– Bientôt un nouveau Yalta… sans les Européens ?

Spread the love

Articles : Oct 2026 – Sep 2026 – Aou 2026 – Juil. 2026 – Juin 2026 –
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Poutine et Trump ont proposé à Xi Jinping d’héberger un sommet à trois à Shenzhen en marge du sommet Asie-Pacifique. Alors que depuis une semaine, la question des émeutes concentre l’attention des médias français et même européens, Vladimir Poutine et Donald Trump, pendant ce temps, ont proposé à Xi Jinping d’héberger un sommet à trois à Shenzhen en marge du sommet Asie-Pacifique[1] prévu du 18 au 19 novembre prochains dans cette ville de 19 millions d’habitants, surnommée la « Silicon Valley chinoise ». Beaucoup de commentateurs ont commencé alors à évoquer le sommet de Yalta en février 1943 où Churchill, Roosevelt et Staline avaient préparé l’après-Seconde Guerre mondiale en Europe en y fixant les différentes zones d’influence entre Soviétiques et Occidentaux. Même si le président chinois n’a pas encore répondu à cette proposition de ses collègues russe et américain, on peut se demander si ce possible sommet ne pourrait pas fixer l’avenir du monde, cette fois-ci, sans la participation d’aucune nation européenne…

Une fin de guerre en Ukraine imminente

Comme nous l’avons évoqué la semaine dernière, Zelensky semble aujourd’hui de plus en plus abandonné par Trump qui veut le contraindre à signer un accord de cessez-le-feu avec la Russie. L’Union européenne n’a bien sûr pas été consultée et les négociations devraient bientôt reprendre à Abu Dhabi entre Russes et Ukrainiens sous l’égide des Américains. S’adaptant à ce contexte diplomatique qui lui est défavorable, Zelensky a proposé de « geler la situation sur le front ». Toutefois, pour l’instant du moins, les bombardements russes en Ukraine continuent et les Ukrainiens ont du mal à la fois à les empêcher mais aussi à réagir à ces frappes autrement qu’en frappant en Ukraine occupée, où Melania Trump a obtenu localement un accord de cessez-le-feu. Le système Starshield fourni par les Américains aux Ukrainiens continueraient à fonctionner au ralenti, au-moins jusqu’à aujourd’hui. Sur le front, même si les Ukrainiens ont réalisé quelques gains de territoires, les Russes poursuivent leur pression, notamment sur Kramatorsk dont la population civile est en cours d’évacuation.

Quoiqu’il en soit, les Européens, si actifs verbalement encore en septembre, sont actuellement absents des négociations. Bien sûr, les négociateurs ukrainiens pourraient rester inflexibles à Abu Dhabi face aux revendications russes de reprendre les 20 % manquants du Donbass, mais seraient-il capables de résister encore sur le terrain sans une aide plus conséquente des Européens ?

Une situation au Moyen-Orient favorable à l’Iran

Alors que Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe est allé à Téhéran, lundi dernier, rencontrer le président iranien Massoud Pezeshkian et Abbas Araghchi, son homologue, en vue d’entamer « une désescalade de la situation militaire », les rebelles houthis ont poursuivi toute la semaine leurs bombardements sur l’Arabie saoudite, allant même jusqu’à contraindre la société Aramco à évacuer temporairement les locaux de sa direction à Dhahran. En outre, le gouvernement saoudien avait demandé à ses alliés arabes et occidentaux de lui envoyer des renforts militaires en mesure de défendre son espace aérien. Or, à cette heure, seuls les Britanniques ont répondu favorablement à cette demande, alors que l’Égypte et la France restent pour l’instant hésitants à concrétiser leur aide, et ce, malgré les déclarations et la visite cette semaine du président français à Ryad. Les Américains, pour leur part, n’ont toujours pas répondu à la demande saoudienne, au moins officiellement, depuis le refus déjà exprimé à la mi-septembre. Ainsi, aujourd’hui, du fait de la non action de moyens militaires au Moyen-Orient, les États-Unis ont laissé le champ libre aux initiatives de la République islamique et de leurs alliés sur le terrain.

Alors un sommet tripartite à Shenzhen pour quoi faire ?

Dans ces conditions, le sommet tripartite de Shenzhen pourrait permettre aux deux pays en guerre que sont la Russie et les États-Unis d’espérer d’obtenir le soutien de la Chine pour contraindre l’Ukraine et l’Iran à quitter les hostilités en renonçant à leurs exigences respectives.

À ce sujet — Reportage sur les émeutes : France 2 accusée de « faire le lit du RN »

Pour l’Ukraine, il s’agirait non seulement de renoncer à la cession des territoires occupés par l’armée russe, y compris la Crimée (où se trouve Yalta !), mais aussi à la présence de forces européennes sur son territoire en tant que garanties de sa sécurité. Pour ce qui est de l’Iran, il s’agirait de renoncer à ses droits proclamés sur les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb (par Houthis interposés).

Le but principal de ce sommet à trois pourrait être surtout le rétablissement du commerce mondial des produits pétroliers. Qui en sortirait vainqueur ? La Chine assurément, même si les marges de manœuvre du président Xi semblent actuellement très limitées à cause d’une situation intérieure assez instable.  Ainsi la réunion du cinquième Plenum du Parti communiste chinois qui se déroule actuellement à Pékin, semble-t-elle sous tension pour le Président chinois, suite aux différentes mesures disciplinaires déjà prises contre de nombreux hauts-fonctionnaires chinois pour des raisons de corruption. Le président chinois ne serait ainsi pas assez obéi du parti et des fonctionnaires dans les mesures anti-corruption qu’il a prises. Il en est de même dans l’armée où de nombreuses relèves ont eu lieu face aux réticences de grands chefs à obéir aux directives du président. Certains pensent même que Xi Jinping pourrait nommer bientôt un successeur. C’est sans doute pour toute ces raisons que la Chine n’a pas encore formellement répondu à la Russie et aux États-Unis, même si l’offre demeure alléchante.

Sans doute faudra-t-il attendre la fin de ce plenum, le 29 octobre, mais dans le cas d’une réponse positive de la Chine, la paix en Europe et au Moyen-Orient pourrait, elle, se faire ainsi sans les Européens. Cela serait sans doute un symptôme de leur « impériopathologie[2] » chère à l’universitaire russo-américain Peter Turchin qui considère même que « la Russie sera la troisième puissance mondiale et que l’Europe se désintégrera ».

[1] La Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) est une association économique créée en 1989 visant à améliorer la croissance économique et la prospérité pour la région et à renforcer la communauté Asie-Pacifique. Même si la France dispose de territoires dans le Pacifique, elle ne participe pas à ces réunions, contrairement à la Chine, à la Russie et aux États-Unis. Personne ne pourra donc y représenter les intérêts français et a fortiori européens. 

[2] Ce sont, selon Peter Turchin, à la fois les pathologies, les crises et les mécanismes de déclin ou d’effondrement qui frappent les empires et les grandes sociétés complexes (comme les sociétés européennes actuellement).

Vincent Arbarétier, dans BV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *