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#webtube : Les Français ont voté Hollande. Résultat : cinq ans de renoncement, de chômage de masse et d’attentats gérés à coups de communication. Ils ont voté Macron. Résultat : des Gilets jaunes matraqués, des retraites volées, des frontières ouvertes et un pays qui se fragmente sous leurs yeux. Et maintenant on leur prépare Philippe. Même moule, autre emballage. Et si vous pensez que vous aurez votre mot à dire, vous n’avez toujours pas compris comment ça marche. Ce n’est pas le peuple qui choisit ses présidents. C’est le système qui valide ses gérants.
Qui tient les leviers ?
Derrière chaque président présentable, il y a des réseaux. Pas des théories du complot, des faits. Le Siècle, ce club ultra-sélect qui réunit chaque mois journalistes de renom, patrons du CAC 40, hauts fonctionnaires et politiques en vue, dîne ensemble depuis des décennies. On y croise les directeurs du Monde, du Figaro, de BFM, les grands patrons, les conseillers d’État. On n’y vote pas. On n’y décide rien officiellement. Mais on s’y reconnaît, on s’y coopte, on s’y choisit.
Macron en est le produit le plus abouti. Inspecteur des finances, repéré par Attali, propulsé par Bergé, couvert par la presse avant même d’avoir gagné une seule élection. Son ascension n’a pas été un accident démocratique. Elle a été une construction, méthodique, millimétrée, financée et médiatisée par des gens qui savaient exactement ce qu’ils faisaient.
Philippe, c’est la même logique, version plus discrète. Moins de bruit, moins de jeunesse tapageuse, plus de solidité apparente. Il rassure les marchés. Il rassure Bruxelles. Il rassure les rédactions. C’est précisément pour ça qu’il sera là.
La mécanique du verrouillage
Le verrouillage ne se voit pas. C’est sa force. Il ne repose ni sur des fraudes grossières ni sur des interdictions explicites. Il est administratif, médiatique, financier, culturel. Et il commence très en amont du vote, bien avant que les Français n’entrent dans l’isoloir.
Le temps de parole d’abord. Une réforme discrète de 2016 a remplacé l’égalité stricte entre candidats par un principe d’équité basé sur les sondages. Traduction concrète : plus vous êtes déjà connu, plus vous passez à la télé. Plus vous passez à la télé, plus vous montez dans les sondages. Les challengers sont invisibles au moment précis où ils auraient besoin d’exister. Et le camp présidentiel, avec 16 % dans les sondages, squatte 34 % du temps de parole sur France 2. Votre service public. Payé par vos impôts.
Le financement ensuite. Une campagne présidentielle coûte jusqu’à 23 millions d’euros au second tour. Les banques prêtent à ceux qu’elles jugent susceptibles de gagner, c’est-à-dire à ceux que le système a déjà validés. Cercle parfaitement fermé.
Et puis il y a le plus efficace de tous les verrouillages : la fabrication du dangereux. À force de répéter qu’un candidat est extrême, irresponsable, incontrôlable, une partie de l’électorat finit par y croire. Pas besoin d’interdire. Il suffit de disqualifier. Les mots font le travail que les urnes ne peuvent pas faire.
La preuve par les rapports officiels que personne ne lit
Les chiffres sont là. Publics. Accessibles. Ignorés.
130 000 obligations de quitter le territoire prononcées en 2024. Une sur dix exécutée. 500 000 personnes en situation irrégulière sur le sol français selon la commission des lois de l’Assemblée nationale, qui parle noir sur blanc d’affaiblissement de l’autorité de l’État.
1848 atteintes à la laïcité recensées dans les seules écoles entre septembre et décembre 2024 selon le ministère de l’Éducation nationale lui-même.
En mai 2025, le ministère de l’Intérieur publie un rapport sur les Frères musulmans et l’islamisme politique en France, commandé lors d’un conseil de défense présidé par Macron en personne. Ce rapport documente une stratégie d’entrisme méthodique visant à infiltrer les institutions publiques, les écoles, les collectivités locales. Fin 2024, le directeur national du renseignement territorial déclare publiquement que les deux risques majeurs pour la cohésion nationale sont le narcotrafic et le séparatisme islamiste, affectant tous les milieux sans exception.
Ce ne sont pas des sites que les grands médias qualifient d’extrémistes. C’est le ministère de l’Intérieur. C’est l’Élysée. C’est le renseignement territorial.
Et pourtant. Hollande n’a pas tranché. Macron a commandé des rapports. Philippe ne tranchera pas. Parce que trancher vraiment, c’est se couper des réseaux qui vous ont porté. Parce que nommer les choses clairement, c’est s’aliéner les rédactions qui vous ont construit. Le système a besoin que ces sujets restent gérés, encadrés, jamais résolus.
Mélenchon et Bardella, deux utilités du système
Le système ne fonctionne pas en interdisant des candidatures. Il fonctionne en rendant certaines victoires impossibles à absorber, et en s’organisant en amont pour que ça n’arrive pas.
Mélenchon fait 22 % au premier tour en 2022. Base militante en béton, capacité de mobilisation hors norme. Et pourtant il ne gouvernera pas. Parce qu’au second tour les reports suffisent à l’écraser. Parce qu’une victoire LFI déclencherait une résistance des marchés, de Bruxelles, de l’appareil d’État d’une violence que le système se réserve pour les cas extrêmes. Mélenchon le sait. Le système le sait. Le jeu continue.
Bardella concentre 33 à 36 % des intentions de vote depuis des mois. Chiffre réel, colère réelle. Mais le RN joue depuis quarante ans le même rôle : faire peur au second tour pour faire élire le candidat du système. Ce n’est pas une malédiction. C’est une fonction. Une fonction dont le système a absolument besoin pour que le choix défensif fonctionne. On ne vote pas pour Philippe. On vote contre Bardella. Et Philippe arrive à l’Élysée.
C’est le tour de passe-passe le plus vieux de la Ve République.
Le système adore les oppositions spectaculaires. Elles donnent l’illusion d’un débat intense mais servent surtout à canaliser la colère sans menacer le cœur du pouvoir. Le choix devient défensif. On vote contre un danger présenté comme absolu, plus que pour un projet. Dans ce type de configuration, le système gagne presque toujours, car il lui suffit d’apparaître comme le moindre mal.
Philippe, ou la solution grise
C’est ainsi qu’apparaît Édouard Philippe. Non pas comme une réponse au pays, mais comme une solution au système. Après l’effacement hollandais et la brutalité technocratique macronienne, il incarne la normalisation grise. Il ne propose rien de fondamentalement nouveau. Il ne promet aucune rupture. Il n’annonce aucun bouleversement. Il rassure précisément par ce qu’il ne dit pas, par ce qu’il n’est pas, par ce qu’il ne fera pas.
Philippe n’est pas la cause de ce mécanisme. Il en est le produit. À force d’éliminer les profils jugés trop indépendants ou trop imprévisibles, le système finit toujours par promouvoir les plus compatibles. Ce ne sont pas les meilleurs. Ce sont les plus inoffensifs.
Ses concurrents dits sérieux jouent le même registre. Glucksmann, Attal, Lecornu. Tous produits des mêmes circuits, tous adossés aux mêmes réseaux, tous capables de tenir un discours de rupture cosmétique sans jamais toucher aux structures. La diversité de façade cache une homogénéité de fond qui devrait inquiéter quiconque croit encore que l’élection présidentielle est le moment où un pays choisit réellement son destin.
Dans un système verrouillé, l’absence de vision devient une qualité. L’absence de colonne vertébrale devient une garantie.
Ce que vous pouvez faire
Ne pas désespérer. Mais ne plus être dupe non plus.
Comprendre que le bulletin de vote n’est pas inutile, mais qu’il ne suffit pas. Que le vrai combat se mène en amont, dans les médias qui osent nommer les choses quand les autres se taisent, dans les réseaux locaux, dans la capacité à diffuser ce que le système préférerait garder sous l’éteignoir. C’est précisément ce que fait Riposte Laïque depuis des années : publier ce que la presse officielle reporte aux calendes grecques, nommer ce que les éditorialistes du Monde enrobent de précautions, donner la parole à ceux que les plateaux télé évitent soigneusement.
Les Français ne votent pas mal. Ils votent dans un cadre rétréci, filtré, balisé, un cadre dont personne ne leur explique les règles réelles, et dans lequel l’espace du choix possible a déjà été défini avant que les bureaux de vote n’ouvrent.
Il ne s’agit pas de complot. Il n’y a pas de réunion secrète où l’on décide qui sera élu. Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus efficace et de beaucoup plus difficile à combattre : un ensemble de mécanismes qui convergent, chacun avec sa logique propre, vers le même résultat. La haute administration fait ce qu’elle est censée faire. Les banques font ce qu’elles sont censées faire. Les médias du système font ce qu’ils sont structurellement incités à faire. Et au bout, le résultat est prévisible.
La succession Hollande, Macron, Philippe n’est pas une suite d’accidents. C’est une continuité assumée. Gouverner sans gouverner. Administrer sans trancher. Maintenir l’ordre existant sous des visages différents. Et surtout, ne jamais, au grand jamais, régler vraiment les questions que les Français posent depuis vingt ans.
Ce ne sera ni Zemmour ni Marine Le Pen, non par manque de soutien populaire, mais parce que le système ne tolère pas leur victoire. Ce ne sera pas Mélenchon, non parce que ses idées seraient minoritaires, mais parce qu’il représente une rupture que les cadres existants ne peuvent pas absorber.
Ce sera Philippe. Non parce qu’il est désiré. Parce qu’il est accepté. Parce qu’il est, dans le vocabulaire discret du pouvoir réel, compatible.
Tant que cette réalité ne sera pas nommée et combattue, les Français continueront de voter. Et le système continuera de choisir.
Jérôme Viguès, Riposte Laïque
