
#webtube : L’obsession normative bruxelloise et le je-m’en-foutisme de nos Premiers ministres étouffent les producteurs. À Guémené-sur-Scorff (Morbihan), ne sera-t-il bientôt plus possible de faire l’andouille ? Voilà qui ne fera rire ni les trois derniers artisans locaux, ni les amateurs de cette spécialité bretonne. L’andouille de Guémené traditionnelle pourrait bien ne pas survivre à un étau normatif qui menace d’étouffer financièrement ses producteurs artisanaux.
Si la production artisanale de la célèbre andouille de Guémené fait aujourd’hui la « une » de la presse locale, ainsi que d’une pétition, et arrive même à fédérer pour la défendre une large union transpartisane, de la gauche sociale-démocrate au Rassemblement national, il faut remonter à 2011 pour comprendre l’inquiétude mêlée de colère qui monte dans le Morbihan et bien au-delà.
Cette année-là, sa légendaire obsession normative incite la Commission européenne à commettre le règlement (UE) n° 835/2011, lequel est adopté le 19 août. Comme souvent, ses intentions peuvent paraître louables. En l’occurrence ici, s’agit-il de fixer des normes sur les produits alimentaires pouvant contenir des éléments cancérigènes.
La fumaison au cœur de la fâcherie
Pour BV, Jean-Claude Strugeon, Grand Maître honoraire de la Confrérie des Goustiers de l’andouille de Guémené, explique que le problème vient en fait « de la composition de la fumée dégagée par la combustion du bois de hêtre ». Lors de la fumaison, un dépôt de fumée a lieu sur la peau de l’andouille, et c’est ce dépôt qui contient des éléments potentiellement cancérigènes, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). La norme européenne fixe la quantité maximale autorisée à quatre HAP.
Jusqu’à 2016, lors des contrôles, les prélèvements étaient effectués au cœur de l’andouille. Mais depuis, relève Jean-Claude Strugeon, « le prélèvement est fait sur un mélange de l’intérieur et de la peau de l’andouille, et la concentration est donc plus forte en HAP. Et récemment, les contrôles se sont durcis, avec interdiction de mise sur le marché et saisie de la production à la clé en cas de test négatif ». Pour tenter de résoudre le problème, poursuit-il, « l’un des derniers artisans de Guémené-sur-Scorff , la Maison de l’Andouille Rivalan-Quidu a tenté d’utiliser pour ses fumaisons la « chaussette » utilisée par les fabricants de jambon fumé. Mais cela ne fonctionne pas toujours ».
La situation des artisans-producteurs est de ce fait devenue économiquement intenable. La Maison de l’Andouille Rivalan-Quidu indique que du fait des contrôles (1.000 euros par semaine), ses frais de laboratoire sont passés de 200 à 50.000 euros par an. Dans un premier temps, pour éviter de mettre en danger leur trésorerie, les producteurs ont donc réduit leur production. Une raréfaction qui, s’ajoutant à un coût de revient augmenté par les contrôles, va provoquer aussi une hausse des prix de vente.

Il faut préciser ici que la peau sur laquelle sont faits les tests ne se mange pas. Mais qu’importe à Bruxelles et aux fonctionnaires français qui ont transposé ce règlement sans sourciller.
La faute à Édouard Philippe (entre beaucoup d’autres)
Comment en est-on arrivé là ? Bien que n’étant ni une AOP ni une IGP, l’andouille de Guémené aurait pu être défendue. Sur son compte X, Marion Maréchal s’en prend au candidat à l’élection présidentielle Édouard Philippe, qui, alors Premier ministre, avait refusé en 2019 de défendre à Bruxelles une exception pour l’andouille, que d’autres pays avaient négociée pour leurs propres produits.
Andouille de Guémené : une nouvelle bonne raison de sanctionner @EPhilippe_LH en 2027 ! https://t.co/UziqJijSbw
— Marion Maréchal (@MarionMarechal) October 12, 2026
D’autres avant lui n’avaient guère plus agi. François Fillon puis Jean-Marc Ayrault, avant septembre 2014, date limite des demandes d’exemption, puis Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Jean Castex, Élisabeth Borne, Gabriel Attal, Michel Barnier, François Bayrou et Sébastien Lecornu…
Dur à avaler pour les passionnés d’une andouille qui n’a pourtant pas dû tuer grand monde depuis des siècles. En effet, fait remarquer Paul Le Guernic, conseiller municipal de Pontivy et chevalier de la Confrérie des Goustiers de l’andouille de Guémené : « Pour qu’un amateur d’andouille absorbe en mangeant autant des quatre HAP tant redoutés, qu’il ingérerait d’alcool pur en buvant une bolée de cidre, il devrait engloutir 417 tonnes d’andouilles… Ce qui serait sans doute dangereux en tant que tel, avant de parler de risque d’empoisonnement ! » Mais là encore, les normes bruxelloises n’ont que faire du bon sens.
« Les professionnels et les élus locaux en ont appelé à la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, afin qu’elle obtienne de Bruxelles une dérogation au règlement européen pour l’andouille de Guémené », nous a confirmé Jean-Claude Strugeon, « mais à ce jour, nous attendons toujours sa réponse ». À suivre, donc…
Etienne Lombard, dans BV
