#webtube : La nuit de la Fête de la Musique a donné lieu à 148 interpellations à Paris, selon un premier bilan communiqué par le ministère de l’Intérieur ce lundi matin. Au niveau national, la place Beauvau a recensé 243 interpellations, dans le cadre d’un décompte encore provisoire, qui doit être consolidé dans la journée
Je remercie l’ensemble des préfets ainsi que les forces de l’ordre et de secours mobilisées sur le territoire national dans le cadre de la fête de la musique 2026 qui s’est tenue cette année dans un contexte de températures très élevées. Grâce à des dispositifs de sécurisation…
Le phénomène le plus visible de la soirée a concerné les piqûres. Plusieurs personnes ont signalé avoir été piquées dans la rue, entre 21 heures et 23 heures, principalement dans le centre de Paris (Ier et IVe arrondissements). Certaines victimes, très désorientées, ont été conduites à l’hôpital. Les substances qui auraient été injectées n’ont pas encore été identifiées.
Deux viols présumés ont par ailleurs été enregistrés dans la capitale. Dans le IXe arrondissement, vers 21h20, une femme a déclaré avoir été violée dans un appartement après avoir reçu, contre son gré, une injection avec une seringue. Un homme a été interpellé. Dans le IVe, vers 22h30, un homme a déclaré avoir été victime d’un viol en réunion, commis par deux individus dans une cour d’immeuble. Plusieurs agressions sexuelles ont également été signalées dans la foule.
Dans le Ve, vers 23 heures, une femme a affirmé avoir été agressée alors qu’elle dansait près du square Tino-Rossi. Un homme a été arrêté. Dans le Xe, peu après 22 heures, un noctambule alcoolisé s’en est pris à une passante avant de blesser son compagnon avec un tesson de bouteille, ce qui a donné lieu à deux interpellations. Toujours dans le Xe, vers 01h25, une autre femme a expliqué avoir été agressée sexuellement par un groupe de trois hommes. Un suspect a là aussi été interpellé.[…]
Rue Beaurepaire (Xe), vers 3 h 45, des policiers ont été violemment pris pour cible par environ 200 personnes. Ils ont été visés par de nombreux jets de projectiles, selon une source proche de l’affaire. Les fonctionnaires ont riposté avec des grenades lacrymogènes pour se dégager, et deux véhicules ont ensuite été retrouvés tagués “ACAB”.[…]
La petite couronne a connu, elle aussi, des tensions avec les forces de l’ordre. À Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), vers 23h45, cernés par une quinzaine d’individus, des policiers municipaux ont eu recours au gaz lacrymogène pour se dégager. À Clichy-sous-Bois, vers 01h15, des policiers ont également été pris à partie par des groupes d’individus.[…]
Dans la nuit du 21 au 22 juin, Paris a vibré au rythme de millions de fêtards à l’occasion de la Fête de la musique et ses forces de l’ordre n’ont pas chômé. Selon le bilan, non définitif, du ministère de l’Intérieur lundi matin, au moins 148 personnes ont été interpellées à Paris et 243 à l’échelle de la France. Près de 5 000 policiers et gendarmes ont été déployés dans la capitale et son agglomération ainsi que 2 500 sapeurs-pompiers.[…]
À Gagny, en Seine-Saint-Denis, un homme de 48 ans a été interpellé lors d’un concert local après avoir commis une agression sexuelle sur une fillette de 12 ans. À Nogent-sur-Marne, une adolescente de 15 ans s’est présentée aux forces de l’ordre pour signaler un viol survenu en marge des festivités.[…]
#webtube : La Fête de la Musique et le concert « contre le racisme » de La France Insoumise : l’occasion rêvée de refaire surface. Lors du concert organisé par La France insoumise, à l’occasion de la fête de la Musique, ce 21 juin, le député Raphaël Arnault s’est exprimé à nouveau pour la première fois en public depuis le drame de Lyon. Tout en remerciant le mouvement d’extrême gauche de son soutien, il a invité la foule à ne pas laisser « la nation réhabiliter des néonazis ». Fondateur de la Jeune Garde, le disciple de Jean-Luc Mélenchon a trois assistants parlementaires soupçonnés d’être impliqués dans le meurtre de Quentin Deranque, le 14 février dernier.
Patiemment, le député Raphaël Arnault a donc laissé passer la tempête. Après l’épouvantable drame de Lyon et le lynchage mortel de Quentin Deranque par les milices « antifascistes » de la Jeune Garde, sur les conseils de ses amis mélenchonistes, le parlementaire s’était éloigné du palais Bourbon et du champ médiatique. Courber l’échine un moment, se faire tout petit, disparaître, le temps de laisser la température retomber. Ensuite, la politique des petits pas. Un retour en douceur, discret. La première étape consista à organiser une prise de parole. Un long entretien donné au média d’extrême gauche Blast était mis en ligne, le 1er avril, en même temps que le parlementaire retrouvait les bancs de l’Assemblée nationale, un mois et demi après les événements. Seconde étape : réapparaître sur scène et s’exprimer en public. C’est ainsi chose faite, ce dimanche 21 juin à Paris, sur la place de la République, à l’occasion du « concert antiraciste » que La France insoumise organisait pour la fête de la Musique. Après une grande « marche contre le racisme et l’extrême droite » au départ de Barbès, en début d’après-midi, la foule se rassembla pour assister au concert, un temps interdit par un arrêté préfectoral que le tribunal administratif de Paris avait finalement suspendu.
« La violence politique assumée sans aucun complexe »
« Les antifascistes sont les bienvenus partout dans la période, et notamment ici lors de la fête de la Musique. » Voilà donc le député de Vaucluse au micro devant plusieurs milliers de personnes. « C’est la première fois que je reprends la parole sur scène, […] ça a été dur, mais ce qui fait qu’on tient, c’est le collectif, les amis », explique-t-il, exhortant la foule à « se serrer les coudes » afin de ne pas laisser « la nation réhabiliter des néonazis », à ne pas « baisser les yeux lorsqu’on réhabilite des fascistes sur tout le territoire ». Une bonne occasion offerte au parlementaire d’Avignon d’exprimer sa reconnaissance pour l’indéfectible soutien du mouvement insoumis, « un des seuls sur le plan politique qui ne cède pas, qui ne baisse pas les yeux, qui fait front contre l’extrême droite ». L’élu est ovationné et la foule scande en chœur « siamo tutti antifascisti ».
Quatre mois après que sa milice a tué en pleine rue à Lyon, dont deux de ses collaborateurs mis en examen, et sans avoir jamais eu un mot pour condamner cet assassinat, @ArnaultRaphael monte sur scène pour remercier LFI de son soutien sans faille. La violence politique assumée… https://t.co/hWeNWohcWN
« Quatre mois après que sa milice a tué en pleine rue à Lyon, dont deux de ses collaborateurs mis en examen, et sans avoir jamais eu un mot pour condamner cet assassinat, Raphaël Arnault monte sur scène pour remercier LFI de son soutien sans faille. » L’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy s’est indigné, comme nombre de parlementaires. « La violence politique assumée sans aucun complexe », a résumé le bras droit de Bruno Retailleau. Au Rassemblement national, Matthieu Valet a dénoncé « un élu condamné pour violences volontaires en réunion [qui vient] donner des leçons comme si de rien n’était ». « Deux de ses collaborateurs parlementaires sont mis en examen, dont un en prison dans le cadre du tabassage à mort de Quentin Deranque à Lyon, a souligné l’eurodéputé RN. Et il ose encore venir nous faire la messe antifasciste. » Certains stigmatisent le côté moutonnier de la foule LFI présente.
« Une secte grotesque avec ses rites totalitaires pour une pensée enrégimentée, une synchronisation d’esprits en panne, fustige l’eurodéputé Philippe Olivier, conseiller spécial de Marine Le Pen, qui conclut : le gauchisme est une maladie mentale. »
Une secte grotesque avec ses rites totalitaires pour une pensée enrégimentée, une synchronisation d’esprits en panne.
Pourtant, trois assistants parlementaires de Raphaël Arnault sont soupçonnés d’être impliqués dans la tragédie lyonnaise. Boulevard Voltaire, via notre journaliste Jean Bexon, suit de près ce dossier sensible. L’ex-bras droit du député LFI, Jacques-Elie Favrot, est le meneur présumé du lynchage mortel. Son autre assistant, Adrian Besseyre, est lui aussi meurtrier présumé. Il serait celui qui aurait donné les coups de pied les plus violents à Quentin. Robin Chalendard, qui est toujours attaché parlementaire en poste, pourrait avoir aidé un des meurtriers dans sa cavale et à se soustraire aux enquêteurs. Il est actuellement interdit d’entrée dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. À ce stade, les trois jeunes hommes sont présumés innocents. Les neuf inculpés, tous actuellement en détention provisoire, sont membres de la Jeune Garde, le mouvement fondé par Raphaël Arnault.
#webtube : En négociant avec l’Iran à Genève, sous arbitrage pakistanais, Donald Trump n’est pas en position de force. Il le sait, mais n’a plus le choix. Sa guerre de deux semaines a duré trois mois, sans grands résultats. Il sait qu’il lui faut négocier au plus vite, lui qui a été en grande partie élu sur la promesse de ne plus engager son pays dans des conflits lointains et à l’issue incertaine.
Donald Trump n’est peut-être pas le plus cultivé des hommes, mais au moins sait-il compter jusqu’à deux. Les défaites militaires américaines, par exemple : Vietnam (1955-1975) et Afghanistan (2001-2021). Le cas de l’Irak (2002-2011) n’est guère plus flatteur, le but de la manœuvre était de « démocratiser » ce pays arabo-musulman pour en faire une sorte d’allié de l’Amérique. La réussite n’est pas flagrante. D’ailleurs, instruit par ses échecs à répétition, il s’est engagé dans l’équipée iranienne uniquement parce que Benyamin Netanyahu l’a convaincu que tout cela serait réglé en deux semaines, comme vu plus haut. Le Pentagone lui disait que non ; il a préféré écouter « Bibi ». Ce dernier en paye déjà le prix.
La grande perdante de cette affaire, c’est évidemment la stratégie militaire. Ou son absence, dans le cas qui nous occupe. Contre l’Iran, les USA et Israël avaient le matériel, la suprématie aérienne, les bombes dernier cri. Mais Téhéran avait la stratégie, préparée depuis des décennies, la conceptualisation d’une guerre asymétrique, à base de missiles, certes, mais surtout de drones et de vedettes rapides lui ayant permis de bloquer le détroit d’Ormuz, fragilisant ainsi les flux pétroliers.
Israël perd la main…
L’autre grand perdant, c’est bien sûr l’État hébreu qui, lui aussi, devient imbattable dans le registre de la force brute et le manque conjoint de vision politique et stratégique. Cela fera bientôt trois ans que les Israéliens s’acharnent sur la bande de Gaza, quasiment réduite en cendres. Mais le Hamas est toujours là. Même échec patent vis-à-vis du Hezbollah libanais. Ils ont beau eu décapiter son état-major à coups de téléphones piégés, le Hezbollah, lui aussi, est toujours là. Alors, Israël bombarde le Liban. Ça semble être une manie chez eux. Quand on ne sait pas quoi faire à Tel-Aviv, on bombarde le Liban. Ça ne sert à rien, mais ça soulage. Sauf qu’aujourd’hui, ça ne fait plus rire personne, et surtout pas Donald Trump : « Trop de gens sont tués et Israël n’a pas besoin de raser un immeuble à chaque fois que vous cherchez quelqu’un, car il y a beaucoup de monde dans ces immeubles, et ils ne font pas tous partie du Hezbollah. »
J.D. Vance, le vice-président américain, dépêché à Genève pour signer l’accord irano-américain, est à peine plus amène avec « l’ami israélien » : « Donald Trump est le seul chef d’État au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël en ce moment précis. Et il se trouve qu’il est le chef d’État de la superpuissance mondiale. Si je faisais partie du cabinet du gouvernement israélien, je n’attaquerais peut-être pas le seul allié qu’il me reste encore. » Envoyé, c’est pesé.
Ce n’est pas pour autant que les USA sont les gagnants de cette séquence, loin s’en faut. L’Arabie Saoudite et les Émirats du Golfe lui faisaient confiance pour les protéger d’attaques extérieures ? Les frappes iraniennes ont démontré que le parapluie américain n’était pas exactement fiable. Ces pays devront investir plus pour leur sécurité. Certains ont déjà commencé. Quant à cette confiance, elle n’est plus là.
Et l’Iran la reprend…
Mais s’il y a un grand gagnant, c’est bel et bien l’Iran. Et le paradoxe est qu’il peut finalement remercier Israël et les États-Unis. Avant que ne démarre leur équipée, le régime n’était pas au mieux, de plus en plus contesté par des manifestations permanentes, auxquelles s’étaient, grande première, joints les commerçants du bazar de Téhéran, traditionnellement conservateurs. On évoquait même un possible basculement de l’armée régulière. Les bombardements israélo-américains ont étouffé la révolte naissante, sauvant involontairement le régime qui, s’il avait chuté, aurait provoqué un grand saut vers l’inconnu avec une possible guerre civile à la clef, l’Iran étant une mosaïque à la fois religieuse et ethnique. Mais il est un autre aspect inattendu de ce conflit : en décapitant les religieux iraniens, dont l’ayatollah Khamenei, les USA ont donné l’avantage aux Gardiens de la révolution qui, même si touchés eux-aussi, ont profité de la faiblesse du pouvoir religieux pour accroître le leur. Une sorte de putsch de velours, en quelque sorte, et qui fait bien les affaires des Américains.
En effet, ces Gardiens, très portés sur les affaires (ils tiennent une large part de l’économie iranienne), ne sont pas insensibles à la corruption, même si nationalistes convaincus. Bref, des partenaires idéaux pour Donald Trump. Ce qui fait dire à Renaud Girard, dans Le Figaro de ce 16 juin : « Je pense que la réconciliation irano-américaine est beaucoup plus proche qu’on ne le croit habituellement. » Robert Baer, ancien chef de région de la CIA au Moyen-Orient, écrivait déjà, en 2008, dans son essai Iran, L’irrésistible ascension (JC Lattès) : « Une alliance entre les États-Unis et l’Iran serait l’un bouleversements stratégiques les plus significatifs de l’histoire moderne, aussi décisif que la rupture sino-soviétique. Mais c’est le seul choix qui s’offre à nous. » On comprend mieux pourquoi Israël, qui n’a pas été convié aux négociations de Genève, les suit néanmoins de très près.
#webtube : S’il y a bien un titre qui prouve que Garbage n’est pas qu’un groupe de rock alternatif pur et dur, c’est « Milk ». Dernier single de leur premier album éponyme, ce morceau est un chef-d’œuvre de trip-hop gothique et d’électro-pop minimaliste. Loin des guitares saturées de « Vow » ou de « Only Happy When It Rains », Milk s’écoute comme un murmure nocturne, à la fois fragile et venimeux.
#webtube : If there’s one track that proves Garbage isn’t just a pure and simple alternative rock band, it’s « Milk. » The final single from their self-titled debut album, this song is a masterpiece of gothic trip-hop and minimalist electro-pop. Far removed from the distorted guitars of « Vow » or « Only Happy When It Rains, » « Milk » is like a nocturnal whisper, both fragile and venomous.
L’ouvrage n’est pas un simple « manifeste », il entend aussi et surtout – en s’appuyant sur un vaste corpus de références historiques et démographiques – donner une cohérence doctrinale à la notion de « remigration », encore marginale dans le débat public français, mais qui occupe une place de plus en plus importante dans les réflexions des intellectuels en Europe, tout du moins ceux qui témoignent du souci de ne pas laisser s’effondrer la civilisation occidentale.
L’ouvrage est structuré en deux parties : dans une première partie, intitulée « Pourquoi la remigration ? », Jean-Yves Le Gallou examine les motifs qui pourraient – ou devraient – conduire les hommes politiques à envisager la mise en œuvre d’une politique de remigration. Jean-Yves Le Gallou puise dans des disciplines aussi diverses que l’histoire, l’anthropologie, ou la démographie, et à cette occasion, Jean-Yves Le Gallou fait la preuve de son érudition, en mobilisant en outre de manière fort judicieuse les apports de ces disciplines. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, l’auteur examine comment procéder, et comment surmonter les obstacles qui ne manqueront pas de se présenter.
Au fil des chapitres de la première partie, l’auteur analyse la crise historique majeure que traverse l’Europe, provoquée par l’immigration extra-européenne de masse, l’effacement progressif des frontières culturelles et la diffusion du modèle multiculturel mondialiste. Jean-Yves Le Gallou considère que cette dynamique ne relève plus d’un simple phénomène économique ou social, mais d’un bouleversement démographique profond susceptible de transformer durablement l’identité des nations européennes, et peut-être de remettre en cause l’existence-même de la civilisation occidentale.
L’auteur évoque différents exemples de déplacements ou de retours de populations intervenus au fil des siècles afin de montrer que les phénomènes de remigration ont déjà existé dans l’histoire. L’auteur en conclut que des politiques de retour sont envisageables sans nécessairement conduire à des conflits majeurs. L’histoire, nous indique l’auteur, « fournit de nombreux exemples de remigrations, parfois violentes (…) mais qui peuvent aussi prendre des formes plus paisibles. ». Au titre des remigrations réalisées sous la contrainte, il évoque notamment la Reconquista, le retour en Grèce des grecs établis en Turquie et le retour en Turquie des turcs établis en Grèce suite au Traité de Lausanne de 1923, ou encore le rapatriement des Pieds-noirs en 1962. Parmi les cas de remigrations plus paisibles figure notamment celui des populations russophones des États baltes après la chute de l’Union soviétique.
Pour Jean-Yves Le Gallou, le peuple européen a droit à la continuité historique. « Le substrat ethnique de l’Europe, nous indique-t-il, est resté inchangé depuis 5000 ans et jusqu’au début de l’immigration extra-européenne dans les années 1960. Et à l’exception du finnois, du hongrois et du basque, toutes les langues parlées en Europe sont indo-européennes et apparentées les unes aux autres. (…) Le catholicisme (…) est aussi un marqueur identitaire et civilisationnel fort : la notion de chrétienté (…) a largement catalysé les énergies des européens dans leur lutte contre les invasions arabo-musulmanes en Espagne et turco-musulmanes dans les Balkans, ou contre les attaques des pirates barbaresques sur les rivages nord de la Méditerranée. » Ce que le Général de Gaulle, de manière plus intuitive et plus approximative, avait formulé de la manière suivante : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
Lutter contre la colonisation de l’Europe
Le chapitre 3 a pour objet d’analyser les maux occasionnés par l’immigration européenne. L’Europe est pour l’auteur en passe de devenir une colonie soumise aux peuples de ses anciennes colonies. Mais la colonisation d’hier et celle d’aujourd’hui auraient peu à voir l’une avec l’autre : « La colonisation européenne était une colonisation administrative et de protectorat, apportant des infrastructures et des ouvrages d’art : routes, ponts, chemins de fer, canaux d’irrigation, hôpitaux, écoles. » Le Gallou converge totalement sur ce point avec le numéro hors-série consacré récemment par Valeurs actuelles à la présence française en Algérie de 1830 à 1962. Il poursuit : « La colonisation venue du tiers-monde est différente : c’est une colonisation de peuplement, amenant des bouches à nourrir. »
Il ajoute que c’est une colonisation de prédation : prédation sexuelle, dont sont emblématiques l’affaire des grooming gangs au Royaume-Uni ou encore l’affaire des viols collectifs de Cologne à la Saint-Sylvestre 2015 ; prédation violente, avec la sur-représentation très marquée des immigrés extra-européens (sur-représentation constatée dans tous les pays européens) dans la participation aux activités criminelles ; prédation qu’il qualifie d’« astucieuse », enfin, les immigrés extra-européens ayant – beaucoup plus que les autochtones – recours aux aides sociales et au logement HLM. Jean-Yves Le Gallou, s’appuyant sur les travaux de Robert Puttman, politologue à Harvard, note en outre que les sociétés multi-culturelles sont plus conflictuelles que les sociétés ethniquement homogènes, l’hétérogénéité ethnique ayant pour effet d’accroître la méfiance entre les individus et donc d’affaiblir le « capital social ». Sur ce sujet, on pourra consulter aussi l’ouvrage de Garett Jones, dont nous avons rendu compte il y a un an dans ces colonnes.
Le chapitre 4 conclut la première partie de l’ouvrage en abordant les questions démographiques. Au cours des vingt dernières années, de 2006 à 2021, en France, le taux de fécondité des femmes immigrées est resté stable à environ 2,3 enfants par femme alors que celui des femmes nées en France fléchissait, de 1,9 à 1,7 enfant par femme. Dans le même temps, le nombre de naissances en France issues d’un ou deux parent(s) étranger(s) augmentait de 42 %, tandis que le nombre de naissances de deux parents français baissait de 37 %. Dans ces conditions, à l’avenir, si la fécondité des femmes immigrées devait se maintenir et celle des femmes non-immigrées continuer de baisser, la part des immigrés au sein de la population en France ne peut que s’accroître au fil du temps, et ce même sous l’hypothèse d’un arrêt total du flux d’immigration. C’est à notre sens un argument majeur en faveur de la politique de remigration prônée par l’auteur, car de ce fait, le simple arrêt de l’immigration ne suffira pas à mettre un terme au « grand remplacement ».
Les peuples face aux juges
Pour Le Gallou, la remigration désigne l’ensemble des politiques visant à favoriser le retour vers leur pays d’origine d’immigrés installés en Europe, mais également, dans certains cas, celui de leurs descendants lorsque ceux-ci sont insuffisamment assimilés ou porteurs d’une altérité culturelle irréductible. La remigration comprend ainsi cinq composantes, à mettre en œuvre dans cet ordre : 1- l’arrêt de toute immigration nouvelle, 2- le renvoi des clandestins et des délinquants, 3- le non-renouvellement des titres de séjour des étrangers qui n’ont plus les moyens de subsister en France par leur seul travail, 4- la déchéance de nationalité et le renvoi des binationaux inassimilés et hostiles à la France, et 5- l’encouragement au retour des étrangers non assimilés.
La mise en œuvre d’une telle politique risque évidemment d’être entravée par le « gouvernement des juges ». Jean-Yves Le Gallou estime que les juridictions nationales et européennes, en particulier la jurisprudence liée aux droits de l’homme, empêchent désormais les États de mener des politiques migratoires souveraines. Il critique à juste titre les institutions européennes et les mécanismes juridiques internationaux qui placent les droits individuels des migrants au-dessus des intérêts collectifs des peuples d’accueil. Reprenant les travaux de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), l’auteur indique qu’en application des critères édictés par la jurisprudence de la Cour nationale du droit d’asile, de la CEDH et de la CJUE, ce sont pas moins de 600 millions de personnes, de par le monde, qui sont éligibles au droit d’asile en France ! Ce qui amène Le Gallou à conclure que ces juridictions constituent la « nef des fous »… La remigration suppose donc une reconquête préalable de la souveraineté politique et juridique des nations, qui consiste avant tout à remettre les juges à leur place, ce qu’il appelle le « JUGEXIT ».
Pour une politique de fermeté
Jean-Yves Le Gallou considère que la remigration doit être mise en œuvre de manière progressive, équitable et ferme. La progressivité consiste tout d’abord à mettre un terme à l’accaparement du pouvoir législatif par les juges et à rendre le pouvoir législatif au peuple, qui l’exercera par référendum ou par l’intermédiaire de ses représentants élus. L’auteur souhaite aussi que l’Union européenne exerce dans le respect strict du principe de subsidiarité les compétences qui lui sont dévolues, et qu’il soit offert à tous les états membres la possibilité de s’affranchir de la politique migratoire de l’Union, en s’appuyant sur un « opt-out » à l’instar de celui dont bénéficie le Danemark en la matière. Ce qui permettrait ensuite de mettre fin au regroupement familial, dont les conséquences financières pour notre pays sont particulièrement lourdes.
L’équité et la fermeté commandent de couper les subventions aux lobbies et associations pro-immigrationnistes, de « mettre un terme à tous les dispositifs de préférence étrangère accordant, statistiquement ou juridiquement, des avantages en termes d’accès aux services publics aux populations issues de l’immigration, [et de réserver] l’accès aux avantages sociaux aux seuls ressortissants nationaux ».
Le texte s’inscrit dans un contexte européen plutôt que franco-français. L’ouvrage est préfacé par Martin Sellner, figure importante de la mouvance « identitaire » germanophone, ce qui souligne la dimension transnationale du projet intellectuel défendu. Cet ouvrage est l’aboutissement de plusieurs décennies de pensée française et européenne sur les questions d’immigration et d’identité. On y retrouve des thèmes déjà présents dans les travaux antérieurs de Jean-Yves Le Gallou : préférence nationale, critique de l’universalisme, défense des identités enracinées, dénonciation des élites mondialisées et préoccupation face au déclin culturel européen. L’ouvrage constitue ainsi une forme de condensé idéologique destiné à fournir un cadre intelligible et mobilisateur.
L’ouvrage témoigne aussi et surtout d’une inflexion récente très significative de la pensée européenne vis-à-vis de l’immigration : là où certains intellectuels se contentaient jusqu’à présent d’en appeler à la limitation du flux d’immigration, Jean-Yves Le Gallou assume désormais l’idée d’un renversement du mouvement migratoire lui-même, et affiche la volonté de déplacer en conséquence la frontière du débat public.
#webtube : J’étais dans mon bureau lorsque la nouvelle revint par la voix des informations du matin : Marc Bloch entrait au Panthéon. La phrase, dite d’un ton égal, avait cette solennité mécanique des annonces officielles, quand l’État français, ne sachant plus toujours que faire des vivants, s’applique avec gravité à disposer les morts dans son grand ossuaire symbolique. Devant moi, les rayonnages d’histoire montaient jusqu’au plafond. Là, dans leur livrée de papier jauni, reposaient ces volumes des éditions Payot, collection « Documents pour servir à l’histoire de la Grande Guerre mondiale », que j’ai longtemps collectionnés comme d’autres ramassent des coquilles après la tempête.
Ces livres ont accompagné mes années d’apprentissage. Ils racontent moins une suite d’événements qu’une longue houle européenne, faite de victoires, d’aveuglements, de chancelleries, de canons, d’effondrements et d’orgueil blessé. J’y ai appris que notre continent ne meurt jamais d’un seul coup. Il se fatigue, il s’enivre de formules, il conserve ses façades, il multiplie ses discours, puis un jour la digue cède. C’est pourquoi le nom de Marc Bloch, surgissant dans la rumeur radiophonique, me retint davantage que les habituelles pompes présidentielles.
Je n’ai jamais eu pour la République française cette tendresse que ses enfants naturels feignent parfois de porter dans leurs veines. Chez moi, par sentiment breton, et avec ce vieux fonds légitimiste hérité de lignées réfractaires à la Révolution française, on regardait la République et la France avec prudence, parfois avec agacement, souvent avec cette distance intérieure que donnent les fidélités antérieures. La France existe, assurément. L’État existe plus encore, et pèse lourdement. Quant à la nation française, si souvent invoquée comme une évidence, je l’approche avec circonspection. Elle est moins un dogme qu’une construction historique, parfois admirable, parfois brutale, toujours disputée.
C’est dire que Marc Bloch n’était pas spontanément un compagnon de maison. Il appartenait à une France républicaine, universitaire, patriote au sens le plus classique du terme, nourrie de la IIIe République, de l’école, du service militaire, de la croyance dans l’intelligence ordonnée. Ma famille, elle, aurait plutôt combattu cette France-là qu’elle ne l’eût célébrée. Pourtant, il y a des hommes dont la stature oblige à sortir de ses propres préventions. Marc Bloch est de ceux-là.
J’ai lu L’Étrange Défaite très jeune, et sans doute trop vite. Je n’y cherchais pas un maître, encore moins un saint républicain. J’y trouvai pourtant une intelligence frappée de stupeur, une intelligence blessée, mais non défaite. Ce qui bouleverse dans ce livre, c’est qu’un homme qui avait tout donné au cours de deux guerres voit s’écrouler, en quelques semaines, la France victorieuse de 1918. Non une France pauvrement improvisée, non une France sans mémoire militaire, non une France provinciale et distraite, mais la France qui avait vaincu l’Empire allemand au prix d’une saignée immense, et qui, vingt-deux ans plus tard, se trouvait à genoux.
Marc Bloch comprit que la défaite n’était pas seulement militaire. Les chars allemands n’avaient pas seulement percé des lignes. Ils avaient traversé une épaisseur de routines, de bureaux, de doctrines figées, de commandements vieillis, de conformismes administratifs, de mensonges rassurants. Il y avait eu faillite de l’intelligence pratique, cet art si rare qui consiste à voir ce qui vient avant que l’événement ne vous l’assène sur le crâne. À cet égard, L’Étrange Défaite n’est pas un livre de 1940. C’est un livre que chaque époque française devrait relire lorsqu’elle commence à se payer de mots.
Notre temps y trouverait un miroir peu flatteur. Il n’a plus la même armée, les mêmes frontières, les mêmes ennemis visibles, les mêmes uniformes au bord des routes. Il possède en revanche les mêmes maladies de structure : le goût des procédures, l’illusion des plans, la superstition des organigrammes, la lâcheté de certaines élites, la peur de nommer l’adversaire, l’impuissance enveloppée dans une langue technocratique. L’État français produit des rapports comme les vieux arsenaux produisaient des obus. Encore faudrait-il qu’ils touchassent quelque chose.
C’est ici que la panthéonisation de Marc Bloch pourrait avoir un sens, si elle n’était pas aussitôt recouverte par les petites querelles de notre temps. Honorer cet homme n’a rien de déplacé. Cela peut même être juste. Il fut historien, soldat, professeur, résistant, homme de devoir, homme d’écriture et de courage. Il fut aussi l’un de ces Français d’origine juive qui crurent profondément à la France qui les avait accueillis, au point de ne jamais vouloir séparer leur sort de celui du pays. On peut venir d’une tradition bretonne rétive à l’État central, on peut n’avoir aucun goût pour la mystique républicaine, et reconnaître la grandeur de cet engagement.
En entendant les informations, mon regard se posa sur un petit coin de ma bibliothèque où se trouve un diptyque discret : deux portraits que j’avais photographiés, il y a une vingtaine d’années, au Musée juif de Berlin. Albert Ballin et Walter Rathenau. Mon père me les avait souvent cités en exemple d’hommes animés par le plus pur patriotisme allemand, non un patriotisme de parade, non un patriotisme de braillards, mais un patriotisme de service, d’industrie, d’intelligence et de sacrifice.
Ballin fut l’un des grands artisans de l’expansion maritime allemande. Son nom évoque Hambourg, les lignes océaniques, les paquebots, la puissance commerciale, cette Allemagne d’avant 1914 qui cherchait sa place sur les mers. La défaite lui fut insupportable. Il se donna la mort au lendemain de l’armistice, comme si l’effondrement de l’Allemagne lui retirait l’air même dont il vivait. Rathenau, lui, fut l’un des grands esprits industriels de son temps, organisateur, savant, homme d’État, figure capitale de cette Allemagne de Weimar qui tenta, quelques années, de tenir debout au milieu des ruines.
Il fut assassiné par des hommes issus du monde des Corps francs et des milieux nationalistes radicaux, dans ce climat d’après-guerre où l’Allemagne vaincue mêlait humiliation, revanche, brutalité politique et radicalisation idéologique. On ne comprend pas cette époque si l’on se contente de la réduire à la folie. Elle fut plus grave que cela. Elle fut une décomposition, une fermentation, une guerre intérieure mal éteinte. Rathenau représentait peut-être l’une des dernières possibilités d’une Allemagne qui aurait su se redresser autrement. Sa disparition ne causa pas tout, naturellement. Elle ferma pourtant une porte.
Dans le cas français, comment ne pas penser à la famille Bloch, à Marcel, qui devint Dassault, dans l’aviation, et à Darius Paul, son frère aîné, polytechnicien, officier d’artillerie et engagé dans l’aventure des chars ? Là encore, on voit cette jonction si particulière entre le judaïsme émancipé et les grandes entreprises de l’État moderne : l’armée, la technique, l’industrie, l’organisation, la guerre. Ces hommes ne furent pas des passagers clandestins de l’histoire française. Ils en furent des artisans. Leur fidélité ne fut pas sentimentale. Elle fut concrète, productrice, risquée, souvent tragique.
Marc Bloch appartient à cette famille d’esprit. Ce qui frappe chez lui, ce n’est pas seulement l’intelligence, c’est la tenue. Frappé par le statut des Juifs, humilié par Vichy, spolié par l’occupant, poussé vers l’exil, il refusa autant qu’il le put de transformer son malheur propre en séparation d’avec le sort général du pays. Il ne niait pas ce qu’il était. Il ne reniait rien. Il affirmait simplement que sa qualité de juif ne l’empêchait pas de se sentir Français, et qu’il ne la revendiquait que face à l’antisémite. Ce n’est pas une prudence honteuse. C’est une pudeur de grande race morale.
Il y a, dans cette attitude, quelque chose que notre époque comprend mal. Nous vivons sous le règne de l’identité proclamée, du tort exhibé, de la mémoire tenue comme un titre de rente morale. Marc Bloch avait toutes les raisons de parler en victime. Il choisit de ne pas se réduire à cela. Il ne demanda pas que la France tout entière fût enfermée dans Vichy, ni que tous les Français fussent confondus avec les lâches, les collaborateurs, les fonctionnaires du malheur ou les collègues trop prudents. Il savait distinguer. L’historien, chez lui, sauvait l’homme des facilités de la rancune.
C’est pourquoi l’usage contemporain que l’on prétend faire de son nom est parfois si déplaisant. Marc Bloch méritait mieux que d’être transformé en projectile dans la guerre que mène une gauche sénescente contre une droite qui revient. Il méritait mieux que cette réduction. Ses analyses sur la défaite, son regard sur l’effondrement de l’autorité, son inquiétude devant les élites incapables de voir le réel, tout cela devrait parler à tous les camps. L’Étrange Défaite ne juge pas seulement les vaincus de 1940. Elle accuse les systèmes qui se croient solides parce qu’ils ont encore des façades.
Or voici que certains veulent faire de Marc Bloch une propriété de clan. Des descendants, des gardiens de mémoire, des héritiers affectifs ou politiques prétendent dire qui peut l’honorer, qui peut le citer, qui peut s’incliner devant lui. Que la famille ait ses douleurs, ses pudeurs, ses refus, on le comprend. La mémoire familiale ne se discute pas comme un procès-verbal de conseil municipal. Elle a ses raisons charnelles. Elle porte ses ombres, ses morts, ses blessures.
L’entrée au Panthéon change toutefois la nature de l’affaire. À partir du moment où l’État français élève un homme dans ce temple laïque, il l’arrache à la seule garde des siens. Il le remet à la mémoire française. Non à la mémoire d’un parti, non à celle d’une famille, non à celle d’une école historique, non à celle d’un camp, mais à cette mémoire française vaste, contradictoire, impure, souvent querelleuse, dont personne ne possède seul la clef. On ne peut pas vouloir le Panthéon et le vestibule réservé.
Le Panthéon n’est pas un salon privé. Il n’est pas une chapelle familiale. Il n’est pas non plus une réunion d’anciens élèves où l’on filtre les présences selon les convenances politiques du moment. Il est un monument d’État, donc un lieu où la France officielle prétend dire quelque chose d’elle-même. Dès lors, l’hommage ne peut exclure une partie du pays réel sans se contredire. Refuser que certains élus s’y associent, sous prétexte qu’ils viennent d’un camp jugé infréquentable, revient à réduire l’hommage à une cérémonie de caste.
C’est même, d’une certaine manière, trahir Marc Bloch. Non parce qu’il aurait partagé les idées de ceux que l’on veut tenir à distance, absurdité que personne ne soutient, mais parce qu’il a précisément refusé les enfermements sommaires. Il savait que les groupes humains sont divisés, que les camps ne sont jamais homogènes, que la vérité historique exige de ne pas confondre le réel avec les commodités de l’anathème. L’un des drames de l’Occupation, écrivait-il en substance, était qu’aucun corps, aucun groupe, aucune classe ne fût indemne de division. Quelle leçon pour notre temps, qui remplace l’analyse par l’étiquetage.
Il faut ici dire une chose simple. Marc Bloch n’appartient pas à ceux qui crient le plus fort leur indignation. Il n’appartient pas davantage à ceux qui voudraient l’enrôler de force dans les combats de 2026. Il appartient à tous ceux qui acceptent de le lire sérieusement. Il appartient à ceux qui comprennent que la défaite vient souvent de l’intérieur avant de venir de l’ennemi. Il appartient à ceux qui savent que les élites peuvent faillir, que les administrations peuvent aveugler, que les mots peuvent endormir, que les chefs peuvent trahir leur fonction par faiblesse bien plus que par malignité.
Il appartient aussi, et peut-être surtout, à ceux qui ne veulent pas laisser la France officielle se payer une fois de plus de cérémonie. Emmanuel Macron aime les panthéonisations. Il y trouve cette grandeur d’emprunt qui manque souvent à l’exercice ordinaire du pouvoir. Les morts ne contredisent pas. Ils ne demandent pas de comptes. Ils permettent au président de parler d’histoire, de vérité, de République, d’universalisme, de courage, pendant que le pays réel doute, s’irrite, se fatigue, se fragmente. La solennité des caveaux console les pouvoirs affaiblis.
Marc Bloch, cependant, est dangereux pour ceux qui l’honorent trop facilement. Il demande des comptes. Il oblige à se demander ce que valent nos chefs, nos écoles, nos armées, nos bureaux, nos journaux, nos juges, nos professeurs, nos administrations. Il oblige à regarder ce que l’on ne veut pas voir. Il pose cette question terrible : sommes-nous capables de reconnaître une défaite avant qu’elle ne soit consommée ? La France de 1940 ne le fut pas. La France d’aujourd’hui en donne-t-elle toujours la preuve ?
J’en doute. Elle sait encore commémorer. Elle sait moins transmettre. Elle sait encore décréter. Elle sait moins commander. Elle sait encore proclamer des valeurs. Elle sait moins protéger les formes concrètes de vie qui leur donnent sens. Elle parle d’universalisme, mais laisse se défaire les continuités humaines. Elle parle de souveraineté, mais découvre chaque crise comme une dépendance. Elle parle d’école, mais peine à instruire. Elle parle de justice, mais hésite à punir quand le fautif contredit le récit diversitaire. Elle parle d’Europe, mais oublie souvent que l’Europe n’est pas un règlement, mais une civilisation de peuples, de langues, de mémoires et de frontières.
Depuis mon bureau breton, face aux vieux volumes de Payot, je voyais donc dans cette panthéonisation une scène double. D’un côté, un hommage légitime à un homme admirable. De l’autre, une confiscation possible par ceux qui voudraient réduire Marc Bloch à une arme de plus dans leur petite guerre morale. Cette double impression m’empêchait de rejeter la cérémonie, comme elle m’empêchait de m’y abandonner. Il y avait là quelque chose de juste, et quelque chose de faux. Les Français ont un talent singulier pour mêler le vrai hommage à la mauvaise arrière-pensée.
Je pensais encore à Ballin et à Rathenau. Ces portraits berlinois, posés dans un recoin de ma bibliothèque, me rappelaient qu’un État, un pays, une vieille civilisation politique peuvent recevoir de certains hommes un service plus grand que celui rendu par beaucoup de leurs héritiers naturels. Ils me rappelaient que l’Europe moderne a été faite aussi par ces fidélités d’adoption, par ces élans d’intégration exigeante, par ces hommes qui prirent au sérieux le pays qui les avait reconnus, comme ces huguenots qui ont contribué à la grandeur de la Prusse. Ils me rappelaient enfin qu’une société qui ne sait plus honorer ses meilleurs serviteurs autrement qu’en les livrant aux querelles de partis est déjà bien malade.
La grandeur de Marc Bloch tient à ce qu’il échappe aux propriétaires de mémoire. Il échappe à la gauche qui veut l’utiliser contre la droite. Il échappe à la République qui veut se contempler elle-même à travers lui. Il échappe même à ceux qui, par le sang, peuvent croire le tenir plus légitimement que les autres. Les morts de cette dimension sont indociles. On les porte en cérémonie, on les entoure de drapeaux, on les enferme sous la pierre, puis ils ressortent par leurs livres et se mettent à juger les vivants.
Que Marc Bloch entre donc au Panthéon. Qu’il y entre comme historien, comme soldat, comme homme de courage, comme Français de nation juive, comme témoin d’une défaite qui continue de nous parler. Qu’il y entre sans que l’on fasse de son cercueil symbolique un mirador de surveillance idéologique. Qu’il y entre assez grand pour appartenir à tous ceux qui savent encore lire, admirer et méditer.
La France officielle croira peut-être l’avoir honoré. Elle ferait mieux de le craindre un peu. Car Marc Bloch ne nous demande pas d’être émus. Il nous demande d’être lucides. Et la lucidité, dans un temps saturé de poses, demeure la plus rare des vertus.