– Extrême gauche et agriculture : une histoire de famines

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#webtube : De Staline à Mao, les plans communistes censés bâtir des nations prospères ont condamné à mort des millions de paysans . Lors de son grand meeting de ce dimanche 11 octobre, Jean-Luc Mélenchon a présenté son grand projet présidentiel pour l’agriculture, « pour nourrir gratuitement les enfants aux écoles », assorti d’objectifs chiffrés, notamment 400.000 agriculteurs supplémentaires et un milliard d’euros d’économies grâce à une production biologique. Sur le papier, le projet paraît beau et ambitieux, mais l’Histoire nous rappelle que la planification agricole, notamment lorsqu’elle est faite par l’extrême gauche, peut se révéler désastreuse car elle prend souvent le pas sur les réalités du terrain. Le monde paysan n’est pas celui des villes : il dépend de la terre, du climat et des saisons, autant de facteurs qu’aucun tableau de calcul ne saurait prétendre maîtriser. Sous Staline, cette volonté de soumettre l’agriculture aux exigences de l’État coûta ainsi aux paysans leur liberté, leurs terres et, pour des millions d’entre eux, la vie.

La terre soumise aux plans de Staline

Dès 1918, la famine était le lot des paysans confrontés aux réquisitions obligatoires imposées par le pouvoir soviétique, désireux de ravitailler les villes. Ceux qui résistaient étaient bien souvent fusillés. Déjà, les objectifs de prélèvement primaient sur les besoins des campagnes, quitte à affamer les paysans et à ne leur laisser aucun grain pour réensemencer les champs. Ainsi, selon le Livre noir du communisme (Robert Laffont), « au moins 5 millions de personnes périrent de faim ». En 1922, les bolcheviks accordèrent un relatif répit à la paysannerie avant que Joseph Staline ne relance, à partir de 1928, une industrialisation accélérée organisée autour de plans quinquennaux. L’objectif est alors de transformer rapidement le pays en puissance industrielle. Pour financer cette ambition, le pouvoir entend accroître les prélèvements sur les ressources agricoles, notamment les céréales destinées à nourrir les villes et à être exportées.

Or, les récoltes ne permettent pas toujours d’atteindre les quotas fixés. Ainsi, alors qu’en 1927, 6,8 millions de tonnes avaient été prélevées, ce chiffre tombe à 4,8 millions en 1928, ce qui provoque la colère de Staline. Celui-ci accuse alors les riches, en la personne des paysans les plus aisés (les koulaks), d’être des saboteurs, et renforce encore les prélèvements et la répression. En 1929, une nouvelle étape est franchie : « La collectivisation totale » des terres. De nombreux paysans refusent cette mainmise de l’État sur leurs biens et les violences s’intensifient avec « plus de deux millions de paysans déportés, dont un million huit cent mille rien qu’en 1930-1931, six millions de morts de faim ». Le pouvoir soviétique compte sur une famine organisée et aux déportations pour briser la résistance des campagnes.

Une fausse utopie

Après avoir écrasé les principaux foyers de révolte, Staline organise son nouveau monde paysan autour de deux structures : les kolkhozes, des exploitations collectives dans lesquelles les terres et les moyens de production sont mis en commun, sous la surveillance, bien sûr, du pouvoir soviétique, et les sovkhozes, des fermes directement détenues et exploitées par l’État, dont les travailleurs sont salariés. Dans les deux cas, le pouvoir encadre étroitement l’activité agricole et le paysan perd une grande partie de son autonomie. Dans le cadre de son grand projet, appelé le Grand Tournant, Staline et ses collaborateurs fixent de nouveaux objectifs de production, notamment afin de renforcer les prélèvements agricoles et de financer l’industrialisation.

À ce sujet — 5 mars 1953 : Mort de Staline, la fin d’un règne de terreur

Or, les quotas, souvent déconnectés des récoltes réelles, ne tiennent pas compte des difficultés rencontrées dans les champs. Face à ces exigences, certains responsables locaux commencent à dissimuler au pouvoir la réalité des récoltes pour cacher leurs échecs. Reconnaître les difficultés, c’est risquer de révéler les limites d’un système communiste censé apporter bonheur et abondance, et désormais, il n’y a plus de koulaks ou de paysans indépendants auxquels s’en prendre. Pour tenter de compenser les récoltes insuffisantes et de satisfaire les exigences de Staline, les autorités accentuent encore les prélèvements, quitte à ne laisser aux paysans aucun grain pour les semailles suivantes.

Entre 1931 et 1933, cette politique contribue à l’une des pires catastrophes humaines de l’Histoire soviétique : l’Holodomor, la grande famine qui frappe particulièrement l’Ukraine. Les autorités punissent alors les villages qui ne parviennent pas à atteindre les quotas et empêchent les paysans de fuir vers les villes pour tenter d’y trouver de quoi manger. Désespérés, certains en viennent au cannibalisme pour survivre, tandis que l’URSS continue d’exporter près de « 18 millions de quintaux de blés pour les besoins de l’industrialisation ». Environ 6 millions de personnes périssent ainsi dans cette catastrophe, victimes d’un pouvoir qui, au nom de ses objectifs économiques et politiques, aura sacrifié la paysannerie qu’il voulait contrôler.

L’URSS, loin d’être une exception

Quelques décennies plus tard, Mao Tsé-toung reprendra cette sinistre politique en Chine. Avec le Grand Bond en avant, lancé en 1958, le pouvoir veut accélérer l’industrialisation et réorganise les campagnes autour des communes populaires. Des paysans sont mobilisés pour des travaux industriels et des projets collectifs, tandis que les autorités continuent de prélever des denrées malgré l’effondrement des récoltes. La famine qui en résulte, entre 1959 et 1961, fait des dizaines de millions de morts. On pourrait aussi évoquer les meurtres de masse commis sous le régime des Khmers rouges, mais la liste des crimes communistes est si longue qu’un simple article de presse ne suffit pas.

De Moscou à Pékin, ces tragédies, liées à chaque fois à des politiques calamiteuses de l’extrême gauche, illustrent les conséquences désastreuses de politiques agricoles qui prétendent soumettre la nature et le travail paysan aux ambitions de l’État. Fixer des objectifs purement idéologiques, en considérant le monde agricole comme un simple instrument au service du pouvoir, n’a jamais suffi à faire pousser le blé ou à recruter des paysans.


Eric de Mascureau
, dans BV

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