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#webtube : Malgré ses milliers d’informaticiens, le fisc vient de subir plusieurs intrusions en quelques semaines. Cinq mille quatre-vingt-un. C’est le nombre d’agents des équipes informatiques de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Pour mesurer cette force de frappe, un comparatif suffit : Spotify comptait 7.323 salariés dans le monde, fin 2025. L’informatique du fisc équivaut donc à près de 70 % des effectifs mondiaux du géant du streaming. Et pourtant, les hackers sont entrés. Après le vol de données fiscales concernant plusieurs centaines de milliers de personnes, la DGFiP a reconnu deux autres intrusions visant ses fichiers cadastraux et le portail des successions vacantes. Le nombre de comptes cadastraux concernés atteint désormais 1,8 million.
Un pirate informatique a revendiqué le 12 août une offensive menée en deux temps, en juin et en juillet, contre la DGFiP
— Le Parisien (@le_Parisien) August 16, 2026
L’administration avait détecté la compromission d’un compte mais pas d’extraction de données
Ce que l’on sait de la cyberattaque ➡️ https://t.co/laXWK44Osk pic.twitter.com/2mH1epuuQE
Le fisc, un coffre-fort numérique géant
La DGFiP n’est plus seulement l’administration qui collecte l’impôt. Son système d’information concentre revenus, coordonnées, informations fiscales et patrimoniales, mais aussi données cadastrales et successorales. Cette concentration en fait une cible de choix. Et Bercy n’est pas seul : France Travail, l’ANTS et l’Éducation nationale ont elles aussi connu d’importantes « compromissions » – on nomme ainsi, en informatique, les fuites de données et les piratages. En 2025, la CNIL a reçu 6.167 notifications de violations de données personnelles, dont la moitié résultaient d’un piratage.
Pour Maël Camerlynck, ingénieur en IA et conseiller municipal Debout la France de Roubaix interrogé par BV, le problème tient aussi à la priorité accordée à la cybersécurité : « En matière de cybersécurité, cela n’a, selon moi, pas été pris au sérieux. Ce n’était pas un axe de priorité, et on le voit aujourd’hui. »
Le hacker met en cause la sécurité de la DGFiP
Interrogé par BFM TV, le hacker ayant revendiqué l’attaque a affirmé que le site de la DGFiP était mal sécurisé. Une accusation qui devra être confrontée aux constatations techniques de l’administration et des experts. Car les 5.081 informaticiens du fisc ne sont évidemment pas tous des spécialistes de la cybersécurité.
"Leur service était mal sécurisé, c'est tout": les hackers ZeroBytes justifient leurs cyberattaques contre le fisc et l'Éducation nationale auprès de BFMTV pic.twitter.com/FR8PGQJkfG
— BFM (@BFMTV) August 19, 2026
L’enjeu ne réside pas seulement dans le vol d’un fichier mais dans la possibilité de croiser les informations dérobées. « L’intérêt des hackers, c’est de faire correspondre toutes ces données-là, de les « merger » [croiser, NDLR] […] Vous vous retrouvez alors avec un individu dont vous connaissez quasiment toute la vie », explique Maël Camerlynck. Une donnée fiscale prend une autre valeur lorsqu’elle est rapprochée d’une adresse, d’un bien immobilier ou d’une information issue d’une autre base.
Macron voulait un « État plate-forme »
Cette concentration des données renvoie à la transformation numérique voulue par Emmanuel Macron. En juin 2017, lors de VivaTech, le Président déclarait : « Nous devons construire un État plate-forme », avec l’ambition de « numériser l’ensemble des procédures » de l’État d’ici 2022. Neuf ans plus tard, la promesse est largement devenue réalité. Impôts, cadastre, comptes bancaires, successions, emploi, éducation : l’administration concentre désormais des quantités considérables de données numériques.
La question n’est donc pas de contester la numérisation mais de savoir si leur protection a progressé au même rythme. Plus l’État devient une plate-forme, plus sa sécurité devient une question régalienne.
Qui paie lorsque l’État perd nos données ?
Le problème devient aussi juridique. Les Français ne choisissent pas toujours de transmettre leurs informations à l’administration : pour déclarer leurs revenus ou leur patrimoine, ils y sont contraints.
Le RGPD prévoit qu’une violation présentant un risque doit être notifiée à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, dans les 72 heures après que le responsable du traitement en a connaissance. Il faudra donc connaître les dates de découverte des intrusions et de leur notification au régulateur. Au-delà de cette obligation, une question demeure : que doit l’État aux citoyens lorsqu’il leur demande de confier toujours davantage de données à ses serveurs ? Maël Camerlynck avance une piste : « On a des audits réguliers à effectuer dans toutes les administrations, dans tous les ministères. »
Macron voulait un « État plate-forme ». Il l’a obtenu. Reste désormais à savoir si la France saura construire un État coffre-fort. Lorsque l’État connaît nos revenus, notre patrimoine et une part croissante de notre vie administrative, leur protection n’est plus une simple affaire informatique. Elle devient une question de souveraineté.
Yann Montero, dnas BV
