ce sujet — Mort de Roger Corman : tout ce que Hollywood doit à ce passeur…
Interrogé par nos confrères de Mad Movies, en janvier 2020, George Lucas nous en dit plus : « Enfant, je lisais beaucoup de science-fiction. Pas celle, technique, d’Isaac Asimov, mais celle d’Harry Harrison, plus aventureuse, épique. La Guerre des étoiles est aussi née de l’influence de ses romans, et de bien d’autres, de même que du western, des films de samouraïs. J’ai tout mêlé, agrégé. » Pour autant, ses lectures d’enfance ne lui font pas oublier ses années passées à UCLA, prestigieuse université californienne sur les bancs de laquelle il a étudié ses augustes prédécesseurs, dont le maître japonais Akira Kurosawa et l’une de ses œuvres majeures, La Forteresse cachée (1958). Toujours selon la même source, il reconnait : « Ce n’est pas tant que j’y trouvé l’essence de mon scénario, mais La Forteresse cachée m’a donné l’idée de raconter l’histoire du point de vue de deux personnages secondaires » ; R2D2 et C3PO, les deux droïdes, depuis, entrés dans la légende du septième art.
Du syncrétisme religieux…
La force de Star Wars, si l’on peut dire en la circonstance, consiste encore à son arrière-plan religieux. Cette fameuse « force » lui vient de la lecture de Carlos Castaneda, l’écrivain ésotérique le plus en vogue, dans les années soixante, que Lucas a évidemment dévoré. D’où ce panthéisme syncrétique propre à ne froisser personne. Dans Mad Movies, Lucas précise encore : « La force distille toutes les religions pour n’en tirer qu’un seul concept basique. Le fait qu’il y ait un dieu, un pouvoir suprême, quelque chose qui contrôle notre destin ou qui œuvre pour le Bien comme le Mal, a toujours été fondamental, dans l’histoire de l’humanité, dans toutes les civilisations. » Emballé, c’est pesé !
Ensuite, contrairement à une idée trop communément reçue, Star Wars ne bénéficie que d’un budget des plus modestes. La 20th Century Fox n’y croit guère et ne sort le film que dans… trente-sept salles, histoire de ne pas trop faire d’ombre au Cours après moi, shérif, sombre bouse signée Hal Needham. Quel flair ! Au bout de quelques jours, les files d’attente s’allongent. Le bouche-à-oreille est foudroyant. On préfère dormir sur le trottoir pour être sûr de ne pas manquer la séance du matin. Un phénomène est né. Le triomphe est tel que George Lucas a les moyens de financer, seul, la suite, L’Empire contre-attaque. Se croyant une fois de plus maligne, la Fox lui abandonne l’intégralité des droits dérivés, soit ceux de ces jouets qui ne vont pas tarder à submerger la planète.
En quelque sorte, notre homme signe là la fin du Nouvel Hollywood, abandonnant ses rêves d’antan. Il est devenu un entrepreneur capitaliste comme les autres. George Lucas supervise, ensuite, deux autres trilogies, avant de vendre son empire à celui de Walt Disney pour quelques milliards de dollars.
Côté public, on continue d’aller voir chaque nouvel épisode de la série ; un peu comme on va voir les James Bond, tout en sachant que l’agent 007 n’est plus exactement ce qu’il a été. Ainsi va le monde, même celui des étoiles.
Nicolas Gauthier, dans BV
