– Manifestations lycéennes : les proviseurs livrés aux violences

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#webtube : À Nancy, un élève a vidé un extincteur au visage du proviseur, un autre, visé par des mortiers, témoigne auprès de BV. Ce vendredi matin, au lycée Henri-Poincaré de Nancy, un élève a agressé le proviseur en lui vidant un extincteur au visage. Une scène d’une violence sidérante, dans l’enceinte même d’un établissement scolaire. Quelques jours plus tôt, un autre proviseur était blessé par un tir de mortier. Contacté par BV, il confirme avoir été atteint par le projectile tout en précisant ne pas penser avoir été personnellement visé, estimant que le tir a été « mal contenu » par celui qui l’a lancé. « On fait partie des impactés collatéraux, des dommages collatéraux », explique-t-il, décrivant un mouvement qui « se durcit un petit peu ». Deux agressions, deux méthodes, mais une même réalité : les personnels chargés de faire respecter l’autorité sont désormais exposés aux violences.

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Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Le 4 novembre, Sébastien Lecornu annonçait devant le Sénat 26 personnels de direction blessés en trois jours quand Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, faisait état de 37 personnels de l’Éducation nationale blessés en quarante-huit heures. Depuis le début du mouvement lycéen, à la mi-septembre, plus de 200 agents ont été blessés. Selon Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-UNSA, une cinquantaine de chefs d’établissement envisageraient une mutation, une reconversion ou une évolution de carrière pour ne plus exercer comme proviseurs.

Ceux qui incarnent l’État deviennent des cibles

Le proviseur n’est pas un simple gestionnaire. Il représente l’institution dans son établissement, fait appliquer les règles et porte la responsabilité de la sécurité des élèves et des personnels. Lorsqu’un élève peut lui vider un extincteur au visage, c’est bien davantage qu’une agression individuelle, c’est la fonction qui est bafouée, l’autorité qui est défiée, l’institution qui est humiliée au cœur même de l’école.

Le témoignage recueilli par BV donne une dimension concrète à cette dégradation. Un chef d’établissement atteint par un tir de mortier parle de « dommages collatéraux ». La formule est terrible. Ceux qui doivent protéger les élèves se retrouvent eux-mêmes pris dans les violences. Et derrière eux, c’est toute une communauté éducative qui travaille sous la menace : enseignants, surveillants, personnels administratifs. Comment maintenir un cadre scolaire lorsque ceux qui sont chargés de le faire respecter ne sont plus à l’abri des agressions ?

Les déclarations ne protègent personne

Le gouvernement, lui, ne manque pas de mots. Devant le Sénat, Sébastien Lecornu a assuré aux chefs d’établissement : « Ils nous trouveront toujours à leurs côtés », promettant le « soutien et la reconnaissance de la nation ». Édouard Geffray a dénoncé les violences et annoncé des réponses pénales. Mais les personnels n’ont pas besoin d’une déclaration de solidarité supplémentaire après chaque incident. Ils ont besoin que l’autorité de l’État se manifeste avant que les coups ne pleuvent.

La secrétaire générale d’ID-FO, Agnès Andersen, le rappelait devant le Sénat : les chefs d’établissement représentent l’État, mais celui-ci est aussi leur employeur et a l’obligation d’assurer leur protection. Cette responsabilité ne se résume pas à déposer plainte après les faits. Elle suppose des établissements sécurisés, des auteurs identifiés et sanctionnés, et une réponse suffisamment ferme pour que l’agression d’un personnel ne soit jamais considérée comme un risque ordinaire du métier.

L’école ne peut pas fonctionner sous la menace

Qu’une cinquantaine de proviseurs envisagent de quitter leurs fonctions devrait constituer un signal d’alarme. Quand ceux qui incarnent l’autorité songent à partir pour ne plus subir les violences, c’est toute l’institution qui vacille. On demande aux chefs d’établissement de tenir leur poste, de maintenir les cours et de garantir la sécurité. Mais on ne leur donne pas toujours les moyens de faire face à ceux qui contestent l’autorité par la force.


Yann Montero
, dans BV

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