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#webtube : Il faut arrêter de dire que le Tour féminin est « prometteur ». C’est le mot qu’on emploie pour les choses qui n’ont pas encore commencé. Or depuis six jours, sur les routes de Suisse, du Jura et du Beaujolais, il se passe précisément ce qu’on ne voit plus chez les hommes : personne ne sait qui va gagner, et tout le monde attaque.
Mercredi, entre Mâcon et Belleville-en-Beaujolais, Demi Vollering a livré la démonstration la plus réjouissante de la semaine. Non pas parce qu’elle a gagné — elle gagne souvent — mais parce qu’elle a expliqué pourquoi.
« J’en ai marre, faisons la course »
C’est elle qui l’a dit, en conférence de presse, avec un sourire qui vaut confession.
Mardi soir, au briefing d’équipe, Demi Vollering a annoncé à ses coéquipières qu’elle en avait assez. Les étapes 2 et 3 lui avaient paru ennuyeuses, lentes, faites d’attente. Elle avait l’impression que personne ne voulait courir — la chaleur, la peur du chrono, les habituels calculs. Son état d’esprit à elle était différent : elle était venue pour « colorer » la course.
Le verbe est joli, la traduction est brutale. Le lendemain, la FDJ United-Suez a mis le feu.
Pourtant, la journée avait mal commencé pour elle. Chute collective juste après le départ fictif, sur des routes étroites, avec un pied à terre obligatoire. C’est Célia Géry qui l’a ramenée à l’avant. Après ça, dit-elle, tout a été parfait.
Parfait, en langage FDJ, ça signifie : Evita Muzic qui met le feu aux poudres, Célia Géry qui relance sèchement dans le col de Durbize (3,6 km à 5,8 %), et Vollering qui achève le travail dans le mont Brouilly, à 10 kilomètres de l’arrivée. Une route étroite, une pente irrégulière, et un matraquage de pédales qui a fait le vide.
Le sprint que personne n’attendait
Au sommet, il ne reste que trois femmes : Vollering, Marlen Reusser et Kasia Niewiadoma. Soit, très exactement, le podium final tel qu’on peut le dessiner aujourd’hui.
Et là, la lecture de course devient un régal.
Vollering savait deux choses. Que Niewiadoma lancerait de loin, parce qu’elle le fait toujours et parce que sa pointe de vitesse ne lui laisse pas d’autre choix. Et que Reusser bluffait. Elle a donc laissé la Suissesse mijoter, en espérant la faire travailler. Reusser n’a pas mordu.
Restait à tout donner. La Polonaise a lancé son coup de filou de très loin ; la championne d’Europe l’a reprise dans les derniers mètres d’une ligne droite spectaculaire, en exploitant, dit-elle, chaque mètre disponible. Elle pensait ne pas y arriver. Elle y est arrivée. Onzième victoire de sa saison.
Niewiadoma termine deuxième mais remonte au troisième rang du général, à 1’17 ». Reusser, troisième du jour, conserve son maillot jaune avec 12 secondes d’avance sur Vollering.
Douze secondes. À trois jours du Ventoux.
Ce que le Tour masculin ne sait plus faire
Il faut le dire sans détour : voilà des années qu’on n’a pas vu une course à trois aussi ouverte sur la Grande Boucle.
Chez les hommes, on regarde un patron gérer son avance et on commente la marge. Ici, le maillot jaune est une rouleuse de 34 ans qui n’a jamais gagné le Tour, poursuivie par deux femmes qui l’ont déjà gagné — Vollering en 2023, Niewiadoma en 2024. Chacune sait exactement ce qui lui manque.
Vollering l’a formulé avec une lucidité désarmante : la seule bonne nouvelle, dit-elle, c’est qu’elle a déjà gagné le Tour, comme Kasia. Marlen est la seule à ne pas l’avoir fait, donc c’est elle qui doit travailler le plus dur. Traduction : deux championnes qui n’ont plus rien à prouver contre une femme qui a tout à prendre.
Reusser, elle, a encaissé chaque assaut du Brouilly sans broncher, ressurgissant à chaque épingle. Son manager adverse, Stephen Delcourt, en a fait l’éloge en une phrase : une très grande force mentale. La Suissesse a même précisé que cette journée ne lui correspondait pas sur le papier. Elle a fini troisième.
La chute de PFP
Le revers de la médaille porte un nom, et il est français.
Pauline Ferrand-Prévôt a craqué une deuxième fois en 24 heures. Après les 2’15 » perdues au chrono de Dijon, la championne olympique de VTT a mis le clignotant dans les pourcentages les plus durs du Brouilly, avant d’entamer une poursuite désespérée. Elle termine 19e à 2’35 », et pointe désormais à 5 minutes exactement au général — 17e.
Delcourt a fait les comptes à la sortie du chantier, avec la délicatesse d’un comptable : Pauline éliminée, un écart pris sur Blasi, Longo Borghini, Le Court-Pienaar. Il en reste deux.
Cédrine Kerbaol, troisième au matin, a fléchi elle aussi, terminant 17e du jour. Vollering avoue être un peu surprise de l’écart avec PFP, tout en rappelant que sur la Madeleine, la Française lui avait un jour repris trois minutes. Personne ne sait ce dont elle est capable sur une longue ascension.
Ce qui, pour vendredi, n’est pas une nuance de style.
Étape 6 : Tournon-sur-Rhône, ou le calme avant le mont chauve
Cap au sud ce jeudi, direction l’Ardèche, pour une étape de transition qui n’en est pas tout à fait une : 2 600 mètres de dénivelé cumulé, 7 difficultés répertoriées, mais des pentes globalement roulantes et régulières sur les 85 premiers kilomètres.
Le menu : côte de Périgneux (1,4 km à 6,2 %, avec des passages à 9 % au pied), côte de la Prunerie (2,9 km à 4,9 %), côte d’Aurec (3,3 km à 6,1 %), puis le sprint intermédiaire de Flaminges. Suivent la côte de Praneuf (1,2 km à 6,5 %) et surtout le col de Lalouvesc (8,6 km à 5 %), seule difficulté de 2e catégorie, où devrait se faire l’écrémage. Vingt-huit kilomètres majoritairement descendants mènent ensuite à la côte de Boucieu-le-Roi (3,8 km à 5,7 %), dont le sommet est jugé à 16 kilomètres de l’arrivée.
Le final mérite attention : rétrécissement en pleine descente à 6,1 km, terre-pleins centraux à 2,5 km, rond-point à 2 km, et une courbe à droite avec chaussée resserrée à 700 mètres avant la ligne droite finale. De quoi ruiner une journée de travail.
Côté température, respiration : 27 degrés annoncés, vent de nord-est favorable.
Les favorites. Lotte Kopecky part avec l’étiquette. Les SD Worx-Protime ont perdu Anna van der Breggen au général — 2’35 » concédées mercredi, près de 3 minutes de retard sur le podium — ce qui libère la championne belge et Misha Bredewold. À deux, avec ce profil, elles seront difficiles à manœuvrer : personne n’a envie d’arriver en petit comité face à Kopecky.
Célia Géry apparaît comme la principale menace, si la FDJ décide de doubler la mise. Suivent Loes Adegeest, Usoa Ostolaza, Sandrine Tas, Liane Lippert, Malwina Mul et Sarah van Dam.
Et l’on surveillera Lorena Wiebes au sprint intermédiaire : la meilleure sprinteuse du monde grimpe mieux d’année en année, et la question est de savoir jusqu’où elle peut suivre avant que la route ne se redresse.
Une chose est certaine : l’échappée a de bonnes chances d’aller au bout, parce que les leaders auront la tête ailleurs. Vendredi, c’est le Ventoux.
Départ à 13h35, arrivée estimée à 17h41. France Télévisions à partir de 13h50, Eurosport Max 1 à partir de 15h30.
