. Elle avait un joli nom… Nathalie Baye

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#webtube : Tandis que le cinéma français s’enfonce inexorablement dans la médiocrité idéologique, Nathalie Baye s’en est donc allée avec son sourire qui nous plaisait tant…

C’est le début des années 2000, le bug n’a pas eu lieu. J’entre un dimanche après-midi dans le théâtre de la Gaîté-Montparnasse, à Paris, pour y voir Fabrice Luchini non pas réciter mais interpréter magistralement « L’arrivée à New York », chapitre de l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française : Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline.

Je m’installe et, à deux rangées de moi s’installe à son tour une femme d’une sobre élégance, accompagnée d’un vieux monsieur. Je l’ai reconnue, c’est Nathalie Baye, qui vient de tourner un film avec le même Luchini : Barnie et ses petites contrariétés, de Bruno Chiche. Je n’ai jamais eu l’habitude d’interpeller les personnalités que j’admire et les seules que j’ai approchées c’est parce que l’occasion s’y prêtait, comme avec l’excellent Michel Serrault.

Alors je la regarde, discrètement, Nathalie, elle est toujours aussi belle, malgré les années qui s’inscrivent sur ses traits, et je me prends à rêver à ces films qui ont jalonné sa vie et un peu la mienne. Je songe pêle-mêle à Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre ; Le Retour de Martin Guerre de Daniel vigne avec un Depardieu  prenant la place de l’autre ; La Balance de Bob Swaim ; Rive droite, rive gauche du regretté Philippe Labro et où elle a fort à faire avec Carole Bouquet ; J’ai épousé une ombre de Robin Davis, remarquable film sur l’usurpation d’identité ; La Baule-les-Pins, mon film préféré de Diane Kurys, après Diabolo menthe évidemment ; Vénus Beauté (Institut), de Tonie Marshall ou l’actrice campe une merveilleuse esthéticienne ; La Fleur du mal de Claude Chabrol, explorant un sujet cher au cœur du réalisateur, à savoir la bourgeoisie de province et ses secrets pas toujours propres. Etc.

À chaque fois, Nathalie Baye m’emportait, de sa grâce discrète et familière, rien à voir avec ces actrices inaccessibles qui croient s’élever au-dessus de l’Olympe au point d’en devenir pénibles. Car c’était ça, Nathalie Baye, une proximité, telle qu’elle nous apparaît dans l’une des plus belles réalisations de François Truffaut : La Nuit américaine, avec entre autres Bernard Ménez, eh oui ! Elle devait retrouver Truffaut dans deux autres films : L’Homme qui aimait les femmes et La Chambre verte.

Nathalie Baye et Francis Huster lors du tournage du film « J’ai epouse une ombre »de Robin Davis le 6 Octobre 1982.

C’est sans doute cette discrétion, en plus d’un très grand talent, qui décida de très grands metteurs en scène à faire appel à elle. Avec Nathalie Baye, pas de problème d’ego surdimensionné, et l’on parle d’une actrice césarisée quatre fois – en 1981, 1982, 1983 et 2006 –, à l’époque où cela avait encore un sens artistique et non pas idéologique.

Jean-Luc Godard, dans le Film Détective, lui fera même partager l’affiche avec son amoureux de l’époque, Johnny Hallyday, auquel elle prêtera sa voix dans l’introduction de l’une de ses plus remarquables chansons, écrite par Michel Berger : « Quelque chose de Tennessee », en hommage au génial dramaturge américain, Tennessee Williams. Nathalie aussi a mis tant de grâce à se retirer du jeu, malgré cette abominable maladie à corps de Lewy qui la rongeait.

Notons aussi sa complicité avec Sylvie Vartan, avec qui, en 1998, lors d’un show télévisé consacré à la chanteuse, elle forma un superbe duo en chantant une chanson adressée à… Johnny Hallyday et dont le titre ferait hurler les néo-féministes : « On a toutes besoin d’un homme ».

Son talent ne se démentit jamais, notamment dans un duo tardif avec sa fille – née de ses amours avec Johnny –, Laura Smet : Les Gardiennes, de Xavier Beauvois – qui l’avait dirigée dans Le Petit Lieutenant –, racontant le quotidien de femmes dans une exploitation agricole pendant que les hommes sont à la guerre, celle de 1914-1918. Quelques années plus tôt, dans Cliente, de Josiane Balasko, d’après son propre roman, Nathalie Baye jouait encore avec une aisance incroyable une femme mûre se payant des hommes plus jeunes et tombant amoureuse de l’un d’eux.

Des réalisateurs internationaux apprécièrent aussi son jeu sans excès, tel Steven Spielberg l’engageant dans son film Arrête-moi si tu peux, s’inspirant librement de la vie de l’escroc international Frank Abagnale. Nathalie Baye avait alors en face d’elle Christopher Walken, Tom Hanks et Leonardo DiCaprio, pas mal pour une petite frenchie !

Et tandis que le cinéma français s’enfonce inexorablement dans la médiocrité idéologique, Nathalie Baye s’en est donc allée avec son sourire qui nous plaisait tant…

Charles Demassieux, RiposteLaïque

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