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#webtube : Un combat en apparence bien dérisoire traduit en réalité la volonté de LFI d’imposer sa « Nouvelle France ». La France insoumise sait choisir des combats d’intérêt national. Depuis une dizaine de jours, plusieurs élus de La France insoumise se sont ainsi lancés dans la défense d’une enseigne de fast-food 100 % halal en Seine-Saint-Denis. Un combat en apparence bien dérisoire, mais qui traduit en réalité les fractures profondes de la gauche.
Le « raid » insoumis contre l’élu socialiste
Tout commence à la mi-avril. Karim Bouamrane, le maire socialiste de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), fait installer plusieurs blocs de béton devant la vitrine du nouveau Master Poulet qui vient d’ouvrir ses portes. L’édile reproche à l’enseigne de restauration rapide d’avoir ouvert « contre la volonté de la municipalité » et « au mépris des règles du droit commun ». Les restaurateurs, aidés de Me Guez Guez, connu pour avoir par le passé défendu, notamment, l’ancien Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), saisissent la Justice. Le tribunal administratif tranche et ordonne de « retirer les barrières bétonnées installées le long du local commercial de l’enseigne Master Poulet ». Mais Karim Bouamrane ne baisse pas les bras. L’édile refuse « qu’un établissement dégrade les conditions de vie des riverains : livraisons tardives, parfois jusqu’à 2 heures du matin, nuisances sonores répétées, odeurs pour les habitants qui vivent au-dessus ». « Je veille à ce que le tissu commercial ne se résume pas à une accumulation d’établissements identiques. Chacun est libre de consommer du poulet comme il le souhaite, mais notre ville dispose déjà d’une offre importante dans ce secteur », renchérit le maire, sur ses réseaux sociaux.
Face à lui, la meute insoumise se met en ordre de bataille. La première offensive est d’abord lancée sur les réseaux sociaux. Nadège Abomangoli, députée de Seine-Saint-Denis, dénonce « un acharnement […] complètement lunaire, teinté de racisme et de mépris de classe ». L’Insoumission, le média du parti, se rend sur place pour réaliser un micro-trottoir et dénoncer la présumée volonté de « gentrification » du maire de Saint-Ouen. Mohamed Awad, élu LFI de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), accuse l’édile d’être « prêt à tout pour empêcher un commerce halal ». « Cette affaire est hautement politique. […] [Karim Bouamrane] n’aurait pas réagi de la même manière si c’était un concept-store match quinoa », poursuit l’élu local.
La seconde offensive a lieu directement sur le terrain. Éric Coquerel (LFI) se rend en personne sur place pour soutenir l’enseigne halal au nom de la « liberté de commerce ». Tous ces élus appartiennent pourtant à un parti qui avait publié un « plan contre la malbouffe » en vue des élections municipales…
À ce sujet — Karim Bouamrane, cité pour Matignon : un PS diversitaire et… sécuritaire
#MasterPoulet : avec Manon Monmirel, conseillère municipale insoumise à Saint-Ouen, nous avons rencontré les propriétaires de la chaîne : ils ont bel et bien ouvert en toute légalité mais font face aux méthodes du maire de Saint-Ouen qui, après avoir fait poser des blocs de béton… pic.twitter.com/0sTFG9IfnL
— Eric Coquerel (@ericcoquerel) April 25, 2026
Un combat sociologique
De son côté, Karim Bouamrane peut compter sur le soutien des (derniers) tenants d’une « gauche républicaine ». « On attend d’un maire du volontarisme et des convictions. Karim Bouamrane n’en manque pas pour sa ville », salue ainsi Jérôme Guedj. « Pourquoi LFI défend une chaîne privée de malbouffe ? […] C’est moins étonnant quand on sait que LFI est un parti identitaire et que ces enseignes sont 100 % halal », ajoute Vincent Lautard, infirmier et juriste, consultant pour Marianne. « Le combat [des Insoumis] est surtout de tenter un raid numérique contre Karim Bouamrane qui ne plie pas devant LFI », abonde Laurence Rossignol.
En effet, la querelle « Master Poulet » est, en réalité, bien éloignée des considérations de santé publique. Elle témoigne d’une bataille sociologique et électorale à gauche. Et ce n’est pas un hasard si ce conflit éclate à Saint-Ouen, ville où Karim Bouamrane (PS) a été largement réélu face à La France insoumise lors des dernières élections municipales. Or, il y a quelques jours, le maire de Saint-Ouen perdait, cette fois-ci, face à la nouvelle idole insoumise, Bally Bagayoko, l’élection pour la présidence de l’intercommunalité la « Plaine Commune ». En quelques mois, l’élu socialiste de Saint-Ouen est donc devenu le meilleur ennemi de la gauche insoumise et de son projet de « Nouvelle France ».
Rien ne va donc plus, à gauche : d’un côté, les Insoumis érigent en « symbole de résistance » une enseigne halal à des fins clairement électoralistes ; de l’autre, une autre gauche refuse « d’enferme[r] les villes populaires dans une assignation politique, intellectuelle et sociale ». Ces deux gauches « irréconciliables » finiront-elles par réellement s’affronter en 2027 ou, encore une fois, malgré leurs divergences évidentes, continueront-elles de s’allier et de « faire front » ?
Clémence de Longraye, dans BV
