Articles : Oct 2026 – Sep 2026 – Aou 2026 – Juil. 2026 – Juin 2026 –
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 Twitter : https://twitter.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : Après le 17 octobre, Naïma M’Faddel accuse les élites d’avoir « institutionnalisé l’exception » dans les quartiers. Arrivée du Maroc à 8 ans, en novembre 1968, Naïma M’Faddel a grandi en Eure-et-Loir avant de consacrer plus de quarante ans à la politique de la ville, du foyer de jeunes de Dreux à la délégation du préfet des Yvelines à Mantes-la-Jolie. Essayiste, elle publie Le peuple sacrifié : la trahison des élites (Fayard). De cette expérience, elle tire un constat : depuis les premières émeutes de 1981, puis celles de 2005 et de 2023, la France a, selon elle, traité les quartiers comme des « espaces à part » au lieu d’y faire respecter l’ordre et l’assimilation.
Quitterie de Prémesnil. Le 17 octobre, il y a eu des pillages et des mairies attaquées. Vous dénoncez des années d’abandon dans certains quartiers…
Naïma M’Faddel. L’abandon dont je parle est celui d’une culture de l’excuse appliquée aux quartiers par nos élites politiques, médiatiques et judiciaires, l’abandon de l’ordre et de l’autorité, de l’assimilation, de l’appartenance commune dans une république une et indivisible. Une lecture qui explique depuis plus de 40 ans la délinquance, les émeutes, les guérillas urbaines par le désœuvrement. On a institutionnalisé l’exception. Les émeutes, tant qu’elles se déroulaient dans les quartiers, étaient acceptées. En ça, les habitants de ces quartiers qui aspiraient à vivre paisiblement ont été sacrifiés. Il y a eu un premier avertissement dès 1981. En 2005, après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois, tous les quartiers ont flambé.
Puis il y a eu la mort de Nahel, en juin 2023, et aucun territoire de France n’a été épargné, avec plus d’un milliard d’euros de dégâts. Là encore, au lieu de répondre par la fermeté et la sanction, le gouvernement a expliqué les violences par le désœuvrement, parce que les jeunes « n’avaient pas été à la mer ». Et pourtant, depuis des décennies, un « pognon de dingue » (plus de 200 milliards) a été attribué aux quartiers par la politique de la ville.
Quarante ans plus tard, les indicateurs restent accablants : chômage endémique dépassant parfois 40 %, tensions communautaires croissantes, école incapable d’assurer l’égalité des chances malgré les discriminations positives et les financements spécifiques, revendications identitaires qui s’imposent dans le sport, l’espace public et le quotidien. Le paradigme de départ n’a jamais été remis en cause : traiter ces quartiers comme des espaces à part. Et ce traitement d’exception, loin de les intégrer, les a enclavés. C’est ainsi que le séparatisme a prospéré grâce aux politiques publiques que nos élites finiraient par dénoncer.
Q. P. Pourquoi tant de jeunes issus de l’immigration, parmi les pilleurs ? Ces pillages sont-ils la conséquence de cet abandon ou faut-il y voir de l’opportunisme, voire de l’idéologie ?
N. M’F. Ces violences du 17 octobre, ces saccages de notre patrimoine commun, ces pillages, l’image de la mairie de Limoges qui brûle, ces attaques contre nos forces de l’ordre, je les regarde avec la même tristesse et la même colère que celles qui m’ont portée à écrire ce livre. Les images sont révoltantes mais elles sont les conséquences des gouvernants successifs qui ont détourné le regard : la gauche avec son hégémonie idéologique laxiste et sa suiveuse la droite, qui a reculé de peur de déplaire à la bien-pensance.
Oui, malheureusement nombreux sont les jeunes issus de l’immigration dans la délinquance. Dès mon premier poste en 1980 dans un foyer de jeunes, on gérait des jeunes de 14-18 ans en échec scolaire et délinquants ; déjà, on constatait les parents démissionnaires.
Que de drames auraient pu être épargnés si nos gouvernants avaient eu le courage de nommer les choses et d’agir, si l’État avait incarné la fermeté et la responsabilité plutôt que la crainte d’être jugé sévère. D’ailleurs, dès 2004, Farhad Khosrokhavar révélait, dans son ouvrage pionnier L’Islam dans les prisons, un fait longtemps resté dans l’ombre : l’islam était devenu la première religion carcérale en France. Alors que les musulmans représentaient, à l’époque, 7 à 10 % de la population générale, ils constituaient la majorité des détenus dans de nombreuses maisons d’arrêt, en particulier en Île-de-France et dans les régions urbaines. Dans certains établissements proches des banlieues, leur proportion atteignait 50 à 70 %, parfois près de 80 %. Ce constat, aujourd’hui renforcé, continue d’être ignoré.
La France refuse de se doter d’outils de mesure, alors que d’autres pays (l’Allemagne, la Norvège, le Danemark) assument de produire des données sur l’origine sociale, culturelle et territoriale des mineurs violents. Non pour stigmatiser, mais pour comprendre et agir.
À ce sujet — [CART SUR TABLE] 17 octobre : retour des gilets jaunes ou révolution des keffiehs ?
La violence de ces jeunes, leur cynisme, leur sentiment d’impunité ne viennent pas d’ailleurs. Ils sont le fruit d’une République qui a troqué la responsabilité contre l’excuse, la sanction contre l’accompagnement, l’éducation contre la permissivité, et sans oublier que la République a démissionné les parents de leurs responsabilités. Et pourtant, avec notre État-providence, nous aurions pu rappeler aux parents leurs devoirs, notamment en suspendant les prestations sociales.
Et puis, il y a l’absence d’adhésion à la France, à la citoyenneté. Dès 1981, la gauche a imposé une hégémonie idéologique fondée sur l’abandon de l’assimilation, en même temps qu’un discours de rejet de la France, de son identité, de sa culture, de ses racines chrétiennes, de son histoire à coups de déboulonnage de ses grandes figures, de son Histoire – sans oublier la repentance, la France sommée de se flageller. Par peur d’être accusée de racisme, de fascisme, elle a renoncé à défendre les exigences d’assimilation et la fierté d’être français.
Comment expliquer que des jeunes nés en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, détestent autant leur pays ? La haine que certains nourrissent envers la France est la conséquence directe d’élites politiques et médiatiques de gauche qui ont elles-mêmes cultivé cette haine. Malheureusement, à droite, peu ont résisté, tellement le magistère de la gauche était puissant.
Ce glissement s’illustre avec une clarté saisissante dans les propos de la chanteuse Yseult sur un plateau de télévision, où elle interroge avec rage ce que l’on doit à la France. Ce pays qu’elle semble honnir lui a pourtant offert le micro, la scène et la liberté de parole ; quelques semaines plus tôt, il lui avait même confié le rôle de marraine du Sommet de la francophonie.
Il y a aussi Louisa Yousfi. Pensionnaire à la Villa Médicis en 2024-2025, institution financée par le ministère de la Culture, elle y développe des textes nourris aux sources décoloniales radicales du Parti des indigènes de la République d’Houria Bouteldja. Elle y théorise la barbarie comme forme de résistance légitime, fustige les « sous-merdes occidentales » et exalte les drapeaux algériens brandis sans retenue.
Car la victimisation dispense de l’effort d’assimilation et de l’autocritique. Elle transforme la gratitude en soumission et la reconnaissance en humiliation.
Le pacte républicain n’est pas une rente à vie : c’est une réciprocité, des droits contre des devoirs, des avantages contre une adhésion à la patrie.
Quand cette réciprocité est rompue, et financée par l’État lui-même, c’est l’idée même de la France qui se trouve trahie de l’intérieur.
Q. P. Vous écrivez que La France insoumise cherche à « se constituer une assise électorale solide » dans les quartiers populaires, « non pour les émanciper, mais pour s’en servir ». Qu’est-ce qui, concrètement, séduit chez Jean-Luc Mélenchon et comment cette stratégie fonctionne-t-elle ?
N. M’F. Rappelons que ce sont bien des forces de gauche qui ont importé le logiciel d’ethnicisation de notre pays. Là où l’on parlait d’égalité des chances, de justice sociale et de solidarité républicaine, on parle désormais de racisme systémique, de privilège blanc, d’oppression raciale. La condition ouvrière, le chômage de masse, la désindustrialisation passent au second plan derrière une grille de lecture où la couleur de peau devient la clef de tout. LFI a profité de ce boulevard.
Jean-Luc Mélenchon va dans les quartiers, là où d’autres politiques ne vont plus. Il parle de Palestine, d’islam, de « Nouvelle France », fait de la créolisation l’horizon de la France ; il a consacré ce basculement. Pour La France insoumise, la lutte n’est plus sociale, elle est raciale. Chaque intervention policière est dénoncée comme une manifestation de racisme d’État, chaque drame impliquant un jeune issu de l’immigration devient une preuve brandie avant même que les faits ne soient établis.
Répéter à des générations, depuis plus de 40 ans, qu’elles ne seront jamais pleinement françaises, qu’elles sont définies par leur couleur, leur origine ou leur religion, c’est les pousser au repli. L’assimilation devient suspecte, apparaît comme une trahison, et la République, censée être la maison commune, se voit accusée d’oppression. C’est dans ce terreau que s’est enracinée l’alliance d’une partie de l’extrême gauche avec des mouvances islamistes : les uns y voient le prolongement de leur lutte contre un capitalisme oppresseur, les autres une légitimation politique de leur rejet de la République. Ensemble, ils tiennent un discours qui relativise les atteintes à la France, à la laïcité, justifie le séparatisme et banalise certaines violences sans oublier l’importation du conflit Israël-Hamas qui fait de nos compatriotes juifs la cible d’agressions antisémites.
Quitterie de Prémesnil, dans BV
