– Au Japon, une aidante réclame un « droit à la vie analogique » face à la dématérialisation

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Articles : Aout 2026Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026
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#webtube : En mars de cette année, le Japon a supprimé le 104, son service de renseignements téléphoniques. Pour la famille de Mikan Oshidari, qui n’utilise ni internet ni smartphone, c’était le dernier fil. Elle raconte les voir encore composer le numéro, dans l’espoir qu’il finisse par sonner. Essayiste, âgée de 32 ans, elle s’occupe depuis l’enfance de proches âgés et handicapés. Elle a fait de cette situation le point de départ d’une campagne pour ce qu’elle appelle le « droit à une vie analogique ».

« L’analogique est une aide sociale, le numérique est une commodité »

C’est le titre de la pétition qu’elle a déposée devant l’assemblée métropolitaine de Tokyo. Le texte n’exige pas l’arrêt de la numérisation : il demande le maintien d’une option papier et humaine à côté de l’option numérique. Formulaires imprimés, guichets, téléphone, courrier. Sa comparaison est nette : pour ceux qui ne peuvent pas suivre, ces outils sont l’équivalent d’un fauteuil roulant ou d’une canne.

Son cas personnel illustre l’effet en cascade. Ses proches ne peuvent pas apprendre à utiliser une tablette ; elle a essayé, ils n’ont pas retenu les étapes, se sont découragés et se sont refermés. C’est donc elle qui accomplit les démarches, imprime, cherche. Elle voudrait se marier, mais son futur époux vit loin et partir signifierait les laisser sans intermédiaire. Il y a 20 ans, écrit-elle, elle aurait pu s’en aller.

Une pétition jugée « trop vaste » pour être débattue

L’assemblée de Tokyo n’a pas rejeté sa demande sur le fond. Elle ne l’a pas examinée du tout. Le motif tient en une ligne : le sujet ne se prêtait pas à une délibération en commission, parce qu’il touchait trop de services différents pour qu’une seule commission puisse trancher. Autrement dit, plus un problème est transversal, moins il trouve d’interlocuteur.

Sur l’ensemble des élus de l’assemblée qu’elle a contactés par courriel, 2 ont répondu. L’un l’a aidée à monter son dossier. L’autre l’a invitée à un événement, puis a cessé de répondre une fois la manifestation terminée.

Les exemples étrangers d’un retour en arrière

Elle s’appuie sur des précédents. La Suède, pionnière du paiement dématérialisé, a adopté fin mai une loi imposant aux supermarchés et aux pharmacies d’accepter les espèces, et renforçant l’obligation des banques d’assurer un service de dépôt sur tout le territoire. Le texte a été voté par l’ensemble des partis, au nom de l’inclusion — un demi-million de Suédois vivent en situation d’exclusion numérique — mais aussi de la sécurité nationale : quand le courant ou le réseau tombent, les espèces fonctionnent encore. San Diego a de son côté adopté une ordonnance obligeant les commerces qui proposent des bons de réduction numériques à en fournir également une version papier. L’Oregon étudie une garantie équivalente pour les dossiers de location.

Au Japon, la liste des démarches basculées s’allonge : prendre rendez-vous au centre des impôts passe par LINE, l’application municipale de Tokyo exige l’enregistrement de la carte My Number pour accéder aux points, et des commerçants qui prenaient les commandes par téléphone ne fonctionnent plus qu’en ligne. Mikan Oshidari a rejoint à Tachikawa un groupe de plaignants qui contestent le caractère discriminatoire de l’obligation de passer par l’application et la carte My Number pour bénéficier d’aides contre l’inflation. Elle prévoit de nouvelles pétitions devant les assemblées de Chiba et de Saitama en septembre, puis à Tokyo en décembre.

Le Défenseur des droits alerte depuis des années sur les effets de la dématérialisation des services publics français : suppression des accueils physiques, procédures accessibles uniquement en ligne, usagers renvoyés vers un formulaire quand ils cherchaient un agent. Les dispositifs de médiation numérique et les maisons France Services répondent en partie à la difficulté, sans lever l’obligation de fond. Ce que décrit l’essayiste japonaise vaut à peu près mot pour mot pour un retraité rural en Bretagne confronté à la déclaration d’impôts ou au renouvellement d’un titre.

Son argument n’est pas technophobe. Elle relève que certaines personnes handicapées écrivent difficilement à la main et préfèrent l’ordinateur : ce qu’elle réclame, c’est la coexistence des deux voies, pas la supériorité de l’une.


breizh-info.com

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