– Affaire Giesbert-CNews : une levée de boucliers inédite contre l’Arcom

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Articles : Aout 2026Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026
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#webtube : Fallait-il contredire Franz-Olivier Giesbert ou regarder les faits ? Le rappel à l’ordre de CNews provoque un tollé. Il ne s’agit officiellement que d’un rappel à l’ordre mais, cette fois, la décision ne passe pas. En reprochant à CNews de ne pas avoir contredit Franz-Olivier Giesbert lorsqu’il évoquait le sort des Juifs à Roubaix, l’Arcom a provoqué une levée de boucliers inhabituelle. Journalistes, essayistes et intellectuels l’accusent désormais d’ignorer les faits et de se comporter en « police de la pensée ».

Des propos « non contredits »

La séquence remonte au 22 mars, soir du second tour des élections municipales. David Guiraud vient de conquérir Roubaix avec 53 % des suffrages. Dans son discours de victoire, le nouveau maire LFI annonce notamment des « actions particulières pour les peuples du Liban et de la Palestine ». Sur le plateau de Laurence Ferrari, Franz-Olivier Giesbert affirme qu’il « n’aimerait pas être juif à Roubaix » et prédit que les derniers membres de la communauté juive locale seront « sans doute obligés de partir ».

Saisi par des téléspectateurs, le régulateur de l’audiovisuel examine la séquence lors de son assemblée plénière du 30 juin. Sa décision est publiée le 5 août. L’autorité estime que ces propos, « non contredits ou mis en perspective en plateau », ne reposaient sur « aucun élément sourcé ou étayé ». Ils ne satisferaient donc ni à « l’exigence d’honnêteté et de rigueur » dans la présentation de l’information ni à « l’obligation de maîtrise de l’antenne »

Franz-Olivier Giesbert a accueilli le rappel à l’ordre avec une ironie cinglante : « Merci à l’Arcom pour cette « décoration » qui m’honore. » Le journaliste accuse l’institution de ne plus avancer masquée et conclut son message par un retentissant : « Vive la liberté d’expression ! À bas la police de la pensée ! »

Un devoir de contradiction à géométrie variable

Que reproche, exactement, le régulateur à Laurence Ferrari ? De n’avoir pas opposé, en direct, une opinion contraire à celle de Franz-Olivier Giesbert. Ce principe brandi par l’Arcom doit-il être systématiquement appliqué ? Lorsqu’un invité décrit le RN comme un parti « d’extrême droite », le présentateur doit-il immédiatement réclamer des sources et organiser la contradiction ? Chaque dénonciation d’un prétendu « génocide » à Gaza doit-elle être suivie d’un exposé contraire ? Faudrait-il interrompre toute appréciation politique pour la soumettre à une procédure de vérification en temps réel ?

L’écrivain Alexandre Jardin voit dans cette affaire une dérive particulièrement inquiétante. « Si un régulateur commence à décider qu’une opinion exprimée à l’antenne doit obligatoirement être contredite, pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? », interroge-t-il, dans un entretien accordé à Atlantico. Le journaliste Jean-Sébastien Ferjou s’interroge sur les conséquences d’un tel précédent : faudra-t-il sanctionner tous les médias laissant affirmer sans contradiction que la France serait « un enfer islamophobe et raciste » ? « Autant fermer le service public », ironise-t-il, tant les amendes risqueraient alors de pleuvoir. L’essayiste Céline Pina dénonce, pour sa part, une conception aberrante du contradictoire qui « évacue tout rapport au réel et à la quête de vérité ». Quant à l’avocat Gilles-William Goldnadel, il accuse l’Arcom de vouloir empêcher « l’un des plus grands journalistes français de dire la vérité » et conclut : « Orwell ressuscité. »

Rarement une simple intervention du régulateur aura suscité une riposte aussi nombreuse et aussi virulente.

À Roubaix, une communauté juive en voie de disparition

Reste la question essentielle : les propos de Franz-Olivier Giesbert ne reposaient-ils vraiment sur « aucun élément sourcé ou étayé » ? L’histoire locale apporte une première réponse. Une communauté juive s’était constituée, à Roubaix, après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, en 1871. Une synagogue fut ouverte, rue des Champs, dans les années 1870, puis le culte se poursuivit dans un oratoire privé. Celui-ci resta en activité jusqu’au début des années 1990, lorsque le responsable de la communauté remit le Sefer Torah à la communauté juive de Lille, marquant la fin du culte israélite organisé à Roubaix. Une plaque commémorative fut dévoilée en 2015 à l’emplacement de l’ancienne synagogue. À cette occasion, Charles Sulman, alors président régional du CRIF, estimait qu’il ne demeurait dans la ville que « cinq ou six familles juives ».

À ce sujet — Arcom : l’humour, totem d’impunité des médias de gauche

N’en déplaise à l’Arcom, la population juive a bel et bien fui Roubaix. On ne manque, d’ailleurs, nullement d’éléments « sourcés ou étayés » pour expliquer le phénomène. En 2022, un numéro de Zone interdite consacré à l’islam radical à Roubaix avait braqué les projecteurs sur la ville. Le juriste Amine Elbahi, qui avait dénoncé la compromission d’une association locale et de certains élus, avait ensuite dû être placé sous protection policière.

À cela s’ajoute le profil du nouveau maire LFI, David Guiraud, en raison de son soutien à la cause dite « palestinienne ». Sa référence aux « dragons célestes », expression utilisée sur Internet pour désigner péjorativement les Juifs, lui avait valu une plainte de l’Observatoire juif de France. On se souvient, aussi, de ses propos sur l’ex-député Meyer Habib, qu’il avait animalisé et traité de « porc »de sa proximité avec le délicieux Mehdi Meklat qui appelait Hitler à « tuer les Juifs » ou encore de ses propos accusés de nier les horreurs du 7 octobre 2023. Pendant la campagne municipale, même certains responsables de gauche avaient exprimé leurs réserves sur le personnage. Des accusations d’antisémitisme et de proximité avec l’islam radical rendaient toute alliance avec lui toxique, relevait alors Le Monde.

Au lendemain de son élection, interrogé sur ses accusations de racisme, David Guiraud avait assuré qu’il n’existait « pas de discrimination des Juifs à Roubaix ». Mais combien sont-ils encore sur place pour témoigner du contraire ?

Une vérité trop dérangeante

La sortie de Franz-Olivier Giesbert sur CNews était crue et sans doute choquante pour des oreilles trop habituées à la langue de bois qui règne sur d’autres plateaux télé. Elle n’en était pourtant pas moins juste. À Roubaix, la synagogue a fermé, les institutions communautaires ont disparu et les familles juives ne sont plus qu’une poignée. Mais, aux yeux de l’Arcom, le problème semble moins résider dans cette disparition que dans le fait de la commenter à l’antenne. Comme si la vérité devenait soudain répréhensible lorsqu’elle dérange trop fortement le récit officiel du vivre ensemble. Rappelons qu’en 2024, déjà, l’Autorité avait infligé à CNews une amende de 50.000 euros en raison d’une séquence dans laquelle le journaliste Geoffroy Lejeune avait accusé « l’immigration arabo-musulmane » d’être liée à l’explosion de l’antisémitisme. Il faut croire que c’est ce lien qui doit absolument être contredit, voire médiatiquement interdit.

Jean Kast, dans BV

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