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#webtube : L’agression d’Erik Tegnér révèle en creux la composition sociologique de cette nouvelle gauche militante. Les cris résonnent dans la nuit, sur le port de l’île morbihannaise, « Groix antifa ! » Il est près de deux heures du matin lorsqu’Erik Tegnér pousse la porte du bar où il vient de passer la soirée avec trois amis.
Dehors, une quinzaine de personnes l’attendent déjà. En quelques minutes, la foule grossit. « Nazi ! », « On va te défoncer ! », scandent plusieurs individus qui l’encerclent. Selon le directeur de la rédaction de Frontières, près de 150 personnes finiront par participer à l’attroupement. Pendant une trentaine de minutes, il affirme avoir été insulté, bousculé, aspergé de bière, repoussé vers le port avant de devoir s’exfiltrer à bord d’une embarcation. Quelques heures plus tard, il dépose plainte auprès de la gendarmerie. Selon lui, le chiffre de 150 personnes lui a été confirmé par les gendarmes après consultation des images de vidéosurveillance.
J’ai été agressé cette nuit par 150 antifas sur l’île de Groix en Bretagne durant mes vacances, chiffre confirmé par les caméras de vidéosurveillance.
— Erik Tegnér (@tegnererik) August 6, 2026
Une plainte vient d’être déposée. Merci de vos messages de soutien. Personne ne me fera jamais taire. La Bretagne mérite mieux ! https://t.co/1vO7uHBpez
« Quand on est sortis, ils m’attendaient », raconte-t-il à Boulevard Voltaire. Pourtant, la soirée avait commencé paisiblement. Originaire de Bretagne, Erik Tegnér profitait de quelques jours de vacances. Reconnu dans le bar où se produisait un groupe de variétés françaises, il échange avec plusieurs personnes qui le qualifient de « facho » ou de « nazi ». « Ce n’était pas un débat qui avait mal tourné. On discutait tranquillement. Moi, j’étais en vacances avec mes amis », explique-t-il, avant que l’épisode ne dégénère.
« Les fils de bourgeois bobo d’extrême gauche »
Au-delà de l’agression, Erik Tegnér croit reconnaître un profil militant qu’il dit observer depuis plusieurs années. « C’est du très jeune, jusqu’à 25 ans, profil un peu bourgeoisie d’extrême gauche », estime-t-il auprès de BV. Puis il résume sa pensée d’une formule : « En Bretagne, il y a deux profils : le zadiste et le fils de bourgeois bobo d’extrême gauche. » Le journaliste décrit des militants issus, selon lui, des milieux urbains et étudiants. « On était dans le bar huppé de la ville […] c’est la gauche bobo », poursuit-il.
L’expression employée par Erik Tegnér trouve d’ailleurs un certain écho dans les travaux de Florence Johsua, maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Dans Anticapitalistes, la chercheuse montre que la gauche radicale contemporaine recrute largement parmi des militants dotés d’un fort capital scolaire et culturel, bien loin de l’image d’une avant-garde ouvrière.
La révolution en résidence secondaire
Cette lecture trouve un écho particulier dans le décor de cette affaire. Car Groix n’a rien d’un ancien bastion ouvrier. Selon les données de l’INSEE, 53,7 % des logements de l’île sont aujourd’hui des résidences secondaires. En un demi-siècle, leur nombre est passé d’environ 350 à plus de 1.500. La flambée de l’immobilier a progressivement transformé cette île du Morbihan en destination de villégiature recherchée, où l’accès à la propriété est devenu de plus en plus difficile pour les habitants permanents.
Reste alors ce slogan : « Groix antifa ! » Deux mots qui résonnent singulièrement sur une île devenue, au fil des décennies, l’un des symboles de la villégiature bretonne. Aux yeux d’Erik Tegnér, ce contraste raconte à lui seul la mutation d’une partie de l’ultra-gauche française : une gauche qui continue de revendiquer l’héritage révolutionnaire tout en évoluant, selon lui, dans des milieux de plus en plus éloignés des catégories populaires.
Hier soir, ce n’est ni à Billancourt ni dans les corons que l’on scandait « Groix antifa ! », mais sur une île où les résidences secondaires sont devenues majoritaires. Une image qui résume peut-être mieux que de longs discours l’évolution d’une partie de l’ultra-gauche française. Les temps changent. Les révolutionnaires aussi.
Yann Montero, dans BV
