. Le SCAF définitivement enterré : un projet franco-allemand qui ne servait que Berlin

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#webtube : « Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parvenaient pas à s’entendre sur la construction d’un avion de combat commun »

https://www.challenges.fr/entreprise/defense/le-scaf-est-mort-et-personne-ne-le-regrettera_643997

Lancé en 2017 par Angela Merkel et Emmanuel Macron, le projet de Système de combat aérien du futur, SCAF, était avant tout un projet politique décidé sans l’avis des industriels.

Airbus côté allemand et Dassault Aviation côté français. Une coopération explosive quand on sait qu’Airbus avait tenté d’absorber Dassault dans les années 1990. Une tentative qui a échoué mais que l’avionneur français n’a pas oubliée.

Les programmes d’armement européens sont déjà sujets à de multiples frictions dans la répartition des tâches, mais quand il s’agit d’un avion de combat de 6e génération, qui synthétise tout un ensemble de technologies les plus complexes, les rivalités entre industriels deviennent vite insurmontables. Au bout de neuf ans, les désaccords dominaient encore.

Car si les Allemands ont l’argent, c’est Dassault qui possède le savoir-faire après 70 ans d’expérience mondialement reconnue dans le développement des avions de combat. Les Allemands, quant à eux, n’ont plus construit un seul avion de chasse depuis 1945. Ils arrivent mains dans les poches mais  veulent tout diriger au prétexte que leurs poches sont pleines. Petit rappel :

En 1960, les Allemands ont choisi le F104 américain Starfighter, un avion raté aux ailes trop courtes, à la place du Mirage III de Dassault ou du Saab Drakken suédois. Un choix catastrophique. Ils viennent de récidiver avec le F35 américain à la place du Rafale. Curieuse Europe de la Défense !

Sur plus de 916 Starfighter commandés par la Luftwaffe, on compte 292 crashs et plus de 116 morts parmi les pilotes allemands ! Ce cercueil volant sera baptisé « le faiseur de veuves ».

Et les différentes modifications apportées à cet avion d’interception haute altitude, afin de  l’adapter aux misions d’attaque au sol, portant sur l’armement, le radar et le siège éjectable, n’ont fait qu’alourdir l’appareil déjà peu manœuvrable et instable aux « basses » vitesses. 

Problèmes majeurs sur le partage de la propriété intellectuelle et la gouvernance industrielle du projet SCAF

Le sinistre épisode du Starfighter montre bien qu’un avion de combat exige un savoir-faire qui ne s’acquiert pas avec les seuls moyens financiers. On comprend donc que Dassault n’ait pas souhaité partager ses secrets industriels, connaissant la complexité du défi à relever.

Au départ, le partage de la charge de travail du SCAF était de 50/50, Dassault étant le maître d’œuvre du projet, ce qui n’était pas forcément du goût des Allemands, qui refusaient d’être considérés comme de simples sous-traitants. Pour peser davantage sur le dossier, les industriels allemands ont donc décidé d’y associer Airbus Espagne, ne laissant ainsi que 33 % de la charge à Dassault, resté néanmoins le maître d’œuvre ! 

Estimant qu’il lui était impossible de piloter le projet en étant minoritaire en termes de charge de travail, Dassault s’est déclaré capable de relever seul le défi de l’avion futur. 

De fil en aiguille, de brouille en brouille et de blocage en blocage, le dossier s’est enlisé pour finir abandonné, Berlin se lançant dans un projet national avec plusieurs entreprises allemandes de l’armement. Un projet sans doute dans les tuyaux depuis plusieurs mois. Et nul doute que les études préliminaires du SCAF serviront aux Allemands, qui se posent dorénavant en rivaux de Dassault.

En fait, rien ne va plus entre Paris et Berlin. On est loin de l’époque où de Gaulle tendait la main à Adenauer, quand la planète entière détestait le pays responsable de l’Holocauste.

La réunification allemande est passée par là. Berlin a retrouvé sa puissance économique et son arrogance, prenant le contrôle de l’Europe. En face, la France cigale, totalement ruinée, est considérée comme un boulet qui ne mérite plus ses derniers atouts, comme son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, son arme nucléaire et son industrie de l’armement. 

Chacun soupçonne l’autre de privilégier ses seuls intérêts.

« À Berlin, un sentiment souvent exprimé en coulisses est que Paris souhaite avant tout que l’Allemagne finance ses avionsLes Français estiment, quant à eux, que l’Allemagne  tente de s’approprier leur propriété intellectuelle, et leurs parts de marché dans le secteur de la défense », expliquait en décembre Ulrike Franke, chercheuse au think tank ECFR.

À l’heure où l’Europe veut se doter d’une défense puissante et indépendante de la tutelle américaine, l’enterrement du SCAF fait tache.

Mais c’est bien la preuve que l’Europe, qui rassemble 27 nations qui n’ont pas les mêmes intérêts, ni les mêmes mentalités, ni les mêmes règles de fonctionnement, ne sera jamais une grande puissance militaire et politique. Divisées, trop souvent rivales, les nations européennes ne peuvent pas s’entendre. Le traité Mercosur en est un exemple, le SCAF en est un autre. Et que dire du méga contrat des sous-marins australiens torpillé par nos « amis » anglais et américains, dans notre dos. 

Comme le disait de Gaulle, les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

L’Allemagne réunifiée n’est plus notre amie. Elle veut devenir la première puissance militaire d’Europe. Pour la France, cela n’augure rien de bon, car il y a des revanchards en Allemagne. D’abord contre la Russie, mais ensuite, qui sait ? Et il est quand même étonnant que Berlin renforce sa coopération militaire avec Tokyo. Macron est vraiment irresponsable de vouloir partager notre dissuasion nucléaire avec ce pays. Quittons l’UE, l’Otan et chacun pour soi !

Jacques Guillemain, Riposte Laïque

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