#webtube : Artichauts ravagés, brocolis en forte baisse, choux-fleurs touchés : la sécheresse et les épisodes de chaleur successifs frappent durement les cultures légumières bretonnes. Prince de Bretagne évoque une « crise légumière majeure », avec des pertes estimées entre 15 % et 100 % selon les productions et les conditions d’irrigation, rapporte le média Terra le 11 août.
Le bilan dressé par la filière est sévère. Les pertes atteindraient 50 à 100 % pour l’artichaut, environ 60 % pour le brocoli, 25 % pour la courgette et plus de 40 % pour les petits pois, selon Prince de Bretagne.
Pour le chou-fleur, la filière estime les pertes à environ 20 % sur les récoltes en cours, avec des dégâts pouvant aller jusqu’à 100 % sur certaines parcelles non irriguées. Des jeunes plants ont également été perdus, compromettant déjà une partie des volumes prévus pour l’automne et l’hiver.
Seulement 20 % des maraîchers équipés pour irriguer
La crise met en lumière les limites actuelles de l’irrigation en Bretagne. Seuls 20 % des maraîchers Prince de Bretagne sont équipés, selon la filière.
« Il va falloir apprendre à garder l’eau de pluie de l’hiver », avertit Marc Keranguéven, président du Cerafel, cité par Ouest-France. Prince de Bretagne demande aux pouvoirs publics d’accélérer les décisions concernant le stockage hivernal de l’eau, de sécuriser les autorisations d’irrigation et de soutenir les investissements nécessaires.
Pour la filière, l’enjeu est désormais de pouvoir conserver davantage d’eau durant les périodes hivernales afin de sécuriser une partie des besoins estivaux.
Des légumes moins beaux, mais toujours consommables
Prince de Bretagne appelle également la grande distribution à assouplir temporairement ses critères de calibre, de poids et d’apparence afin que des légumes plus petits ou irréguliers puissent être commercialisés. La filière assure que ces produits restent sains et consommables.
Elle avertit également que la tension sur les volumes risque d’accroître le recours aux importations. Dans une Bretagne qui reste l’un des grands bassins français de production de légumes frais, la question dépasse donc les seules pertes de rendement.
Voir les récoltes s’effondrer sous l’effet de la sécheresse et de capacités d’irrigation limitées pose désormais une question de fond : celle de notre capacité à continuer à produire ici ce que nous consommons, plutôt que de compenser demain par davantage d’importations.
#webtube : En fascinant les Hommes, le ciel a parfois mis fin à des guerres ou annoncé leur funeste dénouement. Ce 12 août 2026, une éclipse solaire sera visible depuis une partie de la France. Si le phénomène est aujourd’hui parfaitement expliqué par les astronomes, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, pendant des siècles, l’apparition soudaine de la nuit en plein jour fut perçue comme un signe venu des dieux ou de Dieu, capable d’annoncer une catastrophe naturelle, une victoire ou une défaite. Plus de deux millénaires avant que les éclipses ne soient calculées à la seconde près, l’une d’elles aurait même interrompu une bataille et précipité la paix entre deux puissances d’Asie Mineure. L’événement, rapporté par Hérodote, est resté célèbre sous le nom de bataille de l’Halys, aussi appelée la bataille de l’Éclipse.
Quand le jour devint soudain nuit
Nous sommes en 591 avant Jésus-Christ, dans une Anatolie divisée entre plusieurs puissances. À l’ouest s’étend le grand royaume de Lydie, dirigé par Alyatte II, père du célèbre et richissime Crésus. À l’est se trouve le puissant royaume des Mèdes, gouverné par Cyaxare. Selon Hérodote, le conflit éclate à la suite d’un différend concernant un groupe de Scythes accueilli au sein du royaume des Médes. Cyaxare leur aurait alors confié des enfants de son peuple pour qu’ils apprennent leur langue et leurs coutumes. Cependant, vint un jour où le roi des Mèdes, « qui était d’un caractère violent, comme il le montra, les traita de la manière la plus dure », lorsque les Scythes revinrent les mains vides de la chasse. Pour se venger « d’un pareil traitement, qu’ils ne croyaient pas avoir mérité », les Scythes « résolurent entre eux de couper par morceaux un des enfants » qui leur avaient été confiés et le servir en secret à la table de leurs hôtes avant de fuir vers le royaume de Lydie. Un crime digne du mythe grec de Lycaon. À la suite de cet acte odieux, Cyaxare réclame alors leur restitution, mais Alyatte refuse. La guerre commence ainsi entre les deux royaumes et se prolonge durant cinq années, ponctuées de nombreuses batailles sans qu’aucun des deux camps ne parvienne à l’emporter définitivement.
La sixième année, vers 585, les Lydiens et les Mèdes se retrouvent une nouvelle fois face à face. Le lieu traditionnellement associé à l’affrontement est alors le fleuve Halys qui traverse une grande partie de la Turquie actuelle. Cependant, alors que les deux armées sont engagées dans le combat, « le jour se changea tout à coup en nuit ». Lydiens et Mèdes, voyant le phénomène, cessèrent immédiatement de combattre. L’éclipse, interprétée comme un signe de la volonté divine, bouleverse alors les combattants qui cessent le combat, « empressés à faire la paix ». Deux médiateurs sont alors mentionnés par l’historien grec : Syennésis, roi de Cilicie, et Labynète de Babylone, généralement identifié à Nabuchodonosor II. Ils contribuent alors à conclure un traité de paix, renforcé par un mariage : Alyatte donne sa fille Aryénis en mariage à Astyage, fils de Cyaxare. Ce dernier ne profite pas longtemps de la paix, trépassant la même année.
Le ciel fait basculer l’Histoire
L’épisode serait déjà extraordinaire sans une seconde histoire rapportée par Hérodote. En effet, le premier des historiens affirme que Thalès de Milet, philosophe et savant grec, inventeur du célèbre théorème, « avait prédit […] ce changement, et il en avait fixé le temps en l’année où il s’opéra », traditionnellement identifiée à celle du 28 mai 585 avant Jésus-Christ. Néanmoins, impossible de vérifier la véracité de cette affirmation d’Hérodote, ce dernier écrivant ces faits un siècle après la bataille et Thalès ne possédant pas les instruments modernes pour réussir à déterminer avec précision le phénomène céleste. La première prédiction fiable et calculée d’une éclipse ne sera réalisée qu’en 1330 par l’astronome byzantin Nicéphore Grégoras.
Cependant, l’Histoire offre d’autres exemples de la puissance des phénomènes célestes sur l’esprit des Hommes. Le 22 mai 1453, alors que Constantinople est assiégée par les armées de Mehmed II, une éclipse lunaire assombrit la Lune. Le phénomène fut interprété par certains défenseurs comme un présage funeste. Fausse prophétie ou pas, sept jours plus tard, le 29 mai 1453, Constantinople tomba aux mains des Turcs. Néanmoins, ce 12 août 2026, lorsque la Lune viendra de nouveau s’interposer entre la Terre et le Soleil, aucun roi ou chef d’État n’y verra un signe capable de bouleverser le destin des peuples.
#webtube : Il y a du Steinbeck, du Giono, du Ramuz et du Mauriac dans l’épopée de Stan Parker et de sa femme. Avec sa rubrique [ROMANS D’ÉTÉ], Boulevard Voltaire vous propose de découvrir ou de relire des œuvres plus ou moins récentes. Des suggestions variées pour le temps des vacances, si propice à des lectures prolongées… et variées.
Attention, chef-d’œuvre ! Ce qui n’est pas incompatible avec un roman d’été. L’Arbre de l’homme réussit, en outre, à cocher les deux cases de la rubrique « plus ou moins récent » puisque, publié en 1955, il n’a été traduit en français et publié qu’à l’automne 2025. Un des grands mystères de l’édition française que cette traduction tardive, puisque son auteur, Patrick White (1912-1990), obtint tout de même le prix Nobel en… 1973 et qu’il écrivait en anglais. Le seul prix Nobel du continent océanien jusqu’à ce jour. Pas incompatible, non plus, avec une lecture d’été, ce gros roman de six cents pages, dont vous pourrez commencer la lecture des premiers chapitres sur le site de l’éditeur Au vent des îles (ça ne s’invente pas, pour un roman d’été !) avant de vous procurer le pavé. Et de le terminer peut-être à l’automne, tant ce livre peut être autant dégusté que dévoré, et recommencé indéfiniment selon le cycle des saisons.
L’épopée d’un pionnier dans le bush australien…
Si le dépaysement est immédiatement assuré, avec l’immersion dans l’épopée d’un pionnier – Stan Parker – allant construire sa ferme et son avenir dans et contre le bush australien, avant la Première Guerre mondiale, le lecteur, pour se raccrocher aux branches, convoque toute une série de références pour cerner ce projet et ce style inimitables (rien que par le titre, aussi minimaliste que biblique). Américaines, d’abord : il y a du Steinbeck et du Faulkner, mais du Steinbeck moins social et plus métaphysique et du Faulkner moins hermétique et plus profondément biblique. Mais aussi françaises : on songe au Camus du Premier Homme relatant l’arrivée de ses ancêtres en Algérie. Oui, il s’agit d’un roman de colon pauvre (le personnage, pas l’auteur), n’en déplaise à la critique française d’aujourd’hui qui ne veut pas le voir. On songe aussi à Giono, bien sûr, et à Ramuz pour l’évocation des affrontements avec la nature – les tempêtes de vent chaud du début, l’inondation de tout le pays, l’orage qui s’abat sur la ferme, l’incendie, grands moments du roman.
…et d’un couple aussi réaliste que mythique
Ramuz, encore, pour ce style apparemment simplissime et factuel qui parvient pourtant à nous introduire dans le drame de la solitude des personnages : d’abord ce couple primordial, puis leurs enfants. Il y a enfin du Mauriac, dans cette épopée du couple Stan-Amy, marqué par une incommunicabilité inexorable mais acceptée, et jusque dans l’enfant (le petit-fils) et le poème de la fin du roman, qui fait penser au Mystère Frontenac.
Mais pour le moment, restons avec la jeune Amy, au début de son mariage et de son installation dans la ferme :
« Sa peau dévorait la nourriture de l’amour, et en voulait à ces conspirations de la vie qui l’en privait avant qu’elle ne soit rassasiée. […]
Parfois, il restait parti toute une journée et une nuit après le marché, s’il y avait des affaires à négocier ou des choses à acheter.
Alors la femme délaissée redevenait la jeune fille maigre. […]
Parfois, elle marmonnait les mots qu’on lui avait appris à adresser à Dieu.
Elle suppliait le Christ triste et pâle de lui envoyer un signe de reconnaissance. […]
Mais elle ne reçut pas la grâce de Dieu. […] Mais la miséricorde divine était le bruit des roues à la fin du jour du marché. Et l’amour de Dieu était un baiser à pleine bouche. »
#webtube : Fallait-il contredire Franz-Olivier Giesbert ou regarder les faits ? Le rappel à l’ordre de CNews provoque un tollé. Il ne s’agit officiellement que d’un rappel à l’ordre mais, cette fois, la décision ne passe pas. En reprochant à CNews de ne pas avoir contredit Franz-Olivier Giesbert lorsqu’il évoquait le sort des Juifs à Roubaix, l’Arcom a provoqué une levée de boucliers inhabituelle. Journalistes, essayistes et intellectuels l’accusent désormais d’ignorer les faits et de se comporter en « police de la pensée ».
Des propos « non contredits »
La séquence remonte au 22 mars, soir du second tour des élections municipales. David Guiraud vient de conquérir Roubaix avec 53 % des suffrages. Dans son discours de victoire, le nouveau maire LFI annonce notamment des « actions particulières pour les peuples du Liban et de la Palestine ». Sur le plateau de Laurence Ferrari, Franz-Olivier Giesbert affirme qu’il « n’aimerait pas être juif à Roubaix » et prédit que les derniers membres de la communauté juive locale seront « sans doute obligés de partir ».
"Quand on voit le résultat de Roubaix, 53% pour David Guiraud, étant donné ce qu'il est, ce qu'il a dit, c'est très angoissant, c'est dégoûtant (…) Je n'aimerais pas être Juif à Roubaix" déclare @FranzOlivierG#Municipales2026#Europe1pic.twitter.com/leQ6XOWr6J
Saisi par des téléspectateurs, le régulateur de l’audiovisuel examine la séquence lors de son assemblée plénière du 30 juin. Sa décision est publiée le 5 août. L’autorité estime que ces propos, « non contredits ou mis en perspective en plateau », ne reposaient sur « aucun élément sourcé ou étayé ». Ils ne satisferaient donc ni à « l’exigence d’honnêteté et de rigueur » dans la présentation de l’information ni à « l’obligation de maîtrise de l’antenne »…
Franz-Olivier Giesbert a accueilli le rappel à l’ordre avec une ironie cinglante : « Merci à l’Arcom pour cette « décoration » qui m’honore. » Le journaliste accuse l’institution de ne plus avancer masquée et conclut son message par un retentissant : « Vive la liberté d’expression ! À bas la police de la pensée ! »
Un devoir de contradiction à géométrie variable
Que reproche, exactement, le régulateur à Laurence Ferrari ? De n’avoir pas opposé, en direct, une opinion contraire à celle de Franz-Olivier Giesbert. Ce principe brandi par l’Arcom doit-il être systématiquement appliqué ? Lorsqu’un invité décrit le RN comme un parti « d’extrême droite », le présentateur doit-il immédiatement réclamer des sources et organiser la contradiction ? Chaque dénonciation d’un prétendu « génocide » à Gaza doit-elle être suivie d’un exposé contraire ? Faudrait-il interrompre toute appréciation politique pour la soumettre à une procédure de vérification en temps réel ?
L’écrivain Alexandre Jardin voit dans cette affaire une dérive particulièrement inquiétante. « Si un régulateur commence à décider qu’une opinion exprimée à l’antenne doit obligatoirement être contredite, pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? », interroge-t-il, dans un entretien accordé à Atlantico. Le journaliste Jean-Sébastien Ferjou s’interroge sur les conséquences d’un tel précédent : faudra-t-il sanctionner tous les médias laissant affirmer sans contradiction que la France serait « un enfer islamophobe et raciste » ? « Autant fermer le service public », ironise-t-il, tant les amendes risqueraient alors de pleuvoir. L’essayiste Céline Pina dénonce, pour sa part, une conception aberrante du contradictoire qui « évacue tout rapport au réel et à la quête de vérité ». Quant à l’avocat Gilles-William Goldnadel, il accuse l’Arcom de vouloir empêcher « l’un des plus grands journalistes français de dire la vérité » et conclut : « Orwell ressuscité. »
Rarement une simple intervention du régulateur aura suscité une riposte aussi nombreuse et aussi virulente.
À Roubaix, une communauté juive en voie de disparition
Reste la question essentielle : les propos de Franz-Olivier Giesbert ne reposaient-ils vraiment sur « aucun élément sourcé ou étayé » ? L’histoire locale apporte une première réponse. Une communauté juive s’était constituée, à Roubaix, après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, en 1871. Une synagogue fut ouverte, rue des Champs, dans les années 1870, puis le culte se poursuivit dans un oratoire privé. Celui-ci resta en activité jusqu’au début des années 1990, lorsque le responsable de la communauté remit le Sefer Torah à la communauté juive de Lille, marquant la fin du culte israélite organisé à Roubaix. Une plaque commémorative fut dévoilée en 2015 à l’emplacement de l’ancienne synagogue. À cette occasion, Charles Sulman, alors président régional du CRIF, estimait qu’il ne demeurait dans la ville que « cinq ou six familles juives ».
N’en déplaise à l’Arcom, la population juive a bel et bien fui Roubaix. On ne manque, d’ailleurs, nullement d’éléments « sourcés ou étayés » pour expliquer le phénomène. En 2022, un numéro de Zone interdite consacré à l’islam radical à Roubaix avait braqué les projecteurs sur la ville. Le juriste Amine Elbahi, qui avait dénoncé la compromission d’une association locale et de certains élus, avait ensuite dû être placé sous protection policière.
À cela s’ajoute le profil du nouveau maire LFI, David Guiraud, en raison de son soutien à la cause dite « palestinienne ». Sa référence aux « dragons célestes », expression utilisée sur Internet pour désigner péjorativement les Juifs, lui avait valu une plainte de l’Observatoire juif de France. On se souvient, aussi, de ses propos sur l’ex-député Meyer Habib, qu’il avait animalisé et traité de « porc », de sa proximité avec le délicieux Mehdi Meklat qui appelait Hitler à « tuer les Juifs » ou encore de ses propos accusés de nier les horreurs du 7 octobre 2023. Pendant la campagne municipale, même certains responsables de gauche avaient exprimé leurs réserves sur le personnage. Des accusations d’antisémitisme et de proximité avec l’islam radical rendaient toute alliance avec lui toxique, relevait alors Le Monde.
Au lendemain de son élection, interrogé sur ses accusations de racisme, David Guiraud avait assuré qu’il n’existait « pas de discrimination des Juifs à Roubaix ». Mais combien sont-ils encore sur place pour témoigner du contraire ?
Une vérité trop dérangeante
La sortie de Franz-Olivier Giesbert sur CNews était crue et sans doute choquante pour des oreilles trop habituées à la langue de bois qui règne sur d’autres plateaux télé. Elle n’en était pourtant pas moins juste. À Roubaix, la synagogue a fermé, les institutions communautaires ont disparu et les familles juives ne sont plus qu’une poignée. Mais, aux yeux de l’Arcom, le problème semble moins résider dans cette disparition que dans le fait de la commenter à l’antenne. Comme si la vérité devenait soudain répréhensible lorsqu’elle dérange trop fortement le récit officiel du vivre ensemble. Rappelons qu’en 2024, déjà, l’Autorité avait infligé à CNews une amende de 50.000 euros en raison d’une séquence dans laquelle le journaliste Geoffroy Lejeune avait accusé « l’immigration arabo-musulmane » d’être liée à l’explosion de l’antisémitisme. Il faut croire que c’est ce lien qui doit absolument être contredit, voire médiatiquement interdit.
#webtube : Dans mon étude du 20 juillet 2022, ukraine-russie-du-fantasme-a-la-realite.pdf, présentée cinq mois après le début de l’intervention russe en Ukraine (24 février 2022) et intitulée « Du fantasme à la réalité », je rappelais que cette opération militaire était la suite logique d’une guerre par procuration préparée de longue date et provoquée par les Etats-Unis. Quatre ans et demi plus tard, la guerre se poursuit avec son lot de destructions et de pertes humaines.
On pouvait penser que l’élection de Donald Trump allait permettre d’aboutir, sous son impulsion, à une solution négociée. C’était sans compter sur la détermination de Vladimir Poutine de « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine pour empêcher définitivement la réalisation de son projet d’intégration dans l’OTAN, considéré comme un casus belli. C’était sans compter sur le jusqu’au-boutisme de Volodymyr Zelensky dénué de lucidité et aveuglé par un ego dont la démesure a été façonnée et confortée par le soutien inconditionnel de l’OTAN et de l’UE. C’était, enfin, sans compter sur l’inconséquence de nombreux dirigeants de l’OTAN, de l’UE et notamment de la Coalition des volontaires qui ont plutôt cherché à contrarier la tâche des Etats-Unis dans la négociation engagée avec la Russie car se sentant écartés du processus, et c’était donc sans compter sur leur volonté manifeste d’entretenir cette guerre. Cette dernière a pris cependant, depuis quelques semaines, une nouvelle dimension – avec des frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe – dont nos médias, biberonnés au narratif de l’OTAN, ne semblent pas saisir les conséquences. Dirigeants et médias va-t-en-guerre, imbus de leurs certitudes, esclaves de leurs fantasmes et niant la réalité sur le terrain, n’imaginent même pas la stupeur, voire la honte qui sera la leur lorsque la réalité s’imposera à eux. Une question se pose alors : l’accepteront-ils ?
En effet, la Russie serait désormais, selon eux, dans une phase d’incertitude et serait en grande difficulté. Vladimir Poutine subirait les plus fortes pressions depuis le début de la guerre. Le président ukrainien, relayé par les dirigeants et les médias européens ne cesse d’enchaîner les déclarations triomphales, notamment sur des succès hypothétiques de frappes otano-kiéviennes sur le sol russe et sur le prétendu recul des armées russes. La Russie ne serait plus en position de force dans cette guerre et n’aurait plus l’initiative. Interviewé sur le plateau de Fox News lors de son récent déplacement à Washington, Volodymyr Zelensky affirmait que la Russie perdait 30 000 de ses soldats chaque mois ! Notre ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, interviewée le 13 juillet dernier, adressait, de son côté, un message à la Russie sur la détermination de la France dans le contexte actuel où, sur le terrain, l’Ukraine serait en position favorable (sic). Nos médias, télévision et presse écrite, semblent frappés de cécité et d’un manque évident de professionnalisme dans la recherche de l’information et dans sa présentation. Curieusement, on y apprend qu’après ses présumés reculs du printemps, l’armée russe piétine sur le front alors qu’en réalité elle fait actuellement des percées importantes et avance méthodiquement suivant une stratégie d’attrition particulièrement efficace. C’est pourquoi il est sidérant de constater un tel décalage entre l’information dispensée et la réalité sur le terrain. Une guerre se gagne sur le terrain militaire et non grâce à une stratégie informationnelle. La question qui vient donc naturellement à l’esprit : pourquoi ce traitement partial et orienté de l’information et pourquoi ces mensonges validés, sinon dictés par nos dirigeants pour des raisons non avouées ? Au moment où précisément Xenia Fedorova, journaliste russe et ancienne directrice de RT France, est frappée d’un arrêté ministériel d’expulsion, on peut légitimement se demander de quel côté sévit la désinformation et la malinformation. Il nous faut donc rétablir un minimum de vérité pour comprendre le séisme qui accablera avec une pointe d’humiliation les dirigeants européens lorsque l’Ukraine devra finalement signer la paix aux conditions de la Russie.
Rappelons tout d’abord que cette guerre provoquée aurait pu et aurait dû être évitée et que la France, qui présidait l’UE au premier semestre 2022, aurait pu et aurait dû tout faire pour l’empêcher en organisant une conférence internationale pour la paix. Cela aurait été plus profitable à l’Europe qu’une coalition des volontaires pour la guerre et la France en aurait tiré de grands bénéfices politiques en faisant, de plus, honneur à sa signature de garant des accords de Minsk. Il ne faut pas se mentir, l’Ukraine a été sacrifiée, en toute connaissance de cause, sur l’autel d’intérêts qui ne sont pas les nôtres car la Russie, puissance nucléaire de premier plan, ne peut pas perdre cette guerre. Nos dirigeants s’égarent sérieusement en contestant cette évidence et prennent, par des actions inconsidérées, d’énormes risques en adoptant une posture de cobelligérants.
Cela étant dit, la situation militaire sur le terrain doit être établie dans sa globalité à partir de faits – pas des idées, pas des chimères, pas des hypothèses, mais des faits – recueillis et recoupés par des sources diverses et fiables. Ensuite, chacun est en mesure d’en tirer ses propres conclusions et d’élaborer une analyse pour éclairer les Français. Ce n’est manifestement pas la démarche engagée par nos médias. Quant à nos décideurs, ils disposent du renseignement élaboré par nos services qu’ils sont en mesure de confronter à celui des services alliés, notamment américains, et peuvent en tenir compte ou pas dans les décisions ou prises de position qu’ils sont amenés à prendre. Dans le cas présent, nous ne sommes pas en guerre et le pouvoir peut vouloir imposer un narratif correspondant à ses intérêts du moment. Cela est cependant risqué, surtout lorsque le décalage entre la situation réelle et celle dictée dans une stratégie de communication devient trop visible. Les faits sont têtus et on ne peut pas les nier impunément.
Comme évoqué plus haut, cette guerre entre l’Ukraine et la Russie a pris une nouvelle dimension depuis quelques semaines et est entrée dans une phase d’accélération et d’intensification des opérations et des bombardements russes, entraînant sur le terrain une évolution de la ligne de front très inquiétante pour les armées ukrainiennes. Ce point de bascule est, en réalité, le résultat de l’ultimatum lancé par Zelensky à Poutine en annonçant, le 25 juin dernier, le lancement d’une opération de 40 jours visant à faire plier la Russie. Encouragé par ses « protecteurs » otaniens, le président ukrainien a lancé une campagne de frappes massives (drones et missiles) dans la profondeur du territoire russe, y compris sur Moscou, visant des objectifs divers dont des installations pétrolières. Ce que nos médias retiennent de cette campagne, ce sont les images impressionnantes de ces frappes otano-kiéviennes sur quelques-uns des objectifs visés, s’abstenant d’évoquer les frappes russes massives en représailles, notamment sur Kiev, qui occasionnent des dégâts considérables au complexe militaro-industriel ukrainien et aux dépôts otaniens, préférant mettre l’accent sur le fait que l’Ukraine a l’initiative et que l’armée russe essuie des pertes insupportables. Ce que nos dirigeants, eux, n’ont pas compris, c’est que cette campagne de frappes dans la profondeur du territoire russe, non seulement ne changera rien à l’issue de cette guerre, mais aura été une erreur stratégique majeure à laquelle ils seront fatalement associés. Sous la pression des radicaux, Poutine a été conduit à réagir brutalement à l’attaque de son pays. Cette erreur de Zelensky pourrait précipiter le cours prévisible de ce conflit qui, d’ores et déjà, montre des bouleversements d’ampleur en particulier sur la ligne de front, car elle signe la fin de ce que les Russes qualifiaient d’opération militaire spéciale pour entrer véritablement dans un processus de guerre totale contre l’Ukraine. Il nous faut donc évoquer concrètement les conséquences de ce changement de nature de ce conflit.
Dans un premier temps, si sur le plan médiatique cette campagne de frappes otano-kiéviennes dans la profondeur du territoire russe, conduite avec des drones et des missiles, dont des missiles de croisière otaniens, a pu contribuer – et les médias s’y sont employés – à donner l’impression que l’Ukraine a l’initiative et maîtrise la situation, il n’en est malheureusement rien. En effet, sur le plan opérationnel et militaire, malgré la raffinerie de pétrole dans les environs de Moscou touchée et fortement endommagée, malgré les coups sévères subis par la Russie, la très grande partie des cibles frappées n’est absolument pas de nature militaire (par exemple, les entrepôts type « Amazon ») car moins bien, sinon pas protégées. Le but est surtout de marquer les esprits dans la perspective de déstabiliser le pays et le résultat final n’est absolument pas décisif. Alors que ces frappes ont pu compter plusieurs centaines d’engins volants (jusqu’à près d’un millier certaines nuits) dans le but de saturer les systèmes de défense adverses, très peu ont vraiment atteint des cibles sensibles d’un point de vue militaire. Non seulement l’ultimatum du président ukrainien, qui a choisi l’escalade se révèle ici être un échec, mais il a permis de démontrer l’efficacité des systèmes de défense russes qui interceptent une très grande partie de ces engins, ce qui relativise l’efficacité de ces attaques au vu des moyens consommés par les Ukrainiens et qui pourraient bientôt manquer. Les médias se gardent bien cependant d’aborder ces sujets dans tous leurs aspects pour ne pas nuire au narratif qui doit rester favorable à l’Ukraine. Jusqu’à quand ?
En revanche, c’est un déluge de feu qui s’abat dorénavant sur le territoire ukrainien, y compris sur Kiev, en réponse à ces frappes en profondeur sur le sol russe, et le taux de destruction ou d’endommagement des cibles visées est d’autant plus important que les moyens engagés (drones, missiles, missiles de croisière) ne sont désormais plus interceptés en raison d’une pénurie dans les moyens de défense aérienne et anti-aérienne largement consommés. Les stocks comme ceux des missiles Patriot, par exemple, sont épuisés et ne seront pas réapprovisionnés avant longtemps, les capacités de production de ce missile par les Etats-Unis, sollicités sur un autre théâtre, n’étant pas en mesure, dans l’immédiat, de répondre au besoin. Cette phase opérationnelle offensive par les airs en cours ne peut pas être considérée comme une opération combinant de simples frappes, mais désormais comme une opération d’envergure en réponse à l’ultimatum de 40 jours de Zelensky, visant l’effondrement de l’économie militaire ukrainienne. L’effort est résolument porté sur tout ce qui touche le complexe militaro-industriel otano-kiévien avec des usines de production de l’aéronautique, de missiles et de drones, de matériels radars et instrumentation pour les armées, des sites de dépôts d’armes, des zones industrielles implantées dans les différents districts, des sites énergétiques, ce qui entraîne de fréquentes coupures d’électricité et d’eau. Les autorités ukrainiennes sont abasourdies par le ciblage du réseau ferroviaire ainsi que du réseau des stations-service (plusieurs centaines détruites) et des camions-citernes de carburant, affaiblissant de fait tout ce qui contribue au fonctionnement de la logistique de l’armée ukrainienne. Un ex-député de la Rada (Assemblée nationale) a même évoqué un enfer dans la banlieue sud de Kiev lors de la destruction par un missile d’un puissant dépôt de munitions, entraînant la destruction d’une centaine de maisons et la mort de civils. Nos médias n’ont évoqué dans cet épisode que le côté scandaleux d’une attaque tuant des civils, occultant le fait que les Ukrainiens avaient installé ce dépôt de munitions dans un secteur résidentiel, au milieu de civils ! De plus, Odessa est particulièrement ciblée avec la destruction d’importantes installations des ports sur la mer Noire et la destruction de nombreux navires assurant des échanges commerciaux, mais également la livraison d’armements et de munitions. Le complexe portuaire d’Odessa est désormais inutilisable, tous les ports étant de fait fermés et inaccessibles. Il faut rappeler que l’ensemble des ports d’Odessa représentait, à ce jour, plus de 85 % des exportations de marchandises et de ses approvisionnements militaires. La situation devient donc catastrophique pour l’Ukraine et Zelensky, dans une tentative désespérée pour relancer ses exportations maritimes, demande à ses « protecteurs » occidentaux d’accentuer leur pression pour que la Russie ouvre un corridor maritime vers Odessa. Un vœu pieux. Les conséquences seront dramatiques et désastreuses pour l’Ukraine qui devient, dès à présent, un pays enclavé, privé d’accès à la mer. La population ukrainienne risque, de ce fait, de souffrir bientôt de pénuries de toutes sortes, y compris alimentaires. Cette ineptie d’ultimatum de Zelensky, ayant bombardé des raffineries à Moscou sur ordre de l’OTAN, l’aura conduit à commettre une erreur stratégique majeure et donc une faute historique, un suicide qui coûtera cher à l’Ukraine.
D’autant plus que cette erreur stratégique a des incidences directes sur le terrain, sur la ligne de front qui connaît depuis quelques semaines des bouleversements d’ampleur qui s’accélèrent ces derniers jours. La stratégie d’attrition des forces russes appliquée depuis plusieurs mois pour affaiblir leur adversaire (expliquant leur progression lente, des retraits tactiques ponctuels laissant se développer des contre-attaques pour mieux les neutraliser) n’a été comprise ni par nos médias et leurs experts de plateaux, ni par nos dirigeants aveuglés par leurs certitudes. D’où l’irresponsabilité des dirigeants de l’UE/OTAN à convaincre Zelensky de commettre l’irréparable. En réalité, refusant de négocier puisqu’en position de force, Poutine a joué sur le temps. Il a su imposer une guerre d’usure dans la perspective d’affaiblir l’armée ukrainienne par des pertes humaines continues, grâce à ses capacités de feu (artillerie, drones, bombes planantes) et par, notamment, l’affaiblissement progressif de leurs stocks d’armements et de munitions. Ces derniers ne pourront d’ailleurs plus être approvisionnés par la mer, l’accès par Odessa étant désormais impossible. Sur le plan terrestre, l’ultimatum de Zelensky, adressé à Poutine avec l’aval de l’UE et de l’OTAN pour amener la Russie à la table des négociations, aura également été le déclencheur du passage à une phase plus offensive avec des percées notables bousculant sérieusement, à présent, le dispositif ukrainien. Avec la prise de Konstantinovka, forteresse réputée imprenable et porte d’entrée vers l’agglomération de Slaviansk-Kramatorsk, autres places fortes essentielles, c’est la colonne vertébrale de la défense de l’Ukraine à l’ouest du Donbass qui s’effondre. L’emploi répété des bombes planantes FAB-500, FAB-1500 et FAB-3000 sur les positions de l’armée ukrainienne est particulièrement dévastateur et la bataille pour Slaviansk et Kramatorsk est maintenant engagée, les troupes russes en étant à environ 5 km. Une percée entre ces deux places fortes semble se concrétiser pour, dans un premier temps, couper l’axe routier qui les relie et peut-être chercher à les encercler pour obtenir, à terme, leur reddition. D’ailleurs, une partie de la population de Kramatorsk est en cours d’évacuation. D’autre part, le pont de Slaviansk au-dessus de la rivière Kazenni Torets a récemment été bombardé et est fortement endommagé, le rendant inutilisable pour les véhicules militaires lourds. Cette situation est pénalisante sur le plan de la logistique, voire gravissime pour une partie des troupes ukrainiennes en cas de retrait des forces face à la poussée russe. On observe, par ailleurs, de plus en plus l’engagement d’avions d’attaque russes tirant leurs munitions guidées à des distances inhabituellement courtes par rapport à la ligne de contact. Cela confirme la quasi-absence de systèmes de défense aérienne, notamment à moyenne et longue portée, due à l’épuisement des stocks et donc la maîtrise du ciel du côté russe. Les développements récents des opérations sur le terrain risquent donc d’être le prélude d’une défaite otano-kiévienne prévisible et annoncée dès le début de ce conflit.
En effet, les résultats de la très médiatisée opération des 40 jours de Zelensky pour faire plier la Russie ne sont pas ceux attendus. Bien au contraire. Cette opération devait isoler la Crimée et paralyser le complexe énergétique russe. Or, aucun des objectifs n’a été atteint. En revanche, en réaction, l’Ukraine subit un coup dévastateur qui se complique avec une crise politique intérieure. Mais ce désastre qui n’aurait jamais dû se produire est également imputable à des dirigeants européens médiocres et va-t-en-guerre manifestement incompétents, sans vision géopolitique, qui ont voulu faire croire à un président ukrainien, marionnette de l’Etat profond américain et de l’OTAN, qu’il pouvait gagner une guerre contre la Russie, puissance nucléaire de premier plan. La dure réalité s’impose brutalement à eux tous ainsi qu’à des médias russophobes aux ordres pour lesquels la Russie nous menacerait, alors que le commandant suprême de l’OTAN (SACEUR), le général américain Grynewich, a déclaré, en juin dernier, que « la Russie ne recherche pas le conflit ». Ainsi cet embrigadement les fait tous hurler à la « propagande russe » dès qu’un argument s’écarte du récit officiel. Il va pourtant bien falloir accepter la dure réalité et répondre aux questions qui fâchent.
Tout d’abord, il faut rappeler que, depuis la fin de la guerre froide, la Russie est restée un ennemi pour l’Etat profond américain et que les promesses – conditions pour la réunification de l’Allemagne – n’ont pas été tenues. Au contraire, l’OTAN n’a eu de cesse de s’étendre jusqu’aux frontières russes et sa pensée dominante dans ce conflit est que porter la guerre en Russie devait la forcer à renoncer ou à composer. Cette pensée repose, en fait, sur une hypothèse totalement fantasque selon laquelle la Russie serait engagée dans une guerre impériale qui n’aurait pas été provoquée, alors que cette dernière considère qu’elle mène une guerre défensive contre une OTAN déterminée à utiliser l’Ukraine pour la détruire, y compris jusqu’au dernier Ukrainien ! Au final, c’est plutôt l’Ukraine qui s’achemine vers la capitulation et ses « protecteurs » de l’UE et de l’OTAN ont une immense responsabilité dans ce désastre. Tout ce qu’ils ont fait, c’est sceller le destin tragique de l’Ukraine.
Après avoir dissuadé Zelensky de signer l’accord approuvé à Istanbul en avril 2022 en lui promettant d’aider l’Ukraine dans ce conflit dans le but de déstabiliser la Russie et de l’intégrer dans l’OTAN, il a fallu faire preuve d’une habile stratégie de communication pour masquer l’irrationnalité de cette décision. Il fallait obligatoirement affirmer que l’Ukraine avait l’initiative pour justifier le bien-fondé de son soutien. L’offensive ukrainienne de Koursk en 2023, par exemple, a été présentée de manière fallacieuse comme un succès alors que cet épisode hasardeux a provoqué la mort de dizaines de milliers d’Ukrainiens, son dispositif défensif ayant été parallèlement dégarni sur le secteur centre-est du Donbass. Les propagandistes de la guerre de l’OTAN ont tout fait, relayés par des médias embrigadés, pour convaincre les citoyens européens que l’Ukraine était en train de gagner. Et ils continuent de le faire, niant l’évidence, dans cette opération/ultimatum de 40 jours qui tourne à la tragédie. L’Ukraine ne s’en relèvera pas. Encore une fois, ils l’ont hypocritement et honteusement sacrifiée pour rien !
Cela dit, cette guerre est existentielle pour la Russie car cette dernière n’a pas le choix ; elle ne peut pas la perdre. Poutine évoque toujours un accord de paix, mais cet accord doit se faire, selon lui, sur la base des accords conclus à Istanbul, des modalités discutées à Anchorage et des réalités sur le terrain. Or, plus le temps passe et plus la réalité sur le terrain évolue en faveur de la Russie. Mais cette guerre est désormais devenue existentielle pour les Européens – en fait, pour leurs dirigeants et en particulier les trois principaux membres de la coalition des volontaires (Royaume-Uni, Allemagne et France) – qui n’ont pas d’autre projet que la guerre et ont promis la victoire à l’Ukraine en déversant des dizaines et des dizaines de milliards d’euros à fonds perdus. Comment accepteront-ils ce dénouement tragique pour l’Ukraine et humiliant pour ses « protecteurs », d’autant plus qu’ils en arrivent à penser la guerre comme seul moyen pour se maintenir au pouvoir ? Cette génération de dirigeants, née alors que la paix régnait sur le continent européen, n’a, en effet, de la guerre qu’une vue intellectuelle, sans parler du risque nucléaire. Contrairement à eux, les dirigeants du temps de la guerre froide avaient connu l’horreur de la guerre et aucun n’aurait osé tirer sur le territoire d’une puissance nucléaire, ce que fait Zelensky avec l’aval et le soutien de l’OTAN. Nos dirigeants sont-ils prêts à continuer à jouer avec le feu ? La doctrine nucléaire russe, révisée en novembre 2024, reste fondamentalement défensive, mais elle a été adaptée pour répondre aux réalités de la guerre en Ukraine et aux soutiens occidentaux à Kiev. L’ignorer serait irresponsable.
#webtube : Depuis 40 ans, ils ont livré le pays à une immigration de masse incontrôlée et à une insécurité exponentielle sans jamais la combattre. Mais en politique comme ailleurs, rien n’est gratuit et toute décision a ses conséquences.
Le maire de Valence-d’Agen Jean-Michel Baylet, comme bien d’autres élus, vient d’être victime d’une agression de la part d’un immigré auquel il demandait de faire moins de bruit. Voici sa déclaration :
« D’abord, il en faut plus pour m’effrayer et je ne renoncerai jamais à assumer mes fonctions de maire, garant de l’ordre public en tant qu’officier de police judiciaire. Nous le devons, nous les élus, à nos administrés mais il faut que ces gens venus d’ailleurs, qui au passage refusent absolument toute intégration contrairement à leurs prédécesseurs issus d’autres nationalités, acceptent les lois de la République. »
Je ne vais pas accabler la victime d’une agression, mais au niveau national la politique menée depuis 40 ans est un désastre, dont je rends responsables absolument tous les partis qui ont gouverné, de gauche comme de droite.
Ces gens venus d’ailleurs ne sont pas arrivés par hasard.
Rappelons que ce sont les élus qui votent les lois et pas le peuple. Ce sont les élus qui sont censés défendre les intérêts de la nation et protéger les citoyens qui les ont portés au pouvoir. Il en est ainsi dans toute démocratie digne de ce nom. Or, que constate-t-on aujourd’hui ?
En 40 ans, 30 lois sur l’immigration ont été votées, ainsi que 50 lois sécuritaires pour en arriver là où nous en sommes :
1 . Une immigration record de 500 000 arrivées par an, notamment d’Afghans, imperméables à notre culture et à nos valeurs.
2 . Une violence exponentielle qui signe la faillite de l’Etat et le naufrage d’une justice laxiste, qui a toujours privilégié la réinsertion des délinquants à la sécurité des citoyens.
Les agressions physiques extra-familiales ont été multipliées par 9 depuis 1990, passant de 23 000 à 216 000. Le peuple subit 45 000 attaques au couteau par an. On n’incarcère plus, puisque les juges répugnent à recourir à cette mesure pourtant dissuasive, d’autant plus que les prisons font défaut.
63 300 places pour 88 500 détenus
Sur les 15 000 places de prison promises par Macron pour 2022, puis reportées à 2027, 5 000 sont ont vu le jour. L’explosion de la violence, c’est aussi la conséquence de l’incompétence des élus. La justice est le parent pauvre du budget.
Le tableau comparatif suivant synthétise les moyens budgétaires et humains réels de la France face à l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne :
Indicateurs clés (Données CEPEJ)
France
Allemagne
Italie
Espagne
🇪🇺 Médiane Européenne
Budget justice par habitant
77,20 €
136,10 €
100,60 €
96,80 €
85,40 €
Part du PIB dédiée à la justice
0,20 %
0,30 %
0,31 %
0,26 %
0,31 %
Nombre de juges (pour 100 000 hab.)
11
21
11
11
22
Nombre de procureurs (pour 100 000 hab.)
3
7,1
3,7
5,2
11
Nombre d’affaires (reçues pour 100 hab.)
6,4
N/A
N/A
N/A
2,3
Mais revenons aux agressions et violences de rue, donc extra-familiales.
On compte 216 000 agressions physiques par an dans le domaine public, ce qui représente un taux de 0,32 % par citoyen.
On compte 250 agressions physiques d’élus locaux en 2025, pour 135 000 élus (maires et adjoints), ce qui donne un taux de 0,18 % par élu.
Le risque d’être agressé physiquement et non verbalement est presque deux fois supérieur pour un citoyen que pour un élu.
L’agression de Jean-Michel Baylet, ancien ministre, député puis sénateur, ex- président du PRG, est fortement médiatisée.
Mais que ce monsieur qui a sévi dans toutes les sphères du pouvoir n’oublie pas que les citoyens subissent 600 agressions physiques par jour dont 120 attaques au couteau. Qui a écouté Gérard Collomb alertant sur le « face à face » imminent entre communautés ? La France n’est plus qu’un chaudron en ébullition qui attend l’explosion.
Ce sinistre bilan, c’est celui de monsieur Baylet comme de tous ceux qui ont eu une parcelle de pouvoir depuis quarante ans. Ce que les élus commencent seulement à subir, puisqu’ils ont laissé se propager la gangrène de la violence sur tout le territoire, c’est ce que vivent les citoyens depuis qu’on leur vend les bienfaits de la diversité heureuse sans jamais leur demander leur avis.
Il est désormais trop tard pour réclamer l’intégration de ces gens venus d’ailleurs. Il n’y a plus de sanctuaire à l’abri des violences, pas même pour les élus. Le bonheur du vivre-ensemble qu’on nous vend depuis des lustres, nous y sommes. Et il n’y aura plus jamais de retour aux années paradisiaques des Trente Glorieuses.
#webtube : Alpes-Maritimes : 6 ans de prison ferme et ITF définitive pour un Algérien – Belgique : 45 % des détenus sont étrangers, 31 % sont en situation irrégulière – Toulouse (31) : des policiers attaqués par un homme qui aurait hurlé « Allah Akbar » – « Ici, c’est Marseille » : à Villeurbanne (69), une fusillade éclate en plein jour près d’un point de deal – « Plan Thaïlande » : Ibrahim, Elias, Mathis… des Français détenus en Thaïlande après avoir été arrêtés dans un aéroport – Il consultait des vidéos pro-djihad et présente la religion musulmane comme un combat à mener contre les « kuffars » – Villeurbanne (69) : Plusieurs individus forcent la fenêtre du domicile d’une femme de 108 ans – Marseille : Plusieurs femmes suivies et agressées sexuellement dans le Camas – Paris : Deux Algériens sans papiers condamnés à 18 mois pour avoir tailladé et tabassé deux hommes – Vitry-sur-Seine (94) : repéré par la BAC alors qu’il remplissait un bidon d’essence dans une station-service
Alpes-Maritimes : 6 ans de prison ferme et ITF définitive pour un Algérien, au lourd casier judiciaire, ayant tenté de frapper à la carotide avec un couteau des policiers en gare de Cannes. Il était sous OQTF depuis 2018
Belgique : 45 % des détenus sont étrangers, 31 % sont en situation irrégulière. Leur forte présence ne signifie pas nécessairement qu’ils commettent davantage d’infractions selon une criminologue
Toulouse (31) : des policiers attaqués par un homme qui aurait hurlé « Allah Akbar » ; l’un a failli avoir la gorge tranchée (MAJ : L’assaillant « a priori étranger », hospitalisé en unité psychiatrique)
« Ici, c’est Marseille » : à Villeurbanne (69), une fusillade éclate en plein jour près d’un point de deal. La DZ Mafia soupçonnée d’en être le commanditaire (MAJ : le véhicule des assaillants, composé de deux tireurs, était conduit par une femme)
« Plan Thaïlande » : Ibrahim, Elias, Mathis… des Français détenus en Thaïlande après avoir été arrêtés dans un aéroport avec plusieurs kilos de cannabis dans leurs bagages
Il consultait des vidéos pro-djihad et présente la religion musulmane comme un combat à mener contre les « kuffars » (mécréants) : le profil inquiétant d’un jeune radicalisé de 18 ans, interpellé à Nice (06) avec des munitions
Villeurbanne (69) : Plusieurs individus forcent la fenêtre du domicile d’une femme de 108 ans et la cambriolent ; retrouvée partiellement dénudée, une enquête pour agression sexuelle ouverte
Marseille : Plusieurs femmes suivies et agressées sexuellement dans le Camas ; un Camerounais, étudiant kiné de 31 ans, condamné à 18 mois avec sursis
Paris : Deux Algériens sans papiers condamnés à 18 mois pour avoir tailladé et tabassé deux hommes qui me sortaient du travail pour une cigarette. Absents à l’audience, l’un s’est récemment évadé d’un centre de rétention
Vitry-sur-Seine (94) : repéré par la BAC alors qu’il remplissait un bidon d’essence dans une station-service, un individu interpellé alors qu’il tentait de mettre le feu à un immeuble
#webtube : Il arrive qu’un journal fournisse, à son corps défendant, un document intellectuel plus précieux que les idées qu’il entend défendre. Le numéro de Libération du 8 août consacré aux robots humanoïdes appartient à cette catégorie.
Vertiges à Libé
Le reportage est correctement informé : la Chine a fait de la robotique une priorité nationale, les progrès de l’intelligence artificielle donnent aux machines une autonomie nouvelle, Renault envisage plusieurs centaines de robots dans ses usines et les expériences se multiplient dans la logistique, l’industrie ou les services. L’avenir décrit par le journal est celui d’une rupture technique d’une ampleur que personne ne sait encore mesurer.
Pourtant, plus les possibilités paraissent immenses, plus le commentaire politique se rétrécit. L’éditorial d’Alexandra Schwartzbrod est intitulé « Vertigineux » et le mot révèle assez bien le sentiment dominant : devant l’inconnu, le vertige davantage que le désir. Aux promesses médicales et industrielles succèdent immédiatement les questions sur le coût écologique, les sommes investies, les emplois supprimés, les cotisations sociales perdues et les dépenses qu’il faudra financer. L’intelligence artificielle ouvre peut-être une nouvelle époque de l’histoire humaine ; Libération se demande d’abord ce qu’elle coûtera à la Sécurité sociale.
Ce réflexe mérite davantage que la moquerie. Il révèle une mutation considérable de la gauche européenne. Celle qui s’était historiquement définie par le progrès, l’émancipation à l’égard des anciennes contraintes et l’ambition de transformer matériellement le monde est devenue l’une des grandes puissances conservatrices de notre temps. Le mot « réactionnaire », dont elle a si longtemps fait une arme infamante contre ses adversaires, commence curieusement à lui convenir : elle ne réactionne plus contre l’ordre ancien, mais contre ce qui vient.
Du socialisme de l’abondance au socialisme de la précaution
L’entretien accordé dans le même numéro par Benoît Hamon est particulièrement instructif. L’ancien candidat à l’élection présidentielle ne se dit pas hostile à l’innovation et il serait injuste de le transformer en luddite briseur de machines. Son raisonnement est plus subtil : puisqu’un salarié acquitte indirectement des cotisations sociales alors qu’une machine qui le remplace n’en verse aucune, il faudrait déplacer l’assiette du prélèvement vers la richesse produite. La taxation de l’automatisation financerait notamment le revenu universel qu’il défend depuis 2017.
La cohérence comptable du raisonnement masque cependant son extraordinaire conservatisme historique. La machine se voit sommée de préserver le système social construit autour du salariat au moment même où elle pourrait précisément transformer la place du salariat dans l’existence humaine. Le problème n’est plus : que pouvons-nous faire de cette libération possible ? Il devient : comment préserver les circuits financiers de l’ancien monde si le nouveau advient ?
C’est un renversement presque parfait du socialisme historique. Saint-Simon voyait dans l’industrie l’instrument d’une réorganisation générale de la société. Fourier, avec toute l’excentricité de son système, imaginait l’abondance et la transformation des passions plutôt que leur rationnement. Marx lui-même pensait le développement des forces productives comme l’une des conditions matérielles permettant de sortir du règne de la nécessité. Jean Fourastié, dans un tout autre registre intellectuel, attendait du progrès technique l’accroissement de la productivité qui libérerait progressivement l’homme de la servitude du travail.
La gauche contemporaine s’est éloignée de cette tradition. Elle demeure socialiste lorsqu’il s’agit de distribuer les richesses, mais devient conservatrice lorsqu’il s’agit de les produire autrement. Elle veut encore l’émancipation, à condition que les structures économiques qui rendaient nécessaire l’ancien travail demeurent en place. Elle rêve du revenu universel et s’effraie simultanément des machines qui pourraient rendre économiquement pensable une séparation croissante entre revenu et emploi.
La contradiction est remarquable.
Le pachyderme et son cornac vert
Cette conversion ne s’explique guère sans la domination intellectuelle progressivement exercée sur la gauche par l’écologie politique. Le vieux pachyderme socialiste, qui avançait naguère sous les bannières du progrès, de l’électrification, des grands travaux, de l’industrie et de l’amélioration indéfinie des conditions matérielles, s’est laissé mettre au licol par un cornac vert beaucoup plus petit que lui. Celui-ci lui a appris que la puissance était suspecte, que l’abondance devait être regardée avec méfiance et que l’avenir désirable consistait moins à augmenter les possibilités humaines qu’à diminuer notre emprise sur le monde.
Le vocabulaire est désormais celui de la réduction : sobriété, empreinte, limite, modération, décroissance, renoncement. Moins de consommation, moins d’énergie, moins de déplacements, moins d’artificialisation, moins d’industrie. Le progressisme politique cohabite ainsi avec une étrange philosophie matérielle du « moins ». On veut bouleverser les mœurs et immobiliser les infrastructures ; déconstruire l’anthropologie européenne et conserver le niveau de consommation énergétique ; proclamer qu’aucune tradition ne doit limiter les désirs individuels tout en expliquant que les désirs matériels doivent, eux, être contenus au nom de la planète.
Il ne s’agit évidemment pas de nier les limites physiques ni les dégâts que peut produire la technique. Jacques Ellul avait montré, bien avant que l’écologie devienne un appareil électoral, que la technique tend à constituer un système autonome imposant sa logique d’efficacité à l’ensemble de la société. Son avertissement conserve une force considérable. Gilbert Simondon, presque au même moment, suivait pourtant une voie différente : il jugeait indispensable de réconcilier la culture avec l’objet technique et refusait cette ignorance des machines qui nourrit à la fois leur idolâtrie et leur rejet. Entre la technolâtrie et la technophobie, la pensée française avait donc produit des instruments autrement plus subtils que l’injonction actuelle à ralentir.
L’écologie politique ressemble davantage, lorsqu’elle devient doctrine générale du monde, à une secte au sens ancien et fort du terme : non pas nécessairement une organisation au sens juridique moderne, mais une secta, une école séparée, ordonnant autour de quelques dogmes une lecture complète de la société. La faute originelle y prend le nom d’empreinte écologique, l’hubris remplace le péché, la sobriété tient lieu d’ascèse et la catastrophe climatique de jugement dernier. Toute augmentation de puissance doit alors comparaître devant un tribunal moral avant même d’avoir démontré son utilité.
Cette disposition d’esprit est un avatar contemporain du luddisme, avec cette différence que les luddites du début du XIXe siècle avaient au moins l’excuse très concrète de voir leurs métiers et leurs salaires directement menacés par les métiers mécaniques. Le néo-luddisme écologique est devenu beaucoup plus abstrait : il peut être pratiqué par des catégories sociales hautement diplômées dont l’existence quotidienne dépend précisément de l’accumulation technique qu’elles dénoncent.
L’intelligence artificielle contre la fatalité migratoire
Le paradoxe devient plus saisissant encore lorsqu’il rencontre la question du travail immigré. Une partie importante de notre économie repose aujourd’hui sur des fonctions peu qualifiées ou pénibles dont on assure qu’elles ne pourraient être occupées sans l’arrivée régulière de travailleurs étrangers. La restauration, la manutention, le nettoyage, certains emplois industriels, les entrepôts, le bâtiment ou l’aide aux personnes âgées sont invoqués à l’appui de cette nécessité.
Il y a pourtant quelque étrangeté à présenter comme socialement progressiste un système qui consiste à faire venir des populations des régions moins riches du monde afin qu’elles accomplissent chez nous les travaux dont les Européens ne veulent plus aux conditions salariales proposées. Les pays d’émigration perdent une partie de leurs forces actives ; les pays d’immigration voient leur composition démographique et culturelle profondément transformée ; les secteurs utilisateurs disposent d’une réserve de travail qui contribue à contenir le prix de certaines tâches.
La robotisation ouvre ici une perspective politiquement considérable. L’automatisation pourrait permettre à une Europe vieillissante de maintenir, voire de rapatrier, des activités industrielles et de services sans transformer l’importation permanente de main-d’œuvre en nécessité structurelle. Ce qui est présenté comme une menace contre l’emploi pourrait donc également devenir un instrument de souveraineté économique et de stabilité démographique.
Il faudrait au moins poser la question. Une pensée véritablement progressiste devrait même s’y précipiter. Or l’on retrouve trop souvent le réflexe inverse : préserver l’emploi humain existant, conserver les anciens mécanismes de financement social, compenser, réglementer, taxer. Le monde extérieur change ; il s’agit surtout d’empêcher le monde intérieur de bouger.
Iain M. Banks ou le communisme rendu possible par la puissance
C’est ici que la science-fiction devient paradoxalement plus réaliste que la politique. Dans son cycle de la Culture, le Britannique Iain M. Banks a imaginé une civilisation anarchiste, égalitaire, post-monétaire et presque entièrement affranchie du travail obligatoire. La propriété matérielle y perd largement son sens parce que la rareté a elle-même été vaincue. Des intelligences artificielles immensément supérieures aux hommes organisent les grandes infrastructures, tandis qu’une énergie pratiquement surabondante permet de satisfaire les besoins matériels sans qu’il soit nécessaire d’administrer la pénurie.
Banks était un homme de gauche. Il a peut-être pourtant imaginé la seule version matériellement cohérente du vieux rêve communiste : le communisme non par la vertu, la contrainte ou la collectivisation, mais par une telle accumulation de puissance technologique que la compétition pour les biens matériels devient dérisoire.
Le rapprochement avec le discours contemporain de la gauche écologique produit un effet presque comique. La Culture de Banks représente à peu près tout ce que celle-ci devrait détester matériellement : débauche d’énergie, machines omniprésentes, intelligence artificielle souveraine, capacité industrielle gigantesque, exploration spatiale, maîtrise technique à une échelle démesurée. Pourtant, elle réalise précisément les fins auxquelles la gauche affirme rester attachée : disparition de la misère, fin du travail contraint, autonomie individuelle presque absolue et effacement des hiérarchies économiques.
Banks prend donc le chemin inverse de celui de l’écologie politique. Celle-ci veut diminuer les besoins parce que les ressources sont rares ; il augmente la puissance jusqu’à rendre la rareté presque insignifiante. Elle répond à la contrainte par le renoncement ; il répond à la contrainte par l’invention.
La différence est philosophique avant d’être économique.
Le défaut anthropologique de l’utopie
La Culture ne saurait pourtant constituer un modèle politique pour qui considère l’homme comme un héritier et non comme le simple support de désirs successifs. L’abondance de Banks permet de satisfaire presque toutes les aspirations matérielles, mais elle dissout aussi la plupart des nécessités historiques qui attachèrent les hommes à une communauté. Les habitants de la Culture peuvent vivre presque partout, transformer leur corps, changer indéfiniment d’expérience et habiter des constructions spatiales n’ayant plus guère de rapport avec le territoire ancestral.
C’est l’accomplissement technologique de l’individualisme occidental : l’homme définitivement délivré non seulement de la faim et du travail, mais presque de toute appartenance dont il n’aurait pas choisi les termes.
Cette utopie résout la question sociale en laissant béante la question anthropologique. Que devient la transmission lorsque rien ne doit nécessairement être transmis ? Que signifie l’enracinement dans une civilisation où le lieu lui-même est mobile ? Quelle fonction reste-t-il à l’histoire lorsque les individus peuvent satisfaire leurs désirs sans dépendre d’une communauté concrète ?
La leçon de Banks n’est donc pas qu’il faudrait devenir la Culture. Elle est plus intéressante : une civilisation peut être à la fois extrêmement avancée techniquement et entièrement émancipée des structures économiques qui paraissent aujourd’hui indépassables. L’idéologie écologique commet l’erreur inverse : elle transforme les contraintes présentes en horizons définitifs et organise intellectuellement notre adaptation à la pénurie.
Retrouver une pensée européenne de la puissance
La question politique véritable n’est dès lors ni d’adorer l’intelligence artificielle ni de la conjurer. Il s’agit de savoir qui la maîtrisera et dans quel dessein. La Chine, telle que Libération lui-même la décrit, traite la robotique comme une affaire de puissance nationale. Les États-Unis voient dans l’intelligence artificielle un enjeu industriel, financier, stratégique et militaire. L’Europe demeure tentée d’en faire d’abord un problème normatif, social et éthique. L’asymétrie pourrait devenir mortelle : un continent qui choisirait de ralentir une révolution technique pendant que ses concurrents cherchent à l’accélérer ne préserverait pas longtemps son modèle social ; il perdrait seulement les moyens matériels de le financer.
Guillaume Faye avait forgé le concept d’« archéofuturisme » pour tenter de sortir du faux dilemme entre conservation des héritages et modernité technologique. Le mot a ses défauts ; l’intuition demeure féconde. Une pensée européenne de l’avenir ne devrait abandonner ni la technique aux sociétés déracinées, ni l’enracinement aux conservateurs de musée. Elle devrait envisager l’intelligence artificielle, la robotique, l’énergie abondante, l’espace et les nouvelles industries comme autant d’instruments possibles d’une continuité historique européenne. La technique ne porte en elle-même aucune anthropologie obligatoire. Elle peut contribuer à l’indifférenciation planétaire ; elle peut également servir une volonté de durer.
C’est ici que notre imaginaire se révèle presque aussi pauvre que notre politique. Nous possédons quantité de dystopies décrivant des machines devenues folles, des sociétés de surveillance, des catastrophes climatiques ou des humanités réduites à la misère sur une planète épuisée. Banks constitue une exception magnifique : il a osé penser l’abondance. Seulement son abondance aboutit à une civilisation qui n’a pratiquement plus besoin de peuples, de territoires ni d’héritages. La Culture est prodigieusement puissante, toutefois cette puissance sert principalement à garantir à ses habitants une liberté individuelle presque illimitée et à diffuser, avec plus ou moins de discrétion, son modèle dans l’univers.
Il nous manque encore une autre science-fiction. Une science-fiction dans laquelle l’abondance ne conduirait ni à la dissolution de l’homme dans ses désirs ni à la retraite paisible d’une humanité installée dans un immense club de vacances galactique ; une science-fiction où l’abondance nourrirait la puissance. Où l’énergie presque illimitée permettrait non seulement de satisfaire des consommateurs, mais de bâtir des cités, de peupler des mondes, de défendre des frontières, d’explorer, de transmettre et d’accroître la capacité d’action d’une civilisation consciente d’elle-même. Une science-fiction où l’intelligence artificielle ne serait ni notre geôlier ni notre nourrice, mais l’instrument d’une volonté historique.
Cette œuvre reste largement à écrire. Elle aurait pour personnage principal non l’individu enfin délivré de toute nécessité, mais une civilisation qui, délivrée de la nécessité, découvrirait qu’elle peut de nouveau choisir un destin. Car l’abondance n’impose nullement l’hédonisme terminal. Elle peut libérer des forces pour l’art, la connaissance, l’exploration, la démographie, la conquête scientifique et la défense. Une énergie abondante ne signifie pas nécessairement davantage de gadgets ; elle peut signifier davantage de puissance disponible pour construire ce que les générations précédentes ne pouvaient même pas entreprendre.
Voilà peut-être la bifurcation cruciale que notre époque ne sait plus penser. L’écologie politique répond à la finitude par le rationnement. Banks y répond par l’abondance, puis emploie cette abondance à émanciper l’individu de presque toutes ses attaches. Une troisième réponse reste possible : dépasser la rareté afin d’augmenter la puissance collective d’un peuple et de lui rendre la maîtrise de son avenir. Ce serait un prométhéisme qui aurait retrouvé la mémoire.
Le contraste avec la gauche actuelle n’en devient que plus cruel. L’intelligence artificielle ouvre devant nous un champ dont nous discernons à peine les limites ; elle permet déjà d’imaginer des bouleversements de la production, de la médecine, de la recherche, de l’administration, de la guerre, de l’éducation et bientôt de notre rapport même à la connaissance. Face à cette trouée gigantesque, le vieux pachyderme de la gauche française, désormais cornaqué par une écologie politique devenue une forme savante de néo-luddisme, regarde surtout le montant des cotisations qui risquent de manquer et les nouvelles restrictions qu’il conviendrait d’inventer.
Il y a quelque chose de crépusculaire dans cette opposition. D’un côté, un avenir inquiétant parce qu’il paraît presque sans bornes ; de l’autre, un avenir rassurant parce qu’il est déjà bouché. Moins produire, moins circuler, moins consommer, moins risquer, moins entreprendre et finalement moins vouloir : le programme ressemble moins à une utopie qu’à l’organisation administrative d’un lent rapetissement.
La gauche fut longtemps le parti du lendemain. Elle risque de devenir celui qui demande au lendemain de ne surtout pas arriver trop vite. Il appartient peut-être à d’autres de renouer avec cette vieille audace qui consistait à regarder une invention nouvelle non pour demander d’abord ce qu’elle allait détruire, mais ce qu’elle permettrait de bâtir. Et surtout de comprendre que l’abondance n’est pas nécessairement l’antichambre de la décadence : mise au service d’une volonté, elle peut redevenir la matière première de la puissance.
Nous attendons encore le romancier qui saura donner un monde à cette idée. Banks nous a donné le communisme des machines ; les écologistes nous annoncent la pénurie administrée. Il reste à imaginer la civilisation dans laquelle les machines, au lieu de délivrer les hommes de l’Histoire, leur donneraient enfin les moyens d’y rentrer.
#webtube : 2 489 hôpitaux en France en 2015, 2 380 en 2023. La courbe descend sans qu’aucune loi de fermeture n’ait jamais été votée, sans qu’aucun ministre n’ait jamais assumé un plan de démantèlement. Et le mouvement va s’accélérer, si l’on en croit celui qui tient les cordons du budget à l’Assemblée nationale.
Le 24 juillet, sur CNews, le député Les Républicains Philippe Juvin, médecin et rapporteur général de la commission des finances, a remis sur la table une idée qu’il porte depuis des années : certains établissements de petite taille doivent être fermés, ou au minimum voir leurs moyens regroupés. « Il y a aujourd’hui des endroits en France où on n’est pas bien soignés », a-t-il déclaré, invoquant l’inefficacité de la dépense publique en matière de soins. Le sujet est repris le 9 août par Le Figaro, qui le qualifie de « taboue ».
L’argument technique : les seuils d’activité
L’argument avancé n’est pas budgétaire en apparence. Il est médical. La Cour des comptes, dans un rapport publié en avril sur la qualité des soins en établissement, a rappelé que pour certaines prises en charge, la probabilité de réadmission et de mortalité augmente dans les structures à faible volume d’activité. Un chirurgien qui opère rarement opère moins bien : le raisonnement se tient et il n’est pas contestable en soi.
L’exemple pris par la Rue Cambon est celui du cancer de l’ovaire, environ 5 000 nouveaux cas détectés chaque année. Un collectif de soignants et de patients avait publié l’an dernier une tribune dans Le Monde estimant qu’en dessous de 20 opérations par an, le risque de rechute augmente sensiblement, avec une perte de chance définitive pour la patiente. Sur cette base, le gouvernement et les agences régionales de santé mettent actuellement en place des seuils minimaux d’activité en dessous desquels un établissement ne sera plus autorisé à pratiquer certains actes. La Cour recommande par ailleurs des revues périodiques d’activité au niveau régional, dont il faudra « tirer les conséquences » sur l’opportunité de poursuivre ces activités. Traduction administrative : le seuil ne ferme pas un hôpital, il le vide.
C’est exactement le mécanisme qui a servi à fermer les maternités depuis 20 ans. On ne supprime pas l’établissement : on lui retire l’autorisation, puis on constate que le reste n’est plus viable.
Ce que le seuil ne mesure pas
Il y a une chose que le raisonnement par volume d’activité n’intègre jamais : la distance. Un patient qui n’arrive pas au bloc n’a aucune chance de bénéficier de l’expertise du chirurgien expérimenté qui l’attend à 90 minutes de route.
Les chiffres avancés pour rassurer sont d’ailleurs à double tranchant. Selon la Commission européenne, 90,4 % de la population française vit à moins de 15 minutes en voiture d’un centre hospitalier, contre 83,2 % en moyenne européenne. Mais dans les zones rurales, ce taux tombe à 75 %. Autrement dit, 1 rural sur 4 est déjà au-delà du quart d’heure, avant toute fermeture. Ce sont précisément ces établissements-là, ceux dont le volume d’activité est faible parce que le bassin de population est peu dense, que la logique des seuils désigne en premier.
Ajoutons le contexte : 6,4 millions de Français sont sans médecin traitant et la désertification médicale touche 30 % de la population. Le système auquel on demande d’absorber les patients déplacés est déjà celui qui n’arrive pas à les soigner sur place.
1 milliard d’euros
Derrière l’argument sanitaire, le chiffre. Dans son rapport 2025 sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale, la Cour des comptes chiffrait à 0,8 à 1,2 milliard d’euros le gain attendu d’un regroupement accru des petits hôpitaux et des services jugés insuffisamment sûrs. À mettre en regard du déficit hospitalier de 2,3 milliards d’euros en 2025, imputé notamment à un sous-investissement chronique et au financement incomplet des revalorisations salariales accordées après la crise sanitaire.
Le déficit est donc pour partie le produit de décisions de l’État, et l’État propose de le combler en retirant des services aux territoires qui n’ont pas voté ces décisions. La Cour relevait déjà en 2024 la difficulté des établissements à pourvoir leurs postes médicaux — difficulté qui provoque chaque été et chaque nuit la fermeture temporaire de services d’urgence, et qui alimente ensuite les statistiques de faible activité servant à justifier les fermetures définitives.
D’autres pistes existent et sont chiffrées : le virage ambulatoire et l’hospitalisation à domicile. La Cour estime que 30 000 patients par jour font l’objet d’une hospitalisation inadéquate et qu’une économie de 1,3 milliard d’euros — davantage que les fermetures — pourrait être dégagée en 4 ans en raccourcissant les séjours et en développant les alternatives. Ces solutions ont l’inconvénient d’être moins spectaculaires qu’une ligne budgétaire supprimée.
Le ministère dément, l’IA commente
Interrogé par Le Figaro, le ministère de la Santé assure qu’aucune fermeture d’hôpital ou de service n’est envisagée à ce jour. La formule est prudente : « à ce jour ». Les seuils d’activité, eux, sont déjà en cours de déploiement.
Signalons au passage un détail révélateur de l’époque. Le même jour, le site inforadar.fr publiait sur ce sujet un article signé « Théo Vanderbeck, journaliste IA », entièrement produit par une intelligence artificielle à partir de la presse existante, illustration comprise. Le débat sur l’accès aux soins dans les campagnes est désormais commenté par des machines qui n’y mettront jamais les pieds.
Le calendrier, lui, est connu : ce sont les prochaines discussions budgétaires et les revues d’activité régionales conduites par les ARS qui fixeront le périmètre réel des restructurations.