– Émeutes de 2005 : ces victimes dont vous n’avez pas entendu parler

Spread the love

Articles : Nov. 2026 – Oct 2026 – Sep 2026 – Aou 2026 – Juil. 2026 –
Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100069673161887 X : https://X.com/OrtfNews Music 24/24 : http://DJMUSIC.fr

#webtube : On se souvient de Zyed et Bouna, mais qui a entendu parler de Jean-Claude, Alain et Jean-Jacques ? C’était il y a 21 ans, déjà. À l’époque, la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, avait mis le feu aux poudres. Deux « jeunes » électrocutés dans un poste électrique où ils s’étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police. Leurs noms sont, depuis, devenus des symboles, régulièrement convoqués dans le récit politico-médiatique. Mais qui se souvient des victimes non accidentelles de ces émeutes sanglantes ? Jean-Claude Irvoas, Alain Lambert et Jean-Jacques Le Chenadec ont tous trois perdu la vie dans cette flambée de violences, dans une immense indifférence politico-médiatique. Une injustice que Le Figaro a voulu dénoncer dans une vidéo et un long papier publié ce jeudi 5 novembre. « Ces victimes ne correspondaient pas au narratif que voulait imposer une partie du monde médiatique et politique, explique, à BV, Alexandre Devecchio, rédacteur en chef service débats au Figaro. La lecture dominante des événements de 2005 était celle d’émeutes liées à la fracture sociale et aux discriminations, aux problèmes d’urbanisme que connaîtrait la France des banlieues […] Tout ce qui gênait ce narratif-là a été éludé. Sans parler de la peur d’apparaître comme raciste si on dénonçait des violences ne visant pas des minorités… »

Les victimes oubliées

Le 27 octobre 2005, à Épinay-sur-Seine, Jean-Claude Irvoas, 56 ans, est roué de coups alors qu’il photographie des lampadaires installés par son entreprise. Des individus tentent de lui voler son appareil photo. L’un d’eux lui porte un coup fatal à la tête. L’auteur du coup mortel écope de quatorze ans de prison en appel. Deux autres agresseurs, Icheme et Samba, sont également condamnés. La famille doit même être exfiltrée du tribunal après le verdict, en raison d’échauffourées provoquées par des amis des accusés.

À Trappes, le 21 novembre, Alain Lambert, 52 ans, meurt asphyxié après avoir inhalé les fumées d’un incendie provoqué par des cocktails Molotov lancés sur des voitures par des « individus encapuchonnés ». L’un d’eux, membre d’un groupe de rap, justifiera son geste par cette phrase glaçante : « C’était les émeutes. On voulait faire comme les autres. C’était juste comme ça. »

Quelques jours plus tôt, le 4 novembre, Jean-Jacques Le Chenadec, 60 ans, avait été lynché à Stains alors qu’il tentait d’éteindre un feu de poubelle. Il décède trois jours plus tard, le visage déformé par les coups reçus. Son agresseur, Salaheddine Alloul, est condamné à cinq ans de prison ferme. Une peine que sa veuve, Nicole, jugera dérisoire : « Il n’y a eu aucune excuse, aucune reconnaissance, aucune empathie. Cinq ans pour la vie d’un homme… Ça a été très difficile à accepter. »

Le fruit d’une « sécession »

Reste un autre sujet, largement absent des récits médiatiques : celui des fractures identitaires. Les noms des agresseurs et ceux de leurs victimes figurent pourtant noir sur blanc dans les comptes rendus judiciaires. À Épinay-sur-Seine, Benoît Kusonika, Samba Diallo et Icheme Brighet. À Trappes, Kamel Abadia, Makane Konate et Christopher Achi Ohouo. À Stains, Salaheddine Alloul. La question de la dimension culturelle de ces violences mérite donc d’être posée. À notre micro, Alexandre Devecchio se veut nuancé mais reconnaît l’existence d’une « fracture identitaire ». « En ce qui concerne Jean-Claude Irvoas, il ressort du procès que ses agresseurs lui sont tombés dessus parce qu’il était un « intrus ». Ça a été leur argument. Donc, la question de la sécession peut se poser. Ils ont obéi, semble-t-il, à une forme de réflexe de clan. Cela montre bien le phénomène de partition qu’on n’a pas voulu voir… »

« Je pense à ceux qui restent. Et ma fille, on n’en parle jamais. On ne parle jamais de son papa. Jamais. »

Jean-Jacques Le Chenadec a été mortellement agressé le 4 novembre 2005 au pied de son immeuble, boulevard Maxime-Gorki à Stains (Seine-Saint-Denis). Ce soir-là, vers 22 heures, l’homme de 60 ans est appelé par un voisin pour éteindre un feu de poubelle déclenché durant les émeutes. Jean-Jacques Le Chenadec et son voisin, Jean-Pierre Moreau, sont sauvagement agressés à coups de poing par un individu encapuchonné, Salaheddine Alloul, âgé de 22 ans.

Depuis la fenêtre, son épouse, Nicole, entend les hurlements des sirènes. On sonne à l’interphone pour lui demander de descendre. Le visage déformé par les coups, Jean-Jacques Le Chenadec est allongé dans un camion du Samu. Hospitalisé dans un état critique, il est placé dans un coma artificiel et décédera des suites de ses blessures le 7 novembre 2005.

Plus de vingt ans après les faits, Nicole, ancienne caissière et ex-employée dans la manutention, aujourd’hui retraitée en Seine-Saint-Denis [elle a été contrainte de quitter Stains en 2010, car des jeunes du quartier la malmenaient depuis le verdict du procès] a accepté de témoigner pour faire revivre la mémoire de son époux.

À retrouver dans le documentaire du @LeFigaroTV « Émeutes de 2005 : L’autre histoire – Le témoignage des victimes oubliées. »

📎 https://t.co/eNDsqsuA8F— Alexandre Devecchio (@AlexDevecchio) November 5, 2026

À ce sujet — « Tant qu’une balle ne rentrera pas en pleine tête d’un Blanc » : Mediapart dérape

Quel avenir pour ces Français mis en minorité dans certains quartiers ? Sont-ils condamnés à raser les murs, voire à déménager, comme cela a été le cas pour la veuve de Jean-Jacques Le Chenadec ? « C’est ce que je raconte dans mon livre : le glissement du « côte-à-côte » au « face-à-face« . Mais aussi l’exil forcé de Français qui ne se sentent plus chez eux dans leur propre pays, nous confie Alexandre Devecchio. Je note aussi l’extension du domaine de la violence. Les émeutes de 2005 étaient relativement circonscrites en banlieues. Mais entre 2005 et 2026, on voit que la violence des cités a frappé au cœur des centres-villes […] D’une certaine manière, plus personne n’est à l’abri, et comme on n’a pas voulu faire le bon diagnostic en 2005, la violence s’est diffusée. »

Une libération de la parole tardive mais nécessaire

Ces témoignages tardifs illustrent néanmoins un certain changement de comportement de la part des victimes de l’ensauvagement. Comme on l’a vu avec les proches d’Élias, de Lola, de Philippine, d’Éric Comyn ou, tout récemment, dans l’affaire de l’agression raciste à Rouen, la parole semble enfin se libérer. « On voit que les victimes prennent davantage la parole. Sans doute, aussi, parce qu’on leur tend davantage le micro. Aujourd’hui, les réseaux sociaux, mais aussi certains médias, en parlent, observe Alexandre Devecchio. Avant, elles étaient culpabilisées. On l’a vu au moment des attentats de 2015 : on ne donnait la parole qu’aux victimes qui disaient « vous n’aurez pas ma haine », « pas d’amalgame », etc. Cette libération de la parole est vraiment nécessaire. Il faut un contre-récit, une contre-histoire des banlieues. C’est ce que j’ai essayé de faire avec mon livre et aussi avec ce documentaire. »


Jean Kast
, dans BV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *