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#webtube : Je vais vous décevoir : se préparer à une tempête ne demande ni bunker, ni stock de rations militaires, ni kit de survie à 300 euros. Cela demande surtout de l’anticipation, quelques heures de travail et un peu de bon sens. Austen doit frapper la Bretagne dans la nuit de jeudi à vendredi, avec des rafales attendues jusqu’à 130 ou 140 km/h sur les côtes et 80 à 100 km/h dans les terres. Ce n’est pas l’apocalypse. Mais c’est assez pour priver des milliers de foyers d’électricité pendant des heures, voire des jours, couper des routes et transformer une nuit ordinaire en galère. Voici comment l’aborder sereinement.
La règle d’or : tout se joue avant
Le jour de la tempête, il est trop tard pour courir acheter des piles : tout le monde aura eu la même idée. La préparation se fait la veille, de jour et au calme. Suivez les bulletins de prévisionnistes sérieux, Météo Bretagne, Steven Tual ou les vigilances de Météo-France, et fiez-vous à leurs mises à jour plutôt qu’aux vidéos alarmistes qui tournent sur les réseaux sociaux.
L’électricité : préparez-vous à en être privé
C’est le risque le plus probable. Lors des grandes tempêtes bretonnes, des centaines de milliers de foyers ont déjà été privés de courant, parfois pendant plusieurs jours dans les campagnes les plus reculées.
Avant la tempête, rechargez tout ce qui se recharge : téléphones, batteries externes, lampes frontales, ordinateur portable. Un téléphone chargé à 100 %, en mode économie d’énergie et luminosité au minimum, tient facilement 2 jours. Gardez un chargeur allume-cigare dans la voiture : avec le plein fait, elle devient un groupe électrogène de secours pour recharger vos appareils.
Côté éclairage, privilégiez les lampes frontales et les lampes à piles ou à LED rechargeables. Les bougies dépannent, mais elles provoquent chaque hiver des incendies : si vous en utilisez, jamais sans surveillance, jamais près d’un rideau, jamais dans une chambre d’enfant.
Prévoyez une radio à piles ou à manivelle. Quand les antennes-relais tombent, et elles tombent, c’est souvent le seul moyen d’avoir des nouvelles et les consignes des autorités.
Le danger silencieux : le monoxyde de carbone
C’est le point sur lequel je ne transige pas. Après chaque tempête, des familles se retrouvent aux urgences, ou pire, intoxiquées au monoxyde de carbone. Un groupe électrogène ne se fait jamais tourner à l’intérieur, ni dans un garage, ni dans une véranda, ni devant une fenêtre ouverte : uniquement dehors, à plusieurs mètres de la maison. Ne chauffez jamais une pièce avec un barbecue, un brasero ou un chauffage d’appoint non prévu pour l’intérieur. Maux de tête, nausées, somnolence : au moindre doute, sortez à l’air libre et appelez le 15 ou le 18.
L’eau, la nourriture et le chauffage
Prévoyez quelques jours d’eau potable, environ 2 à 3 litres par personne et par jour. À la campagne, si votre eau dépend d’une pompe électrique ou d’un puits, remplissez aussi la baignoire et quelques seaux : ils serviront pour les toilettes et la toilette.
Pour la nourriture, inutile de dévaliser le supermarché. Ayez de quoi tenir 2 ou 3 jours sans cuisson ou avec un simple réchaud à gaz utilisé dans une pièce aérée : conserves, pain, biscuits, fruits secs. Préparer un plat la veille, à réchauffer au gaz, est une excellente idée. En cas de coupure, gardez le congélateur fermé : bien rempli, il conserve le froid 24 à 48 heures.
Si vous avez un poêle ou une cheminée, rentrez du bois sec à l’abri. Sinon, prévoyez couvertures, duvets et vêtements chauds : une maison qui se refroidit lentement en octobre n’est pas un drame si l’on regroupe la famille dans une seule pièce.
N’oubliez pas les médicaments indispensables pour quelques jours, un peu d’argent liquide, car les terminaux de paiement ne fonctionnent plus sans courant, et un sac avec vos papiers importants, au sec et à portée de main.
À la campagne : les arbres, les animaux et la voiture
En milieu rural, l’ennemi numéro 1, ce sont les arbres. Cette année, ils ont souffert de la sécheresse et portent encore leurs feuilles, ce qui donne plus de prise au vent. Faites le tour de votre terrain de jour : une branche morte au-dessus du toit, de la voiture ou de la ligne électrique se traite avant la tempête, pas pendant. Ne vous improvisez pas élagueur sur une échelle sous la pluie : si l’arbre est gros, mieux vaut garer la voiture ailleurs et dormir dans une pièce éloignée de sa trajectoire.
Mettez les animaux à l’abri : bêtes dans un bâtiment solide ou une parcelle protégée des vents d’ouest et de sud-ouest, volailles enfermées, chiens et chats rentrés. Faites le plein du véhicule et garez-le loin des arbres et des bâtiments fragiles. Prévoyez une tronçonneuse en état si vous savez vous en servir, mais pour après, pas pendant.
En ville : les balcons, les façades et les chantiers
En ville, les dangers viennent d’en haut. Rentrez tout ce qui traîne sur les balcons et terrasses : pots de fleurs, mobilier de jardin, parasols, vélos. Un pot de 5 kg qui tombe du 4e étage avec 120 km/h de vent dans le dos devient un projectile. Signalez au syndic ou à la mairie les échafaudages, bâches ou panneaux mal fixés.
Pendant la tempête, évitez de marcher le long des façades : tuiles, ardoises et enseignes tombent. Méfiez-vous aussi des parkings souterrains et des rues basses en cas de fortes pluies.
Pendant la tempête : on reste chez soi
C’est la consigne la plus simple et la plus mal respectée. Pendant le pic, attendu en tout début de matinée vendredi, ne sortez pas, sauf urgence absolue. Fermez les volets, éloignez-vous des grandes baies vitrées et installez-vous dans une pièce du rez-de-chaussée ou de l’étage le plus protégé, du côté opposé au vent.
Et surtout, n’allez pas voir la mer. Chaque tempête a son lot de curieux sur les digues ou les rochers, à Kerlouan, au Conquet ou sur la côte sauvage de Quiberon, pour une vidéo ou une photo. Avec des creux de plus de 10 mètres annoncés au large, une seule vague suffit à vous emporter, et ce sont les sauveteurs et les pompiers qui risqueront leur vie pour vous. Aucune sortie en mer, évidemment, et des amarres vérifiées pour ceux qui ont un bateau au port.
Prenez des nouvelles de vos voisins, surtout des personnes âgées ou isolées, avant et après la tempête. Pendant, un coup de téléphone suffit.
Après : la prudence, toujours
C’est souvent après la tempête que surviennent les accidents. Ne touchez jamais un câble électrique tombé au sol, même s’il paraît inerte : signalez-le au numéro de dépannage d’Enedis ou aux pompiers. Ne montez pas sur un toit mouillé pour remettre des ardoises. Si vous dégagez un arbre tombé, faites-le de jour, avec casque, lunettes, gants et pantalon de protection, et jamais seul : un tronc sous tension peut se libérer d’un coup.
Pour l’assurance, photographiez les dégâts avant tout nettoyage, gardez les factures et déclarez le sinistre à votre assureur dans les 5 jours ouvrés. Le mieux est encore d’appeler votre assureur dès maintenant pour vérifier ce que couvre votre contrat : la garantie tempête est en principe incluse dans les contrats d’assurance habitation, mais les conditions varient.
En cas de danger, de blessure ou de dégâts graves, composez le 18 pour les pompiers, le 15 pour le Samu, ou le 112 depuis un portable.
Rien de tout cela n’est sorcier. Une tempête bien préparée, c’est une nuit agitée, un réveil sans électricité peut-être, et une matinée à ramasser des branches. Une tempête mal préparée, c’est un risque inutile pour soi et pour les autres.
Yohan Civi, breizh-info.com
