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– Le gauchisme, maladie adolescente : un anti-occidentalisme pathologique

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#webtube : Après un premier article sur l’absurdité des postures anticapitalistes, un deuxième sur l’obscurantisme quant aux questions énergétiques et un troisième consacré à l’agribashing, Gilles Ardinat, Professeur agrégé et docteur en géographie économique et auteur de Comprendre la mondialisation en 10 leçons, conclut cette magistrale série d’articles en évoquant l’anti-occidentalisme de la gauche. Les militants de droite utilisent sans cesse le qualificatif « gauchiste » pour désigner de manière péjorative leurs adversaires de gauche. Mais la plupart ignorent que ce terme a été popularisé par Lénine dans un célèbre essai publié en 1920 (1). Afin de disqualifier les mouvements révolutionnaires jugés déviants et immatures, le chef de file des bolcheviques a alors qualifié le gauchisme de « maladie infantile du communisme ». La thèse de cette série d’articles est que le gauchisme contemporain, plus d’un siècle après la mort de Lénine, ressemble davantage à une crise d’adolescence (2) : à la manière d’un adolescent qui critique systématiquement les adultes qui l’ont pourtant aidé (parents, professeurs, figures d’autorité diverses…), les gauchistes actuels vouent aux gémonies une société qui leur a pourtant apporté des bienfaits inestimables. En effet, le gauchisme « woke » universitaire et sa version électorale (représentée en France par LFI et une myriade de petits partis (3)) sont fondamentalement des idéologies du ressentiment (4) et du rejet de l’ordre établi. Nous verrons que l’anti-capitalisme (I), la critique radicale des énergies fossiles (II) et de l’agriculture productiviste (III) ainsi que la haine irrationnelle de l’Occident (IV), constitutifs du gauchisme actuel, remettent paradoxalement en cause les facteurs essentiels du prodigieux progrès économique, social et technologique dont bénéficie notre époque.

L’Occident accusé des pires maux de l’humanité

Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution « portant qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité (5) ». Cette déclaration, portée par le Ghana et l’Union africaine, cible spécifiquement « la traite transatlantique des esclaves, qui a duré 400 ans » et indique clairement la responsabilité de la Papauté (bulles Dum Diversas et Romanus Pontifex (6)), du Portugal, de l’Espagne, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de la France (avec le fameux Code Noir (7)) et de l’État de Virginie (donc les États-Unis). L’objectif de ce texte aux accents tiers-mondistes (8) est clair : pointer du doigt l’Occident tout en occultant les autres formes d’esclavage, notamment la traite arabo-musulmane ou intra-africaine qui ont duré bien plus longtemps que la traite transatlantique et ont fait des millions de victimes (9). Cette résolution qui dénonce également le « système capitaliste racial » est d’une partialité évidente et seuls trois États présidés par des hommes de droite (Trump, Milei et Netanyahou) ont osé voter contre. En France, une loi mémorielle comparable, portée par la députée de gauche Christiane Taubira en 2001 (10), avait reconnu « que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien […] constituent un crime contre l’humanité ». La gauche avait à l’époque assumé cibler uniquement les crimes commis par la France « contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes » tout en écartant les traites intra-africaines et arabo-musulmanes de la loi (afin de ne pas accabler les populations africaines actuelles). Ces campagnes mémorielles partiales sont emblématiques d’une offensive idéologique globale qui vise, bien au-delà de la seule question de l’esclavage, à dénigrer systématiquement l’Occident : cet espace de civilisation est censé, selon les militants gauchistes, être coupable des pires maux de l’humanité.

La notion d’« Occident » a été l’objet de très nombreuses définitions et analyses au XXe siècle, pour la plupart ignorées des activistes de gauche. L’historien Fernand Braudel (11) a souligné les apports culturels successifs qui ont forgé, sur le temps long, l’identité de cet espace de civilisation. Le philosophe Philippe Nemo a listé, dans un petit ouvrage resté célèbre (12), les étapes (« miracles ») de la constitution de cette identité occidentale : la raison grecque (science, philosophie et cité), l’héritage juridique de Rome, le christianisme (conception métaphysique et morale structurante), la révolution papale (XIe–XIIIe siècles) qui a consacré la distinction entre les sphères spirituelle et temporelle et enfin les révolutions libérales modernes. Le philosophe allemand Oswald Spengler a quant à lui pensé la décadence de l’Occident (13). La Guerre froide (1947–1991), avec sa logique de blocs, va donner à l’Occident (historiquement divisé entre États rivaux) une certaine unité géopolitique et entériner son rôle central dans la défense du capitalisme. Nous retiendrons une définition géographique très simplifiée de l’Occident : il s’agit de l’espace de civilisation formé par l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) et l’Europe occidentale (dont la frontière orientale varie légèrement en fonction des époques). L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont rattachées à cette civilisation. De nombreux États non-occidentaux ont connu une occidentalisation plus ou moins poussée, mais appartiennent à des civilisations différentes (comme la Tunisie, pays arabo-musulman ou du Japon qui a conservé une civilisation spécifique). L’Occident désigne communément un ensemble de pays aujourd’hui relativement cohérent du point de vue politique (démocratie libérale), culturel (héritages gréco-romain et chrétien), économique (capitalisme et fort niveau de développement) et ethnique (population blanche). Dans la plupart de ces pays, les mouvements politiques de gauche ont développé un discours critique, visant à dénigrer le monde occidental. La récente conférence de l’activiste mélenchoniste Yazid Arifi illustre cet anti-occidentalisme extrême (14) : parlant de « bascule civilisationnelle », celui-ci préconise, devant une assemblée de sympathisants LFI, « la chute de la citadelle occidentale de l’intérieur. C’est notre tâche. La tâche d’un éventuel pouvoir insoumis ». Mais cet anti-occidentalisme, aux relents anti-capitalistes, tiers-mondistes et communautaristes, a une vision idéologique totalement biaisée, occultant volontairement la contribution majeure de l’Occident à l’ensemble des progrès dont la gauche se réclame de façon paradoxale.

L’Ouest, phare de l’Humanité et moteur de tous les « progrès »

Historiquement, la contribution de l’Occident aux progrès scientifiques et technologiques est majeure et sans commune mesure avec les autres civilisations. Depuis les savants grecs Archimède (IIIe siècle av. J.-C.) et Ptolémée (IIe siècle apr. J.-C.), les astronomes polonais Nicolas Copernic (1473–1543, théorie de l’héliocentrisme) et italien Galilée (1564–1642), le Britannique Isaac Newton (1643–1727, théorie de la gravitation universelle), les chimistes français Antoine Lavoisier (1743–1794) et Louis Pasteur (1822–1895) ou l’Allemand Albert Einstein (1879–1955), toute l’histoire des sciences est jalonnée d’inventeurs et génies occidentaux. Bien entendu, chaque civilisation a pu apporter son lot d’innovations. Le Proche-Orient a eu un rôle prépondérant dans l’apparition de l’agriculture (le fameux « croissant fertile » formé par la Mésopotamie et l’Égypte), de l’écriture (environ en 3500 av. J.-C.) et de l’urbanisation. La Chine a été une terre d’innovation durant l’Antiquité (invention du papier au IIe siècle av. J.-C., acupuncture…) et le Moyen Âge (poudre à canon au IXe siècle, monnaie papier au XIe siècle…) mais l’Occident est progressivement devenu le lieu de la plupart des découvertes. La science moderne, basée sur l’observation et l’expérience, est née en Occident au XVIIe siècle : les philosophes Francis Bacon (1561–1626), Descartes (1596–1650) ou Pascal (1623–1662) ont théorisé ce rapport nouveau à la connaissance. L’Occident acquiert à cette époque (et pour plusieurs siècles) une véritable domination dans le domaine des sciences et des techniques. C’est en Angleterre qu’est née la première révolution industrielle et son cortège d’inventions (notamment la machine à vapeur). Les pays de l’Europe du Nord-Ouest et les États-Unis ont été à la pointe de la deuxième (moteur à explosion et électricité) puis de la troisième révolution industrielle (invention du microprocesseur puis d’Internet aux États-Unis). L’Occident concentre la quasi-totalité des lauréats des prix Nobel en médecine, physique et chimie (15) ainsi que des médailles Fields en mathématiques (16). Mécanique, agronomie, biologie, géologie, astronomie : aucun domaine n’a échappé à l’hégémonie occidentale entre les XVIIe et XXe siècles. Notons que cette hégémonie n’est pas garantie au XXIe puisque les nations asiatiques (notamment la Chine) semblent en mesure de surclasser l’Occident dans la plupart des domaines stratégiques (17).

Si l’Occident a été sans conteste le centre d’impulsion du progrès scientifique depuis des siècles, il a été également celui de l’innovation en matière politique et sociétale : les « progrès » dont se félicite la gauche sont directement imputables à l’Occident. Si la plupart des civilisations ont eu recours à l’esclavage, les nations occidentales ont été à la pointe de son abolition. Par exemple, la France, qui a interdit l’esclavage sur son sol dès 1315 (édit de Louis X le Hutin), a aboli provisoirement l’esclavage dans ses colonies dès 1794 avant une abolition définitive en 1848. À l’occasion du congrès de Vienne, toutes les puissances européennes ont mis fin à la traite négrière transatlantique (alors que les traites intra-africaine et arabo-musulmane perdureront). L’Occident a été également à la pointe dans la promotion des libertés fondamentales (qui sont d’ailleurs une invention occidentale). Les révolutions anglaises (1642–1651 ; 1688–1689), américaine (1765–1783) et française (1789–1799) sont fondatrices de l’ordre politique moderne. Les États occidentaux sont les pionniers des Droits de l’Homme, du suffrage universel (expérimenté dès 1792 et jusqu’en 1814 en France) et des libertés individuelles. De la même manière, le mouvement d’émancipation des femmes trouve son origine en Occident. La création du terme « féminisme » (à la fin du XIXe siècle), la plupart des théories féministes ou le mouvement des suffragettes (au début du XXe siècle) rappellent le rôle éminent de l’Occident dans ce domaine. Le premier pays au monde à accorder le droit de vote aux femmes a été la Nouvelle-Zélande (en 1893). Les pays occidentaux ont également été les inventeurs de l’État social moderne : modèle bismarckien en Allemagne dès la fin du XIXe siècle, rapport Beveridge en 1942 (18), création de la sécurité sociale en France en 1945… Plus récemment, c’est aussi en Occident que les lois sociétales « progressistes » ont été initiées : les Pays-Bas (2001), la Belgique (2003) et l’Espagne (2005) sont les trois premiers pays à légaliser le mariage homosexuel (complètement tabou encore aujourd’hui dans la plupart des pays africains et asiatiques). L’Occident est donc depuis des générations le lieu de naissance et d’expérimentation des valeurs politiques les plus chères à la gauche.

Repentance, anti-christianisme et anti-capitalisme aux sources de la détestation gauchiste de l’Occident

L’anti-occidentalisme de la gauche repose sur un énorme paradoxe car c’est bien à la science occidentale que nous devons l’amélioration sans précédent de nos conditions matérielles d’existence (hygiène, campagnes de vaccination massive, éradication de la faim par l’agriculture productiviste (19), électrification…). C’est aussi grâce à l’Occident que la plupart des « progrès » sociétaux (si chers à la gauche) ont été possibles depuis plus de deux siècles : abolition de l’esclavage, libertés individuelles, Droits de l’Homme, émancipation des femmes, progrès sociaux, lois sociétales « progressistes »… Aucune autre civilisation n’a favorisé de manière aussi évidente les idéaux politiques de la gauche. La gauche peut d’ailleurs légitimement s’attribuer une grande partie de ces évolutions puisque ce sont pour l’essentiel des hommes de gauche qui ont théorisé et imposé ces changements. Mais il n’en demeure pas moins que tous ces « progrès » (ou presque) ont eu comme terreau les nations occidentales. Un militant de gauche conséquent devrait logiquement encenser l’Occident et son avant-gardisme « progressiste ». Mais paradoxalement, la gauche est presque toujours (avec des nuances) critique du passé de l’Occident.

Cet anti-occidentalisme se construit essentiellement sur une vision historique complètement biaisée qui souligne les violences commises par les puissances occidentales (traite transatlantique, colonisation…) sans jamais évoquer la violence des sociétés non-occidentales (bien souvent idéalisées). Au faîte de leur puissance à partir du XVIe siècle, les nations occidentales ont multiplié les ingérences, les interventions militaires et les conquêtes coloniales. Ce passé impérialiste fournit une matière inépuisable au discours critique de la gauche connu sous le nom de « repentance ». La repentance désigne une vision moralisatrice et culpabilisante de l’histoire d’un pays (ou ici d’une civilisation). Cette historiographie à charge est un élément fondamental si l’on veut comprendre l’idéologie gauchiste : dans l’imaginaire de gauche, l’histoire de l’Occident n’a rien de glorieux ; elle est une succession de crimes dont les Occidentaux d’aujourd’hui doivent se repentir. L’anti-occidentalisme de la gauche est la conséquence de cette repentance : en réduisant l’histoire de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis à leurs politiques impérialistes (bien réelles puisque l’Occident a été pendant plusieurs siècles le centre géopolitique du monde), l’historiographie repentante de gauche alimente le ressentiment, la culpabilité et la haine de l’Occident.

Si cet anti-occidentalisme a des explications historiographiques (tendance à la repentance), il a aussi deux leviers idéologiques plus ou moins inconscients : l’anti-christianisme et l’anti-capitalisme. En effet, depuis son origine (pendant la Révolution française), la gauche est fondamentalement anticléricale, voire antichrétienne (20). L’Occident étant chrétien, la gauche a naturellement une méfiance pour cette civilisation : l’anti-occidentalisme est (entre autres) un anti-christianisme. À cet anti-christianisme l’extrême-gauche ajoute un anti-capitalisme virulent. Sachant que ce sont les nations occidentales qui ont porté (et parfois imposé aux autres continents) le capitalisme moderne, industriel et financier, la gauche anticapitaliste opère naturellement une « convergence des luttes » entre la dénonciation de l’Occident « impérialiste » et leur combat contre le capitalisme. La Guerre froide a conforté cette convergence car les États-Unis et leurs alliés d’Europe de l’Ouest ont été de facto les principaux défenseurs du capitalisme face au bloc soviétique. L’anti-occidentalisme gauchiste est aussi un anti-capitalisme.

Gilles Ardinat, Polémia
17/08/2026

(1) Vladimir Illitch Lénine (1920), « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ».
(2) La crise d’adolescence a été l’objet d’innombrables études par des sociologues et psychologues. Le psychologue germano-américain Erik Erikson, élève d’Anna Freud, est aujourd’hui le plus fréquemment cité sur ce sujet (avec notamment sa théorie sur « le moratoire psychosocial »).
(3) Citons ici Génération.s (le groupuscule créé en 2017 par Benoît Hamon), Lutte ouvrière (parti trotskiste représenté par Nathalie Arthaud (jadis par Arlette Laguiller)), Les Verts (encore connus sous le sigle EELV), le Parti communiste français (PCF), La Jeune Garde (milice du député Raphaël Arnault), les NPA (Nouveaux partis anticapitalistes).
(4) Le ressentiment peut ici s’envisager dans son acception nietzschéenne, c’est-à-dire comme une frustration intériorisée conduisant, par une inversion des valeurs, à une morale réactive.
(5) L’ONU réclame des réparations pour les « torts historiques » de l’esclavage | ONU Info
(6) Ces bulles de 1452 et 1454/55 apportent au Portugal le soutien moral et spirituel de Rome dans sa politique d’expansion territoriale. Par exemple, Romanus Pontifex reconnaît au roi Alphonse V (1438-1481) « la pleine et entière faculté d’attaquer, de rechercher, de capturer, de vaincre, de soumettre tous les Sarrasins et les Païens […] et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle ». L’Assemblée générale de l’ONU considère clairement ces textes comme des justifications de la future traite négrière. Cependant, leur interprétation est largement débattue, certains historiens y voyant avant tout la légitimation de conquêtes et non une autorisation explicite de l’esclavage.
(7) Ce code, qui comprend notamment « l’ordonnance de mars 1685 sur les esclaves des îles de l’Amérique » promulguée sous Louis XIV, réglementait la pratique de l’esclavage dans les colonies françaises. Connu pour sa sévérité, il a été encore récemment au cœur de l’actualité puisque les députés ont voté symboliquement son abrogation le 28 mai 2026.
(8) Le tiers-mondisme désigne depuis les années 1960 le mouvement international de défense des pays du Tiers-monde (Amérique du Sud, Afrique, Proche-Orient et Asie du Sud). Cette idéologie, très marquée à gauche, considère que les pays développés sont responsables de la pauvreté des pays du Sud (esclavage, colonisation, néocolonialisme et mondialisation sont présentés comme les causes du mal-développement).
(9) De nombreux travaux historiques ont tenté d’évaluer l’ampleur des principales traites négrières (transatlantique, arabo-musulmane et intra-africaine). Olivier Pétré-Grenouilleau (Les Traites négrières, 2004) a mené une approche comparative restée célèbre. Tidiane N’Diaye (Le Génocide voilé, 2008) souligne l’extrême violence de la traite arabo-musulmane (VIIe-XIXe siècles), notamment le recours massif à la castration des hommes noirs.
(10) Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité – Légifrance
(11) Fernand Braudel (1963), Grammaire des civilisations : Fernand Braudel et la Grammaire des civilisations (1963). | Espacestemps.net
(12) Philippe Nemo (2004), Qu’est-ce que l’Occident (PUF).
(13) Oswald Spengler (1918-1922), Le Déclin de l’Occident.
(14) Le 5 juillet 2026, Yazid Arifi s’est exprimé à l’occasion d’une réunion publique LFI : Yazid Arifi : « Désoccidentaliser la France, notre priorité politique »
(15) L’ensemble des lauréats sont listés, par discipline, sur le site : The official website of the Nobel Prize – NobelPrize.org
(16) Entre 1936 (création de la distinction) et 2022 (dernière édition), 64 mathématiciens ont été récompensés : 48 occidentaux (dont certains binationaux) et 15 non-occidentaux (3 Japonais (1954, 1970, 1990), 3 Soviétiques (1970, 1978, 1990), 1 Chinois (1982), 5 Russes (1994, 2002, 2006, 2010), 1 Sud-Africain (1998), 1 Iranienne (1994), 1 Israélien (2010) et 1 Ukrainienne (2022).
(17) Une étude australienne de 2023 souligne la montée en puissance technologique vertigineuse de la Chine : ASPI’s Critical Technology Tracker – ASPI
(18) Ce rapport, rédigé par le travailliste William Beveridge, est fondateur de l’idéal de l’État-providence.
(19) Le gauchisme, maladie adolescente (3/4) : les errements de l’agribashing
(20) Lorsqu’apparaît la distinction gauche/droite au début de la Révolution française, les députés de gauche ont initié une politique clairement anticléricale (nationalisation des biens du clergé, suppression de la dîme, constitution civile du clergé), voire de déchristianisation (suppression des ordres religieux, persécutions à grande échelle pendant la Terreur). Cette tendance est confirmée sous la IIIe République (lois scolaires de Jules Ferry, laïcisation de l’État et de la société). Le discours de la gauche et surtout de l’extrême gauche est aujourd’hui encore marqué par cet anticléricalisme historique.

– Les États-Unis prennent la tête d’un front contre le terrorisme gauchiste

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#webtube : Après des analyses concernant l’Amérique latine et une réflexion critique sur le fascisme, Charles Granfeu s’intéresse au discours tenu par Marco Rubio lors du Sommet international de la lutte contre le terrorisme d’extrême gauche, qui a réuni des politiciens, des policiers et des experts de soixante pays le 16 juillet dernier à Washington. Quelques extraits marquants des déclarations du Secrétaire d’État américain précèdent l’analyse du chroniqueur.

Le terrorisme islamiste

Marco Rubio a prononcé un discours axé sur le devoir de l’État de protéger sa population, en soulignant que la lutte contre les terroristes, en Occident, avait surtout été orientée contre l’islamisme radical depuis la date emblématique du 11 septembre 2001.

À partir de 2015, au moment de l’apogée de l’État islamique, « les attaques islamistes aux États-Unis ont diminué des deux tiers […] et le nombre de personnes assassinées par le jihadisme a diminué de 97 % ». « La stratégie de nos actions contre-terroristes a fonctionné. »

« La menace n’a pas disparu, bien sûr, elle continuera d’exister, en particulier tant que nous tolérerons que les systèmes d’immigration importent directement leurs menaces contre nos nations respectives. »

Le terrorisme d’extrême gauche

« Néanmoins, depuis bien longtemps, notre doctrine du contre-terrorisme a connu un angle mort. […] L’idée que la menace terroriste puisse venir de l’extrême gauche est traitée comme un délire de la droite, ou pire, comme une dangereuse conspiration fasciste. Elle est traitée de cette façon par nos médias, nos académies, nos universités et de nombreuses institutions traditionnelles. N’en doutez pas, vous verrez la couverture médiatique de cette même conférence être traitée exactement de la même façon, malgré la réalité objective claire et incontestable des chiffres et des statistiques. »

« Ainsi, une bombe posée par un groupe néonazi est un acte odieux et assassin, et de fait il l’est, mais qu’une bombe soit posée par un révolutionnaire marxiste, et ce ne sera qu’un tragique excès d’idéalisme. »

« C’est la raison pour laquelle, dans mon pays, tant de personnes en position de pouvoir ont, de manière répétée, ignoré des actes de violence et même de terrorisme, comme s’ils représentaient une forme légitime d’expression politique dès lors qu’ils servaient une cause de gauche. »

« Durant les événements dits de George Floyd à l’été 2020, pendant que les extrémistes et les criminels pillaient et saccageaient les grandes villes américaines, mettant le pays quasiment à genoux, les procureurs locaux, dans tout le pays, ont renoncé à engager des poursuites contre les auteurs de ces actes de violence et de terreur. »

« C’est ce qui explique une image infâme, peut-être vous en souvenez-vous, où pendant qu’une présentatrice d’une agence très importante était au milieu d’un quartier consumé par les flammes, la ligne de script qui défilait en-dessous affirmait que la majorité des manifestations étaient pacifiques. […] Cette époque doit finir. »

« Quelques-uns de vos gouvernements sont en désaccord public avec nous, parfois même de façon très profonde sur les questions du commerce, de l’énergie ou de l’immigration », mais « vous êtes venus ici parce qu’il y a deux semaines, en Grèce, une femme âgée de 72 ans a été brûlée à plus de 80 % par un cocktail Molotov, dans son propre domicile, avant de mourir parce que sa fille a osé se porter candidate pour une élection ». À Berlin, « les lumières se sont éteintes pendant plus de cinq jours, la coupure d’électricité la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale », à cause d’« une attaque qui a laissé des dizaines de milliers de foyers sans électricité dans le froid glacial, ce qui a entraîné la mort d’une femme de 83 ans ». « Plus tard, un jeune Français a succombé à des lésions cérébrales traumatiques, battu à mort dans les rues de Lyon par un groupe de voyous militants d’extrême gauche. » « Vous êtes ici parce que des responsables politiques sont attaqués, battus, poignardés et tués par armes à feu dans vos rues, que des commerces ont été détruits, que des lignes de chemin de fer ont été sabotées, des policiers lynchés et brûlés vifs. » « Cela est réel et cela empire, cela ne peut plus être nié, ni ignoré ». L’heure est venue « d’écraser ce mal pour toujours ».

Ce terrorisme n’est d’ailleurs pas une nouveauté récente, ni « une fiction politique de conservateurs », car, « durant la majeure partie de l’ère contemporaine », il a été « la forme dominante de violence politique », tant en Amérique latine qu’en Europe avec les Brigades rouges italiennes, la Fraction armée rouge allemande, les terroristes marxistes grecs, etc. « Et ici, aux États-Unis, nous nous souvenons du même règne de terreur mortel, justifié par les mêmes slogans et motivé par les mêmes idées perverses. »

« Entre 1960 et 1980, 93 % des attaques terroristes en Occident sont venues de cette même extrême gauche, ce sont des chiffres qui devraient choquer la majeure partie des Américains aujourd’hui, si on ne nous avait pas enseigné que ce type de violence n’existe tout simplement pas ou a été amplement exagéré. […] Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle vague de ce mal ancien. »

« Ce ne sont pas des données abstraites » : tentative d’assassinat contre Donald Trump, assassinat de l’influenceur conservateur Charlie Kirk, tirs mortels et usage d’explosifs contre des agents de l’immigration, massacre commis dans une école catholique pendant que des élèves priaient, etc.

Ce « mal » est « motivé par la haine », et par-dessus tout par celle de sa propre civilisation. « C’est la révolte des pires contre les meilleurs, celle des faibles et des lâches contre les forts et les bons », qui « se vengent du monde, […] cherchant à détruire ceux qui réussissent ». « C’est ça, le gauchisme radical », quels que soient les noms qu’il se donne, « une aspiration à détruire ce que les plus grands hommes ont construit, à ruiner ce qui est beau et juste, […] à nous imposer leur laideur. » « L’ancienne analyse était erronée, rien de cela n’est motivé par l’idéalisme, ce n’est pas le sujet, c’est même le contraire. »

« Cette conférence est internationale, parce que nous sommes confrontés à une menace internationale et transnationale. » « Les militants “antifa” et leurs camarades voyagent dans toute l’Europe et les Amériques pour participer aux attaques des uns et des autres, pour diffuser leur propagande, partager leur matériel d’entraînement et les informations sur leurs cibles à travers des canaux cryptographiés, ils se déplacent en utilisant des réseaux clandestins d’hébergement et de financement. » Un État comme Cuba est « intrinsèquement relié » à ces groupes extrémistes.

« Ainsi, nous n’avons pas d’autre choix que d’affronter cette menace ensemble. […] Sous la présidence de Donald Trump, pour la première fois, les États-Unis sont en train de construire l’infrastructure, la coopération et la stratégie pour mettre à bas la plaie du terrorisme gauchiste. »

Analyse

Au-delà des actions violentes inspirées par la matrice marxiste et ses diverses déclinaisons idéologiques, le discours de Marco Rubio évoque la gauchisation systémique du socle culturel de la société occidentale. Un des enjeux consiste donc à déconstruire les mécanismes d’une pensée révolutionnaire qui a réussi à s’infiltrer dans toutes les strates des sociétés démocratiques, au point d’en pervertir les normes.

Le secrétaire d’État laisse entendre que la lutte contre le terrorisme d’extrême gauche n’est pas qu’une simple question de sécurité publique, mais qu’elle constitue également une lutte de nature idéologique.

Celle-ci passe obligatoirement, d’une part, par le désarmement rhétorique des discours qui justifient les actions violentes, et, d’autre part, par la déconstruction de tous les paradigmes qui ont perverti nos normes occidentales, notamment celle d’un supposé « humanisme », devenu de fait un véritable anti-occidentalisme. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les déclarations des inénarrables députés de La France insoumise, qui en sont la plus claire et la plus grotesque démonstration.

On peut d’ores et déjà regretter que le combat idéologique évoqué par Marco Rubio ne soit pas soutenu, en toile de fond, par un conglomérat de penseurs investis dans le débat contemporain. C’est à ce niveau que la « gauche » a toujours gardé l’avantage, et rien n’aboutira sans une « armée de la pensée ». Il s’agit d’obliger progressivement la « gauche » à se défaire des concepts et de la rhétorique spécieuse qui fait d’elle une complice idéologique et passive du spectre révolutionnaire, une tâche gigantesque qui ne se fera évidemment pas en quelques mois, ni en quelques années.

L’extrémisme de gauche ne constitue pas le dévoiement d’une pensée de gauche « raisonnable » et digne de participer au débat démocratique. Au contraire, c’est cette dernière qui est le fruit de la distillation homéopathique du dogme révolutionnaire, après la révolution soviétique. Il s’agissait, en un mot, de détacher le marxisme du soviétisme.

La « révolution de la pensée » prônée aux États-Unis par l’École de Francfort, composée d’intellectuels allemands ayant fui le nazisme, et la French Theory issue de l’École française du post-structuralisme, sont les ancêtres du wokisme.

L’initiative de l’administration américaine peut donc être comprise comme un contre-feu s’opposant à une stratégie gramsciste visant à promouvoir sournoisement une pensée révolutionnaire.

Si le marxisme révolutionnaire a remporté d’indéniables succès idéologiques, pourquoi a-t-il encore besoin d’une lutte armée ? La réponse est double. En premier lieu, sa matrice se réengendre constamment en une multiplicité polymorphe de mouvements qui tentent de détruire tout ce qui serait susceptible de s’opposer à l’avancée révolutionnaire. D’autre part, l’objectif d’éradication de l’Occident, clairement énoncé, implique une stratégie du leurre constante. Ainsi, au moment où l’on croit avoir neutralisé ses troupes armées, la pensée révolutionnaire progresse au cœur même des institutions démocratiques, tandis que les menaces de violences demeurent afin d’intimider ses opposants (selon un mode d’action similaire à celui utilisé par les islamistes).

Le fait que ce soit Marco Rubio qui énonce ce discours n’est pas un hasard, lui le fils de modestes immigrés cubains, fervent catholique, considéré comme un « dur » parmi les Républicains. Son projet de lutte internationale contre le terrorisme d’extrême gauche s’articule avec la construction du « Bouclier des Amériques », une association de douze pays du continent américain visant à mettre en commun des moyens financiers, militaires, policiers et de renseignements pour lutter contre le crime organisé, en premier lieu le « narco-terrorisme ».

La porosité entre le narcotrafic, le terrorisme international et des États latino-américains d’obédience marxiste est d’ailleurs notoire, sur fond de proclamations anti-occidentalistes et anticapitalistes. Ce conglomérat obscur, confus et tentaculaire, presque indéfinissable puisqu’il est polymorphe et sociologiquement informe, constitue une véritable usine à venin contre l’Occident, qu’il s’agit de transformer en « chiffe molle » avant de le piétiner.

Charles Granfeu, Polémia

– La chanson du jour, Jess Glynne – Take Me Home

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#webtube : Sous ses airs de ballade au piano épurée, ce titre incontournable de Jess Glynne aborde des thèmes profonds : la vulnérabilité, le besoin de soutien face aux moments de doute et la quête d’un refuge auprès de ceux qui nous sont chers. Une interprétation puissante et poignante qui rappelle à quel point il est essentiel de savoir demander de l’aide quand tout devient trop lourd. « Wrap your arms around me » « Hold me close, don’t let me go »

#webtube : Beneath its stripped-back piano ballad exterior, this standout track by Jess Glynne explores profound themes: vulnerability, the need for support during moments of doubt, and the search for a sanctuary with those we hold dear. It is a powerful, poignant performance that reminds us just how essential it is to ask for help when the burden becomes too heavy. « Wrap your arms around me, » « Hold me close, don’t let me go. »

Jess Glynne – Take Me Home

Source : Jess Glynne



– GR34 : le sentier des douaniers victime de son succès

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#webtube : Long de plus de 2 000 kilomètres entre le Mont-Saint-Michel et Saint-Nazaire, le GR34 attire chaque année des millions de marcheurs. Cette fréquentation contribue à la renommée du sentier des douaniers, mais exerce aussi une pression croissante sur certains secteurs déjà fragilisés par l’érosion et les intempéries. Une étude régionale menée en 2018 avait alors estimé à 9,1 millions le nombre d’usagers annuels de l’itinéraire.

Dans le Finistère, plusieurs portions doivent désormais être fermées ou déviées. Serge Nilly, président du comité départemental de la Fédération française de randonnée, évoque auprès de France 3 Bretagne « une bonne quinzaine » d’endroits où le tracé est coupé. Des itinéraires alternatifs sont généralement proposés, mais trois ou quatre secteurs restent totalement fermés lorsqu’aucune déviation sécurisée n’est possible.

À Moëlan-sur-Mer, plusieurs centaines de mètres sont ainsi interdits après les tempêtes de l’hiver.

À Ploumanac’h, plus de 900 000 passages

La pression est particulièrement forte sur la Côte de granit rose. À Ploumanac’h, 903 300 passages ont été enregistrés en 2025, selon le rapport d’activité de l’office de tourisme présenté au conseil municipal de Perros-Guirec. Juillet et août concentrent 38 % de cette fréquentation.

Face à cette affluence, l’élue d’opposition Lise Brygo a proposé l’instauration d’une jauge lors des périodes les plus chargées. Le maire, Erven Léon, s’y oppose, estimant un système de quotas difficilement applicable en raison des multiples accès au sentier.

Il reconnaît néanmoins des pointes pouvant atteindre 6 000 personnes dans une même journée, entre 10 h et 17 h. La municipalité privilégie pour l’instant la sensibilisation des visiteurs afin de mieux répartir les passages.

Érosion et fermetures ponctuelles

La fréquentation n’est toutefois pas seule en cause. À Saint-Nazaire, une portion du GR34 est interdite depuis le 20 juillet après l’apparition d’une fissure atteignant au moins 20 centimètres de profondeur. Une déviation a été aménagée dans l’attente d’une expertise géotechnique.

Dans le Finistère, Serge Nilly estime qu’il faut désormais faire coexister « la fréquentation voire la sur-fréquentation dans certaines zones avec la préservation de la biodiversité ».

Face aux fermetures et à l’érosion de certains secteurs, déviations, déplacements du tracé et mesures d’information sont désormais mis en œuvre ponctuellement afin d’assurer la continuité et la sécurité de l’itinéraire.

Arthur Keraudren

breizh-info.com

– Quand les enfants algériens de France partent en colonie de vacances… en Algérie !

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#webtube : Les migrants algériens installés en Europe et particulièrement en France soutiennent être partis de leur pays « par manque de perspective » ou parce que celui-ci est une « dictature ». Certains gauchistes pensent même que ces migrants ont « fuit la guerre, les massacres, la famine ». Pourtant, l’Algérie est ce pays où beaucoup de ces migrants vont passer leurs vacances. Vacances parfois même organisées par le gouvernement algérien lui-même ! 

C’est ainsi que « le dimanche 16 août 2026, à l’aéroport international Houari Boumediene, la troisième et dernière équipe de la communauté nationale des diasporas résidant en France et une série de pays européens, dans le cadre de l’application du programme national approuvé par le Président de la République, M. Abdulmadjid Tebboune, et du juge chargé de la distribution d’une quota de 2000 enfants et jeunes résidant dans la diaspora nationale à l’étranger pour bénéficier des camps d’été. » a déclaré la présidence algérienne dans une phraséologie un peu lourde qui fait tout son charme. Et celle-ci de continuer : « Cette équipe comprend 578 enfants et jeunes, qui seront distribués dans les centres de vacances et de divertissement à Algiers, Boumerdes, Oran, Bejaia, Jijel et Béjaïa, pour bénéficier d’un programme éducatif, culturel et récréatif intégré tout au long de leur séjour.

Ce programme fait partie de la coopération et de la coordination conjointe entre le ministère des Affaires étrangères, représenté par le représentant de l’État chargé de la diaspora à l’étranger, وزارة الشباب, et les missions diplomatiques et consulaires pertinentes, qui ont contribué à la préparation du processus et à son accompagnement à travers diverses étapes, garantissant les meilleures conditions pour recevoir les enfants de la patrie résidant à l’étranger et prendre soin d’eux pendant leur séjour.

Le programme pour la communauté nationale des diasporas résidant à l’étranger pour 2026 comprend trois sessions pour les camps d’été, bénéficiant à 2000 enfants et jeunes, avec 16 vols pour le transfert des participants, et 08 centres de réception et de rassemblement, tandis que les camps seront distribués dans 07 provinces côtières, permettant aux bénéficiaires de bénéficier d’un programme éducatif intégré qui combine des dimensions historiques, culturelles, touristiques et récréatives.

Le programme comprend l’organisation de ateliers artistiques et créatifs, ainsi que des programmes d’échange culturel et d’interaction, qui enrichissent l’expérience des participants et ouvrent des espaces à la communication et à l’interaction pour découvrir différents aspects du patrimoine national.

Au cours de la deuxième moitié d’octobre 2026, ce cours offre aux participants l’opportunité d’utiliser jusqu’à un certain équilibre historique et culturel de leur patrie national, pour découvrir de près leur patrimoine civilisationnel et bénéficier de diverses activités programmées dans des espaces sûrs et adaptés, combinant divertissement, découverte et communication.

Il convient de noter que le ministère de la Jeunesse a commencé, depuis mercredi 12 octobre 2026, à recevoir 26 jeunes et enfants de la diaspora nationale venues du Royaume d’Arabie saoudite, ainsi qu’une délégation comprenant 36 jeunes et enfants de la diaspora algérienne résidant dans les régions frontalières occidentales de la République Tunisienne, dans le cadre de la coordination entre le ministère des Affaires étrangères, représenté par l’État responsable de la diaspora nationale à l’étranger, et le ministère de la Jeunesse, pour bénéficier du programme des camps d’été dédié à cette catégorie.

Il convient également de noter que environ 37 000 enfants et jeunes de Sétif bénéficieront du programme des camps d’été pour 2026 à l’échelle nationale, tandis que diverses activités d’été organisées par le ministère de la Jeunesse visent à atteindre jusqu’à la moitié de un million de jeunes à travers le pays. »

Reste une question : pourquoi l’Algérie ne garde-t-elle pas toute cette jeunesse afin de lui faire découvrir 365 jours par an le « patrimoine historique et culturel de leur patrie nationale : l’Algérie » ? Et pourquoi les mêmes jeunes, une fois devenus adultes, feront tout pour fuir la « patrie nationale » et s’installer chez l’ancien colonisateur honni ?

J-P Tredia

breizh-info.com 

– La double tenaille – par Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées

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#webtube : Dans le train de Rennes à Quimper, l’autre jour, je venais d’achever mon Figaro. Je repliai le journal avec cette satisfaction un peu vaine du lecteur qui croit avoir fait le tour des malheurs du monde avant le dîner, puis je laissai mes yeux errer dans le wagon. Il faisait une chaleur accablante, une de ces chaleurs d’orage qui rendent les étoffes importunes, les enfants bruyants et les conversations plus longues qu’elles ne devraient l’être. C’est alors que mon regard s’arrêta sur un voyageur assis à quelques places de moi.

C’était un homme d’une trentaine d’années, peut-être un peu davantage, habillé sans extravagance, d’une manière incontestablement masculine, quoique tout, dans le détail, eût subi une légère inflexion féminine. La coupe des vêtements, le soin des mains, la façon de croiser les jambes, certains gestes très mesurés composaient un ensemble singulier. Il ne cherchait nullement à ressembler à une femme ; il semblait plutôt avoir emprunté à la féminité quelques-uns de ses codes pour les accommoder à sa manière d’être. Il y avait là beaucoup plus de naturel que de revendication.

Sa sexualité m’était parfaitement indifférente. Nous avons pris, ces dernières décennies, la curieuse habitude de vouloir immédiatement savoir avec qui couche celui que nous rencontrons, comme si toute personnalité humaine devait être réduite à ce renseignement de police. Ce qui m’intéressait était ailleurs : dans le léger trouble que cet homme faisait naître autour de lui, sans paraître lui-même s’en apercevoir.

Quelques femmes le regardaient avec une curiosité que je n’aurais pas toujours qualifiée de bienveillante. Elles semblaient hésiter devant une sorte de concurrence qu’elles ne savaient pas tout à fait évaluer, comme si cet homme avait empiété, sans autorisation, sur un domaine qu’elles considéraient comme le leur. Les hommes, de leur côté, jetaient un regard plus bref et détournaient aussitôt les yeux. On sentait chez eux la vieille mécanique classificatoire s’enrayer un instant : un homme est un homme, une femme est une femme, l’affaire devrait être entendue, et voilà que celui-ci brouillait les signes sans brouiller pour autant la réalité.

Cette petite scène me fit sourire, car l’humanité n’a évidemment pas attendu les sociologues américains, les émissions de télévision ni les commissions parlementaires pour connaître les hommes efféminés. Ils ont toujours existé. Beaucoup de sociétés traditionnelles leur ont fait une place, parfois étroite, parfois moqueuse, quelquefois rituelle, sans éprouver le besoin de transformer cette singularité en problème métaphysique. Les rae-rae de Polynésie en sont l’exemple le plus connu chez nous, mais on retrouverait ailleurs, sous des noms différents, ces hommes établis dans une sorte de marche entre deux territoires.

Les sociétés anciennes pouvaient être brutales, souvent injustes, rarement tendres. Elles avaient pourtant compris quelque chose que nous avons peut-être désappris : un homme pouvait être féminin sans cesser d’être un homme. Un garçon pouvait préférer la grâce à la rudesse, la conversation au pugilat, la compagnie des femmes à celle des garçons, sans que sa nature devînt aussitôt une énigme médicale. Le christianisme occidental, en étendant ses catégories morales, a en partie rompu avec certaines de ces anciennes accommodations ; il n’a naturellement supprimé ni les tempéraments ni les marges.

Mon compagnon de voyage, lui, semblait avoir trouvé sa place sans demander la permission à personne. Une belle montre brillait à son poignet, sa tenue témoignait du goût plutôt que de la provocation, et son visage avait cette expression paisible des gens qui ont cessé depuis longtemps de négocier avec eux-mêmes. J’en conclus, avec toute la témérité permise à un observateur de wagon, qu’il avait réussi sa vie ou qu’il savait du moins en donner l’apparence.

J’aurais volontiers engagé la conversation. Les gens un peu en marge ont souvent beaucoup à raconter, précisément parce qu’ils ont dû penser des choses que la majorité peut se dispenser de penser, et j’ai toujours eu quelque goût pour ces récits-là. Les circonstances, malheureusement, ne s’y prêtaient matériellement pas : ce train du vendredi après-midi qui descend vers Quimper était bondé, la chaleur devenait infernale, les voyageurs s’entassaient jusque dans les passages et il eût été impossible d’avoir une conversation normale sans la faire partager à la moitié du wagon.

J’avais fini par sortir de mon sac l’éventail que ma fille m’avait offert, un éventail de deuil, entièrement noir, comme il sied à ces objets sévères. Ce sont à peu près les seuls éventails que notre société consente encore à voir entre les mains d’un homme sans soupçonner aussitôt quelque fantaisie coupable ; les temps ont beaucoup changé depuis que les messieurs savaient eux aussi se donner de l’air sans avoir à justifier leur virilité. Dans cette étuve ferroviaire, l’objet me parut en tout cas une invention supérieure à tout le génie technique de la SNCF.

Mon voisin aperçut l’éventail et notre regard se croisa une seconde. Je crus voir dans ses yeux une lueur amusée, peut-être même une forme de reconnaissance. Car mon éventail était noir, un éventail de deuil, c’est-à-dire précisément de ceux que les anciennes convenances autorisaient aux hommes : je ne transgressais donc rien, j’observais au contraire, avec un scrupule presque suranné, les règles d’un monde disparu. Lui qui jouait avec tant de naturel des signes masculins et féminins avait peut-être saisi immédiatement ce paradoxe. J’aurais très volontiers profité de cet instant pour lui parler ; la foule, le vacarme et cette chaleur de four rendaient simplement la chose impossible, à moins de transformer une conversation privée en conférence publique.

Le train poursuivit sa route vers Lorient, puis au-delà. À travers les vitres apparaissaient les installations portuaires, les grues, les chantiers navals, tout ce monde de fer et de coques qui rappelle utilement que la mer n’est pas seulement une affaire de bains de soleil et de crêperies. La température, elle, demeurait insupportable, et mon Figaro n’avait plus rien à me donner.

J’ouvris donc ma tablette, où règne un désordre assez fidèle à mon esprit. On y trouve la presse française, des journaux argentins, quelques revues américaines, des articles d’histoire navale, des textes d’archéologie et, par les chemins mystérieux des algorithmes, quantité de choses que je n’avais nullement demandé à lire. Ce jour-là, le hasard me conduisit vers le New York Post.

J’ai pour ce journal une vieille sympathie. Il est tapageur, outrancier, volontiers canaille, et donne des États-Unis une image populaire qui corrige utilement celle, beaucoup plus convenable, du Washington Post, que je lis également. Le premier sent parfois le commissariat, le diner et la salle d’attente ; le second, le colloque universitaire et le bureau climatisé. Entre les deux, on finit par apercevoir un peu l’Amérique réelle, lecture devenue pour moi d’autant plus précieuse que je n’ai plus le droit de me rendre aux États-Unis pour aller voir les choses par moi-même.

Je tombai cet après-midi-là sur plusieurs articles consacrés aux detransitioners, que l’on traduit désormais en français par « détransitionnaires ». Ce sont ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui, après avoir entrepris une transition médicale, souvent pendant l’adolescence, cherchent quelques années plus tard à revenir en arrière. Le mot est administratif, presque inoffensif ; la réalité qu’il recouvre l’est beaucoup moins. On change aisément de coiffure, de parti politique, de pays ou d’opinion ; on revient plus difficilement d’une ablation.

Les articles du New York Post renvoyaient à un rapport du département américain de la Santé et des Services sociaux, au titre d’une brutalité toute américaine : Wolves in White Coats, « Les loups en blouse blanche ». Il faut aussitôt préciser que ce document s’inscrit pleinement dans la guerre culturelle des États-Unis contemporains. Commandé sous l’administration Trump, rédigé par des contributeurs dont plusieurs appartiennent au camp chrétien conservateur, il n’a rien de cette prose désincarnée que l’on prête parfois, à tort, aux administrations.

Cette réserve faite, le contenu mérite mieux que le haussement d’épaules avec lequel chacun accueille désormais les documents produits par le camp d’en face. Le rapport est précis, abondamment chiffré, et surtout il fait surgir derrière la querelle idéologique une question infiniment plus prosaïque : celle de l’argent. Lorsque l’on gratte un peu le vernis des grandes causes humaines, on rencontre souvent, derrière les mots sublimes, une comptabilité.

Le premier enseignement du rapport tient en une expression glaciale : le « patient captif ». L’enfant ordinaire constitue, si j’ose dire, un assez mauvais client pour l’hôpital. Il attrape une angine, se casse le poignet, reçoit quelques points de suture, guérit et disparaît. L’adolescent engagé dans une transition médicale entre, lui, dans un parcours potentiellement très long : bloqueurs de puberté, traitements hormonaux, consultations endocrinologiques, analyses biologiques, surveillance osseuse, chirurgie éventuelle, suivi gynécologique ou urologique, corrections, complications et parfois reconstruction. Chaque étape produit un acte, chaque acte possède un code, chaque code appelle une facture.

Le rapport avance que près de 120 millions de dollars auraient été facturés aux États-Unis depuis 2019 pour des interventions liées à la transition de mineurs, avec plus de 5 500 actes chirurgicaux et environ 8 500 traitements hormonaux ou bloqueurs de puberté. Il estime qu’un parcours commencé pendant l’adolescence peut représenter de 25 000 à 75 000 dollars de dépenses au cours d’une vie sans chirurgie, et beaucoup davantage lorsque celle-ci intervient. Certaines combinaisons opératoires approchent ou dépassent 170 000 dollars.

Ces chiffres ne prouvent évidemment pas qu’un médecin prescrive un traitement uniquement pour remplir sa caisse. Un chirurgien gagne sa vie en opérant sans pour autant souhaiter que ses voisins passent sous un autobus. Ils établissent néanmoins l’existence d’une incitation économique, et cette incitation devient préoccupante lorsqu’elle se conjugue avec une doctrine médicale qui pousse dans la même direction. Le rapport souligne d’ailleurs que des services pédiatriques traditionnellement peu rentables ont pu trouver dans ces prises en charge une source de revenus réguliers, prolongés et prévisibles.

La suite du document devient plus aride, donc peut-être plus intéressante encore. Il y est question de codification médicale, de ces lettres et de ces chiffres qui permettent aux médecins américains d’indiquer aux assureurs ce qu’ils ont diagnostiqué et ce qu’ils entendent leur faire payer. L’affaire paraît byzantine ; elle est en réalité très simple. Pour obtenir un remboursement, il faut que le traitement corresponde à une pathologie officiellement déclarée.

Or les auteurs du rapport affirment avoir découvert l’utilisation de diagnostics vagues d’affections endocrines, voire de « puberté précoce », pour justifier le remboursement de certains bloqueurs de puberté prescrits dans le contexte d’une dysphorie de genre. Le détail devient presque cocasse lorsque l’on découvre des remboursements effectués sous ce diagnostic chez des adolescents de treize, quatorze, quinze ou seize ans. Une puberté qui survient à l’âge normal de la puberté a quelque difficulté, même en Amérique, à être qualifiée de précoce. Le rapport relève ainsi plusieurs millions de dollars de facturations suspectes et estime que certaines pratiques pourraient mériter une enquête pour fraude.

Je quittais alors le domaine des idées pour entrer dans celui des factures, et ce déplacement n’est jamais sans intérêt. Les grandes querelles de civilisation prennent un visage différent lorsqu’on les observe à travers les bordereaux de remboursement. Le tragique se mêle très vite au sordide.

Les témoignages rapportés dans les pages suivantes donnaient cependant à ces chiffres une chair douloureuse. Celui de Clementine Breen m’arrêta longtemps. Cette jeune fille avait été victime, enfant, d’une agression sexuelle dont le traumatisme, selon son récit, n’avait pas réellement été pris en charge. Lorsque la puberté survint, elle commença à détester son corps, chercha sur Internet pourquoi elle haïssait le fait d’être une fille et trouva, au bout de quelques clics, une explication toute prête.

À douze ans, elle reçut des bloqueurs de puberté. À treize, on lui prescrivit de la testostérone. À quatorze, elle subit une double mastectomie. Le rapport raconte qu’après l’opération sa santé psychique se dégrada fortement, avec troubles alimentaires, insomnies, accès de colère puis épisode psychotique. Des traitements psychiatriques furent ajoutés, sans que ses médecins, selon le récit, envisagent que l’hormonothérapie pût jouer un rôle dans cet effondrement.

Quatorze ans : cet âge me fit reposer un instant ma tablette et regarder au-dehors. À cet âge-là, j’avais sur le monde des certitudes absolues dont je serais aujourd’hui bien incapable de retrouver la moitié ; c’est même l’un des privilèges de l’adolescence que de pouvoir se tromper avec une conviction sublime. La nature, autrefois, avait prévu pour cela un remède assez bon marché : le temps.

Clementine Breen raconte qu’elle entreprit plus tard un véritable travail thérapeutique sur l’agression sexuelle subie dans l’enfance et qu’elle en vint alors à remettre en cause sa transition. Elle cessa la testostérone à dix-huit ans. Lorsqu’elle souhaita ensuite entreprendre une reconstruction mammaire, elle découvrit une prudence médicale dont elle affirme n’avoir guère bénéficié à quatorze ans : interrogations répétées sur sa stabilité psychologique, réserves, réticences et même, selon son témoignage, rupture de contact avec l’un de ses anciens médecins.

Cette asymétrie me paraît l’un des faits les plus troublants du dossier. Qu’un chirurgien hésite avant d’opérer est la moindre des choses, et cette prudence honore son métier. La question est de savoir pourquoi cette même prudence n’aurait pas été exercée quatre années plus tôt, lorsqu’il s’agissait non de reconstruire, mais d’enlever.

D’autres histoires suivaient, différentes et pourtant étrangement parentes. Sydney Aviles avait commencé sa puberté à neuf ans, souffrait de son corps et portait déjà le poids d’une agression sexuelle et du divorce de ses parents. Layla Jane, elle, connut une puberté plus précoce que celle de ses camarades, souffrit d’anxiété, de dépression et d’un autisme encore non diagnostiqué. Dans plusieurs de ces récits, Internet apparaît comme le grand prescripteur préalable, celui qui fournit à une souffrance confuse un nom, puis une direction.

Il faut ici se garder des explications trop simples. Une personne réellement dysphorique peut souffrir profondément et durablement ; nier cette souffrance serait aussi absurde que de prétendre qu’une seule réponse convient à tous. Ce qui frappe dans les témoignages rassemblés par le rapport est autre chose : la rapidité avec laquelle des malaises très divers peuvent être interprétés sous un même prisme et orientés vers une même solution.

Chez les jeunes filles, surtout, se dessine la première mâchoire de la tenaille. C’est la pression sociale, cette étrange brutalité d’un monde qui proclame l’émancipation féminine tout en soumettant les adolescentes à une surveillance physique sans précédent. Réseaux sociaux, photographies permanentes, comparaison incessante, sexualisation précoce, pornographie omniprésente, commentaires, harcèlement, corps parfaits affichés sur les écrans : jamais sans doute une jeune fille n’avait été aussi libre en droit et aussi continuellement jugée dans son apparence.

À cela s’ajoute la vieille violence de la puberté, qui n’a rien demandé à personne. L’enfant voit son corps se transformer, devient l’objet d’un regard qu’elle ne souhaitait pas, découvre les règles, les seins, le désir d’autrui, parfois la honte et parfois la peur. Lorsque surviennent en outre l’autisme, une agression sexuelle, la dépression ou l’isolement, il n’est guère surprenant que certaines cherchent à fuir ce corps devenu territoire ennemi.

Notre époque leur offre alors une proposition que les siècles précédents formulaient rarement : peut-être ce corps n’est-il pas le bon. Ce qui fut longtemps interprété comme une difficulté à devenir femme peut désormais être présenté comme le signe que l’on ne serait pas femme du tout. Le soulagement initial doit être immense : la souffrance trouve soudain un nom, un récit, des compagnons et une porte de sortie.

Les garçons connaissent une autre version de la même pression. Un garçon tendre, gracile, rêveur, peu intéressé par les manifestations ordinaires de la virilité, préférant les arts au football ou la compagnie des filles aux groupes masculins, a toujours existé. L’ancien monde pouvait se montrer odieux avec lui, le couvrir de quolibets, lui imposer une virilité de caserne dont il ne voulait pas. Le monde nouveau se veut plus bienveillant, tout en risquant parfois de lui poser une question autrement vertigineuse : êtes-vous vraiment certain d’être un garçon ?

Le vieux monde lui disait quelquefois, avec une stupidité brutale : « sois un homme ». Le nouveau peut lui souffler, avec une infinie douceur : « peut-être n’en es-tu pas un ». Je ne suis pas absolument convaincu que nous ayons, dans tous les cas, gagné au change.

C’est à ce moment de ma lecture que je repensai à l’homme du wagon. Il était toujours là, à quelques mètres, parfaitement occupé à être cet homme-là, avec sa manière féminine de bouger, ses vêtements choisis, sa jolie montre et cette absence visible de guerre intérieure. Je n’avais aucune idée de son histoire et il aurait été sot de lui en inventer une, seulement sa présence me rappelait une possibilité anthropologique très ancienne : celle d’être différent sans avoir besoin de devenir autre.

Un homme efféminé peut demeurer un homme efféminé et une femme garçonne peut rester une femme garçonne. Cette dernière figure paraît d’ailleurs presque avoir disparu de notre vocabulaire, sauf sur les courts de tennis où, à en croire certaines images contemporaines, elle bénéficie encore d’un permis de séjour. Il existe pourtant dans les tempéraments humains des milliers de nuances, et une société véritablement tolérante devrait avoir assez de largeur pour les accueillir sans exiger que chacune d’entre elles soit transformée en identité médicale.

La différence est peut-être une richesse précisément lorsqu’on lui laisse le droit de ne pas changer de nature. Voilà ce que mon compagnon de voyage me rappelait, à son insu, beaucoup mieux que les interminables disputes où chacun prétend aujourd’hui libérer l’autre en lui disant ce qu’il doit être.

La seconde mâchoire de la tenaille est moins noble. Elle ne se trouve ni sur les réseaux sociaux ni dans les conversations d’adolescents. Elle porte une blouse blanche, dispose d’un service comptable et connaît parfaitement les tarifs de remboursement.

C’est l’appât du gain, ou plus exactement la rencontre entre l’intérêt financier et l’enthousiasme idéologique. Il serait injuste d’accuser indistinctement les médecins qui ont travaillé auprès de jeunes personnes dysphoriques ; beaucoup ont certainement agi avec sincérité, dans un domaine où les recommandations leur étaient présentées comme solides et où la prudence pouvait être confondue avec l’hostilité. Les institutions, en revanche, obéissent à des logiques qui dépassent les intentions individuelles.

Lorsqu’un adolescent jusque-là physiquement sain devient soudain un patient appelé à recevoir durant des années des traitements, des examens, des consultations et peut-être des opérations, la question financière ne saurait être évacuée d’un geste. Le rapport américain soutient précisément que cette incitation économique a rencontré une idéologie qui fournissait à la fois la justification morale et l’impulsion. Les deux forces n’avaient aucune raison de se combattre ; elles pouvaient au contraire se renforcer mutuellement.

Voilà la double tenaille. D’un côté, une société qui apprend à l’adolescent à soupçonner son propre corps et à chercher dans celui-ci l’origine de son malheur ; de l’autre, un système médical qui peut avoir intérêt à lui proposer une correction longue, coûteuse et parfois irréversible. Entre les deux se trouve un être humain à l’âge où tout bouge, le corps, les désirs, les peurs, les fidélités et jusqu’à la conception de soi.

La première mâchoire murmure : « Tu n’es peut-être pas ce que ton corps affirme. » La seconde répond : « Nous savons comment y remédier. » Entre les deux propositions, il devrait exister un espace, un grand espace de silence, d’écoute, de psychologie, de prudence et surtout de temps. C’est peut-être cet espace qui a manqué à certaines des jeunes personnes dont le rapport raconte la détresse.

À Rosporden, mon voisin se leva. Il prit ses affaires, s’engagea dans l’allée et, passant devant moi, jeta un regard vers mon éventail avant de m’adresser un sourire difficile à interpréter. Peut-être souriait-il simplement à cet objet incongru entre les mains d’un vieux monsieur dans un train breton ; peut-être avait-il remarqué que je l’avais observé et choisissait-il de répondre par une politesse amusée. Les chroniqueurs ont le défaut de vouloir transformer chaque sourire en symbole, aussi me garderai-je de conclure davantage.

Je lui rendis son sourire et il descendit sur le quai. Le train du vendredi après-midi repartit vers Quimper, où il devait entrer à 18 h 25, emportant avec lui cette petite rencontre ferroviaire et me laissant seul avec les pages du rapport américain. J’achevai ma lecture avant l’arrivée, puis les changements d’horaires estivaux me condamnèrent encore à près d’une heure d’attente avant de pouvoir rejoindre la côte bigoudène.

Cette attente me donna le temps de laisser retomber les chiffres. Les millions de dollars, les codes médicaux, les consultations trimestrielles, les opérations et les polémiques s’effacèrent peu à peu derrière quelques âges : douze ans, treize ans, quatorze ans. À cet âge, l’existence est une maison dont les murs bougent encore. On ne sait pas toujours quelles pièces on habitera plus tard.

Une société civilisée devrait peut-être commencer par rendre aux enfants le droit d’être étranges. Le droit d’être un garçon efféminé, une fille garçonne, un jeune homosexuel qui se cherche, une adolescente malheureuse dans son corps, un enfant autiste qui ne comprend pas les codes de son sexe, un être simplement mal assorti à l’idée que les autres se font de lui. Elle devrait leur permettre de traverser ces terres incertaines sans qu’une armée de militants, de thérapeutes, d’influenceurs ou de marchands se précipite pour leur expliquer immédiatement qui ils sont.

Elle devrait surtout savoir attendre, ce qui est devenu peut-être la vertu la plus difficile d’un monde habitué à tout obtenir en quelques clics. Attendre avant de donner des hormones à ceux dont le corps n’a pas achevé sa croissance ; attendre plus encore avant de confier au bistouri une décision prise à l’âge où l’on change encore d’avis sur tout. La prudence n’est pas le refus de la souffrance, elle en est parfois la forme la plus respectueuse.

On peut changer d’opinion, de religion, de pays, de métier, d’amant et même de nom. On peut, à vingt-cinq ans, sourire de la personne que l’on croyait être à quinze et regarder avec tendresse les colères qui nous semblaient alors définitives. Le corps, lui, conserve une mémoire plus obstinée.

Lorsque mon car quitta enfin Quimper vers le pays bigouden, la chaleur n’avait toujours pas cédé et je tenais encore mon éventail noir à la main. Je repensai au sourire de l’homme descendu à Rosporden, puis à Clementine Breen et aux autres jeunes gens du rapport, qui cherchent aujourd’hui à raccommoder ce que des adultes trop empressés avaient cru pouvoir refaire.

Il existe des blessures que le temps apaise et des erreurs dont on revient. Certaines laissent une cicatrice, d’autres un regret, et l’on apprend à vivre avec elles comme avec les tempêtes anciennes dont les maisons gardent une lézarde. Les décisions prises à l’âge où l’on ignore encore ce que l’on deviendra ont ceci de particulièrement tragique que, lorsqu’elles sont confiées au chirurgien, le temps peut bien revenir sur ses pas : le bistouri, lui, ne le peut pas.

Balbino Katz,

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– L’accusation de « génocide » à Gaza : une extraordinaire inversion

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#webtube : Pourquoi tant de gens s’acharnent-ils à parler d’un génocide des Gazaouis commis par Israël? On peut critiquer le gouvernement et l’armée israéliens comme on peut critiquer ceux de n’importe quel pays impliqué dans une guerre. Mais l’accusation de génocide a une fonction spéciale ici : elle sert à transformer en bourreau un peuple dont les ancêtres ont été les victimes du crime paradigmatique.

Il est des mots que l’histoire a chargés d’un poids tel qu’on devrait hésiter avant de les prononcer, non par cette prudence pusillanime qui est devenue l’une des formes contemporaines du renoncement à penser, mais parce que leur grandeur tragique exige qu’ils demeurent attachés à des réalités précises, faute de quoi ils deviennent ces monnaies démonétisées dont les idéologues se servent pour acheter à bon compte l’indignation des foules ; et parmi ces mots, celui de « génocide », lorsqu’il est appliqué comme une évidence à la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza, est peut-être celui dont l’usage révèle le mieux notre incapacité croissante à distinguer ce que nous voyons de ce que l’on nous commande d’y voir.

Non qu’Israël doive être soustrait à la critique, ni qu’une armée démocratique, parce qu’elle appartient à une démocratie, soit mystérieusement délivrée de la possibilité de commettre des erreurs, des fautes ou même des crimes ; mais parce que le passage de la guerre — fût-elle meurtrière, destructrice et impitoyable comme le sont les guerres lorsqu’on cesse de les regarder depuis les salons occidentaux — au génocide suppose quelque chose de très particulier : la volonté de détruire un peuple en tant que peuple. Or c’est précisément cette volonté qu’il faudrait démontrer et dont la démonstration est presque toujours remplacée par une accumulation d’images, de chiffres et d’indignations qui, se répondant les uns aux autres dans la grande chambre d’écho médiatique et numérique, finissent par tenir lieu de preuve.

La question que je voudrais poser n’est donc pas seulement celle du droit international, dont les catégories sont devenues elles-mêmes des armes dans la guerre politique, mais celle du mécanisme intellectuel et passionnel qui conduit tant de personnes à avoir besoin de ce mot-là, et d’aucun autre, lorsqu’elles parlent d’Israël. Car deux figures apparaissent, différentes par leur conscience de ce qu’elles font mais réunies par le même vocabulaire : l’ignorant endoctriné, qui répète avec la certitude du juste ce qu’une propagande extraordinairement efficace lui a appris à considérer comme une évidence, et l’antisémite, qui trouve dans l’accusation de génocide l’arme symbolique presque parfaite permettant de faire de l’État juif non plus un État que l’on combat ou dont on condamne la politique, mais l’incarnation même du mal contemporain.

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L’ignorant endoctriné n’est d’ailleurs nullement condamné à être ignorant au sens scolaire du terme, et ce serait même faire preuve d’une singulière naïveté que de croire encore, après tout ce que le XXᵉ siècle nous a enseigné, qu’un diplôme protège de l’aveuglement idéologique. Il existe une ignorance savante, bardée de titres, encombrée de références, saturée de rapports, de colloques et de certitudes morales, infiniment plus difficile à ébranler que l’ignorance ordinaire parce qu’elle possède le privilège redoutable de ne pas se savoir ignorante. Un professeur d’université, un journaliste, un juriste, un responsable d’organisation internationale peuvent ainsi connaître une quantité considérable de choses et ne plus savoir regarder ce qui contredit le système de représentations auquel ils appartiennent.

Que voit cet ignorant lorsqu’il regarde Gaza ? Il voit des immeubles éventrés, des familles déplacées, des enfants morts, des hôpitaux endommagés, des hommes hagards devant les ruines de leur maison, et personne n’a besoin de nier la réalité de ces images pour constater qu’une image, si vraie soit-elle, ne contient jamais à elle seule son explication. C’est précisément dans l’espace séparant le fait de son interprétation que s’installe la propagande, laquelle ne consiste pas nécessairement à inventer ce qui n’existe pas, mais plus subtilement à choisir, ordonner, répéter et interpréter ce qui existe jusqu’à rendre presque impossible toute autre représentation du réel.

On avance alors un bilan de l’ordre de 70 000 morts selon les chiffres provenant des autorités de Gaza, sans que le nombre exact de combattants compris dans ce total soit établi d’une manière faisant consensus, et, de proche en proche, le nombre devient intention : beaucoup de morts signifie massacre, le massacre signifie extermination et l’extermination signifie génocide. Ainsi se constitue une chaîne de pseudo-évidences dont chacun des maillons aurait dû être interrogé, mais dont la puissance tient justement à ce que l’émotion rend l’interrogation presque obscène.

Il fallait cependant, pour que cette représentation s’impose, faire disparaître un acteur essentiel du tableau, et cet acteur est le Hamas. Ses combattants se dissolvent dans le chiffre global des morts, ses armes disparaissent derrière les bâtiments détruits, son réseau souterrain devient une note de bas de page, les otages israéliens quittent progressivement la mémoire collective, tandis que le 7 octobre 2023, qui fut pourtant l’origine immédiate de cette guerre, s’éloigne jusqu’à devenir une sorte de préhistoire embarrassante dont le rappel est parfois considéré comme une tentative indécente de justifier les souffrances palestiniennes.

Au terme de cette disparition, il ne reste plus qu’une armée israélienne toute-puissante frappant une population civile entièrement passive, tableau dont on a préalablement retiré tout ce qui pouvait en troubler la simplicité morale ; et puisque nous avons désormais besoin, pour comprendre le monde, de retrouver partout les figures élémentaires du bourreau et de la victime, le mot « génocide » vient naturellement couronner cette simplification.

Mais ce qui manque à cette représentation est précisément ce que l’Occident contemporain semble avoir presque oublié : la guerre.

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Gaza est le théâtre d’une guerre asymétrique menée dans un environnement urbain extraordinairement dense contre une organisation qui avait consacré des années, des hommes, de l’argent et une considérable énergie à préparer le territoire au combat, notamment par l’édification d’un vaste réseau souterrain de tunnels, de postes de commandement, de dépôts d’armes et de voies permettant à son appareil militaire de circuler et de survivre sous la ville. Dès lors se pose une question dont l’absence même dans une grande partie du discours occidental est stupéfiante : comment une organisation capable de réaliser un pareil ouvrage n’a-t-elle pas consacré des moyens comparables à la construction d’abris permettant de protéger massivement la population civile qu’elle gouvernait ?

Cette question est d’autant moins secondaire que, dans une guerre asymétrique, la vulnérabilité des civils peut devenir elle-même une donnée stratégique. Lorsqu’une organisation militairement très inférieure affronte un adversaire qu’elle ne peut espérer vaincre sur le terrain conventionnel, elle peut chercher à déplacer la guerre vers le terrain où cet adversaire est vulnérable, celui de l’opinion mondiale, de sorte que chaque immeuble détruit, chaque famille ensevelie, chaque enfant mort acquiert, au-delà de la tragédie humaine qu’il représente, une valeur politique susceptible de retourner contre l’ennemi sa propre supériorité militaire.

Rien de cela ne délivre Israël de ses obligations envers les civils palestiniens ; mais tout cela devrait interdire à un esprit encore soucieux de comprendre de raconter cette guerre comme si un seul camp possédait une stratégie, comme si le Hamas n’avait aucune responsabilité dans la configuration du champ de bataille et comme si la mort des civils pouvait être analysée indépendamment des conditions militaires dans lesquelles cette population a été placée.

Encore faudrait-il, pour comprendre ce qui se passe, avoir conservé une mémoire de la guerre, et c’est peut-être ici que notre époque révèle l’une de ses contradictions les plus profondes : jamais nous n’avons vu autant d’images de guerres et jamais nous n’avons aussi peu su ce qu’est une guerre. Gaza est meurtrie et détruite, mais elle n’est nullement, par la seule ampleur de ses destructions, un événement sans précédent dans l’histoire des guerres urbaines. Mossoul, Raqqa, Grozny, Falloujah et bien d’autres villes portent ou ont porté les marques de ce qui arrive lorsque des armées doivent déloger des combattants retranchés au milieu des habitations.

Et que dire alors de l’Allemagne ?

Les démocraties occidentales qui entreprirent d’abattre le nazisme ne le firent pas avec les armes aseptisées dont rêve rétrospectivement notre conscience humanitaire. Hambourg brûla, Berlin fut bombardée à répétition, Cologne fut en grande partie détruite, Dresde connut en quelques jours une dévastation devenue le symbole même des controverses sur les bombardements stratégiques, et plusieurs centaines de milliers de civils allemands périrent sous les bombes alliées. Les photographies de l’Allemagne de 1945 montrent des villes transformées en champs de ruines dont la contemplation, si l’on appliquait mécaniquement les catégories aujourd’hui utilisées pour Gaza, pourrait conduire les ignorants de notre temps à accuser Churchill et Roosevelt d’avoir entrepris le génocide du peuple allemand.

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Personne de sérieux ne le fait, parce que nous savons encore, dans ce cas précis, distinguer la destruction produite par une guerre de l’intention d’exterminer un peuple. Nous savons que l’objectif des Alliés était la destruction de la capacité militaire allemande et la défaite du régime nazi, non l’anéantissement des Allemands en tant qu’Allemands. Nous pouvons discuter la moralité de certaines opérations, leur nécessité, leur proportion, le choix des cibles, et nous pouvons même juger certaines d’entre elles injustifiables sans avoir besoin pour autant de transformer la guerre contre l’Allemagne nazie en génocide des Allemands.

Le Hamas n’est évidemment pas l’Allemagne nazie, Israël n’est pas la coalition alliée et Gaza n’est pas l’Allemagne de 1945 ; seuls ceux qui ne comprennent pas le raisonnement analogique pourraient voir ici une assimilation des situations. La comparaison porte sur une distinction beaucoup plus simple et beaucoup plus fondamentale : une guerre peut produire d’immenses destructions et tuer un très grand nombre de civils sans que l’objectif de celui qui la mène soit pour autant la destruction du peuple auquel ces civils appartiennent.

Si nous comprenons immédiatement cette distinction lorsqu’il s’agit de l’Allemagne, pourquoi devient-elle soudain si difficile à comprendre lorsqu’il s’agit d’Israël ?

C’est à cet endroit que l’ignorant endoctriné rencontre l’autre personnage de cette histoire, celui pour lequel le mot « génocide » n’est pas seulement une erreur mais une nécessité : l’antisémite qui a besoin que l’État juif soit coupable du crime suprême.

Car les mots disponibles ne manquent pas. Celui qui pense qu’Israël a commis des fautes militaires peut parler de fautes ; celui qui croit pouvoir établir des violations du droit de la guerre peut les dénoncer ; celui qui estime que des crimes de guerre ont été commis peut demander qu’ils soient établis et sanctionnés. Toutes ces accusations seraient déjà d’une extrême gravité, mais elles laisseraient subsister Israël dans le monde commun des États, celui où les gouvernements peuvent être mauvais, les armées brutales, les décisions criminelles, sans que le peuple ou l’État lui-même devienne pour autant une incarnation métaphysique du mal.

Or cela ne suffit pas.

Il faut le génocide.

Et si ce mot est nécessaire, c’est qu’il possède, particulièrement dans la conscience européenne, une puissance que nul autre ne possède, puisqu’il demeure attaché au meurtre des Juifs d’Europe et constitue l’une des références majeures à partir desquelles l’Occident d’après-guerre a construit sa morale historique. Accuser l’État juif de génocide permet dès lors d’accomplir une extraordinaire inversion : les descendants du peuple victime du crime paradigmatique deviennent les auteurs du même crime, Israël devient nazi, Gaza devient Auschwitz, les Palestiniens deviennent les nouveaux Juifs et les Juifs les nouveaux bourreaux.

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Il faut mesurer la portée de cette opération, car elle ne consiste plus à critiquer Israël, même avec la dernière sévérité ; elle consiste à lui attribuer la culpabilité historique maximale disponible dans notre civilisation. Israël ne doit plus être un État menant une guerre dont on peut discuter les choix et condamner les fautes : il doit devenir l’État du génocide, marqué d’une infamie qui contamine jusqu’à la légitimité de son existence.

L’antisémitisme trouve ainsi une forme admirablement adaptée au vocabulaire moral de notre temps. Il lui est devenu plus difficile de parler tranquillement de race juive, de complot juif ou de corruption des nations par les Juifs, mais il peut déplacer son objet et renouveler son lexique ; là où l’ancien antisémite faisait du Juif l’être malfaisant par excellence, son héritier peut faire de l’État juif l’État malfaisant par excellence, et concentrer sur lui tout ce que notre époque abhorre : colonialisme, racisme, apartheid, fascisme, nazisme et enfin génocide.

Il faut donc renoncer à cette échappatoire confortable qui consisterait à imaginer une troisième catégorie composée de juristes, de chercheurs, d’intellectuels ou de responsables internationaux dont le statut garantirait mystérieusement l’immunité contre l’endoctrinement et contre l’antisémitisme. Le diplôme ne protège de rien ; l’intelligence n’est pas la lucidité ; la connaissance spécialisée n’a jamais empêché les passions politiques, et l’histoire européenne regorge suffisamment de savants, de médecins, de professeurs et de juristes qui furent les serviteurs d’idéologies meurtrières pour que nous cessions enfin de confondre la position sociale avec l’indépendance de l’esprit.

Il demeure donc deux mécanismes fondamentaux : l’ignorance endoctrinée, qui peut être savante et qui consiste à ne plus voir que les faits compatibles avec la conclusion préalablement adoptée, et la diabolisation antisémite, qui commence lorsque l’ignorance ne suffit plus à expliquer l’obstination, lorsque les faits contradictoires sont connus mais continuellement neutralisés, lorsque toute comparaison historique susceptible de réintroduire une mesure est refusée et lorsque, surtout, aucune accusation ne paraît assez forte tant qu’elle n’a pas transformé Israël en puissance exterminatrice.

Les deux personnages prononcent ainsi le même mot mais n’occupent pas la même place dans la circulation de la croyance. L’un fournit la représentation, l’autre la reçoit ; l’un a besoin qu’Israël soit génocidaire, l’autre finit par croire qu’il l’est parce que tout ce qu’il voit, entend et lit a été ordonné de manière que cette conclusion lui paraisse non seulement évidente mais généreuse, humaine, presque obligatoire.

C’est là le propre d’une propagande véritablement victorieuse : elle ne demande jamais à celui qu’elle possède de se reconnaître comme son instrument ; elle lui donne au contraire la délicieuse certitude d’avoir pensé par lui-même. Il voit un enfant palestinien mort et pense aussitôt « génocide », sans se demander pourquoi l’enfant allemand mort sous les bombes alliées ne lui fait pas parler de génocide des Allemands ; il voit un quartier détruit et conclut à l’extermination sans prendre la peine de comparer cette destruction à celles des autres guerres urbaines ; il entend le chiffre de 70 000 morts et ne demande plus combien étaient combattants, parce qu’on lui a déjà appris que poser la question serait moralement suspect.

La réussite de cette propagande se mesure alors à l’interdiction progressive des questions. Demander combien de combattants ont été tués devient une manière de nier les victimes ; rappeler les tunnels devient une diversion ; parler des otages une justification des bombardements ; évoquer la stratégie du Hamas une façon de rendre les Palestiniens responsables de leur malheur ; comparer Gaza aux autres guerres urbaines une tentative de banalisation. Ainsi tout ce qui permettrait de comprendre la guerre se trouve peu à peu disqualifié au nom de la nécessité de condamner le génocide, tandis que le mot qui aurait dû être la conclusion d’une démonstration devient l’instrument même qui interdit cette démonstration.

Voilà pourquoi l’accusation possède une telle puissance politique. Une fois le mot admis, on n’a plus besoin de discuter de la nature du Hamas, de son projet, de ses tunnels, de ses otages, de la manière dont il a préparé le champ de bataille, de la responsabilité du 7 octobre, des combattants tués, des difficultés de la guerre urbaine, pas davantage qu’on n’a besoin d’examiner avec précision les décisions israéliennes, leurs justifications ou leurs fautes : le verdict précède désormais l’instruction et chaque événement nouveau vient prendre sa place dans une culpabilité déjà décidée.

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Le mot « génocide » est ainsi devenu l’un des lieux où se rencontrent deux maladies de notre temps : l’amnésie historique de sociétés qui ne savent plus ce qu’est une guerre et la vieille passion antisémite qui, ayant appris à changer de vêtements, retrouve dans la diabolisation de l’État juif une jeunesse inattendue. L’une fournit la crédulité nécessaire à la diffusion du récit ; l’autre lui donne son énergie, son obstination et cette étrange volupté de l’accusation que l’on reconnaît à ce qu’aucune explication ne l’apaise jamais.

Il ne s’agit pourtant pas d’accorder à Israël une immunité morale ; il s’agit au contraire de lui appliquer les mêmes catégories qu’aux autres nations, les mêmes exigences, les mêmes distinctions et la même mémoire historique. Que les crimes soient établis lorsqu’ils existent, que les fautes soient démontrées, que les responsabilités soient discutées, mais que l’on cesse de prendre les ruines pour une intention, le nombre des morts pour une démonstration et l’indignation pour une preuve.

Car si les distinctions que nous savons faire pour toutes les guerres cessent mystérieusement de fonctionner lorsqu’il s’agit d’Israël, une question finit par surgir, importune et pourtant inévitable : pourquoi faut-il que les guerres de l’État juif deviennent des génocides, que ses soldats deviennent des nazis, que Gaza devienne Auschwitz et que les Juifs soient chargés, par une inversion dont notre époque ne semble même plus percevoir l’obscénité, du crime dont leurs pères furent les victimes ?

C’est ici que se retrouvent les deux figures dont nous étions partis. Celui qui ne sait plus répondre parce qu’il n’a jamais véritablement examiné ce qu’on lui demandait de répéter est l’ignorant endoctriné ; celui qui connaît les faits, connaît les distinctions, connaît l’histoire et persiste néanmoins à vouloir faire de l’État juif l’incarnation du crime absolu participe à sa diabolisation antisémite.

Le premier témoigne de la puissance de la propagande ; le second nous rappelle que les vieilles passions européennes ne meurent jamais tout à fait et qu’il leur suffit parfois, pour revenir parmi nous, de changer de vocabulaire.

Charles Rojzman, Causeur

– [CINÉMA] Un grand raccourci, une comédie bretonne inattendue

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#webtube : Quatre jeunes Bretons des Côtes-d’Armor tentent de bâtir leur avenir malgré les difficultés. C’est une comédie rurale à petit budget qui commence à faire parler d’elle en ce moment mais qui risque tout de même d’être rapidement retirée des salles, faute de distribution suffisante. Dommage car Un grand raccourci, en mettant en avant une Bretagne trop peu évoquée au cinéma, celle de l’intérieur des terres, possède un charme singulier qui ne peut laisser insensible.

Les deux coréalisateurs, Armand Foëx et Clément Devilliers, tous deux originaires de Nantes et amis depuis le collège, ont déjà tourné ensemble sept courts-métrages. Leur producteur Hector Belgodère Soria leur permet aujourd’hui de sortir au cinéma un premier long et de réunir pour cette belle occasion leur troupe habituelle de techniciens et de comédiens.

Quel avenir pour la jeunesse en Bretagne ?

Le récit suit deux trames parallèles qui finiront par se joindre à mi-parcours : celle de Grégoire et Corentin, cousins germains, et celle de Maéva et Louise.

Endeuillés par la mort de leur grand-mère, les deux garçons vivotent avec Patrice, le père de Grégoire. Ce dernier aide son paternel à tenir le restaurant familial où plus grand monde ne met les pieds ces derniers temps. Si bien que Patrice encourage son fils à accepter un emploi hôtelier à Angers mais celui-ci ne veut pas s’y résoudre. Corentin, quant à lui, s’en sort un peu mieux financièrement. Dératiseur, il s’est mis en tête d’acheter des rats pour les disséminer lui-même chez les particuliers, provoquer ainsi la demande et augmenter son chiffre d’affaire (!). Un projet lamentable auquel Grégoire, pourtant plus mûr, consent à contrecœur à apporter son aide…

Maéva et Louise, de leur côté, ne sont pas en reste. Si la seconde occupe un emploi fixe de conseillère aux pompes funèbres, la première revend des bijoux sans valeur dix fois plus cher que leur prix d’origine. Aussi, pour promouvoir son business et faire d’elle son « égérie », Maéva pousse Louise à participer au concours local de Miss Côtes d’Armor, en l’incitant à tricher sur sa taille le jour de l’inscription.

Réunis par les circonstances, nos quatre héros vont alors se lier inconsciemment dans leur désir d’échapper au déterminisme social et de faire leur trou.

Un film hors des clous

Récit à la fois cocasse, tendre et désabusé d’une jeunesse bretonne à l’avenir incertain, éparpillée dans de petites communes où l’emploi se raréfie et où les maisons en vente sont de plus en plus nombreuses, Un grand raccourci nous rappelle opportunément que la Bretagne ne se résume pas à ses villes côtières et touristiques gentrifiées par les Parisiens. Tourné entre Gouarec, Rostrenen et Glomel, tout au sud des Côtes-d’Armor et en plein cœur des terres bretonnes, le film de Foëx et Devilliers, à l’écriture duquel François Le Bris (qui incarne Grégoire) a d’ailleurs participé, a su mobiliser les maires des environs, qui ont gracieusement prêté des décors, des véhicules et des hébergements à l’équipe de tournage. Un soutien des communes comme l’on en voit qu’en province.
Malins, les deux cinéastes ont également eu l’intelligence de réaliser un making-of au jour le jour, totalisant plus de deux cents vidéos publiées sur Instagram. De quoi assurer une sorte de « pré-promotion » au film, qui – espérons-le – lui permettra (à lui aussi) de trouver sa place…

4 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi, dans BV

– Quand la gauche veut interdire les référendums sur les « sujets populaires »

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#webtube : Le référendum sur l’immigration ouvrirait une « boîte de Pandore » que certains tiennent absolument à maintenir fermée. Nos « élites » redouteraient-elles la démocratie ? Horrifié de voir Gabriel Attal demander l’organisation d’un référendum sur la question des réseaux sociaux et de leur interdiction aux moins de 15 ans, le socialiste Pierre Moscovici lui a vertement répondu, ce 16 août, sur X. « Je ne suis pas d’accord !, s’est insurgé l’ancien commissaire européen...

Convoquer le référendum sur les sujets populaires risque d’ouvrir la boite de Pandore des populistes. » Tiens, tiens. Le recours au peuple serait-il uniquement permis sur les sujets « impopulaires », c’est à dire sur les sujets qui n’intéressent pas ledit peuple ? Drôle de conception. Mais un internaute a rapidement volé au secours de Moscovici et ajouté qu’un tel procédé pourrait, en effet, ouvrir la voie au « détricotage de l’État de droit par le RN » si ce dernier était au pouvoir. Réponse sans ambiguïté de Pierre Moscovici : « C’est bien le problème… »

Sur X, l’avocat Thibault de Montbrial a vivement réagi aux propos polémiques de cet « apparatchik socialiste » et dénoncé sa responsabilité dans l’état actuel de la France. Il a aussi rappelé que l’article 3 de la Constitution affirme très explicitement que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Comment peut-on considérer que le recours à un mécanisme expressément prévu par la Constitution constitue une « boîte de Pandore » simplement parce qu’il pourrait permettre au peuple de trancher un débat qui lui est cher ?

Le spectre effrayant d’un référendum sur l’immigration

Le fameux « détricotage de l’État de droit par le RN » renvoie immédiatement à une autre question : celle de l’immigration. Il s’agit de toute évidence du sujet tabou par excellence. Celui qu’il ne faut surtout pas soumettre au débat public. Sur ce terrain, un précédent est particulièrement éclairant. En mai 2024, Laurent Fabius, alors président du Conseil constitutionnel, expliquait au Monde que « la politique migratoire n’est pas une matière ouverte à référendum direct de l’article 11 » et que toute révision de la Constitution sur ce sujet devrait passer par l’article 89. Ce qui se trouve précisément au cœur du projet défendu par Marine Le Pen.

Le lendemain de la sortie de Pierre Moscovici, Le Monde a dégainé à son tour. Dans un article consacré au projet référendaire du RN, le quotidien pousse des hauts cris et parle d’un véritable « coup d’État ». Il estime notamment que le recours à l’article 11 pour modifier la Constitution constituerait une rupture majeure dans la mesure où Marine Le Pen voudrait y inscrire « les fondamentaux de l’extrême droite ». En l’occurrence, il s’agirait de « fondamentaux » entérinés par le peuple français, mais passons. Sur la question de l’État de droit menacé par une hypothétique modification constitutionnelle, rappelons l’inanité du propos. Le sacro-saint « État de droit » fantasmé par la gauche est en réalité en évolution permanente, via le travail législatif de nos élus, et il y survit fort bien. La Constitution française a elle-même déjà été révisée à de nombreuses reprises. En 2024, l’interruption volontaire de grossesse a ainsi été inscrite dans le texte constitutionnel et le système politico-médiatique bien-pensant n’y a vu aucun « coup d’État » populiste.

Ce qui est présenté aujourd’hui comme une atteinte insupportable à l’État de droit peut donc devenir demain une modification constitutionnelle parfaitement légitime du moment qu’elle correspond aux critères idéologiques des commentateurs.

Une question de souveraineté, pas de « populisme »

Quand Le Monde voit un « coup d’État » dans le référendum voulu par le RN, Reconquête et des millions de Français, certains en voient un autre ailleurs. Le véritable coup d’État ne serait-il pas plutôt celui commis par des juges non élus qui imposent leur idéologie au peuple ? Celui commis par des autorités administratives qui sanctionnent des sociétés privées selon leur bon vouloir ? Ou encore celui commis par des instances européennes qui dictent les règles de bonne conduite à des nations dépossédées de leur souveraineté ? Le Monde s’inquiète des conséquences d’un référendum qui pourrait conduire à l’abolition du droit du sol et constituerait ainsi un « manquement brutal aux droits des étrangers », mais quid des droits des Français ? Ont-ils le droit de s’opposer démocratiquement à une immigration invasive qu’ils n’ont jamais souhaitée ? Apparemment, non.

En guise d’ultime argument, l’ex-quotidien de référence avertit que l’organisation d’un tel référendum mettrait immanquablement la France « au ban de l’Europe », à la manière de la Hongrie et la Pologne… Est-il permis de penser que ces deux pays ne s’en portent pas plus mal ? Ils ont peut-être été ostracisés par l’impératrice Von der Leyen, mais leurs peuples leur en savent gré. L’insécurité n’y flambe pas, les avenues ne sont pas saccagées les soirs de finales de foot, la culture autochtone n’est pas contestée, l’islam n’est pas conquérant… Entre l’étiquette « extrême droite » et la montée des violences, ces pays ont sagement choisi. Il serait temps de laisser les Français donner leur avis.

Jean Kast, dans BV