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#webtube : Le flux libre a rapporté 25 millions d’euros aux autoroutes. Mais les concessionnaires ne sont pas les seuls à gagner. 25 millions d’euros. C’est ce qu’auraient rapporté, en 2025, les automobilistes retardataires aux Autoroutes Paris-Normandie, selon Le Canard enchaîné. Sur les portions en « flux libre », les barrières ont disparu, des caméras lisent les plaques et le conducteur dispose de 72 heures pour payer. Un oubli et la facture peut vite grimper.
Énième révélation au sujet des concessions privatisées des autoroutes, symbole de l’entente entre les partis du système et certains intérêts suffisamment puissants pour que ce scandale à ciel ouvert perdure.
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) August 19, 2026
Présidente de la République, j’y mettrai fin, et je ferai un grand… https://t.co/TwQfFvJfOV
De quoi faire bondir Marine Le Pen. La députée RN dénonce, sur X, une « entente entre les partis du système et certains intérêts suffisamment puissants » pour laisser perdurer ce qu’elle qualifie de « scandale à ciel ouvert ». Si elle est élue présidente, elle promet d’y mettre fin. Mais derrière ces 25 millions d’euros se cache une question plus vaste : qui profite réellement de l’argent de l’automobiliste ?
Le flux libre, un système voulu par l’État
Car le flux libre n’est pas une invention des concessionnaires. Le gouvernement reconnaît que son déploiement a été réalisé à la demande de l’État. Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes », confirme à Boulevard Voltaire cette réalité : « Le flux libre n’était pas une demande des sociétés d’autoroutes. » Avant d’accuser les concessionnaires de tous les maux, il faut donc regarder qui a organisé le système.
À ce sujet — 2 900 euros par an par foyer : ce scandale de la fiscalité routière que l’État camoufle
Les sociétés autoroutières ne sont pas les seules à profiter de la machine à péages. Selon un rapport du Sénat, l’État prélève environ 36 % du chiffre d’affaires des autoroutes concédées, voire 44 %, selon Pierre Chasseray, soit 4 à 5 milliards d’euros de fiscalité chaque année. En 2023, le rapport officiel sur les concessions détaille la facture : 2,5 milliards d’euros de TVA, 1,7 milliard de fiscalité générale, dont l’impôt sur les sociétés, et 1,1 milliard au titre de la taxe d’aménagement du territoire et de la redevance domaniale. Soit environ 5,3 milliards d’euros.
Pendant ce temps, les sociétés concessionnaires affichent des résultats spectaculaires. En 2023, l’activité autoroutière de Vinci ne représentait que 9 % du chiffre d’affaires du groupe mais 43 % de son résultat net. Le Sénat parle d’ailleurs de « surrentabilité » pour certaines concessions.
L’automobiliste ponctionné à tout va
C’est précisément ce paradoxe qui donne du relief à l’accusation de Marine Le Pen. « L’automobiliste est une cible tellement facile », explique Pierre Chasseray, ajoutant que le problème dépasse largement les sociétés d’autoroutes. Carburant, péages, assurance, achat du véhicule : le conducteur est ponctionné à tous les étages. Et même l’activité autoroutière sert, directement ou indirectement, à financer d’autres politiques publiques. Exemple révélateur : 71 millions d’euros de taxe d’aménagement du territoire acquittés par les sociétés autoroutières avaient été versés à la SNCF en 2018 pour compenser le déficit des trains Intercités.
Pas question de dire que « les péages financent la SNCF », le mécanisme a, depuis, évolué. Mais l’exemple illustre une réalité : l’argent généré par les autoroutes alimente aussi les politiques de transport décidées par l’État.
Une rente à deux bénéficiaires ?
En 2006, l’État avait vendu ses participations dans les sociétés autoroutières pour 14,8 milliards d’euros. Depuis, concessionnaires et finances publiques ont tous deux largement profité de l’activité. Le Sénat le reconnaît : la hausse du chiffre d’affaires des autoroutes a bénéficié aux sociétés concessionnaires, mais également à l’État, qui en capte une part importante par la fiscalité.
Alors, collusion ? Les chiffres ne permettent évidemment pas de l’affirmer. Mais ils mettent en lumière une communauté d’intérêt financière pour le moins troublante : les concessionnaires ont intérêt à la rentabilité des autoroutes, l’État a intérêt aux recettes qu’il en tire.
Et Pierre Chasseray résume sa lecture du dossier : « L’État perd-il de l’argent à confier les autoroutes aux sociétés privées ? Non, il en gagne. » Marine Le Pen parle d’un système à nettoyer. Les chiffres racontent quelque chose de plus dérangeant : dans la rente autoroutière, l’État et les concessionnaires ont chacun leur part. L’automobiliste, lui, n’a que la facture.
Yann Montero, dans BV
