. Nucléaire français : le rebond ?

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#webtube : Après le sabotage du nucléaire français par la Gauche (Jospin, Hollande, Macron), la France accumule les retards et peine à structurer une véritable offre export. En revanche, la Russie a réalisé ce qui tenait presque de l’impossible : reconstruire, en moins de vingt ans, une filière nucléaire civile crédible, compétitive et projetable à l’international. Pourtant, tout les condamnait après Tchernobyl.

Alors, que s’est-il passé ? Et surtout, comment la France peut-elle en tirer les leçons pour redevenir elle-même une grande puissance nucléaire exportatrice ? Telles sont les questions centrales d’une note remarquée du Millénaire, signée Louis Thomassin1, qui mérite d’être lue comme un manuel de reconquête plus que comme un constat d’échec.

Car l’essentiel n’est pas de regretter le passé. Il est de comprendre pourquoi la France, qui dispose d’atouts considérables – un parc nucléaire maîtrisé, des industriels de rang mondial (EDF, Framatome, Orano), une recherche de pointe –, a vu sa part de marché à l’export s’éroder. Et de proposer une feuille de route pour rebâtir un véritable « instrument de puissance » nucléaire.

Une France qui a perdu le réflexe export

Le premier mérite de la note est son diagnostic lucide. La France n’a pas perdu son savoir-faire technique. Elle a perdu sa capacité à l’organiser, à le financer et à le projeter. La Cour des comptes l’a rappelé dès 2025 : Flamanville 3, c’est 23,7 milliards d’euros, des années de retard, une rentabilité médiocre. Et le programme EPR2 reste, à ce jour, sans devis définitif ni plan de financement stabilisé.

Sur le marché intérieur, cette fragilité est déjà préoccupante. Sur le marché export, elle est rédhibitoire. Car un pays qui hésite sur sa propre trajectoire nucléaire a du mal à convaincre un État étranger de s’engager pour quarante ans. Dès lors, à chaque fois que la France se disperse entre plusieurs acteurs – EDF, Framatome, Orano, Bpifrance Assurance Export, Direction générale du Trésor, ambassades –, elle perd en lisibilité et en crédibilité.

Le constat du Millénaire est clair : nous avons les briques, mais pas l’architecte. Nous avons la technologie, mais pas l’offre intégrée. Nous avons des diplomates, des ingénieurs et des banquiers, mais ils ne parlent pas toujours le même langage, ni ne suivent le même calendrier.

L’urgence d’un chef d’orchestre

La première série de propositions de la note vise donc à mettre fin à la juxtaposition et à recréer une chaîne de commandement lisible.

Proposition 1 : créer un Comité export du nucléaire sous l’autorité du Premier ministre. Distinct mais rattaché au Conseil de politique nucléaire, ce comité se réunirait tous les deux mois en format resserré : Matignon, Élysée, Direction générale du Trésor, Quai d’Orsay, Agence des participations de l’État, Bpifrance Assurance Export, EDF, Framatome, Orano et GIFEN. Sa mission : arrêter une liste courte de pays-cibles, valider les offres, arbitrer le financement public et suivre l’exécution ;

Proposition 2 : désigner EDF comme chef de file unique de l’offre export. Non pas pour effacer Framatome ou Orano, mais pour clarifier les responsabilités. À l’international, un client doit savoir à quel interlocuteur s’adresser. Aujourd’hui, cette lisibilité fait défaut ;

Proposition 3 : ouvrir chez Bpifrance Assurance Export une enveloppe nucléaire dédiée, pluriannuelle et annoncée publiquement. La France a su le faire ponctuellement – le prêt garanti de 5 milliards de livres sterling pour Sizewell C en 2025 en est la preuve –, mais il faut transformer cette capacité en doctrine permanente. Une enveloppe visible, c’est un signal de stabilité pour les pays acheteurs.

Proposition 4 : créer, pour chaque pays prioritaire, une équipe-projet interministérielle et industrielle. Avec un responsable unique nommé pour cinq ans, associant ambassade, DG Trésor, EDF, Framatome, Orano et Bpifrance. Ce type de dispositif existe déjà ponctuellement – le forum nucléaire franco-tchèque de Prague en 2024 en est un exemple –, mais il doit devenir la règle ;

Proposition 5 : doter chaque ambassade dans un pays-cible d’un plan nucléaire pays, actualisé tous les six mois. Un document opérationnel de quatre volets : état du programme local, besoins de formation et de financement, position des concurrents, stratégie française ;

Proposition 6 : adosser l’export à une programmation nationale stable. La France a publié en 2026 sa Programmation pluriannuelle de l’énergie 2026-2035, et le Conseil de politique nucléaire a réaffirmé en mars 2025 le caractère stratégique de la relance. Mais tant que le programme EPR2 restera financièrement incertain, l’offre export sera vulnérable. D’où l’idée d’ajouter à la programmation nationale un volet export explicite, avec revue annuelle devant le Parlement ;

Proposition 7 : limiter à 6 ou 7 le nombre de marchés prioritaires sur cinq ans. Le nucléaire ne se gagne pas par une présence commerciale diffuse, mais par une relation dense, préparée et suivie sur une décennie.

Reconstruire une offre intégrée

La deuxième leçon, tirée de l’échec français autant que de la réussite russe, est que le nucléaire export ne se limite pas à la technologie. Un pays client, surtout s’il est primo-accédant, attend un écosystème complet : financement, combustible, formation, maintenance, assistance réglementaire, et engagement sur la durée de vie de la centrale (40 à 60 ans).

Or la France a tendance à présenter ses composants séparément. D’où l’idée d’une marque « France nucléaire 4e génération », qui prendrait le relais du projet Superphénix. L’argumentation du Millénaire sur ce point est particulièrement solide :

  • Rareté de l’uranium 235 : les réacteurs à eau pressurisée (REP) dominants utilisent une ressource fissile rare. À long terme, la production mondiale plafonnera autour de 100 000 tonnes par an. Les réacteurs à neutrons rapides permettent d’utiliser l’uranium 238, cent fois plus abondant ;
  • Recyclage des déchets : la 4e génération offre la capacité de réduire drastiquement le volume des déchets à long terme, une condition sine qua non pour la durabilité de l’offre nucléaire ;
  • Adaptabilité commerciale : ces réacteurs conviennent aussi bien aux petits réseaux des pays primo-accédants (Rwanda, etc.) qu’au renouvellement des parcs des pays du Nord ;
  • Avantage stratégique sur la Chine : Pékin, qui construit pourtant le plus grand nombre de réacteurs au monde, n’est pas encore positionné sur la 4e génération. La France a là une fenêtre de tir ;

Proposition 8 : structurer l’offre sur toute la durée de vie. Dès la première phase de négociation, inclure combustible, arrêts de tranche, maintenance, mises à niveau, inspections, et si nécessaire démantèlement. Framatome et Orano disposent déjà de ces compétences ; il faut les rassembler dans une offre unique ;

Proposition 9 : doter la France d’un mécanisme anti-OPA pour la filière nucléaire. Pour garantir la souveraineté stratégique, toute acquisition d’une entreprise nucléaire française par un acteur étranger devrait être soumise à autorisation préalable du gouvernement.

Vaincre la pénurie d’ingénieurs

Dernier volet, trop souvent négligé dans les débats français : la ressource humaine. La filière nucléaire française souffre d’une pénurie d’ingénieurs et de techniciens qualifiés. Faute de vivier, les savoir-faire se perdent dans certains métiers critiques : tuyauteurs, chaudronniers, soudeurs, échafaudeurs, contrôleurs de soudure ;

Proposition 10 : lancer des filières de formation spécifiques pour ces métiers sous tension. Un effort de planification qui relève de la souveraineté industrielle ;

Proposition 11 : maintenir le nucléaire dans la taxonomie verte européenne. L’inscription du nucléaire dans la directive RED III est un atout décisif pour l’attractivité du secteur auprès des jeunes diplômés et des fonds d’investissement sensibles aux critères ESG. Les élections européennes de 2024 ont montré que cette reconnaissance n’était pas acquise une fois pour toutes ; il faut la défendre bec et ongles ;

Proposition 12 : créer un abattement fiscal sur l’impôt sur le revenu jusqu’à 35 ans pour les ingénieurs nucléaires, français et étrangers. Dans la guerre mondiale des talents, la France doit aligner des incitations concrètes ;

Proposition 13 : mettre en place un contrat gagnant-gagnant sur le modèle de la fonction publique : l’État prend en charge les études, l’ingénieur s’engage pour quinze ans de service. En cas de rupture anticipée, remboursement du coût des études. Les collectivités territoriales accueillant des bassins nucléaires pourraient abonder ce dispositif ;

Proposition 14 : créer un « parcours Talents du nucléaire » valorisant les missions à l’étranger. Les jeunes ingénieurs et techniciens aspirent souvent à la mobilité internationale. Pourquoi ne pas organiser cette mobilité autour du réseau des contrats d’exportation français, offrant ainsi un véritable parcours de vie structuré ?

Une conclusion qui n’a rien d’une utopie

Au total, la note du Millénaire propose 15 mesures concrètes, dont la plupart ne relèvent ni de la grande loi ni du traité européen, mais du décret, de la circulaire ou de l’arbitrage budgétaire. Elles sont donc réalisables à court terme, si la volonté politique suit.

Son message essentiel est le suivant : l’avenir du nucléaire français ne se joue pas seulement à Flamanville ou à Penly. Il se joue aussi à Dacca, au Caire, à Ankara, à Prague ou à Varsovie. Parce que c’est à l’export que se testent la crédibilité industrielle, la stabilité de la doctrine énergétique et la capacité à projeter une influence.

La France a tous les atouts pour redevenir une grande puissance nucléaire exportatrice. Elle a la recherche, l’industrie, l’ingénierie, le cycle du combustible et une légitimité historique. Lui manque encore une organisation à la hauteur de ses ambitions.

Jean Lamolie, dans Riposte Laïque

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