– Arcom : l’humour, totem d’impunité des médias de gauche

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#webtube : Le régulateur pardonne aux médias de gauche des dérapages qu’il ne tolérerait probablement pas ailleurs… Pas de trêve estivale pour l’Arcom. Alors que la campagne présidentielle a débuté, les séquences litigieuses se multiplient sur les antennes, tout comme les signalements des auditeurs et téléspectateurs. Propos polémiques, entorses supposées au pluralisme, accusations politiques : le régulateur a publié, ce 5 août, toute une série de décisions concernant des dossiers très divers. À leur lecture, une question finit par se poser : tous les médias sont-ils jugés avec la même sévérité ?

L’Arcom s’est ainsi penchée sur une séquence diffusée le 7 janvier dernier, dans Zoom Zoom Zen, sur France Inter, où l’humoriste Merwane Benlazar ne s’était pas contenté de brocarder « l’extrême droite ». Il avait explicitement appelé à la priver d’antenne : « On a été trop gentils avec l’extrême droite… En Belgique, il y a le cordon sanitaire : pas de parole donnée à l’extrême droite… On devrait s’en inspirer. »

La formule avait logiquement suscité une vive polémique. Sur une antenne du service public, tenue à des obligations d’impartialité et de pluralisme, l’appel à bannir tout un courant politique du débat médiatique aurait pu paraître problématique. L’Arcom en a pourtant décidé autrement. Réuni le 15 juillet, son collège a estimé que, « eu égard à son caractère humoristique », le billet ne caractérisait aucun manquement de France Inter. Le régulateur a seulement jugé utile de transmettre à la station « l’émoi » suscité par la séquence. En somme : pas de sanction, mais une discrète tape sur les doigts.

Quand l’humour absout tous les dérapages

Même indulgence pour Radio Nova, détenue par le riche banquier Matthieu Pigasse. Le 10 mai, dans l’émission La Dernière, Pierre-Emmanuel Barré s’en était pris à Gabriel Attal et Sophia Aram. « Si on m’apprenait que Gabriel Attal avait un cancer, je dirais : « Ah ? Pancréas ? Non ? Dommage » », avait lancé l’humoriste, avant de « souhaiter » à Sophia Aram d’être écrasée par une voiture.

Là encore, l’Arcom n’a constaté aucun manquement. Elle souligne que la chronique était « explicitement humoristique » et qu’elle bénéficiait, à ce titre, d’une « protection renforcée » de la liberté d’expression, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et de la Cour de cassation. Rappelons que quand le trublion Cyril Hanouna s’en était pris à Louis Boyard, député LFI et ancien dealer, sur le plateau de Touche pas à mon poste !, en 2022, le gendarme du PAF n’avait pas retenu le caractère humoristique de l’émission de divertissement et avait infligé à C8 une amende record de 3,5 millions d’euros

Un punching-ball nommé CNews

Ce 5 août, onze décisions ont été rendues par l’Arcom. Dix médias ont été passés au crible. Tous ont reçu un simple rappel à l’ordre, soit une non-sanction. Tous… sauf un. Un seul média a été mis en demeure. Devinez lequel… CNews, bien entendu ! Le grief concerne un documentaire consacré à Rachida Dati, diffusé le 20 mars, avant le début de la période de réserve des élections municipales, et immédiatement signalé en masse par des militants d’extrême gauche. L’Arcom reconnaît n’avoir relevé aucun manquement au principe d’équité des temps de parole mais reproche, néanmoins, à la chaine privée un programme « univoque » trop favorable à Rachida Dati. L’Autorité aura donc trouvé davantage matière à sévir dans un portrait jugé trop flatteur de Rachida Dati que dans l’appel, sur France Inter, à exclure la droite nationale des antennes. Chacun appréciera la cohérence.

À ce sujet — 200.000 euros contre CNews : l’Arcom met la vérité à l’amende

Notons qu’accabler CNews publiquement et lui coller une étiquette politique infamante ne constituerait pas, non plus, un « manquement caractérisé ». Le 6 mars, dans les journaux de 5h20 et 6h30 de France InfoCNews et Europe 1 avaient été qualifiés d’« extrême droite ». Les séquences rendaient compte d’un référé-liberté déposé par un collectif de professeurs de droit dénonçant l’inaction supposée de l’Arcom envers ces médias. Après examen, le régulateur a lui-même constaté que cette qualification politique ne ressortait pas de l’argumentation développée par les auteurs du recours. Autrement dit, France Info avait ajouté à l’affaire une étiquette que les juristes invoqués n’avaient pas employée. Cela n’a pourtant pas suffi à caractériser un manquement digne d’une sanction. L’Arcom s’est contentée d’appeler la radio publique à davantage de « vigilance » dans le respect de l’honnêteté et de la rigueur de l’information…

En conclusion, l’Autorité de régulation ajoute même que, « s’agissant du caractère éventuellement diffamatoire d’éléments de ces séquences, son appréciation ne relève pas de [s]a compétence mais de celle du juge judiciaire ». L’argument ne manque pas de sel. L’Arcom sait en effet intervenir contre une chaîne lorsqu’elle estime qu’une séquence est « de nature à inciter à la haine » ou à encourager des « comportements discriminatoires » sans attendre qu’un juge ait préalablement retenu une infraction pénale. C’est notamment sur ce terrain qu’elle a récemment infligé 200.000 euros d’amende à CNews ! Il faut croire que chacun n’est pas logé à la même enseigne… Pour les uns, la mise en demeure et les sanctions financières ; pour les autres, l’humour, la liberté éditoriale et le renvoi au juge. Les voies de l’Arcom sont décidément impénétrables.

Jean Kast, dans BV

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