. Le Suicide français de Zemmour adapté en documentaire : précis de démolition illustré

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#webtube : Il fallait mettre en images cette incroyable entreprise de sape de la France par des Français. Le Suicide français s’y prêtait.

Pour un magnifique roman de neige canadienne au temps des trappeurs, Maurice Constantin-Weyer avait trouvé ce titre magnifique : Un homme se penche sur son passé. Ce qui est permis au romancier est strictement interdit à l’analyste sociétal et politique depuis des décennies. Les moindres incursions sont saluées d’une salve d’attaques toutes prêtes, destinées à vider l’offensive de toute dangerosité. On entendra, sur le ton de l’ironie supérieure si caractéristique d’une classe intellectuelle qui veille à maintenir les palissades devant le spectacle de la destruction : « C’était mieux avant, bien sûr ! »« ringard »« réactionnaire »« vieux jeu »« refus du progrès »« tourné vers le passé », on en passe. Avec son Suicide français publié en 2014 chez Albin Michel et réédité, actuellement, chez Fayard, Éric Zemmour, qui est encore à l’époque l’implacable polémiste en chef de la droite, pulvérise les Trissotin de la déchéance française, ceux qui l’ont tricotée patiemment et ceux qui croient qu’elle est inéluctable. La parution est saluée par ces mots de Télérama, aux sous-entendus hénaurmes : « Faisant don de sa pensée à la France, il est nécessaire à tous ceux qui, un peu égarés par la perte des repères politiques, avaient oublié à quel point le révisionnisme de droite pouvait encore sévir à propos d’un passé qui, décidément, ne passe pas. »

Mettre en images l’entreprise de sape

Zemmour persiste, signe et illustre le propos d’images saisissantes dans le documentaire du même nom, en quatre volets, disponible sur la chaîne Planète+, dans l’offre Canal+. Comme le livre, le documentaire s’ouvre sur le chêne déraciné, la mort de De Gaulle, secousse tellurique dans la France des années 1970. Comment la France de De Gaulle a-t-elle accouché de la France de Macron ? Le documentaire tente d’expliquer cette incroyable bascule en images.

Vendu à plus de 500.000 exemplaires, Le Suicide français (530 pages) a dépassé la sphère intellectuelle. L’impact a été puissant dans le public de droite. Zemmour a trouvé le chemin que beaucoup cherchaient pour perforer la chape de plomb des non-dits, des dénis et des non-lieux, pour éclairer le présent à la lumière des mécanismes destructeurs à l’œuvre depuis longtemps. Restait à mettre en images cette incroyable entreprise de sape de la France par des Français. À illustrer ce phénomène unique. Or, ce qui est rare pour un essai, Le Suicide français se prêtait à cette entreprise. Pourquoi ? Parce que Éric Zemmour n’est pas parti d’une théorie intellectuelle vaguement collée sur une interprétation des faits.

À ce sujet — Le Suicide français adapté en série télé, Éric Zemmour réhabilité ?

Il a raconté la mort de De Gaulle, « père de la nation », le procès des « bourgeois » de Bruay-en-Artois, l’installation de la loi Pleven sur la liberté d’expression, il a analysé les manifs féministes et leurs slogans, passé au radar le film Les Valseuses, dépiauté le débat Mitterrand-Giscard, ausculté les changements portés par les chansons populaires (Mon fils ma bataille)… Tout cela s’appuie, non sur un raisonnement, mais sur des faits, des phénomènes de société générationnels, tous documentés par des images, tous à l’origine d’un long sillage, à peine brouillé par le temps dans la mémoire populaire. C’est une autre lecture de l’Histoire récente de la France, si peu idéologique qu’elle s’impose d’elle-même avec la puissance dévastatrice de l’évidence et, désormais, de l’image d’archive. Interrogé dans l’émission Soir 3, le 14 novembre 2014, Éric Zemmour avait expliqué ce succès, comme le relevait Jean Kast dans nos colonnes : « Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ne reconnaissent plus leur pays. Ils sont malheureux. Ils ont l’impression que ce n’est plus la France, déclarait-il. Et moi, je mets des mots sur leurs maux. […] Car on a empoisonné la France et le peuple français. Et il s’est laissé empoisonner par ce que j’appelle les trois D : déconstruction, dérision, destruction. »

L’Histoire que le vainqueur autoproclamé entend raconter

Cette lecture de notre Histoire récente, l’explication de cette décomposition inédite, fait l’objet d’une bataille extraordinairement violente. Ce n’est pas la bonne version. Ce n’est pas l’Histoire que le vainqueur autoproclamé entend raconter. Ce n’est pas ce que veulent dire les adeptes de la mondialisation, de l’Europe, de la haine des frontières. Ce n’est pas ce que veulent diffuser ceux qui tentent de guider les peuples vers leur propre destruction.

À la fin de son livre, Zemmour fait allusion à Marc Bloch, panthéonisé ce 23 juin, en citant cette phrase fameuse qui décrit si bien la difficulté des Français à s’entendre depuis la Révolution française : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’Histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims et ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Et Zemmour interroge en postface : « Que dirait aujourd’hui l’auteur de L’Étrange Défaite de ces millions de Français, jeunes en particulier, qui, par ignorance ou rejet, ne vibrent ni pour l’un ni pour l’autre événement ? » Que dirait-il de la France de Mélenchon ?

Après avoir lu Le Suicide français, il faut aller voir sa version documentaire, en parler et la recommander. Pour que les Français de bonne volonté ne puissent pas dire : nous ne savions pas.

Marc Baudriller, dans BV



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