Jean-Pierre Pernaut, celui que les bobos déracinés raillaient avec gourmandise parce qu’il aimait la France des terroirs, est mort. Vous savez, cette France à laquelle on interdit d’exister au point de la mutiler si, par aventure, elle se rebelle. Alors oui, la mort de cet homme ça m’a fait un plus grand choc que celle, par exemple, de l’odieux Pierre Bergé, celui qui rêvait de voir une bombe exploser dans un cortège de la Manif pour Tous.
Pernaut, je le regardais régulièrement et j’y prenais un plaisir non dissimulé. Là, je retrouvais villages et paysages découverts au cours de mes petites pérégrinations dans notre incomparable pays. Entendre parler de Carennac, Conques, Gerberoy, Le Bec-Hellouin, Lyons-la-Forêt, Rochefort-en-Terre, Veules-les-Roses, etc., c’était tout de même plus exaltant que de supporter un énième reportage sur une cité « radieuse » de banlieue !
Surtout, Pernaut, prenant le contrepied de l’information déprimante, nous racontait ce qui va bien. On savait que c’était une illusion au regard de la réalité, mais ces illusions-là nous donnaient de l’espoir.
Pernaut aura raconté la France telle que les Français l’aiment. Il aura eu ce regard bienveillant, si éloigné des deux pseudo-journalistes de France Info qui, récemment encore, se moquaient allègrement des « beaufs » des convois de la Liberté. Pour ces gens-là, les Blancs qui vivent dans les trous paumés ne méritent que le mépris. Parce que chez ces gens-là, bouffis d’exotisme, la France réelle n’existe pas. Jean-Pierre Pernaut ne se moquait pas, lui, de cette France. Il la sillonnait du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Avec lui, nous redécouvrions nos régions, ses lieux insolites, ses savoir-faire artisanaux, comme autant de madeleines de Proust évoquant dans notre mémoire profonde des souvenirs soudain réveillés.
Censé n’être que le remplaçant d’Yves Mourousi, en 1988, et dans l’attente de lui trouver un successeur, Pernaut est finalement resté, pour changer diamétralement l’orientation du journal de 13 heures de TF1, ainsi qu’il l’expliquait récemment dans un entretien : « Quand je suis arrivé, on a mis en place un nouveau journal télévisé : autrefois, il était très institutionnel et très parisien. Nous avons fait un journal basé sur les régions, grâce à un réseau de journalistes correspondants en région, travaillant pour un journal télé national. Ça existait pour la radio mais pas pour la télévision, on a créé ça. Cela a été ma marque de fabrique : mettre en place ce réseau de correspondants et s’intéresser à la vie des Français. Je suis fier de ce que j’ai apporté à la télé, cette vision plus populaire d’un journal télévisé. Je n’ai été inspiré par personne – pour créer “Combien ça coûte ?” non plus d’ailleurs – mais d’autres se sont inspirés de mon modèle après. Mon autre fierté, c’est la page magazine, pouvoir montrer les richesses du patrimoine des régions, culturel, gastronomique, monumental, musical… »
Ce grand fumeur a finalement été emporté par un cancer des poumons, mais je suis certain que les marchés des villages de France continueront longtemps de l’évoquer comme on évoque un ami disparu. Quant aux autres, ils pourront tant qu’ils veulent haïr sa mémoire, il demeurera toujours plus populaire et aimé qu’eux. Pernaut s’en va donc, après Johnny, Juliette Gréco, Suzy Delair, Bébel et bien d’autres. C’est encore un bout de France qui se fait la malle.
Au revoir, Monsieur Pernaut et merci… dans Riposte Laïque
De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens est un essai du président russe Vladimir Poutine, publié le 12 juillet 2021 sur le site du gouvernement russe.
Dans l’essai, Poutine décrit sa vision de l’Ukraine et des Ukrainiens. Il remet en question l’existence de l’Ukraine en tant que nation distincte et soutient que le gouvernement actuel du pays est contrôlé par des complots occidentaux.
L’essai a été largement critiqué en Occident, en Ukraine et en Roumanie et classé comme impérialiste et révisionniste.
Évoquant récemment, au cours de la séance de questions-réponses, les relations russo-ukrainiennes, j’ai dit que les Russes et les Ukrainiens formaient un seul peuple, un tout. Ces paroles n’ont pas été prononcées dans le contexte d’une conjoncture ou de circonstances politiques actuelles. Je l’ai déclaré plus d’une fois et c’est ma conviction. Par conséquent, j’estime nécessaire d’exposer ma position et de faire part de mes évaluations de la situation actuelle.
Je veux le souligner tout de suite: le mur qui s’est dressé ces dernières années entre la Russie et l’Ukraine, entre les parties d’un espace historique et spirituel de fait partagé, je le perçois comme un grand malheur commun, comme une tragédie. Ce sont avant tout les retombées de nos propres erreurs commises à différentes périodes. Mais aussi le résultat d’ activités ciblées des forces qui ont toujours cherché à saper notre unité. La formule appliquée est connue depuis des siècles: diviser pour régner. Rien de nouveau. D’où les tentatives de manipuler la question nationale, de semer la discorde entre les populations. Avec, pour objectif fondamental, de diviser, puis faire s’entrechoquer les parties d’un seul peuple.
Pour mieux comprendre le présent et jeter un coup d’œil dans l’avenir, nous devons nous tourner vers l’histoire. Il est évident que, dans le cadre d’un seul article, il est impossible de couvrir tous les événements survenus en plus mille ans. Je m’arrêterai tout de même sur des points clés dont nous devons – nous, en Russie et en Ukraine – nous souvenir.
Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Rus’ qui a été le plus grand pays d’Europe. Sur un immense espace – du lac Ladoga, Novgorod, Pskov jusqu’à Kiev et Tchernigov – les tribus slaves et autres étaient unies par la même langue (nous l’appelons aujourd’hui le vieux russe), des liens économiques et le pouvoir des Princes des Riourikides. Et puis, par le baptême de la Russie, unie par la foi orthodoxe. Le choix spirituel de saint Vladimir, qui était à la fois prince de Novgorod et grand prince de Kiev, détermine aujourd’hui encore dans une grande mesure notre parenté.
Le trône de Kiev bénéficiait d’une position dominante dans l’ancien État russe depuis la fin du IXe siècle. La Chronique des temps passés a conservé pour les générations futures les paroles du prince Oleg le Sage au sujet de Kiev: «Qu’elle soit mère aux villes russes».
Plus tard, comme les autres États européens de l’époque, l’ancienne Rus’ a été confrontée à l’affaiblissement du pouvoir central et à la fragmentation. Pourtant la noblesse comme les gens du peuple considéraient la Russie comme un espace commun, comme leur Patrie.
Après l’invasion dévastatrice de Batu Khan, lorsque de nombreuses villes dont Kiev ont été réduites en ruines, le morcellement s’est intensifié. La Rus’ du nord-est est tombée sous la domination de la Horde tout en conservant une souveraineté limitée. Les terres russes du sud et de l’ouest sont essentiellement entrées dans la composition du Grand-Duché de Lituanie, qui – je tiens à attirer l’attention sur ce fait – figurait dans les documents historiques comme le Grand-Duché de Lituanie et de Russie.
Les représentants des familles princières et de boyards passaient d’un prince à l’autre dans leur service, se querellaient entre eux, mais signaient également des alliances et entretenaient des liens d’amitié. Dans la Plaine de Koulikovo, le grand prince Dimitri de Moscou a combattu aux côtés du voïvode [chef militaire, ndlr] Bobrok de Volynie et des fils du grand-duc de Lituanie Olgierd, André de Polotsk et Dmitri de Briansk. En même temps, le grand-duc de Lituanie Jagellon, fils d’une princesse de Tver, menait ses troupes en aide au Mamaï. Ce sont là les pages de notre histoire commune, le reflet de sa complexité et de sa multidimensionnalité.
Il est important de rappeler que la population des terres russes occidentales et orientales parlait la même langue. La foi était orthodoxe et jusqu’au milieu du XVe siècle l’administration ecclésiastique était unique.
Lors d’un nouveau tour du développement historique, les points d’attraction et de consolidation des territoires de l’ancienne Rus auraient pu se situer tant dans la Rus de Lituanie que dans la Rus de Moscou qui se renforçait. L’histoire a décidé que le centre de la réunification, qui a poursuivi la tradition de l’ancien État russe, devienne Moscou. Les princes de Moscou – descendants du prince Alexandre Nevski – se sont libérés du joug extérieur et ont commencé à rassembler les terres russes historiques.
Le Grand-Duché de Lituanie vivait d’autres processus. Au XIVe siècle, l’élite dirigeante de la Lituanie s’est convertie au catholicisme. Au XVIe siècle, il a signé l’union de Lublin avec le royaume de Pologne pour former la République des Deux Nations (de fait, polonaise et lituanienne). La noblesse catholique polonaise s’est vu accorder d’importants biens fonciers et privilèges sur le territoire de l’ancienne Rus. Aux termes de l’union de Brest de 1596, une partie du clergé orthodoxe russe occidental s’est soumise à l’autorité du pape. Les mœurs polonaises et romaines étaient imposées et l’orthodoxie était supplantée.
En réaction, les XVIe et XVIIe siècles virent monter le mouvement de libération des orthodoxes du bassin du Dniepr. Les événements de l’époque de l’hetman Bogdan Khmelnitski ont marqué un jalon : ses partisans ont tenté d’obtenir l’autonomie de la République des Deux Nations.
Dans sa demande au roi de la République des Deux Unions, en 1649, l’Armée zaporogue évoquait le respect des droits de la population orthodoxe russe et demandait que «le voïvode de Kiev soit du peuple russe et de loi grecque afin qu’il ne persécute pas les églises de Dieu». Mais la demande n’a pas été entendue.
Bogdan Khmelnitski a donc lancé des appels à Moscou qui ont été examinés par les Zemski Sobor [Congrès de la terre russe, ndlr]. Le 1er octobre 1653, cette structure représentative supérieure de l’État russe a décidé de soutenir les coreligionnaires et de les accepter sous protection. En janvier 1654, le Conseil de Pèreïaslav a confirmé cette décision. Par la suite, les ambassadeurs de Bogdan Khmelnitski et de Moscou se sont rendus dans des dizaines de villes, y compris Kiev, dont les habitants ont prêté serment au tsar russe. Rien de tel, d’ailleurs, ne s’était produit lors de la signature de l’union de Lublin.
Dans une lettre adressée à Moscou en 1654, Bogdan Khmelnitski a remercié le tsar Alexeï Mikhaïlovitch pour avoir «accepté toute l’armée zaporogue et le monde orthodoxe russe sous sa main royale, forte et haute». C’est-à-dire que dans leurs messages au roi polonais et au tsar russe, les Zaporogues se qualifiaient d’orthodoxes russes.
Au cours de la longue guerre de l’État russe avec la République des Deux Unions, certains hetmans, héritiers de Bogdan Khmelnitski, cherchaient à s’éloigner de Moscou ou d’obtenir le soutien de la Suède, de la Pologne ou de la Turquie. Mais, je le répète, cette guerre était, par essence, libératrice pour le peuple. Elle se termina en 1667 par le Traité d’Androussovo. Les résultats définitifs furent fixés dans le traité de Paix éternelle de 1686 en vertu duquel l’Etat russe obtint la ville de Kiev et les territoires couvrant la rive gauche du Dniepr, y compris Poltava et Tchernigov, ainsi que la Zaporoguie. Leurs habitants se sont alors réunis avec la partie principale du peuple orthodoxe russe et la région reçut le nom de Malaya Rus’ ou Malorossia [Petite Russie, ndlr].
L’appellation Ukraine était alors plus souvent utilisée dans le sens où l’ancien mot russe «okraïna» [périphérie, ndlr] se retrouve dans les sources écrites depuis le XIIe siècle, lorsqu’il était question de territoires situés à la frontière du pays. Tandis que le mot «ukrainien», à en juger d’après les documents d’archives, désignait à l’origine ceux dont le service était d’assurer la protection des frontières extérieures.
La rive droite du Dniepr, restée dans la République des Deux Nations, vit les anciens ordres restaurés et l’oppression sociale et religieuse se renforcer. La rive gauche, ces terres placées sous la protection d’un État uni, connut au contraire un développement intense. Les habitants de l’autre rive du Dniepr venaient d’ailleurs s’y installer en masse. Ils cherchaient le soutien de ceux qui parlaient la même langue et avaient la même foi.
Lors de la grande guerre du Nord contre la Suède, les habitants de la Petite Russie ne se posaient pas la question du parti à prendre. Seule une petite partie des cosaques soutint la révolte de Mazepa. Les représentants de différentes classes se considéraient comme russes et orthodoxes.
Les représentants des chefs cosaques, inclus dans la classe noble, atteignaient en Russie des sommets de carrière politique, diplomatique et militaire. Les diplômés de l’Académie Moguila de Kiev ont joué un rôle majeur dans la vie de l’Église. C’était le cas à l’époque de l’hetmanat – qui était de fait une entité autonome avec sa propre structure interne – ce qui n’a pas changé dans l’Empire russe. Ce sont les « malorusses » qui ont créé à bien des égards un grand pays commun, sa structure, sa culture et sa science. Ils participaient à la mise en valeur et au développement de l’Oural, de la Sibérie, du Caucase et de l’Extrême-Orient. D’ailleurs, à l’époque soviétique également, les originaires d’Ukraine occupaient les postes les plus importants, y compris supérieur, au sein de la direction d’un État uni. Il suffit de rappeler que, pendant presque 30 ans, le Parti communiste de l’Union soviétique a été dirigé par Nikita Khrouchtchev et Léonid Brejnev, dont les parcours politiques étaient étroitement liés à l’Ukraine.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, après les guerres contre l’Empire ottoman, la Russie rattacha la Crimée et les terres le long de la mer Noire, appelées Novorossia [Nouvelle Russie, ndlr]. Elles étaient peuplées par des personnes venues de toutes les régions russes. Après le partage de la République des Deux Nations, l’Empire russe se restitua les anciens territoires russes occidentaux, à l’exception de la Galicie et la Transcarpatie qui se sont retrouvées dans l’Empire d’Autriche (puis d’Autriche-Hongrie).
L’intégration des terres de la Russie occidentale dans l’espace commun n’était pas seulement le résultat de décisions politiques et diplomatiques. Elle se déroula sur la base d’une religion et de traditions culturelles communes. Et – je le soulignerai encore une fois – de la proximité linguistique. Au début du XVIIe siècle, l’un des hiérarques de l’Église uniate, Josef Rutski, annonçait à Rome que les habitants de la Moscovie qualifiaient de frères les Russes de la République des Deux Nations, que leur langue écrite était absolument la même et que la langue parlée, même si elle était différente, ne l’était que légèrement. Selon son expression, comme chez les habitants de Rome et de Bergame. C’est, comme nous le savons, le centre et le nord de l’Italie moderne.
Il est évident que pendant les nombreux siècles de fragmentation et de vie dans des États différents, les langues ont connu des particularités régionales, les parlers. La langue littéraire s’enrichissait grâce à la langue populaire. Un grand rôle y revient à Ivan Kotliarevsky, Grigori Skovoroda, Taras Chevtchenko. Leurs œuvres constituent notre patrimoine littéraire et culturel commun. Les poèmes de Taras Chevtchenko sont écrits principalement en ukrainien, mais sa prose l’est essentiellement en russe. Les livres de Nikolaï Gogol, patriote de Russie, originaire de Poltava, sont écrits en russe et regorgent d’expressions populaires et motifs folkloriques « malorusses ». Comment peut-on partager cet héritage entre la Russie et l’Ukraine? Et pourquoi le faire?
Les terres du sud-ouest de l’Empire russe, la Petite Russie et la Nouvelle Russie, ainsi que la Crimée se sont développées comme des régions multiformes de par leur composition ethnique et religieuse. Il y avait les Tatars de Crimée, les Arméniens, les Grecs, les Juifs, les Karaïtes, les Krymtchaks, les Bulgares, les Polonais, les Serbes, les Allemands et d’autres peuples. Ils gardaient tous leur religion, leurs traditions, us et coutumes.
Je n’ai pas l’intention d’idéaliser quoi que ce soit. Il y eut la Circulaire de Valouïev de 1863 et l’Oukase d’Ems de 1876 qui limitaient l’édition et l’importation de la littérature religieuse et sociopolitique en langue ukrainienne. Mais le contexte historique est très important. Ces décisions furent prises sur fond d’événements dramatiques en Pologne, du désir des dirigeants du mouvement national polonais d’utiliser la «question ukrainienne» dans leur intérêt. J’ajouterai que les œuvres littéraires, les recueils de poèmes ukrainiens et de chansons folkloriques ont continué à être édités. Des faits objectifs prouvent que l’Empire russe voyait se développer un processus actif d’épanouissement de l’identité culturelle « malorusse » dans le cadre de la grande nation russe qui réunissait la Grande Russie, la Petite Russie et la Russie Blanche.
Parallèlement, des idées sur un peuple ukrainien séparé du peuple russe émergeaient et se renforçaient au sein de l’élite polonaise et d’une partie de l’intelligentsia de la Petite Russie. Et comme il n’y avait et il ne pouvait y avoir de base historique pour ce phénomène, les conclusions se basaient sur toute sorte d’inventions. Allant jusqu’à affirmer que les Ukrainiens ne sont pas du tout Slaves, ou, au contraire, que les Ukrainiens sont les vrais Slaves et que les «Moscovites» ne le sont pas. De telles «hypothèses» ont commencé à servir de plus en plus souvent à des fins politiques en qualité d’outil de rivalité entre les pays européens.
Depuis la fin du XIXe siècle, les autorités austro-hongroises ont repris le sujet – en contrepoids tant au mouvement national polonais qu’aux sentiments russophiles en Galicie. Pendant la Première Guerre mondiale, Vienne a contribué à la formation de ce qu’on appelle la Légion ukrainienne des tirailleurs de la Sietch [centre politique des cosaques, ndlr]. Les habitants de la Galicie qui étaient soupçonnés de sympathie envers la religion orthodoxe et la Russie devenaient la cible d’une répression brutale et étaient jetés dans les camps de concentration de Thalerhof et Terezin.
Le développement ultérieur connut l’effondrement des empires européens, une guerre civile acharnée sur le vaste espace de l’ancien Empire russe et l’intervention étrangère.
Après la révolution de Février, en mars 1917, Kiev assista à la mise en place de la Rada Centrale revendiquant le rôle de l’autorité suprême. En novembre 1917, dans son Troisième Universal, elle proclama la création de la République nationale ukrainienne (UNR) au sein de la Russie.
En décembre 1917, les représentants de cette République arrivèrent à Brest-Litovsk où se déroulaient des négociations de la Russie soviétique avec l’Allemagne et ses alliés. À la réunion du 10 janvier 1918, le chef de la délégation ukrainienne donna lecture à une note sur l’indépendance de l’Ukraine. Dans son Quatrième Universal, la Rada centrale proclama l’indépendance de l’Ukraine.
Cette souveraineté fut de courte durée. Quelques semaines plus tard, la délégation de la Rada signa un traité séparé avec les pays du bloc allemand. S’étant retrouvées dans une situation difficile, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie avaient besoin des céréales et des matières premières ukrainiennes. Pour assurer des livraisons à grande échelle, elles obtinrent l’accord pour dépêcher leurs troupes et leur personnel technique dans l’UNR. Сe ne fut en effet qu’un prétexte pour l’occupation.
Ceux qui aujourd’hui ont mis l’Ukraine sous contrôle extérieur total devraient se rappeler qu’en 1918, cette décision s’avéra fatale pour le régime au pouvoir à Kiev. C’est avec la participation directe des troupes d’occupation que la Rada Centrale fut renversée au profit de l’hetman Pavlo Skoropadsky qui proclama, à la place de l’UNR, l’État ukrainien placé en fait sous protectorat allemand.
À l’automne 1918, les nationalistes ukrainiens proclamèrent la République populaire d’Ukraine occidentale et, en janvier 1919, annoncèrent leur union avec la République nationale ukrainienne. En juillet 1919, les unités ukrainiennes furent battues par les troupes polonaises et le territoire de l’ancienne République populaire d’Ukraine occidentale se retrouva sous la domination de la Pologne.
En avril 1920, Simon Petlioura (l’un des «héros» imposés à l’Ukraine moderne) signa, au nom du Directoire de l’UNR, des conventions secrètes selon lesquelles, en échange d’un soutien militaire, il céda à la Pologne les terres de Galicie et de Volynie occidentale. En mai 1920, ses hommes entrèrent à Kiev dans le convoi des unités polonaises. Mais pas pour longtemps. Dès novembre 1920, après l’armistice entre la Pologne et la Russie soviétique, les restes des troupes de Petlioura se rendirent à ces mêmes Polonais.
L’exemple de l’UNR montre l’instabilité de toute sorte de formations quasi-étatiques apparues sur l’espace de l’ancien Empire russe pendant la guerre civile et les remous. Les nationalistes cherchaient à créer leurs propres États, les leaders du Mouvement blanc plaidaient pour une Russie indivisible. De nombreuses républiques créées par les partisans des bolcheviks ne se voyaient pas en dehors de la Russie. Cependant, pour diverses raisons, les chefs du parti bolchevique les poussaient parfois de force en dehors de la Russie soviétique.
Ainsi, au début de 1918 fut proclamée la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog qui s’adressa à Moscou pour lui demander d’entrer au sein de la Russie soviétique. Mais se heurta à un refus. Vladimir Lénine rencontra les dirigeants de cette République pour les convaincre d’agir au sein de l’Ukraine soviétique. Le 15 mars 1918, le Comité central du Parti communiste (bolchevik) de Russie décida de dépêcher des délégués au congrès ukrainien des Soviets, y compris des représentants du bassin de Donetsk, et de mettre en place à ce congrès «un gouvernement unique pour toute l’Ukraine». Ce sont les territoires de la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog qui constituèrent à l’avenir la plus grande partie des régions du sud-est de l’Ukraine.
Selon le traité de Riga de 1921 entre la Russie soviétique, l’Ukraine soviétique et la Pologne, les régions occidentales de l’ancien Empire russe revinrent à la Pologne. Dans l’entre-deux-guerres, le gouvernement polonais lança une politique de migration active, cherchant à changer la composition ethnique des kresy orientaux, appellation donnée en Pologne aux territoires de l’actuelle Ukraine occidentale, Biélorussie occidentale et d’une partie de la Lituanie. Une sévère politique de « polonisation » fut pratiquée, la culture et les traditions locales furent réprimées. Par la suite, durant la Seconde Guerre mondiale, des groupes radicaux de nationalistes ukrainiens s’en servirent en qualité de prétexte pour pratiquer la terreur non seulement contre la population polonaise, mais aussi juive et russe.
En 1922, lors de la mise en place de l’URSS, dont l’une des fondatrices fut la République socialiste soviétique d’Ukraine, c’est à l’issue d’âpres débats entre les dirigeants bolcheviks que fut appliqué le plan de Lénine de la formation d’un État fédéré en tant qu’une fédération de républiques égales. Le droit des républiques à sortir librement de l’Union fut inscrit dans le texte de la Déclaration sur la création de l’URSS, puis dans la Constitution de l’URSS de 1924. Ainsi fut posée dans les fondations de notre souveraineté la plus dangereuse des «bombes à retardement». Celle-ci a explosé dès la disparition du cran de sûreté, sous forme du rôle dirigeant du Parti communiste, ce dernier s’étant finalement disloqué de l’intérieur. Ce fut la «parade des souverainetés». Le 8 décembre 1991 fut signé l’accord de Belovej sur la création de la Communauté des États indépendants qui proclama que «l’Union des républiques socialistes soviétiques, cessait d’exister en tant que sujet du droit international et réalité géopolitique». Soit dit en passant, la Charte de la CEI, adoptée en 1993, n’a pas été signée ni ratifiée par l’Ukraine.
Dans les années 1920 et 1930, les bolcheviks développaient activement la politique de «l’indigénisation» qui, dans la RSS d’Ukraine était menée comme l’ukrainisation. Fait symbolique: dans le cadre de cette politique et avec l’aval des autorités soviétiques, Mikhaïl Grouchevski, ancien président de la Rada centrale et l’un des promoteurs du nationalisme ukrainien qui avait profité du soutien de l’Autriche-Hongrie, rentra en URSS et fut élu membre de l’Académie des sciences.
«L’indigénisation» a sans aucun doute joué un grand rôle dans le développement et le renforcement de la culture, de la langue et de l’identité ukrainiennes. Cependant, sous couvert de lutte contre le soi-disant chauvinisme grand-russe, l’ukrainisation était souvent imposée à ceux qui ne se considéraient pas comme Ukrainiens. C’est la politique nationale soviétique qui a pérennisé au niveau de l’État trois peuples slaves distincts (russe, ukrainien et biélorusse) au lieu d’une grande nation russe, un peuple trinitaire composé de Grands Russes, de Petits Russes et de Biélorusses.
En 1939, les territoires précédemment saisis par la Pologne ont été restitués à l’URSS. Une partie importante de ceux-ci a été rattachée à l’Ukraine soviétique. En 1940, une partie de la Bessarabie, occupée par la Roumanie en 1918, et la Bucovine du Nord, sont entrées dans la République socialiste soviétique d’Ukraine. En 1948, l’Île de Zmeiny de la mer Noire les a suivi. En 1954, la région de Crimée de la RSFS de Russie a été transférée à la RSS d’Ukraine, en violation flagrante des normes juridiques en vigueur à l’époque.
Je tiens à mentionner le sort de la Russie subcarpatique, qui, après la fin de l’Autriche-Hongrie, s’est retrouvée en Tchécoslovaquie. Les Ruthènes constituaient une partie importante des habitants locaux. On se souvient peu de cela maintenant, mais après la libération de la Transcarpatie par les troupes soviétiques, le congrès de la population orthodoxe de la région a appelé à l’inclusion de la Russie subcarpatique dans la RSFS de Russie ou directement dans l’URSS, en tant que République des Carpates distincte. Mais cette opinion du peuple a été ignorée. Et à l’été 1945, comme l’a écrit le journal «Pravda», la réunification historique de l’Ukraine transcarpatique «avec sa patrie de longue date, l’Ukraine», a été annoncée.
Ainsi, l’Ukraine moderne est entièrement le fruit de l’ère soviétique. Nous savons et nous nous rappelons qu’elle a été créée dans une large mesure aux dépens de la Russie historique. Il suffit de comparer les terres qui ont été rattachées à l’État russe au XVIIe siècle aux territoires avec lesquels la RSS d’Ukraine a quitté l’Union soviétique.
Les bolcheviks considéraient le peuple russe comme un matériau inépuisable pour des expérimentations sociales. Ils rêvaient d’une révolution mondiale qui, à leur avis, abolirait complètement les États-nations. Par conséquent, ils ont arbitrairement formé les frontières et ont distribués de généreux «cadeaux» territoriaux. En fin de compte, ce qui a guidé précisément les dirigeants bolcheviks lorsqu’ils découpaient le pays n’a plus d’importance. Vous pouvez discuter des détails, du contexte et de la logique de certaines décisions. Une chose est claire: la Russie a en fait été dépouillée.
En travaillant sur cet article, je me suis basé non sur des archives secrètes, mais sur des documents ouverts qui contiennent des faits bien connus. Les dirigeants de l’Ukraine moderne et leurs mécènes extérieurs préfèrent ne pas se souvenir de ces faits. Mais pour diverses raisons, au bon moment comme au mauvais, y compris à l’étranger, il est aujourd’hui d’usage de condamner les «crimes du régime soviétique», en leur attribuant même les événements avec lesquels ni le Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), ni l’URSS, ni même la Russie plus moderne n’ont quelque chose à voir. Cependant, les actions des bolcheviks visant à séparer la Russie de ses territoires historiques ne sont pas considérées comme un acte criminel. La raison en est claire. Comme cela a conduit à l’affaiblissement de la Russie, cela convient à nos adversaires.
En URSS, les frontières entre les républiques, bien sûr, n’étaient pas perçues comme des frontières d’État, étaient conditionnelles dans le cadre d’un seul pays, qui, avec tous les attributs d’une fédération, était essentiellement très centralisé, en raison, je le répète, du rôle dirigeant du Parti communiste. Mais en 1991, tous ces territoires, et surtout les gens qui y vivaient, se sont soudain retrouvés à l’étranger, coupés de leur Patrie historique.
Que dire? Tout change. Y compris les pays, les sociétés. Et bien sûr, une partie d’un peuple au cours de son développement, pour un certain nombre de raisons, de circonstances historiques, peut à un certain moment se ressentir, se reconnaître comme une nation séparée. Comment se comporter avec? Il ne peut y avoir qu’une seule réponse: avec respect!
Voulez-vous créer votre propre État? Je vous en prie! Mais à quelles conditions? Permettez-moi de vous rappeler ici un commentaire donné par l’une des personnalités politiques les plus remarquables de la nouvelle Russie, le premier maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak. En tant que juriste hautement professionnel, il estimait que toute décision devait être légitime, et c’est pourquoi, en 1992, il a exprimé l’opinion suivante: les républiques fondatrices de l’Union devraient obtenir les frontières avec lesquelles elles ont formé l’Union après l’annulation du traité de 1922. Tout le reste des acquisitions territoriales fait l’objet de discussions, de négociations, car la base a été annulée.
En d’autres termes, repartez avec ce que vous aviez au départ. Il est difficile d’argumenter avec cette logique. Je tiens à ajouter seulement que les bolcheviks, comme je l’ai déjà noté, ont commencé à redessiner arbitrairement les frontières avant même la création de l’Union, et toutes les manipulations avec les territoires ont été effectuées de façon volontariste, ignorant l’opinion des gens.
La Russie a reconnu les nouvelles réalités géopolitiques. Elle n’a pas seulement reconnu l’Ukraine, mais a beaucoup fait pour que ce pays devienne vraiment indépendant. Dans les difficiles années 1990 et au début du nouveau millénaire, nous avons apporté un soutien important à l’Ukraine. Kiev utilise sa propre «arithmétique politique», mais en 1991-2013, l’Ukraine a économisé plus de 82 milliards de dollars sur son budget tirant profit rien que des faibles prix du gaz. Aujourd’hui, elle «s’accroche» littéralement à 1,5 milliard de paiements russes pour le transit de notre gaz vers l’Europe. Alors qu’avec la préservation des liens économiques entre nos pays, l’effet positif s’élèverait à des dizaines de milliards de dollars.
L’Ukraine et la Russie ont évolué comme un seul système économique depuis des décennies, des siècles. La profondeur de la coopération que nous avions il y a 30 ans pourrait aujourd’hui faire l’envie des pays de l’UE. Nous sommes des partenaires économiques naturels et complémentaires. Une relation aussi étroite est capable de renforcer les avantages concurrentiels et d’accroître le potentiel des deux pays.
Celui de l’Ukraine fut important à l’époque et comportait une infrastructure puissante, un système de transport du gaz, des industries avancées de la construction navale, aéronautique, astronautique et d’équipement varié, des écoles scientifiques, de conception et d’ingénierie de classe mondiale. Ayant reçu un tel héritage, les dirigeants de l’Ukraine, proclamant leur indépendance, ont promis que l’économie ukrainienne deviendrait l’une des principales et le niveau de vie de la population serait l’un des plus élevés d’Europe.
Aujourd’hui, les géants industriels de pointe, dont l’Ukraine était autrefois fière, sont mis sur la touche. Au cours des 10 dernières années, la production de produits d’ingénierie a chuté de 42%. L’ampleur de la désindustrialisation et, en général, la dégradation de l’économie peuvent être constatées d’après un indicateur tel que la production d’électricité, qui a diminué de presque de moitié en 30 ans en Ukraine. Enfin, en 2019, avant même la pandémie de coronavirus, le niveau du PIB par habitant en Ukraine était inférieur à 4.000 dollars, selon le FMI. C’est en-dessous de la République d’Albanie, de la République de Moldavie et du Kosovo, non reconnu. L’Ukraine est aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Europe.
À qui la faute? Au peuple ukrainien? Bien sûr que non. Ce sont les autorités ukrainiennes qui ont dilapidé les acquis de plusieurs générations. Nous savons à quel point le peuple ukrainien est laborieux et talentueux. Il sait comment obtenir des succès et des résultats exceptionnels avec persévérance et obstination. Et ces qualités, comme l’ouverture, l’optimisme inné, l’hospitalité, n’ont pas disparu. Les sentiments de millions de personnes qui traitent la Russie non seulement de bonne manière, mais aussi avec beaucoup d’amour, tout comme nous le faisons avec l’Ukraine, restent les mêmes.
Jusqu’en 2014, des centaines d’accords et de projets communs avaient permis de développer nos économies, nos liens commerciaux et culturels, de renforcer la sécurité et de relever des défis sociaux et environnementaux communs. Ils avaient apporté des avantages tangibles aux peuples, à la fois en Russie et en Ukraine. C’est ce que nous considérions comme l’essentiel. Et c’est pourquoi nous avons eu des échanges fructueux avec tout le monde, je le souligne, avec tous les dirigeants ukrainiens.
Même après les événements bien connus de Kiev en 2014, j’ai chargé le gouvernement russe de réfléchir aux options de contact à travers les ministères et départements concernés pour préserver et soutenir nos liens économiques. Il n’y avait pas de désir inverse, et il n’y en a toujours pas. La Russie fait partie des trois principaux partenaires commerciaux de l’Ukraine, et des centaines de milliers d’Ukrainiens viennent travailler chez nous et sont accueillis ici avec cordialité et soutien. C’est ainsi que se révèle le «pays agresseur».
Après la chute de l’URSS, nombreux étaient ceux en Russie et en Ukraine qui croyaient encore sincèrement que nos liens culturels, spirituels et économiques étroits demeureraient certainement, de même que la communauté du peuple, qui s’est toujours sentie unie dans sa fondation. Cependant, la situation évoluait dans une autre direction, d’abord progressivement, puis de plus en plus vite.
Les élites ukrainiennes ont décidé de justifier l’indépendance de leur pays en niant son passé, à l’exception toutefois de la question des frontières. Ils ont commencé à mythifier et à réécrire l’Histoire, à effacer tout ce qui nous unit, à décrire en tant qu’occupation la période que l’Ukraine a passé dans l’Empire russe et dans l’URSS. La tragédie commune de la collectivisation, de la famine du début des années 1930, est présentée comme un génocide du peuple ukrainien.
Les radicaux et les néo-nazis ont fait part de leurs ambitions ouvertement et de plus en plus insolemment. Ils ont été amadoués à la fois par les autorités officielles et les oligarques locaux. Après avoir dépouillé le peuple ukrainien, ces derniers gardent les biens volés dans des banques occidentales et vendraient leur mères afin de préserver leur capital. S’y ajoute la faiblesse chronique des institutions étatiques, la position d’otage volontaire de la géopolitique d’autrui.
Je tiens à vous rappeler qu’il y a assez longtemps, bien avant 2014, les États-Unis et les pays de l’UE ont poussé l’Ukraine, systématiquement et avec persévérance, à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. En tant que plus important partenaire commercial et économique de l’Ukraine, nous avons proposé de discuter des problèmes émergents en format Ukraine-Russie-UE. Mais à chaque fois, nous avons entendu que la Russie n’avait rien à voir là-dedans, que la question ne concernait que l’UE et l’Ukraine. De facto, les pays occidentaux ont rejeté les propositions russes de dialogue maintes fois exprimées.
Pas à pas, l’Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but était d’en faire une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont tournée contre la Russie. Inévitablement, le moment est venu où le concept de «l’Ukraine n’est pas la Russie» n’était pas suffisant. Il a fallu «l’anti-Russie», ce que nous n’accepterons jamais.
Les instigateurs de ce projet se sont inspirés d’anciennes théories sur la création de la «Rus anti-Moscou», inventées par des idéologues polonais et autrichiens. Et il ne faut mentir à personne comme quoi cela se fait dans l’intérêt du peuple ukrainien. La République des Deux Nations n’a jamais eu besoin de la culture ukrainienne, encore moins de l’autonomie cosaque. En Autriche-Hongrie, les terres historiques russes ont été impitoyablement exploitées et sont restées les plus pauvres. Les nazis, servis par des collaborateurs originaires de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, n’avaient pas besoin d’Ukraine, mais d’espaces de vie et d’esclaves pour les maîtres aryens.
Les intérêts du peuple ukrainien n’ont pas non plus été pris en compte en février 2014. Le juste mécontentement du peuple causé par les problèmes socio-économiques les plus graves, les erreurs, les actions incohérentes des autorités de l’époque était simplement utilisé avec cynisme. Les pays occidentaux sont intervenus directement dans les affaires intérieures de l’Ukraine, ont soutenu le coup d’État pour lequel les groupes nationalistes radicaux ont servi de force de frappe. Leurs slogans, leur idéologie, leur russophobie ouverte et agressive ont commencé dans une large mesure à déterminer la politique de l’État en Ukraine.
Tout ce qui nous unissait et nous rapproche jusqu’à présent s’est retrouvé en péril. Tout d’abord, la langue russe. Je tiens à vous rappeler que les nouvelles autorités «maïdaniennes» ont d’abord tenté d’abolir la loi sur la politique linguistique de l’État. Ensuite, il y a eu la loi sur le «nettoyage du pouvoir», la loi sur l’éducation, qui a pratiquement effacé la langue russe du processus éducatif.
Et enfin, en mai de cette année, l’actuel Président a soumis à la Rada un projet de loi sur les «peuples autochtones». Seuls ceux qui constituent une minorité ethnique et n’ont pas leur propre enseignement public en dehors de l’Ukraine sont reconnus. La loi a été votée. De nouvelles graines de discorde sont semées. Et cela se produit dans un pays très complexe, comme je l’ai déjà noté, en termes de composition territoriale, nationale, linguistique, concernant l’histoire de sa formation.
Un argument à faire valoir: puisque vous parlez d’une seule grande nation, d’un peuple trinitaire, alors quelle différence y a-t-il sur la manière dont les gens se considèrent, comme des Russes, Ukrainiens ou Biélorusses? Je suis complètement d’accord avec cela. De plus, la détermination de la nationalité, notamment dans les familles mixtes, est le droit de toute personne, libre de son choix.
Mais le fait est qu’aujourd’hui en Ukraine, la situation est complètement différente puisqu’il s’agit d’un changement forcé d’identité. Et le plus répugnant, c’est que les Russes en Ukraine sont contraints non seulement de renoncer à leurs racines, aux générations ancestrales, mais aussi à croire que la Russie serait leur ennemi. Il ne serait pas exagéré de dire que cette course à une assimilation violente, vers la formation d’un État ukrainien ethniquement pur, agressif envers la Russie, est comparable dans ses conséquences à l’utilisation d’armes de destruction massive contre nous. En raison d’une rupture aussi brutale et artificielle entre les Russes et les Ukrainiens, le nombre total de Russes pourrait diminuer de centaines de milliers, voire de millions.
Ils ont également touché notre unité spirituelle. Comme à l’époque du Grand-Duché de Lituanie, ils ont commencé une nouvelle séparation des Églises. Ne cachant pas qu’elles poursuivaient des objectifs politiques, les autorités laïques sont intervenues brutalement dans la vie de l’Église et ont amené à la scission, à la saisie d’églises et au passage à tabac de prêtres et de moines. Même la large autonomie de l’Église orthodoxe ukrainienne, qui conserve une unité spirituelle avec le Patriarcat de Moscou, ne leur convient absolument pas. Ils doivent détruire à tout prix ce symbole visible et séculaire de notre parenté.
Je pense qu’il est également naturel que les représentants de l’Ukraine votent encore et encore contre la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant la glorification du nazisme. Sous la protection des autorités officielles, les défilés aux flambeaux sont organisés en l’honneur des criminels de guerre de la SS qui n’ont pas été anéanties. Mazepa, qui a trahi tout le monde, Petlioura, qui a payé le mécénat polonais avec les terres ukrainiennes, Bandera, qui a collaboré avec les nazis, sont mis au rang de héros nationaux. Les autorités ukrainiennes font tout pour effacer de la mémoire des jeunes générations les noms des vrais patriotes et vainqueurs, dont l’Ukraine a toujours été fière.
Pour les Ukrainiens qui ont combattu dans les rangs de l’Armée rouge, dans des détachements de partisans, la Grande Guerre Patriotique était précisément patriotique, car ils défendaient leur foyer, leur grande patrie commune. Plus de 2.000 sont devenus des héros de l’Union soviétique. Parmi eux se trouvent Ivan Kojedoub, pilote légendaire, Lioudmila Pavlitchenko, tireuse d’élite intrépide, ainsi que le défenseur d’Odessa et de Sébastopol Sidor Kovpak, brave commandant partisan. Cette génération inflexible s’est battue, a donné sa vie pour notre avenir, pour nous. Oublier leur exploit, c’est trahir nos grands-pères, mères et pères.
Le projet «anti-Russie» a été rejeté par des millions d’Ukrainiens. Les habitants de Crimée et de Sébastopol ont fait un choix historique, alors que le peuple du Sud-Est essayait de défendre sa position pacifiquement. Mais ils étaient tous catégorisés comme séparatistes et terroristes, y compris les enfants. Les autorités ont lancé les menaces de nettoyage ethnique et de recours à la force militaire. Et les habitants de Donetsk et de Louhansk ont pris les armes pour protéger leurs maisons, leur langue et leurs vies. Avaient-ils d’autre choix, après les pogroms que les villes d’Ukraine ont connu, après l’horreur et la tragédie du 2 mai 2014 à Odessa, où des néonazis ukrainiens ont brûlé vifs des gens, faisant un nouveau Khatyn? Les adeptes de Bandera étaient prêts à commettre le même massacre en Crimée, à Sébastopol, à Donetsk et à Louhansk. Ils n’abandonnent toujours pas de tels plans. Ils attendent dans les coulisses. Mais cela n’arrivera jamais.
Le coup d’État et les actions ultérieures des autorités de Kiev ont inévitablement provoqué des affrontements et une guerre civile. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, le nombre total de victimes associées au conflit dans le Donbass a dépassé les 13.000. Parmi elles se trouvent des personnes âgées, des enfants. Des pertes terribles et irréparables.
La Russie a tout fait pour arrêter le fratricide. Les accords de Minsk ont été conclus, lesquels visent à un règlement pacifique du conflit du Donbass. Je suis convaincu qu’ils n’ont toujours pas d’alternative. En tout cas, personne n’a retiré sa signature ni des mesures de Minsk ni des déclarations correspondantes des dirigeants des pays du format Normandie. Personne n’a initié la révision de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 17 février 2015.
Au cours des négociations officielles, notamment après le coup de semonce des partenaires occidentaux, les représentants de l’Ukraine réaffirment périodiquement leur «engagement total» aux accords de Minsk, alors qu’en fait ils sont guidés par un principe d’«inacceptabilité». Ils n’ont pas l’intention de discuter sérieusement ni du statut particulier du Donbass, ni des garanties pour sa population. Ils préfèrent exploiter l’image d’une «victime d’agression extérieure» et marchander de la russophobie. Ils organisent des provocations sanglantes dans le Donbass. En un mot, ils attirent par tous les moyens l’attention des mécènes et des protecteurs extérieurs.
Apparemment, et j’en suis convaincu de plus en plus, Kiev n’a tout simplement pas besoin du Donbass. Pourquoi? Car, premièrement, les habitants de ces régions n’accepteront jamais les ordres qu’on a tenté et tente de leur imposer par la force, le blocus, les menaces. Et deuxièmement, les résultats de Minsk I et de Minsk II, qui donnent une réelle chance de restaurer pacifiquement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, en négociant directement avec la RPD et la RPL par le biais de la médiation de la Russie, de l’Allemagne et de la France, vont à l’encontre de toute la logique du projet anti-russe. Et il ne peut tenir debout que par le biais de la culture constante de l’image d’un ennemi intérieur et extérieur. Et j’ajouterai, sous le protectorat, sous le contrôle des puissances occidentales.
C’est ce qui se passe en pratique. Tout d’abord, il s’agit de la création d’un climat de peur dans la société ukrainienne, de rhétorique agressive, d’indulgence envers les néonazis et la militarisation du pays. Parallèlement, non seulement une dépendance totale, mais un contrôle externe direct, y compris concernant la supervision de conseillers étrangers sur les autorités ukrainiennes, les services secrets et les forces armées, le «développement» militaire du territoire ukrainien, le déploiement des infrastructures de l’Otan. Ce n’est pas un hasard si la loi scandaleuse susmentionnée sur les «peuples autochtones» a été adoptée sous le couvert d’exercices de l’Otan à grande échelle en Ukraine.
L’absorption des vestiges de l’économie ukrainienne et l’exploitation de ses ressources naturelles se déroulent sous le même couvert. La vente de terres agricoles approche à grands pas, et il est évident qui les achètera. Oui, de temps en temps, l’Ukraine se voit allouer des ressources financières, des prêts, mais selon les conditions et l’intérêt d’autrui, selon des préférences et des avantages pour les entreprises occidentales. Au fait, qui remboursera ces dettes? Apparemment, on suppose que cela devra être fait non seulement par la génération actuelle d’Ukrainiens, mais aussi par leurs enfants, petits-enfants et, probablement, arrière-petits-enfants.
Les auteurs occidentaux du projet «anti-russe» ont mis en place le système politique ukrainien de telle sorte que les Présidents, les députés, les ministres changent, mais qu’il y ait une orientation constante vers la séparation avec la Russie, vers l’inimitié avec elle. L’établissement de la paix était le principal slogan préélectoral du Président sortant. Cela l’a conduit au pouvoir. Ses promesses se sont avérées être des mensonges. Rien n’a changé. Et à certains égards, la situation en Ukraine et autour du Donbass s’est également dégradée.
Il n’y a pas de place pour une Ukraine souveraine dans le projet «anti-russe», ainsi que pour les forces politiques qui tentent de défendre sa réelle indépendance. Ceux qui parlent de réconciliation dans la société ukrainienne, de dialogue, de sortie de l’impasse sont étiquetés comme des agents «pro-russes».
Je le répète, le projet «anti-Russie» est tout simplement inacceptable pour beaucoup en Ukraine. Et il y a des millions de ces personnes. Mais elles sont privées du droit de relever la tête. Elles n’ont pratiquement plus de possibilité légale de défendre leur point de vue. Elles sont intimidées, contraintes à passer dans la clandestinité. Pour leurs convictions, pour leurs paroles, pour l’expression ouverte de leur position, elles sont non seulement persécutées, mais aussi tuées. Les meurtriers ont tendance à rester impunis.
Seul celui qui haït la Russie est désormais déclaré «bon» patriote de l’Ukraine. De plus, autant que nous le comprenons, il est proposé de former à l’avenir l’État ukrainien uniquement sur la base de cette idée. La haine et la colère, et l’Histoire du monde l’a prouvé plus d’une fois, sont une base très fragile pour la souveraineté, lourde de nombreux risques et conséquences graves.
Toutes les astuces associées au projet «anti-Russie» sont claires pour nous. Et nous ne permettrons jamais que nos territoires historiques et les personnes y vivant, qui nous sont proches, soient utilisées contre la Russie. Et à ceux qui feront une telle tentative, je tiens à dire qu’ils détruiront ainsi leur pays.
Les autorités ukrainiennes actuelles aiment se référer à l’expérience occidentale, elles y voient un modèle. Regardez donc comment l’Autriche et l’Allemagne, les États-Unis et le Canada vivent côte à côte. Proches dans la composition ethnique, la culture, avec une seule langue, ils restent des États souverains, avec leurs propres intérêts, avec leur propre politique étrangère. Mais cela n’interfère pas avec leur intégration la plus étroite ou leurs relations alliées. Ils ont des frontières très conditionnelles et transparentes. Et les citoyens, les franchissant, se sentent comme chez eux. Ils créent des familles, étudient, travaillent, font des affaires. Soit dit en passant, tout comme les millions de natifs d’Ukraine qui vivent maintenant en Russie. Pour nous, ce sont les nôtres, des proches.
La Russie est ouverte au dialogue avec l’Ukraine et est prête à discuter les questions les plus difficiles. Mais il est important pour nous de savoir que notre partenaire défend ses propres intérêts nationaux, et non pas ceux des autres, qu’il n’est pas utilisé par qui que ce soit pour nous combattre.
Nous respectons la langue et les traditions ukrainiennes, le désir des Ukrainiens de voir leur État libre, sûr et prospère.
Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Car nous formons un seul peuple.
Aujourd’hui, ces mots sont perçus avec hostilité par certains. Ils peuvent être mal interprétés. Mais nombreux sont ceux qui m’entendront. Je dirai une chose: la Russie n’a jamais été et ne sera jamais l’«anti-Ukraine». Et que l’Ukraine devrait-t-elle être? C’est à ses citoyens de le décider.
Selon une source proche, Marion Maréchal rejoindra Éric Zemmour, dimanche 6 mars, à l’occasion de son meeting à Toulon. Interrogée, mardi soir sur BFM TV, Marine Le Pen affirmait, d’ailleurs, être « convaincue » du ralliement de Marion Maréchal à Éric Zemmour. Elle reconnaît que, n’ayant pas été prévenue du choix de sa nièce par cette dernière, ce n’est pas une déclaration fondée sur des faits mais « c’est une conviction ». Avec un certain détachement, elle se dit « attristée personnellement » et « plongée dans un abîme de perplexité politiquement » car elle serait « la seule à pouvoir battre Emmanuel Macron », faisant allusion aux récents sondages dans lesquels elle creuse l’écart avec Éric Zemmour, pour lequel la « séquence russe » n’a pas été favorable.
Si Marine Le Pen affecte un recul quant à la décision de sa nièce en considérant que « c’est un choix personnel », elle sait cependant que ce ralliement profiterait indéniablement à Éric Zemmour. Robert Ménard le disait sans détour, le 28 janvier, sur BFM TV : « Bien sûr que c’est un coup dur pour le Rassemblement national […] Dire le contraire, ce serait faire preuve d’une langue de bois insupportable. » Reste à évaluer l’impact de ce « coup dur » en pourcentage d’intentions de voix.
Pour l’élue régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes Isabelle Surply (Loire), anciennement RN et désormais membre du groupe Libertés, Identité, Souveraineté (LIS), la question n’est pas de savoir si Marion va rejoindre Zemmour « mais plutôt de quelle manière » car, de toute façon, « son retour en politique est inéluctable ». Interrogée par nos soins, elle explique « qu’il y a plusieurs dynamiques possibles » : soit elle crée « une structure politique » pour soutenir Reconquête, soit elle s’engage dans le parti pour en prendre à terme la direction car « peut-être qu’Éric Zemmour a envie qu’elle le dépasse », soit elle prend une circonscription pour les législatives.
Des circonscriptions « prenables », il n’y en a pas beaucoup en France, compte tenu du mode de scrutin ! Celle qu’elle a détenue de 2012 à 2017 dans le Vaucluse ? Cela ne serait envisageable qu’avec un accord avec le RN, certes affaibli mais encore solide car bénéficiant d’un tissu d’élus locaux bien implantés.
Se pose, par ailleurs, la question de l’ISSEP : Marion Maréchal veut-elle en garder la direction ou non ? Sans oublier qu’elle est enceinte, ce qui joue dans le choix à poser.
Quoi qu’elle fasse, « ce sera un sujet ! » assure l’élue régionale. D’une autre source proche de Marion Maréchal, tout serait ficelé, même si rien ne peut encore être dit publiquement. Pour conclure, l’élue régionale affirme: « J’ai confiance en Marion : elle prendra la bonne décision quoi qu’elle fasse ! »
La bonne décision pour qui ? En effet, un élu RN, connaissant bien Marion Maréchal, estime que l’ancienne députée ne peut revenir en politique qu’en se présentant en rassembleur de la droite nationale et non en diviseur. Prendre parti pour l’une (option exclue, on le sait) ou pour l’autre (option qui semble ne plus faire l’ombre d’un doute) serait, selon lui, une erreur politique.
Affaire à suivre, donc… En tout cas, si ce ralliement de dimanche se confirme, ce sera tout un symbole : Toulon, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la région où Marion Maréchal-Le Pen fut tête de liste aux régionales de 2015.
Changement de dirigeant au sein du syndicat étudiant d’extrême gauche. Imane Ouelhadj va donc succéder à Mélanie Luce à la tête de l’UNEF, ce vendredi. La nouvelle présidente reprend les rênes après une année mouvementée. En février 2021, une polémique éclate à Sciences Po Grenoble après que deux professeurs ont été accusés d’islamophobie par des étudiants de l’Union syndicale Sciences Po Grenoble (une scission de l’UNEF). Quelques mois auparavant avait eu lieu l’assassinat de Samuel Paty. Un contexte explosif qui explique les nombreuses réactions d’alors.
Un mois plus tard, une nouvelle affaire éclate. Les lecteurs de Boulevard Voltaire se souviennent de cette interview musclée menée par Sonia Mabrouk face à Mélanie Luce, avouant du bout des lèvres que des réunions en non-mixité (excluant toute personne avec la peau blanche) étaient organisées pour permettre « aux personnes touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu’elles subissent ». Si accueillir des personnes blanches dans certaines de leurs réunions semble compliqué, l’alliance avec une organisation proche des Frères musulmans semble ne poser aucun problème à l’UNEF : elle décide de faire liste commune, lors des élections à l’université Lyon 3, avec les Étudiants musulmans de France (EMF) .
➡️"L'Unef est toujours universaliste" clame Mélanie Luce, sur Europe 1.
Seul hic. Dans la même interview, elle assume les réunions "en non mixité" et elle se présente comme "racisée". Et on parle pas de propos racistes de certains de ses membres.
Il fut une époque où l’UNEF voyait passer dans ses rangs tous les futurs cadres du Parti socialiste. François Hollande, Jean-Christophe Cambadélis ou encore Manuel Valls ont traîné leurs guêtres au syndicat étudiant. Voyant se multiplier les déclarations saugrenues de l’UNEF, le parti à la rose a réagi. « Nous désapprouvons les assignations identitaires et toute forme d’essentialisation », écrivait le PS dans une résolution du Bureau national adoptée le mardi 23 mars 2021.
En quelques années s’est imposé un changement de ligne politique au sein de l’UNEF entre une gauche républicaine et une autre devenue woke et islamo-gauchiste. Est-ce cette nouvelle tendance que compte incarner la nouvelle présidente Imane Ouelhadj ? La jeune femme de 23 ans met en avant un discours d’égalité contre les discriminations et la sélection à l’université : « Mon petit frère était en terminale lors de la première phase de Parcoursup, dans un lycée de banlieue parisienne. Je me suis rendu compte que dans sa classe, personne n’avait eu d’affectation dans Parcoursup. Des jeunes issus des quartiers populaires qui voulaient entrer dans l’enseignement supérieur voyaient leur rêve déconstruit par une sélection pas seulement sur les notes mais aussi sur le lycée d’origine », raconte-t-elle à Marianne. En filigrane dans sa déclaration, ce fameux supposé racisme systémique présent en France. Imane Ouelhadj dit s’inscrire « dans la même ligne » que Mélanie Luce, ce qui n’est pas rassurant.
La nouvelle présidente de l’UNEF a assuré au quotidien La Croix poursuivre les combats sociétaux, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et la reconnaissance des différentes identités de genre. Un programme qui donne envie. Elle promet de tout faire pour que des toilettes neutres voient le jour dans les universités. Pour que chacun ait le droit à sa petite revendication, Imane Ouelhadj souhaite que les personnes trans reçoivent leur diplôme en deux versions, l’une mentionnant le prénom d’usage, avant même que le changement d’état civil ne soit officiellement entériné. L’UNEF essaye tant bien que mal de retrouver son influence d’antan. Depuis les élections du CROUS en 2016, la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) est devenue la première organisation étudiante, reléguant l’UNEF au second rang.
« Mais je soutiens que les crimes commis par les États-Unis durant cette même période [depuis 1945] n’ont été que superficiellement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus, encore moins identifiés à des crimes tout courts. » Harold Pinter, Prix Nobel de la paix 2005
Les événements qui se déroulent actuellement à l’est de l’Europe doivent être analysés dans le contexte de la politique étrangère américaine. Sa première caractéristique est l’exceptionnalisme qui définit les Etats-Unis depuis leur création. Ils sont ou seraient la matérialisation de l’idéal républicain tel que l’imaginaient les philosophes du siècle des Lumières. Les Pères fondateurs étaient conscients de leur rôle dans l’histoire – rôle auquel Abraham Lincoln rendit hommage dans son discours de Gettysburg. Cette politique étrangère a aussi pour particularité de se présenter comme étant toujours du bon côté du droit, des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie. Mais une analyse plus fine en donne une autre version, plus intéressée, voire cynique. Elle jette un regard différent sur les évènements actuels et leurs répercussions dans le monde de demain.
L’hégémonie ou la destinée manifeste.
Aux lendemains de la dissolution de l’Union soviétique, le ministère américain de la défense rédige un rapport intitulé « Defense Planning Guidance », plus connu sous le nom de Wolfowitz Doctrine du nom de l’un de ses auteurs, Paul Wolfowitz[1]. Il y est dit en substance que les États-Unis étant débarrassé de leur ennemi numéro un, l’Union soviétique, ne supporteraient pas l’émergence d’un nouveau concurrent à l’avenir. Des extraits du rapport, publiés dans le New York Times en février 1992, choquèrent par l’arrogance du propos, mais très vite la chose fut oubliée. Une nouvelle ère commençait. Le monde était désormais unipolaire, et régi par les États-Unis. Francis Fukuyama sacralise ce nouvel ordre dans son livre : « La fin de l’Histoire et le dernier homme ».
En septembre 2000, un groupe de réflexion – Project for a New American Century – publia un document intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique » qui se situe dans le droit fil de la vision que l’Amérique a d’elle-même, à savoir qu’elle est une force du bien destinée à assumer le leadership mondial. Pour ce faire, elle doit renforcer sa défense pour être en mesure d’intervenir à travers le monde. Pour atteindre leur objectif, les auteurs en appellent, assez étrangement, à un nouveau ‘Pearl Harbor’ ce qui a permis à certains de voir dans les attaques du 11 septembre qui eurent lieu un an plus tard, une matérialisation de cet appel.
Cette vision hégémonique du monde remonte loin dans le temps. En 1630, John Winthrop, avocat puritain et fondateur du Massachussetts, imaginait déjà la Nouvelle Angleterre en un phare éclairant le monde. En 1839, le journaliste américain, John L. O’Sullivan, affirmait que la destinée manifeste des Etats-Unis était de conduire le monde. Un siècle et demi plus tard, Barack Obama y fit référence dans deux de ses discours à l’Onu. Vladimir Poutine lui répondra dans son discours du 28 septembre 2015 à l’assemblée générale de l’Onu qu’il n’y a pas de nation exceptionnelle.
Voilà donc une vision bien ancrée dans la psyché américaine qui s’appuie sur une vision jeffersonienne du monde, oubliant celle plus réaliste et brutale d’Alexandre Hamilton qui mourut avant d’avoir donné la pleine mesure de son talent.[2] Mais, c’est cette dernière vision qui façonnera la politique étrangère quand il faudra lui donner une nouvelle impulsion à la fin du 19ème siècle. Le conflit entre progressistes – opposés à toute aventure hors des Etats-Unis – et impérialistes, menés par Théodore Roosevelt et Henry Cabot-Lodge se solda à l’avantage de ces derniers. La république agraire et démocrate rêvée par Thomas Jefferson s’effaça au profit d’une république commerciale et financière – celle dont rêvait Alexander Hamilton.
Du bon côté du droit
Mais cette république conquérante se heurtait à la vision que la nation avait d’elle-même, héritée des Pères fondateurs et défendue par des progressistes tel que William Jennings Bryan, trois fois candidat malheureux à la présidence.[3] La conquête de l’ouest étant finie, la vision de nouvelles terres à conquérir à l’étranger l’emporta sur l’isolationnisme du feu George Washington. En juin 1898, les Philippins proclamèrent leur indépendance, et demandèrent l’aide des États-Unis. Ils vinrent en conquérants et non en libérateurs. Après cinq ans de violents combats, le rêve d’indépendance s’émoussa et les Philippines devinrent un protectorat américain. Cet épisode faisait suite au Traité de Paris de 1898 qui mit fin à la guerre hispano-américaine, par lequel l’Espagne cédait l’île de Guam et Porto Rico aux Etats-Unis. Cuba, à l’origine de cette guerre, sera déclarée indépendante en 1902, mais en fait sous protectorat américain. Tant à Cuba qu’aux Philippines, les Etats-Unis sont du côté du droit, de la liberté et de la démocratie à l’origine du conflit, mais du côté de leurs intérêts lors de sa résolution.[4] Ce stratagème qu’ils avaient testé au Mexique de 1848, sera répété au Japon en 1853, puis à Pearl Harbor, au Vietnam, mais aussi en Irak, en Lybie, etc… A chaque fois, l’objectif déclaré est le même : défendre la liberté, la démocratie, s’opposer au communisme, détruire des armes de destruction massives (inexistantes), punir un dirigeant impertinent,[5] etc.
Il y a des exceptions à la règle. En avril 1917, c’est Woodrow Wilson qui, après une campagne présidentielle axée sur l’isolationnisme, déclare la guerre à l’Allemagne impériale suite au torpillage d’un paquebot américain par un sous-marin allemand. En janvier 1942, c’est Hitler qui déclare la guerre aux Etats-Unis, convaincu à tort qu’il incitera le Japon à déclarer la guerre à l’Union soviétique. Ironie de l’histoire, cela rendit service à Franklin Roosevelt qui ayant fait campagne sur l’isolationnisme pour sa réélection, s’interrogeait sur la façon d’entrer dans un conflit dont les Etats-Unis ne pouvaient être absents, et dont ils seront les grands bénéficiaires.
Ukraine : une victoire américaine
L’agression russe quelles qu’en soient les justifications, ternit durablement l’image de la Russie en Occident. En revanche, en Asie, les réactions sont étouffées, voire inaudibles. Pleinement conscients des enjeux, la Chine et l’Inde soutiennent discrètement la Russie dans son affrontement avec les Etats-Unis. Cette agression a aussi pour effet de mettre un terme temporaire, sinon définitif, à la mise en route de Nord Stream 2, un gazoduc nouvellement construit contournant l’Ukraine par la Mer Baltique. De ce fait, les liens économiques qui unissent l’Allemagne à la Russie sont amoindris, ce qui par ricochet rapproche l’Europe des Etats-Unis – un objectif constant de la politique étrangère américaine. Enfin, comme l’espère certains stratèges américains, la Russie sera peut-être empêtrée en Ukraine, comme elle le fut dans le bourbier afghan. Le coût économique et humain de l’occupation l’affaiblira, l’obligeant peut-être, à cours de ressources, à quitter la Syrie qu’elle a sauvé de la destruction.
Vladimir Poutine et Sergei Lavrov avaient répété à l’envie que la Russie n’avait aucune intention d’envahir l’Ukraine. Alors, pourquoi ce revirement ? Dans son allocution du 25 février, le maître du Kremlin donne trois raisons : le génocide du Donbass, la présence d’éléments néo-nazis dans les instances dirigeantes ukrainiennes, et les armes offensives livrées par les Occidentaux à l’Ukraine. Dans son discours du même jour, Volodymyr Zelensky rejette fermement ces accusations, et condamne l’agression russe.
Cette victoire pourrait cependant se révéler une victoire à la Pyrrhus. La décision de la Russie d’envahir l’Ukraine met fin à l’expansion de l’OTAN à l’est. L’Ukraine n’intègrera jamais l’OTAN.[6] Elle deviendra un protectorat russe. Les pays baltes, bien que membres de l’OTAN et donc protégés par l’Article 5, seront peut-être plus conciliants à l’égard de l’ogre russe pour ne pas l’importuner inutilement.[7] Ce conflit pourrait aussi affaiblir une économie mondiale rendue fragile par la crise du covid-19 et déclencher une récession dont toutes les nations pâtiraient, y compris l’Europe et les Etats-Unis.
Conclusion
Des circonstances exceptionnelles et des hommes de grands talents ont fait des Etats-Unis la nation la plus puissante au monde. La montée en puissance de la Chine, l’avènement de l’Inde, le relèvement de la Russie et l’impertinence washingtonienne – ébranlent cette puissance. Le conflit en Ukraine pourrait sonner le glas des ambitions américaines, et mettre fin au rôle de l’Occident dans les affaires du monde depuis le 16ème siècle.
Jean-Luc Baslé
[1] Le second auteur est Lewis Libby, plus connu sous son pseudonyme Scooter Libby.
[2] Il fut tué dans un duel avec Aaron Burr, troisième vice-président des Etats-Unis.
[3] En 1896, 1900 et 1908.
[4] Lire “War is a racket” du general Smedley Butler.
[5] Muhammad Kadhafi.
[6] Si les Occidentaux gardent la tête froide. Putin’s Nuclear Threat – Consortium News 27 février 2022.
[7] Qui en effet, en Europe de l’ouest ou aux Etats-Unis, se porterait au secours de ces états en cas de conflit avec la Russie, au risque de déclencher une guerre atomique ? Breizh-info.com
L’un appelle à lutter contre les « forces du mal », l’autre à la résistance dans la « lutte contre l’agresseur », quand le troisième prend fait et cause pour son pays, l’Ukraine, augmentant ainsi les tensions avec Moscou dont il dépend pourtant. Pour bien saisir ces trois positions émanant de Cyrille, le patriarche de Moscou, Épiphane le primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine, et Onuphre, le primat de l’Église orthodoxe ukrainienne, mais aussi pour comprendre pourquoi, dans son allocution télévisée du 21 février, Vladimir Poutine a reproché à l’Ukraine de réprimer les orthodoxes rattachés au Patriarcat de Moscou, il convient de remonter à 2019.
Avant cette date, la seule église orthodoxe reconnue canoniquement est l’Église orthodoxe ukrainienne, dépendante du Patriarcat de Moscou. Mais depuis 2014, les relations entre Kiev et Moscou sont tendues, et c’est dans ce contexte que naît une Église d’Ukraine indépendante. Cette autocéphalie a été accordée en 2019 par le patriarche de Constantinople Bartholomeos Ier, permettant ainsi aux Ukrainiens, selon l’analyse du théologien Jean-François Colosimo (La Croix, 22/2/2022) d’être « pleinement orthodoxes et pleinement ukrainiens, sans se demander quel est leur lien à Moscou ». Le président ukrainien de l’époque, Petro Porochenko s’était réjoui de « ce jour sacré » qu’il qualifiait de « jour de notre indépendance définitive de la Russie ». Le Monde relatait ses propos devant des milliers de partisans : « L’Ukraine ne boira plus de poison moscovite depuis le calice de Moscou. »
Une autocéphalie vécue comme un affront insupportable
La création de cette Église autocéphale est vécue comme un affront insupportable par l’Église orthodoxe russe pour qui il est inconcevable d’être ainsi séparée de son berceau historique. Le patriarche Cyrille n’hésite donc pas à soutenir Vladimir Poutine, partageant avec lui la défense de la grandeur de la Russie et de ses valeurs traditionnelles. Sur RCF, Colosimo évoque un pacte entre l’Église orthodoxe russe et le Kremlin. « Ce pacte fait que le Patriarcat de Moscou est aussi une arme diplomatique. » Mais là où Porochenko se félicitait de son « Église sans Poutine », la Russie redoute, à l’inverse, des « persécutions massives » contre ses fidèles en Ukraine. Crainte devenue réalité puisque depuis 2019, La Croix (29/1/2019) décrit des « icônes volées, lieux de culte mis à sac, engin explosif projeté en pleine liturgie dans une église bondée, serrures changées », mais ces incidents violents sont niés par les représentants de la nouvelle Église d’Ukraine pour qui « le processus de transition se déroule de manière pacifique ».
Et avant même la création de cette Église autocéphale, le patriarche Cyrille dénonçait, dans une lettre adressée au pape et à l’ONU, les perquisitions par la police ukrainienne dans des églises du Patriarcat de Moscou, les prêtres « convoqués pour des “conversations” et interrogatoires par les services de sécurité ukrainiens, […] interpellés sous différents prétextes […] et subiss[ant] des perquisitions humiliantes ».
Dimensions spirituelles et temporelles intimement liées
Depuis la semaine dernière, les chefs des Églises orthodoxes se sont donc exprimés, tous appelant à la prière pour la paix, mais chacun défendant leur unité nationale. Le patriarche Cyrille a prononcé une homélie, le 27 février, dans sa cathédrale de Moscou : « Que le Seigneur préserve la terre russe. […] Une terre dont font partie aujourd’hui la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie… », fustigeant les « forces du mal » contre l’unité historique de la Russie et de l’Ukraine. De son côté, Épiphane, le primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine, invitait, le 24 février, ses fidèles à « repousser l’ennemi, à protéger notre patrie, notre avenir et l’avenir des nouvelles générations de la tyrannie que l’agresseur cherche à imposer avec ses baïonnettes. » Et d’ajouter : « La vérité est de notre côté. Par conséquent, l’ennemi, avec l’aide de Dieu et avec le soutien de tout le monde civilisé, sera vaincu. » Quant au troisième homme, Onuphre, le primat de l’Église orthodoxe ukrainienne resté fidèle à Moscou, il adressait l’appel suivant, le 24 février : « Très regrettablement, la Russie a commencé des actions militaires contre l’Ukraine, et en ce moment fatidique, je vous exhorte à ne pas céder à la panique, à être courageux et à manifester de l’amour envers votre patrie et entre vous. […] Défendant la souveraineté et l’intégrité de l’Ukraine, nous nous adressons au président de la Russie et nous lui demandons de cesser immédiatement la guerre fratricide. » Une position tranchée que n’a pas dû apprécier Cyrille de Moscou, qui comptait sur « notre Église orthodoxe unie, représentée en Ukraine par l’Église orthodoxe ukrainienne présidée par Sa Béatitude Onuphre, est la garante de cette fraternité ».
Enfin, ces rivalités dépasseraient les frontières ukrainiennes pour se déporter en Afrique. Selon l’historien Nicolas Kazarian, « Moscou a ainsi envoyé des prêtres de Russie pour convaincre des prêtres orthodoxes africains de se rallier à l’Église orthodoxe russe […] On parle souvent aussi de l’action des paramilitaires russes au Mali. Tout cela fait partie d’une seule et même stratégie. Une stratégie où l’action militaire et l’action économique participent à un faisceau d’actions, où la dimension spirituelle n’est pas totalement absente. »
Si l’on devait retenir un seul passage de l’allocution d’Emmanuel aux Français, ce mercredi 2 mars, c’est celui-ci : « Je sais pouvoir compter sur vous, votre attachement à la liberté, à l’égalité, à la fraternité à la place de la France dans le monde. Je ne cesserai jamais de les défendre et de les porter haut en votre nom. » C’est ainsi qu’il a conclu son adresse avant le traditionnel « Vive la République, vive la France ! » C’est clair : Emmanuel Macron est candidat à sa propre succession. Qui en doutait encore ?
Cette allocution d’Emanuel Macron, pour une fois assez courte (moins d’un quart d’heure) avait pour but de faire un point de situation depuis l’invasion russe ainsi que présenter les conséquences pour la France et les Français. Rien de bien nouveau pour qui suit un minimum l’actualité sur les chaînes d’information en continu. Bien sûr, le Président a condamné le viol évident du droit international par Poutine. Bien sûr, il a réitéré le soutien fraternel de la France au côté du peuple ukrainien. Un soutien qui ne devrait pas aller au-delà de l’aide humanitaire et de la mise en application de sanctions économiques et financières. Des sanctions « proportionnées » a précisé Emmanuel Macron, rectifiant, en quelque sorte, la sottise de la veille de son ministre de l’Économie. Bien sûr, le chef de l’État a d’emblée affirmé que tout avait été fait pour éviter cette guerre, dégageant la France, l’Europe, l’OTAN de toute responsabilité. Tout ? Notamment pour que soient respectés ces dernières années les accords de Minsk ? La question mérite d’être creusée.
Et puis Emmanuel Macron a eu cette phrase emphatique : « Cette guerre est le fruit d’un esprit de revanche, nourri d’une lecture révisionniste de l’Histoire de l’Europe qui voudrait la renvoyer aux heures les plus sombres des empires, des invasions, des exterminations ». S’il y a esprit de revanche, c’est qu’il y a rancœur. Nourri peut-être du sentiment d’humiliation de la part de la Russie après la chute de l’empire soviétique et de l’avancée inéluctable de l’OTAN vers l’Est ? Cela n’excuse pas mais peut expliquer.
Mais l’on retiendra surtout de ce discours qu’il s’est agi de parler aussi (surtout ?) d’Emmanuel Macron. À l’évidence, l’occasion est trop belle pour ne pas en profiter et tenter de se ciseler un statut de grand de ce monde. Le maintien du dialogue avec Poutine, c’est lui : « J’ai choisi de rester en contact avec le Président Poutine… ». Évoquant, l’augmentation des prix – notamment de l’énergie – qui viendra fatalement, le Président protecteur, aujourd’hui et… demain, c’est lui : « Face à ces conséquences économiques et sociales, je n’ai et n’aurai qu’une boussole : vous protéger. » L’homme à la manœuvre, à l’initiative, l’homme de la vision, c’est lui : ainsi, les 10 et 11 mars, il réunira un sommet des chefs d’États et de gouvernements européens où il sera question du « nouveau modèle économique » de l’Union, suite à l’invasion russe. Un nouveau nouveau modèle, en quelque sorte, puisque, après le déclenchement de la guerre contre le Covid, on nous avait déjà dit que rien ne serait plus comme avant… Il s’agira, toujours durant ce sommet, de prendre des décisions sur « une stratégie d’indépendance énergétique européenne » et sur « la défense européenne ». Emmanuel Macron continue à dérouler son projet de souveraineté européenne. La France est trop petite pour lui.
Et ce sommet se tiendra où ? À Versailles. Outre, peut-être la volonté d’en mettre plein la vue à ses homologues, comment ne pas y voir un petit clin d’œil à l’Histoire ? Volontaire ou pas ? C’est à Versailles que fut signé le traité mettant fin à la Grande Guerre. Mais c’est de ce traité de Versailles que naquit l’esprit de revanche qui entraîna par la suite l’Allemagne et l’Europe dans les « heures les plus sombres des empires, des invasions, des exterminations », pour reprendre les propres mots du Président… Mais nul doute aussi que ce sommet, pour Emmanuel Macron, vaudra tous les meetings de campagne électorale. Un tapis de bombes médiatique va se déverser sur le pays, à un mois du premier tour de l’élection présidentielle, et le candidat Macron n’aura même pas à intégrer la facture dans ses comptes de campagne. On serait cynique, on dirait que cette guerre est une « divine surprise ».
« La nuit, on est réveillé toutes les heures quand on n’a pas de chance, toutes les deux heures quand on a de la chance, par des cris, des hurlements, des bagarres. » Ce témoignage ne vient pas d’un Ukrainien mais d’une habitante du quartier de Stalingrad, Sylvie, exprimant son ras-le-bol face aux toxicomanes qui se sont emparés de sa zone de domicile, faisant vivre l’enfer aux riverains. 1.026 homicides, 306.700 coups et blessures volontaires, 8.500 vols avec armes. Ce ne sont pas les chiffres de la guerre qui frappe actuellement l’est du « Vieux Continent », mais ceux de la criminalité en France pour l’année 2021 (cf.Insécurité et délinquance en 2021 : une première photographie – Interstats Analyse n° 41 » du SSMSI).
Depuis une semaine, le monde est paralysé par le conflit entre l’Ukraine et son voisin russe. Rapidement, les principales figures politiques françaises ont apporté leur soutien au pays attaqué afin de mettre fin aux opérations militaires. Mais comment peut-on promettre la paix à des kilomètres de nos frontières sans mettre en place tous les moyens nécessaires afin de la préserver dans nos villes ? Comment avoir ne serait-ce que la légitimité de promouvoir un idéal de paix pour mon voisin alors que chez moi l’insécurité règne ? En effet, la guerre est tragiquement aux portes de l’Europe, mais elle se trouve également aux portes des habitants de Barbès, de la Guillotière, de Sevran et d’innombrables autres quartiers en France gangrenés par la criminalité et submergés par une immigration extra-européenne qui méconnaît la beauté de l’assimilation.
Selon la 21e édition du Baromètre Fiducial de la sécurité réalisé par Odoxa (octobre 2021), la sécurité occupe la seconde place des enjeux les plus importants pour l’élection présidentielle de 2022, derrière le pouvoir d’achat et devant l’immigration, et, selon cette même enquête, plus de 8 Français sur 10 (82 %) indiquent que les propositions en matière de sécurité compteront dans leur vote à la présidentielle. Cependant, les réponses actuelles au problème ne rencontrent pas un vaste succès au sein de la population : 62 % des Français jugent « mauvais » le bilan d’Emmanuel Macron en matière d’insécurité, 64 % déclarent se « sentir en insécurité » et 74 % sont insatisfaits de la lutte contre la délinquance (sondage Fiducial-Odoxa paru le dimanche 6 février dans Le Figaro).
Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas ici d’affirmer bêtement qu’il faut suspendre la solidarité envers l’Ukraine tant que tous les trafiquants de drogue ne sont pas derrière les barreaux, ou d’établir aveuglément une hiérarchie des situations en fonction de leur gravité, comparant deux cas différents et en minimisant l’ampleur du contexte ukrainien et le sort réservé aux victimes du conflit. En effet, ce dernier est au cœur d’enjeux géopolitiques décisifs pour l’avenir de notre continent et les franchissements de seuils de violence que connaissent les Ukrainiens n’appartiennent évidemment pas à l’échelle de la criminalité dans certains quartiers en France.
L’intérêt est de comprendre que pour prétendre à la paix en Europe, il faudrait la retrouver chez nous.
Ainsi, si le retour de la paix en Ukraine et l’accueil des réfugiés par les pays frontaliers sont des nécessités, il ne faut pas qu’à un mois de l’élection présidentielle, le conflit devienne le sujet unique de la campagne, au risque de masquer les autres dignes d’intérêt, notamment ceux où le gouvernement actuel est impuissant.
Le phénomène du squat ne concerne pas que les particuliers. Des locaux professionnels aussi sont touchés. En périphérie de Lille, Alexandre a eu la désagréable surprise de découvrir que son bien immobilier avait été squatté et dégradé par des gens du voyage. Coût des réparations : 300.000 euros minimum.