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#webtube : Pourquoi avoir laissé la chienlit s’installer alors qu’autant de professeurs étaient mobilisables en 24 heures ? 514 établissements sans profs et 3000 profs sans établissement. Cherchez l’erreur. Est-ce une grâce du ciel accordée à la France après la venue du pape Léon XIV ? Ce jeudi 8 octobre, au JT de 20 heures, un miracle s’est produit : Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a découvert 3.000 enseignants dans le fond de son chapeau. Prenant leur envol telle la colombe du Saint-Esprit, ceux-ci vont s’abattre « dans les prochaines heures » sur les 514 établissements où l’absentéisme fait rage. C’est Gilles Bouleau qui a recueilli la bonne nouvelle de la bouche du ministre venu annoncer son « plan d’urgence » au JT de TF1. La solution sur un plateau : 3.000 enseignants sortis du chapeau. Un miracle, vous dit-on, car ils étaient là mais on ne les voyait pas. Ils étaient simplement « mal affectés », a dit Edouard Geffrray. Ou, plutôt, pas affectés du tout.
Bon sang, mais c’est bien sûr, comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt !
Il est étonné, Gilles Bouleau. Nous aussi. Comment cela, vous aviez des centaines d’établissements sans profs et 3.000 profs sans établissements et vous ne le saviez pas ? « Très concrètement », dit le ministre, c’est « grâce à un logiciel que j’avais demandé il y a un an. C’est la première fois qu’on le déploie, on a pu identifier les établissements qui sont dans une situation très problématique. » Le ministre a fait la liste : 114 lycées classés « rouge » et 400 classés « orange », soit 514 établissements. Magnifique, l’addition est juste ! Pourquoi, alors, avoir attendu le chaos ? Pourquoi n’avoir pas profité des vacances d’été pour que ça fonctionne dès la rentrée, demande le journaliste ?
Le logiciel « est en cours de déploiement », répond le ministre. Il était prévu pour début novembre, il a fait accélérer les choses. Avant, « nous n’avions pas les outils de pilotage » (sic), assure Édouard Geffray. La faute à la trompe du « mammouth », comme disait Claude Allègre, elle est bouchée ; impossible de faire remonter les infos.
À ce sujet — École : pourquoi tant d’élèves sans profs et tant de profs sans élèves ?
Concrètement, donc, « on a 3.000 profs remplaçants qui ne sont pas actuellement devant des élèves. Ils voudraient l’être mais ne le sont pas parce qu’on savait mal les affecter. Ils seront en place entre demain [vendredi, NDLR] et mardi », poursuit le ministre. Va falloir se dépêcher de boucler les valises…
Deuxième levier d’action : « autoriser les recteurs à recruter quelques centaines de fonctionnaires de plus là où nous avons des besoins ». Enfin, on va réactiver le « pacte enseignant », soit « donner plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires par anticipation aux proviseurs pour qu’ils puissent procéder aux remplacements de courte durée à l’intérieur de l’établissement, avec des professeurs volontaires ».
Ça en dit long sur l’état de l’Éducation nationale
Invité, ce vendredi matin, de la matinale d’Élizabeth Martichoux (Bonjour !, TF1), Sébastien Chenu, vice-président RN de l’Assemblée nationale, énonce cette évidence : « Ça en dit long sur l’état de l’Éducation nationale et la mauvaise gestion de cet énorme paquebot. » En effet, apprendre – alors qu’on a laissé la chienlit s’installer depuis quinze jours dans les rues – qu’« il y a donc 3.000 professeurs susceptibles d’être mis devant des élèves en 24 heures, et donc une masse de professeurs « en réserve de la République » », ça laisse pour le moins pantois. Surtout, cela prouve que « ce gouvernement, et Monsieur Geffray le premier, n’a rien anticipé, qu’ils n’ont rien vu venir, qu’ils n’ont rien prévu, rien organisé ». Bref, que « ce paquebot est vraiment un vaste bazar. »
Reste maintenant cette autre question de Sébastien Chenu à laquelle on aimerait avoir une réponse : « Et tous ces professeurs qui ne sont pas devant des élèves, que font-ils, au moment où nous nous parlons ? » Il y a un an tout juste, à la rentrée 2025, nous nous étions déjà posé la question : pourquoi tant d’élèves sans profs et tant de profs sans élèves ? En juin 2025, un rapport du Sénat nous avait appris que « l’absentéisme des professeurs a connu une hausse de 16,8 %, depuis 2018, et le non-remplacement dans le second degré une hausse de 93,8 % ». On apprenait dans le même temps que « le vivier de remplaçants n’a pas suivi l’évolution des absences », cela malgré un budget constant de 4,2 milliards d’euros alloués à cette question. Pour quoi faire, ces 4.2 milliards ? Eh bien, en grande partie pour payer les TZR, c’est-à-dire les « titulaires d’une zone de remplacement ». Affectés au second degré, ce sont des professeurs certifiés, rémunérés sur un temps plein et rattachés à un établissement qui doit gérer leurs affectations de remplacement en lien avec le rectorat. Comme nous l’écrivions alors, il est très difficile de connaître leur nombre réel car les derniers chiffres disponibles du ministère remontaient alors à… 2011-2012.
Il faut croire que Monsieur Geffray a pu mettre la main dessus. Et si les éléments que nous avions collectés il y a un an sont exacts, établissant à 9.000 le nombre de « réservistes », alors le ministre a encore de la marge !
Marie Delarue, dans BV
