. Ségolène Royal à la rescousse du gouvernement algérien

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#webtube : « Les église ne sont ni fermées, ni interdites en Algérie ». Vraiment ? Une chose est sûre : la visite du pape en Algérie est loin de faire l’unanimité. La preuve en est que même les médias de grands chemins osent afficher une certaine perplexité : L’Express, par exemple, titrait un de ses articles, à la veille de l’arrivée de ce dernier : « Le pape Léon XIV en Algérie : les dits et les non-dits d’une visite qui interroge » ; Paris Match, le même jour, écrivait aussi : « Églises fermées et conversions secrètes… Léon XIV et les paradoxes de l’Algérie ». Des analyses et des interrogations qui n’ont pas été du goût de tout le monde. En tout cas, pas de celui de TSA, un média algérien qui n’a pas manqué d’accuser L’Express d’avoir « rejoint la galaxie des médias proches de l’extrême droite et spécialistes de la propagande anti-algérienne », et de dénoncer Le Point et Le Figaro pour avoir laissé respectivement Kamel Daoud et Boualem Sansal donner leurs avis sur cette visite : en bref, le média condamne tout le monde pour « algérophobie ». Étonnamment, ou non, Ségolène Royal, elle aussi, s’est insurgée et, sur X, n’a pas manqué de dénoncer un discours influencé par « des voix qui font de la hargne contre l’Algérie un fond (sic) de commerce bien peu glorieux ».

La « porte-parole du régime algérien »

Sur X, le post de Ségolène Royal a suscité des réactions polémiques. Mohammed Sifaoui, par exemple, qu’il serait difficile de classer à l’extrême droite, n’hésite pas à interpeller directement celle qu’il appelle la « porte-parole du régime algérien » sur sa méconnaissance de la situation réelle des chrétiens en Algérie, expliquant notamment que « la réalité actuelle, c’est un christianisme qui survit mais se replie dans l’informel et le domestique, sous la surveillance d’un État qui utilise le droit des cultes comme outil de contrôle politique et identitaire plutôt que comme garantie de pluralisme religieux ».

En fait, Charlotte Touati relève tout simplement que Ségolène Royal « véhicule vraiment les éléments de langage du gouvernement algérien ». À BV, l’historienne et chercheuse en sciences des religions à l’université de Lausanne explique : « Ce qui m’a le plus choquée, c’est cette négation de faits parce que c’est documenté par des institutions internationales », arguant que « si [Ségolène Royal] dit que non, il n’y a pas de fermeture d’églises, ça veut dire qu’elle nie l’existence des protestants […] ça veut dire qu’elle laisse le soin au gouvernement algérien de décider ce qui est ou non une église ». Un discours qui contrevient, d’ailleurs, à la doctrine œcuménique prônée par les papes depuis Vatican II, relève Charlotte Touati. « Le grand argument – on voit que ce sont les éléments de langage du gouvernement algérien -, c’est donc que ce ne sont pas des églises, ce sont « juste » des protestants, ce sont des garages […] : on voit directement d’où est tiré l’argumentation. Ségolène Royal n’a pas autorité pour dire si ce sont ou pas des églises, c’est ça le plus choquant pour moi. » En bref, Ségolène Royal nie les persécutions chrétiennes en Algérie, et notamment celles des protestants en Kabylie, et, en cela, reprend le double discours officiel algérien.

Ignorance ou complaisance ?

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit-on, et Gregor Puppinck, directeur du think tank ECLJ, interpelle lui aussi Ségolène Royal, sur X : « Non, @RoyalSegolene, vous ne connaissez manifestement pas le sujet, ou alors vous servez de relais à la propagande du régime. Il n’y a pas de liberté religieuse en Algérie pour les chrétiens. » À BV, Gregor Puppinck explique qu’en effet, soit « elle n’y connaît rien, soit elle est un relais d’influence de la propagande du régime ». Cependant, il lui reconnaît un mérite, celui « d’avoir suscité cette polémique et d’avoir ainsi posé la question publiquement […], parce que le fait de nier cette oppression est le propre du gouvernement algérien qui espérait par la visite [du pape] donner une image lisse d’un pays qui respecte les catholiques mais qui oublie l’existence d’une vraie Église algérienne […] »

À ce sujet — « Un Algérien ne peut qu’être musulman ». Vraiment ?

C’est simple, explique Gregor Puppinck, « c’est comme si la France se contentait de la grande mosquée de Paris et que toutes les autres mosquées étaient interdites et puis qu’on disait : « regardez, il y a l’islam en France, regardez la grande mosquée de Paris ! » C’est la vitrine mais tout le reste serait en fait supprimé […] » L’image est parlante : il s’agit de montrer au chef religieux en visite comme ça brille dans la vitrine tout en oubliant que « la vraie Église algérienne, elle, est opprimée ». Il nuance d’ailleurs encore : les catholiques étrangers sont « tolérés mais à condition qu’ils ne fassent pas d’évangélisation […] même implicite, silencieuse dans les œuvres », comme le montre, ajoute-t-il, l’interdiction de Caritas-Algérie en 2022.

Peut-être que, finalement, Ségolène Royal aura rendu service aux chrétiens d’Algérie : si c’était un non-sujet, elle n’aurait pas eu besoin d’en parler et de prendre la défense du gouvernement algérien.

Victoire Riquetti, dans BV

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