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#webtube : Pendant des années, l’Allemagne d’Angela Merkel incarnait la politique européenne de l’immigrationnisme fou, ouvrant largement ses frontières lors de la crise migratoire de 2015. Dix ans plus tard, le contraste est saisissant. Le gouvernement fédéral poursuit un net durcissement de sa politique migratoire en étendant les expulsions vers l’Afghanistan à des ressortissants dont la demande d’asile a été définitivement rejetée, y compris lorsqu’ils n’ont commis aucune infraction pénale. Une évolution qui illustre le changement de cap engagé à Berlin sous la pression d’une opinion publique de plus en plus préoccupée par les questions migratoires.
Un précédent inédit
Dans la nuit du 29 au 30 juillet, un avion a quitté l’aéroport de Leipzig/Halle à destination de Kaboul, avec une escale en Turquie. À son bord se trouvaient 31 ressortissants afghans expulsés d’Allemagne.
Trente d’entre eux avaient été condamnés par la justice allemande. Mais, pour la première fois, un Afghan sans condamnation pénale figurait également parmi les personnes renvoyées. Jusqu’à présent, les expulsions vers l’Afghanistan concernaient essentiellement des individus considérés comme dangereux ou condamnés pour des délits ou des crimes.
Cette décision constitue donc une nouvelle étape dans la politique migratoire allemande.
Le gouvernement fédéral assume pleinement cette évolution.
Pour le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt (CSU), le principe est clair : une demande d’asile définitivement rejetée entraîne l’obligation de quitter le territoire allemand. Les personnes qui refusent un départ volontaire doivent désormais s’attendre à être reconduites dans leur pays d’origine, lorsque les conditions diplomatiques le permettent.
Cette ligne marque une rupture avec les années qui ont suivi la prise de pouvoir des Talibans en 2021, période durant laquelle les expulsions vers l’Afghanistan avaient pratiquement cessé.
Depuis leur reprise en 2024, plus de 200 Afghans ont déjà été renvoyés par les autorités allemandes.
Le cas Faridoon Tofan au cœur du débat
Cette nouvelle doctrine pourrait prochainement s’appliquer à Faridoon Tofan, un Afghan de 46 ans arrivé en Allemagne il y a près de quatre ans.
Après le rejet définitif de sa demande d’asile, cet homme, qui travaillait et suivait des cours d’allemand, a été placé en rétention administrative à la suite d’un contrôle frontalier alors qu’il se rendait en Italie.
N’ayant jamais été condamné par la justice allemande, il pourrait néanmoins être expulsé dans les prochaines semaines, ce qui fait de son dossier un symbole du changement de politique engagé par Berlin.
Pour organiser ces expulsions, l’Allemagne entretient désormais des contacts techniques avec les autorités afghanes, alors même que Berlin ne reconnaît toujours pas officiellement le régime des Talibans.
Cette coopération est vivement critiquée par Amnesty International et plusieurs partis d’opposition de gauche, qui estiment qu’elle revient, dans les faits, à légitimer le pouvoir en place à Kaboul.
Les autorités allemandes répondent qu’il s’agit uniquement de contacts indispensables à l’exécution des décisions administratives.
Les Verts et Die Linke dénoncent ce qu’ils considèrent comme une remise en cause de la tradition allemande en matière de protection des réfugiés.
Le député écologiste Marcel Emmerich accuse le gouvernement de conclure un « marché » avec les Talibans pour faciliter les expulsions, tandis que plusieurs élus de gauche réclament que l’aéroport de Leipzig/Halle cesse d’être utilisé pour ces vols.
À l’inverse, la coalition gouvernementale estime que le respect des décisions d’asile est indispensable à la crédibilité de l’État de droit et à la maîtrise des flux migratoires.
Un changement de climat politique
Cette évolution dépasse largement le seul cas afghan.
Depuis plusieurs mois, l’Allemagne multiplie les mesures destinées à reprendre le contrôle de sa politique migratoire : contrôles renforcés aux frontières, accélération des procédures d’éloignement, limitation de certaines prestations et hausse des expulsions.
Longtemps considérée comme l’un des pays européens les plus ouverts à l’immigration, la première puissance économique de l’Union semble désormais suivre une trajectoire proche de celle déjà empruntée par plusieurs de ses voisins, sous la pression d’un peuple allemand qui n’en peut plus des conséquences de l’immigration.
La décision d’expulser des Afghans déboutés de l’asile, même en l’absence de condamnation pénale, constitue un symbole fort de cette inflexion. Elle témoigne d’un changement profond du débat politique allemand, où l’exécution des obligations de quitter le territoire est désormais présentée comme une priorité gouvernementale. Histoire de faire baisser l’AfD dans les sondages ?
Breizh-info.com
