– Réflexions sur la liberté de pensée, par Pierre de Meuse

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#webtube : La France sombre de plus en plus dans une société de contrôle. La liberté d’expression et d’opinion est constamment attaquée. Parole à Pierre de Meuse, écrivain, essayiste et docteur en droit, qui évoque cette dérive liberticide mortifère.

De la liberté intérieure à la répression des opinions

Il existe une vieille chanson allemande de la fin du XVIIIe siècle intitulée « Die Gedanken sind frei » (« Les pensées sont libres »). Ce Volkslied à la très jolie musique décline dans ses couplets l’impossibilité pour quiconque de lire dans les pensées, de les détruire ou de les punir. Une réalité indiscutable, à la condition qu’elles restent inexprimées ou qu’elles n’engendrent pas d’actes répréhensibles. Les anciens Romains, amateurs de maximes brèves, écrivaient dans leurs lois : « Nemo cogitationis poenam patitur », ce qui signifiait qu’une personne ne peut pas être punie pour ses pensées ou ses intentions non exprimées. Oui, mais si elles le sont ? Les Anciens considéraient alors qu’une pensée incompatible avec le bien de la Cité n’avait ni droit à l’expression ni, d’ailleurs, au débat. Aristote écrit ainsi dans son Éthique qu’un homme qui déclarerait que l’on ne doit le respect ni aux dieux ni à son père ne mérite pas d’autres arguments que des coups de bâton ! Souvenons-nous aussi que Socrate fut condamné à mort par le pouvoir démocratique athénien après la chute de l’Oligarchie pour avoir participé, par ses leçons, à la dérision des traditions les plus anciennes de la Cité.

Cette manière de voir ne fut pas abrogée par l’ordre chrétien, qui y ajouta même l’exigence légale de l’orthodoxie théologique. Rappelons que Blaise Pascal se crut obligé de dénoncer à l’Inquisition les écrits d’un malheureux curé qui avait osé soutenir que l’Histoire humaine était bien antérieure aux 6 000 ans que l’exégèse de la Bible autorisait à décompter depuis la Genèse. Le curé s’en tira avec une simple remontrance et son cas fut réglé. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Le problème réside dans le fait que les sociétés dites « démocratiques » oscillent entre la déférence envers les opinions majoritaires et le respect de toute opinion, à la condition qu’elle soit sincère. Une contradiction insoluble dès lors que le fondement du pouvoir, et même de l’édifice social, réside théoriquement dans l’approbation intime des citoyens, née d’une délibération rationnelle. Pourtant, depuis une soixantaine d’années, la liberté d’expression a subi une suite de restrictions de plus en plus insistantes, assorties de sanctions croissantes, au point de concurrencer les régimes totalitaires. Au lendemain de la guerre, ce ne furent que des décisions administratives destinées à interdire la publication d’ouvrages ou de périodiques susceptibles de porter atteinte à l’ordre public. Plusieurs centaines d’écrits furent ainsi interdits, ainsi qu’un certain nombre de films. Cependant, pendant un quart de siècle, les interdictions se répartirent sur l’ensemble de l’éventail des idéologies : extrême gauche, extrême droite, antimilitarisme, indépendantismes et pornographie furent censurés, sans pour autant que leurs auteurs fussent poursuivis pénalement, sauf quelques notables exceptions, comme Maurice Bardèche.

Tout changea de manière substantielle à la fin des années soixante, avec la mise en place progressive d’une législation de plus en plus répressive de la liberté d’expression. Ce qui est apparemment paradoxal, c’est que cet ensemble de lois fut introduit, au départ, dans le but de satisfaire aux exigences des Droits de l’Homme. En fait, cela n’a rien d’étonnant, car la théorie des Droits de l’Homme n’est rien d’autre qu’une idéologie, toxique pour tout ce qui existe en dehors de ses postulats, mais c’est à tort qu’elle est considérée comme toujours porteuse de liberté. En 1962, l’Assemblée générale de l’ONU rédigea une Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale visant à promouvoir l’égalité et la compréhension entre tous les peuples. Cette convention a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 21 décembre 1965 et est entrée en vigueur le 4 janvier 1969. Comme cette convention ne pouvait être intégrée dans le droit interne des États que par une loi, chaque pays d’Europe en rédigea une mouture à part. En Grande-Bretagne, ce fut l’Act de 1968, que dénonça vainement Enoch Powell. En France, ce fut la loi dite « loi Pleven » de 1972, votée à l’unanimité par les Chambres. Personne, ou presque, ne se rendit compte des dangereuses implications qu’elle contenait. Concrètement, elle avait pour effet :

  • d’introduire un interdit dans la pensée : celui de la discrimination. Désormais, toute pensée exprimée est hors la loi si elle assigne à un individu ou à un groupe humain une « essence » collective héritée du passé. La distinction entre le « nous » et les autres est désignée comme une perversion ;
  • de mettre sur le même plan les actes politiques qui sont le fait du pouvoir, et dont les motivations peuvent rester discrètes, et ceux des simples particuliers qui obéissent à la morale et à la loi commune. C’est la fin du secret d’État ;
  • de punir non seulement les actes, mais encore les pensées exprimées, parce qu’elles pourraient induire « à la haine ». Jusque-là, la distinction entre la pensée criminelle (mens rea) et l’action criminelle (actus reus) était essentielle. Dans le cadre de la responsabilité pénale, le droit soulignait la nécessité de l’intention jointe à l’action pour qu’une expression soit punissable. C’est fini. L’intention pure est déjà punissable.

Dans le même esprit, un autre interdit législatif se mit en place moins de vingt ans plus tard, destiné à la protection des mythes fondateurs : ce sera la loi Gayssot du 13 juillet 1990, qui vise à rendre criminelle la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité tels que définis par le Tribunal militaire international de Nuremberg. Cette disposition a été intégrée dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse et prévoit des sanctions pour ceux qui nient ou minimisent ces crimes. Nous ne reviendrons pas sur ce texte, qui a donné lieu à des protestations de parlementaires, mais aussi de nombreux historiens. Simplement, il convient de remarquer que nous sommes ici devant une mutation majeure des rapports entre le droit et la vérité. Jusque-là, la recherche et la science étaient considérées comme suffisantes pour connaître le réel. Désormais, le système politique commun aux pays d’Europe met en vigueur une police de la vérité qui emprisonne sans pitié les hérétiques : « Non seulement les historiens n’ont pas le droit de chercher, mais on leur dicte ce qu’ils doivent trouver ! », disait un célèbre d’entre eux. C’est que nos modernes barbouilleurs de lois prétendent aujourd’hui, et pour toujours, définir ce qu’est le Mal. Depuis trente-cinq ans que ces législations existent, leur maintien n’a pas rencontré d’opposition sérieuse.

Du contrôle social à l’état de guerre permanent

On aurait tort de croire que l’assujettissement des cerveaux s’arrêtera là, bien au contraire. Nous assistons, en fait, à la mise en place d’un contrôle social que rien ne vient limiter, visant à priver de vie collective tous les esprits contestataires.

Depuis dix ans, les banques sont soumises à des injonctions du ministère de l’Intérieur qui font pression pour interdire l’ouverture de comptes à certaines personnes, alors que la possession d’un compte courant est obligatoire. La banque n’a pas à motiver sa décision et, si aucune banque n’accepte, il ne reste que la Banque de France, qui n’est pas tenue de délivrer de carnet de chèques. Cette attitude a un nom officiel : l’« entrave administrative », qui fait l’objet, sans pudeur, d’un recrutement de contractuels. La légalité de ces mesures est évidemment douteuse, mais le but est de forcer les opposants à engager des frais de justice coûteux et des procédures lentes dans leurs effets, afin de gêner leur action. Dans le même temps, un projet de loi a été récemment présenté au Sénat, visant à sanctionner l’« ingérence intérieure », nouveau mot désignant la pensée non conformiste. Ayons le courage de dénoncer l’incongruité d’un tel vocabulaire : comment peut-il désigner sous le nom d’ingérence ce qui n’est que la libre circulation de l’opinion des gouvernés ?

Puis ce furent les mesures de protection contre les épidémies, avec l’affaire du Covid, qui servirent de tests pour imposer des restrictions de plus en plus lourdes à la liberté de penser, de circuler et de rencontrer d’autres personnes, y compris de la famille. Le succès de ce test terriblement onéreux ne fut pas total, loin de là, car la préparation des esprits n’avait pas annihilé les résistances. La question des dirigeants actuels de l’Europe est donc : comment serrer la vis au point de juguler toute contestation ? Comment justifier la transformation de nos sociétés en États totalitaires ? La réponse de nos « démocraties » est simple, et Macron la répète sans cesse depuis bientôt dix ans : faire admettre à nos peuples que « nous sommes en guerre ! ». Mais aussi s’appuyer sur le gouvernement des juges, majoritairement acquis à l’idéologie dominante.

La guerre, en fait, est bien commode, au début, pour les gouvernements contestés. Elle permet :

  • de surseoir aux élections ;
  • de mettre en prison les opposants, baptisés traîtres pour mieux les éliminer ;
  • de contrôler sans aucune limite l’information et de gaver l’opinion de mensonges tant que l’ennemi n’a pas gagné. Après, c’est plus difficile ;
  • de passer à l’as des décennies d’incompétence, de gabegie, de corruption, d’illusions idéologiques et d’emprunts insensés. Et d’annuler la dette, bien sûr ;
  • de laisser s’installer l’inflation sans limites, au détriment des plus faibles.

Or, c’est précisément ce que cherchent à faire Macron, Merz et Starmer, les principaux dirigeants actuels de l’Europe. En fait, ils ne souhaitent pas vraiment la guerre, mais veulent laisser croire qu’ils sont prêts à la faire afin d’exploiter le supplément d’autorité que donne son urgence. C’est ce que Macron a en tête en se gargarisant, depuis dix ans, de l’expression « ambiguïté stratégique ». Cette expression signifie que nous sommes prêts au conflit, même si ce n’est évidemment pas le cas. Un jeu dangereux à bien des points de vue, car les « lignes rouges » de l’ennemi qu’ils se sont désigné sont mouvantes et les alliés qu’ils tentent de rameuter sont incertains.

Avant de se demander pourquoi ils ont fait ce choix, il est utile de rappeler que tout pouvoir a tendance à s’accroître et qu’il s’accroît d’autant plus qu’il ne rencontre pas de résistance. C’est malheureusement le cas des peuples d’Europe, qui sont chaque jour plus mécontents, mais sont impuissants à donner à leur colère une expression efficace.

La motivation de ces dirigeants est l’angoisse devant l’annonce du retour du vieil homme, chaque jour plus imminente. Depuis un siècle et plus, les nations d’Europe sont conduites au mépris des règles immémoriales : la transmission, l’effort, la défense des intérêts collectifs, l’acceptation des traditions, le sacrifice, la préférence du « nous » à l’autre. Ces règles, aussi vieilles que la nature humaine, ont été déclarées obsolètes : il suffisait de le proclamer pour que ce fût chose faite. Et, aujourd’hui, la révolte des peuples présente à leur caste dirigeante une facture qu’elle est bien incapable de payer. Dès lors, nos dirigeants ne voient pas d’autre remède que de leur imposer une dictature impitoyable, déléguant aux institutions européennes, par nature non soumises au suffrage, le soin de briser toute résistance. Faut-il se laisser faire ? Et, si non, que faire ?

L’union nécessaire pour défendre les libertés

À cette question, on ne peut que répondre en renvoyant aux règles de routine de la vie politique française. La première est la nécessité de l’union des forces. S’il est bien nécessaire de ne laisser passer aucune violation des libertés publiques, force est de constater que ceux qui sont censés s’y opposer ne présentent pas, pour l’instant, de front uni. Chaque condamnation inique qui frappe les rangs contestataires n’est pas combattue avec l’unanimité nécessaire, parce que nos divisions nous paralysent. Tel militant est condamné à la prison pour avoir dévoilé des réseaux d’avocats occupés à rendre les OQTF inopérantes. Oui, mais il est pro-israélien, alors on ne peut se mobiliser pour le défendre. Tel autre milite avec talent pour la remigration. Oui, mais il n’est pas assez catholique. Alors, on rechigne à le soutenir. Tel autre met en lumière le machiavélisme du pouvoir et ses mensonges. Oui, mais il est pro-palestinien, et certains refusent de le soutenir. Cette attitude ne peut qu’affaiblir la résistance.

Toujours dans le registre de la désunion, il serait temps d’ouvrir les yeux sur les lois réductrices de libertés que l’on approuve et que l’on vote parce qu’elles sont prétendument faites pour réprimer des criminels odieux, comme les terroristes et les pédophiles, mais qui, en réalité, sont utilisées pour réprimer les opposants politiques. Dans le même sens, des lois permettant de domestiquer les plateformes d’opinion justifient leur utilité en invoquant la protection de l’enfance. Tout cela devrait aiguiser notre esprit critique et notre méfiance. On a ainsi vu un tribunal condamner un journaliste hostile à l’immigration en se fondant sur la récente loi « Samuel Paty ». Il est toujours dangereux de renforcer la répression contre nos ennemis quand le pouvoir est entre les mains de gens qui nous considèrent comme leurs pires ennemis.

Et, d’une manière plus générale, il convient de ne jamais considérer comme « habituelle » et « normale » chaque nouvelle atteinte à notre liberté de pensée, même si elle se présente sous le déguisement de la prévention des maladies, de la lutte contre le crime, de la protection de l’enfance ou de la répression de la trahison. Une telle attitude commence par la résignation et finit par le renoncement. Nous sommes au pied du mur : ne laissons plus aucune atteinte aux libertés sans réponse.

Pierre de Meuse, Polémia

– Les Chants du Cygne Noir, le manga français de science-fiction.

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#webtube : Après avoir touché plus d’un million de lecteur avec Le Château des Étoiles, Alex Alice opère un virage graphique en réalisant un superbe manga.

Juillet 1877. Au Pendjab, région de l’empire britannique, la jeune Benesh et son frère gardent un troupeau de chèvres. Mais l’armée britannique massacre tous les habitants de leur village. Benesh est épargnée de justesse mais n’a plus que ses yeux pour pleurer la mort de son frère. Elle ne pense plus qu’à se venger. Trois ans plus tard, Benesh a coupé ses cheveux afin de ressembler à un garçon et embarque à bord du Prince of Wales, en partance pour Jupiter. Dans ce navire spatial, chaque classe a son étage. Travaillant comme serveur, son but est d’éliminer le baron Cockburn, l’assassin de son frère… Mais à bord du Prince of Wales, il y a une innovation convoitée de tous. Le vaisseau est ainsi attaqué par de mystérieux pirates de l’espace…

Après sa série Le Château des étoiles, Alex Alice ouvre un nouveau chapitre à son univers, sous format manga. Cela lui permettra de toucher de nouveaux lecteurs.

Alex Alice nait en 1974 avec plusieurs talents. Son parcours est prestigieux puisqu’il est diplômé de l’école de commerce parisienne ESCP. Mais sa véritable passion reste le dessin. Dès 1997, âgé de 23 ans, il dessine et co-scénarise avec Xavier Dorison, Le Troisième Testament, mêlant aventure historique et quête ésotérique. Puis, adaptant l’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, il sort Siegfried (2007), La Walkyrie (2009) et Le Crépuscule des Dieux (2011). Depuis 2014, il réalise Le Château des étoiles, d’abord sous la forme de « Gazette des étoiles », journaux périodiques agrafés en grand format, puis rassemblés en albums.

L’histoire du Château des étoiles se déroule dans un XIXème siècle imaginaire. En pleine révolution industrielle, la communauté scientifique pense alors que l’espace est fait d’éther, énergie qui permettrait d’explorer le ciel. Cette uchronie est remplie de références à Jules Verne, notamment le roman De la Terre à la Lune. Comme Jules Verne, Alex Alice a en effet souhaité conquérir un large public (enfants, adolescents et adultes). Les références à l’opéra de Wagner sont également nombreuses. L’intrigue porte sur la confrontation entre la France et la Prusse pour la conquête de Mars. Depuis 2021, une autre série, Les Chimères de Vénus, scénarisée par Alain Ayroles et dessinée par Étienne Jung, imagine dans le même univers la lutte entre britanniques et français dans l’exploration de la planète Vénus.

Pour Le Château des étoiles, Alex Alice utilise un style graphique nouveau et somptueux, semi réaliste, en couleurs directes. La mise en page est savamment construite. Il reçoit l’aide d’Anthony Simon pour les gros volumes, comme les très belles vues du château bavarois. La couleur est directement ajoutée aux crayonnés, sans encrage. Le choix de l’aquarelle ajoute beaucoup de lumière et crée une atmosphère poétique. On admire la créativité pour les espèces des autres planètes. Les machines utilisées pour voyager prennent même des allures d’animaux fantastiques.

Alex Alice tente aujourd’hui de devenir un mangaka. Il explique qu’il appartient à une génération qui « a grandi avec Albator à 5 ans et qui a lu les premiers mangas comme Akira à 15 ans » (ActuaBD, 2 février 2026). Dans ce manga, Alex Alice crée un nouveau graphisme, en noir et blanc, avec de grandes cases aux décors spectaculaires. Ponctuant son récit avec de nombreux rebondissements, il a en effet jugé que l’esprit d’un manga, avec des scènes d’action qui s’étirent sur plusieurs planches, était particulièrement adapté.

Les Chants du Cygne Noir, tome 1, 216 pages, 13, 90 euros. Edition Rue de sèvres.

Kristol Séhec

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– Foie malade : ces signes discrets que trahissent vos mains et vos yeux

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#webtube : Le foie est un organe silencieux. Il peut continuer à assurer ses fonctions alors même qu’il est déjà largement abîmé — ce qui explique pourquoi ses maladies, hépatites chroniques, stéatose (le « foie gras ») ou cirrhose, évoluent souvent sans bruit, avec peu ou pas de symptômes à leurs débuts. D’où l’intérêt de savoir repérer certains signaux discrets que le corps peut envoyer, parfois bien avant qu’un vrai malaise ne s’installe. Deux zones méritent une attention particulière : les mains et les yeux.

Des paumes anormalement rouges

La médecine dispose d’un signe assez caractéristique : l’érythème palmaire, parfois surnommé « paume hépatique ». Il se manifeste par une rougeur symétrique sur les zones charnues situées à la base du pouce et de l’auriculaire. Particularité : cette rougeur pâlit brièvement lorsqu’on appuie dessus, puis réapparaît aussitôt.

Ce phénomène s’explique par une élévation du taux d’œstrogènes, conséquence d’un ralentissement du travail de métabolisation du foie, qui provoque une dilatation des petits vaisseaux cutanés. Il est fréquent chez les personnes atteintes de maladie hépatique chronique : une synthèse de 2022 indiquait qu’environ deux tiers des patients cirrhotiques développent un érythème palmaire. Un autre signe voisin peut apparaître, l’angiome stellaire — une petite tache rouge d’où rayonnent de fins vaisseaux, comme les pattes d’une araignée.

Attention toutefois à ne pas s’alarmer à tort : des paumes rouges ne signent pas à elles seules une maladie du foie. La grossesse, une hyperthyroïdie, une polyarthrite rhumatoïde, la chaleur ou un exercice physique intense peuvent produire une rougeur comparable. C’est la persistance du signe, surtout associée à d’autres manifestations, qui doit alerter.

Le blanc des yeux, révélateur précoce

L’autre zone à surveiller, c’est l’œil. La médecine moderne considère le blanc de l’œil — la sclère — comme l’un des premiers endroits où une jaunisse devient visible. Lorsque les cellules du foie sont endommagées ou que l’écoulement de la bile est bloqué, un pigment, la bilirubine, s’accumule dans le sang. La sclère vire alors souvent au jaune avant que la coloration ne devienne perceptible ailleurs sur la peau, ce qui en fait un signal d’alerte précoce précieux.

Il n’est pas rare que des patients, sans symptôme marqué et avec un appétit normal, consultent uniquement parce qu’un proche a remarqué le jaunissement de leurs yeux. Les examens révèlent alors parfois une hépatite, une obstruction des voies biliaires ou un autre trouble hépatique. À noter aussi qu’un teint devenu terne, puis jaunâtre à mesure que la maladie progresse, peut accompagner ces signes.

Qui doit se faire surveiller

Certaines personnes ont tout intérêt à faire évaluer régulièrement leur foie, même en l’absence de gêne : celles qui vivent avec une hépatite B ou C chronique, une stéatose hépatique métabolique, une consommation excessive d’alcool, une obésité, un diabète, ou qui ont des antécédents familiaux de cancer du foie. La détection précoce améliore considérablement les chances d’éviter l’évolution vers la cirrhose ou le cancer.

Protéger son foie au quotidien

Au-delà du repérage, l’hygiène de vie reste déterminante. Le foie a cette particularité remarquable de pouvoir se réparer lui-même — mais seulement s’il reçoit les nutriments nécessaires et qu’on ne le surcharge pas. Quand les apports en graisses dépassent ses capacités, celles-ci s’accumulent dans ses cellules, ouvrant la voie au foie gras, puis potentiellement à l’inflammation et à la fibrose.

Côté assiette, quelques principes simples aident à alléger le travail de l’organe. Miser sur des fruits et légumes variés et colorés, riches en composés protecteurs, ainsi que sur des aromates comme l’ail, le gingembre, l’oignon ou le curcuma, aux propriétés antioxydantes. Entretenir un bon équilibre intestinal, car l’intestin et le foie sont intimement liés : aliments fermentés et fibres des céréales complètes y contribuent. Privilégier enfin des protéines de qualité et les vitamines du groupe B (poisson, œufs, légumineuses, légumes verts foncés), tout en réduisant les viandes transformées comme la charcuterie.

À l’inverse, mieux vaut limiter les produits ultra-transformés, le sucre raffiné, les aliments gras, grillés ou carbonisés, jeter sans tarder tout aliment moisi, et surveiller sa consommation d’alcool. La gestion du stress, par l’activité physique régulière, la marche ou un sommeil suffisant, joue également un rôle : si le stress psychologique n’est pas une cause directe d’hépatite ou de cirrhose, il favorise l’inflammation, perturbe le sommeil et pousse souvent à des comportements néfastes pour le foie.

Écouter les signaux faibles

La capacité du foie à compenser les dégâts est à la fois sa force et son piège : elle lui permet de continuer à fonctionner alors que la maladie progresse en silence. Prêter attention aux changements discrets — rougeur persistante des paumes, jaunissement des yeux, teint qui se ternit, fatigue inexpliquée — peut permettre un diagnostic plus précoce. Associés à une alimentation équilibrée, à une activité physique régulière, à une consommation modérée d’alcool et à des contrôles médicaux réguliers, ces réflexes simples constituent l’une des meilleures stratégies pour préserver durablement sa santé hépatique.

Cet article a une visée purement informative et ne remplace pas un avis médical. En cas de signe évoquant une atteinte du foie — jaunisse, fatigue marquée, gonflement abdominal —, il convient de consulter rapidement un professionnel de santé.

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– Ioannis Kolovos, chercheur : « en 3 ans, plus de 150 000 personnes sont entrées illégalement en Grèce »

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#webtube : La Grèce est confrontée à un grave problème d’immigration clandestine massive. Des dizaines de milliers de personnes — principalement des hommes musulmans en âge de porter les armes — originaires du Moyen-Orient, d’Asie du Sud et d’Afrique entrent illégalement dans le pays chaque année, tant par voie terrestre que maritime. On fait le point.

Selon les médias grecs, l’île de Crète est désormais la principale destination des migrants qui arrivent en Grèce. Elle supplante les îles de la mer Égée orientale qui avaient été les plus touchées par la crise migratoire de 2015. Au cours de cette période, environ un million de personnes venues de Turquie auraient transité par le pays pour rejoindre d’autres États membres de l’Union européenne. Un seul jour, en mai dernier, a enregistré 600 arrivées.

L’année dernière, quelque 19 800 personnes (principalement originaires du Soudan, d’Égypte et du Bangladesh) ont débarqué en Crète, soit 47 % du total national.

Ce phénomène migratoire fait l’objet de recherches depuis des années de la part du chercheur universitaire grec Ioannis Kolovos. Titulaire d’un doctorat du département d’études balkaniques, slaves et orientales de l’université de Macédoine à Thessalonique, ses recherches portent sur le nationalisme ainsi que sur les partis populistes de droite, tant en Grèce qu’en Europe. Il a également écrit plusieurs ouvrages sur la politique d’immigration de la Grèce et sur le multiculturalisme.

Dans un entretien accordé à europeanconservative.com, M. Kolovos a notamment analysé le problème de l’immigration massive en Grèce et la notion de nationalisme.

Parlez-nous du paysage démographique actuel en Grèce.

La Grèce compte actuellement une population résidente de 10,5 millions d’habitants. Malheureusement, les tendances démographiques du pays sont assez négatives : la population vieillit et le taux de natalité est inférieur au seuil de renouvellement des générations. À mon avis, cela représente aujourd’hui la plus grande menace pour la Grèce. Le faible taux de natalité, de 1,3 enfant par femme – ce qui est bien en deçà des 2,1 nécessaires au simple renouvellement des générations –, signifie que la population locale s’éteint lentement mais sûrement. La situation est aggravée par le fait que plusieurs centaines de milliers de jeunes Grecs ont quitté le pays pendant la crise de la dette grecque des années 2010, dans l’espoir de trouver un avenir meilleur, principalement dans d’autres pays européens.

La Grèce est donc confrontée à un double problème : une population autochtone vieillissante et en déclin, ainsi qu’une population immigrée croissante et plus jeune qui s’installe dans le pays et remplace de facto les autochtones.

Ces dernières années, selon les données officielles, combien de migrants sont entrés illégalement en Grèce ?

Au cours des trois dernières années (2023-2025), plus de 150 000 personnes ont été recensées comme étant entrées illégalement en Grèce. Plus précisément :

  • 46 095 sont entrées en 2023
  • 59 176 sont entrées en 2024, et
  • 48 298 sont entrées en 2025.

Bien sûr, il existe certainement un nombre inconnu de personnes qui sont entrées en Grèce sans être détectées et qui ne sont donc pas incluses dans les données susmentionnées. Comme je l’ai déjà souligné, les gouvernements grecs successifs, tant de centre-gauche que de centre-droit, n’ont pas su s’attaquer à l’immigration clandestine et l’ont même encouragée en lançant plusieurs initiatives de régularisation.

Pensez-vous que l’immigration islamique massive et l’islamisation constituent des menaces sérieuses auxquelles la Grèce est confrontée aujourd’hui ?

L’augmentation de l’immigration clandestine — qui est principalement musulmane — entraîne l’installation progressive en Grèce de populations culturellement éloignées des autochtones. Ainsi, une grande partie d’entre elles ne pourra pas s’intégrer dans la société grecque. Il convient de noter que tous les gouvernements grecs des 35 dernières années ont mal géré la question de l’immigration clandestine. Cela a transformé la Grèce, qui était un pays presque homogène tant sur le plan ethnique que religieux, en un pays où environ 10 % de la population est non grecque.

Pensez-vous que la régularisation des migrants en situation irrégulière soit une solution efficace ?

C’est probablement la pire des solutions, car elle revient essentiellement à récompenser la violation de la loi. Elle récompense ceux qui sont entrés illégalement dans le pays, ceux qui y sont restés illégalement, et ceux qui emploient des personnes en situation irrégulière.

Cela transforme le pays en un aimant attirant davantage d’immigration clandestine. C’est pourquoi une régularisation est toujours suivie d’une autre quelques années plus tard, puis d’une autre, et ainsi de suite. À ce jour, en Grèce, depuis le milieu des années 90, nous avons connu pas moins de cinq initiatives de régularisation.

Pensez-vous que l’opinion publique grecque soit pleinement consciente de l’ampleur du problème ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi ?

L’opinion publique en est consciente. De nombreux sondages d’opinion, datant même d’il y a deux décennies, montrent que la majorité des Grecs est favorable à une politique très restrictive et au rapatriement des immigrés clandestins. Tout récemment, un sondage a révélé que 55,3 % des Grecs étaient favorables à la création de centres de retour en Afrique pour les immigrés clandestins. Malheureusement, la plupart des Grecs ne font pas de la politique d’immigration leur principal critère de vote. Cela a pour conséquence que les partis traditionnels s’en tirent avec des demi-mesures face à l’immigration clandestine — voire avec des mesures favorables à l’immigration.

Quelles sont certaines des raisons pour lesquelles certaines personnes semblent indifférentes aux dangers posés par la migration de masse ?

Ce n’est pas qu’elles ne comprennent pas les dangers. C’est simplement que la majorité n’est peut-être pas directement touchée. Les personnes qui vivent dans les quartiers ghettoïsés du centre d’Athènes sont bien conscientes du problème. Les habitants d’autres quartiers d’Athènes ou d’autres régions du pays considèrent l’immigration comme un problème moins urgent et votent en fonction de la situation économique ou du taux d’emploi. Cela est compréhensible, dans une certaine mesure, car les gens ont besoin d’un emploi pour subvenir à leurs besoins, mais la question de l’immigration et celle du déclin démographique s’avéreront, à long terme, bien plus importantes, car elles menacent l’existence même de la nation grecque à l’avenir.

Selon vous, que faudrait-il faire pour s’attaquer au problème de l’immigration massive ou clandestine ?

Il s’agit d’un débat très vaste, car nous devrons prendre en compte plusieurs paramètres d’une situation qui s’envenime depuis des décennies. En résumé, toute personne entrée illégalement en Grèce — ou y ayant séjourné illégalement — ne devrait pas avoir le droit de demander l’asile ni celui de travailler. Leur seul « droit » serait celui d’un aller simple vers leur pays d’origine. Jusqu’à leur rapatriement, ils devraient idéalement être tenus à l’écart des habitants légaux du pays — citoyens, visiteurs ou simples résidents.

Vous avez mené des recherches universitaires sur différentes formes de nationalisme grec. Comment définiriez-vous le nationalisme ? Une nation a-t-elle besoin d’une dose raisonnable de nationalisme pour survivre ?

En général, le nationalisme est défini à la fois comme un sentiment d’appartenance nationale et comme une idéologie qui découle de ce sentiment. Cette idéologie considère la nation comme la valeur suprême. Par « nation », on entend un groupe de personnes unies par des liens d’ascendance commune, de langue commune, de religion commune et de culture commune. Plus ce groupe partage de points communs, plus le lien national qui le soude est fort.

Si l’on considère la nation comme une forme élargie de « famille », alors le nationalisme est une bonne chose, car il entretient les liens qui unissent le groupe, renforçant ainsi la solidarité dans un contexte national. Il faut également garder à l’esprit que, d’un point de vue évolutionniste, notre esprit est programmé pour fonctionner selon une mentalité de préférence pour le groupe. Bien sûr, le nationalisme ne doit pas être associé au fanatisme, car cela peut alors conduire à des excès — mais cela vaut pour toute idéologie ou religion.

Dans le climat politique actuel, comment pensez-vous que le concept de nationalisme soit traité par les élites culturelles ou politiques de l’UE ?

Le nationalisme a été diabolisé par les élites locales et européennes et a été assimilé à tort à l’extrémisme ou au fascisme. Tant les élites grecques qu’européennes prônent une vision du monde multiculturelle et cosmopolite qui, pour réussir, impose l’affaiblissement des cultures nationales et, par conséquent, l’affaiblissement de tous les liens susmentionnés qui unissent une nation.

Pensez-vous que le grand public partage la vision que l’establishment politique a du nationalisme ?

Le public grec est assez nationaliste, même si la majorité des Grecs n’utiliserait pas le terme « nationalisme » pour décrire leur position. Ils sont fiers d’être Grecs avant tout. Ils sont fiers de leur identité nationale et font preuve d’un grand respect pour des valeurs telles que la famille, la religion et la culture nationale.

Si vous étiez Premier ministre, que changeriez-vous dans la gestion du pays et dans sa manière d’aborder le problème de l’immigration massive ?

Je changerais la vision cosmopolite du monde qu’ont les élites du pays, qui considèrent le multiculturalisme comme une aubaine alors qu’en réalité, il a entraîné une fragmentation sociale, l’émergence de sociétés parallèles, une diminution de la cohésion sociale et un affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale et de la conscience nationale. L’intégration des immigrés ne sera couronnée de succès que si elle concerne un très petit nombre d’immigrés qui, par ailleurs, ne sont pas culturellement éloignés de la population autochtone. Dans le cas de la Grèce, aucune de ces conditions préalables n’a jamais été remplie. Et dans toute l’Europe, la leçon à tirer est que, quelle que soit la politique d’intégration mise en œuvre (au Royaume-Uni, en Suède, aux Pays-Bas, en Belgique, en France ou en Allemagne), toutes ont échoué car elles ne répondaient pas aux deux critères susmentionnés : des effectifs très réduits et une proximité culturelle. Les vœux pieux ne devraient pas guider la politique d’immigration d’un pays. J’espère simplement que cette prise de conscience n’arrive pas trop tard pour l’Europe.

breizh-info.com

– Road trip d’un jeune américain : Rénovation de mon « camper », paddle avec Stella…

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#webtube : « Salut à tous ! Regardez bien ce vieux truck camper derrière moi. Pour certains, c’est juste un tas de tôle qui prend la poussière. Pour moi… et pour mon fidèle acolyte à quatre pattes, Stella, c’est notre QG de voyage au quotidien ! Bienvenue dans ce projet de rénovation 100 % DIY. Au programme de cette vidéo : du démontage, de la sueur, mais aussi une petite pause bien méritée puisqu’on vous embarque avec nous pour une session paddle mémorable. Allez, installez-vous confortablement, on attaque les travaux tout de suite ! »

Source : Saucy Seth

– Château Poséidon – Le tour du propriétaire

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#webtube : Il y a un an, nous avons quitté Vancouver, vendu presque tous nos biens et relevé un défi impossible : restaurer un château du XIXe siècle abandonné, situé au cœur de la France et resté inoccupé pendant près de 40 ans.

Dans cet épisode, nous vous emmenons enfin pour une visite complète des lieux.

Du grand escalier orné de motifs évoquant Poséidon aux salons oubliés, en passant par l'ancienne chapelle, les pièces en ruine, la tour cachée, le sous-sol, le grenier, la maison du gardien et les sept hectares de parc envahis par la végétation : voici le château tel qu'il se présente aujourd'hui, avant le début de la prochaine grande phase de restauration.

Le Château Poséidon — autrefois appelé Château de la Borde — a été construit vers 1860 et conserve des éléments d'origine exceptionnels : pierre de tuffeau, vitraux historiques, papiers peints d'époque, cheminées, un escalier central spectaculaire et une devise gravée dans sa pierre : « Qui Veult Peut ».

Mais derrière cette beauté se cache la réalité : absence de chauffage, fenêtres brisées, dégâts des eaux, années d'abandon et une quantité colossale de travaux à venir.

Notre rêve est de redonner vie à ce château, non seulement pour en faire notre foyer, mais aussi pour en faire un lieu dédié aux mariages, à l'accueil, à la culture, à l'histoire et à la vie communautaire.

Source : Château Poséidon

– Maria Zakharova : Pour les Occidentaux, les vacances à Kiev sont terminées !

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#webtube : Avouez que cet avertissement interroge, alors que le sénateur républicain Lindsay Graham, un faucon et russophobe notoire, qui visitait une usine de drones à Kiev, est décédé d’une maladie « brève et soudaine » à son retour.

Sachant que les Russes pilonnent toutes les usines de drones que les services de renseignement découvrent, et que Graham faisait partie des pires ennemis de la Russie, les suppositions vont bon train. Mais apparemment, Maria Zakharova faisait référence à Ursula von der Leyen, en visite à Kiev.

En déplacement en Ukraine pour la onzième fois depuis 2022, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen aurait été contrainte de trouver refuge dans un abri souterrain à Kiev lors d’une alerte aérienne. Maria Zakharova, la porte-parole de la diplomatie russe, a été on ne peut plus claire :

« Les Occidentaux doivent comprendre : les vacances à Kiev sont terminées »

Il est vrai que dans le climat russophobe actuel, qui a gagné toutes les capitales occidentales et même le Vatican, il est de bon ton de se rendre à Kiev pour manifester son soutien à saint Zelensky, en s’assurant que les caméras sont en nombre suffisant.

Mais il arrive que les alertes aériennes perturbent ce petit scénario bien huilé et qu’il soit plus prudent de rejoindre un abri dans l’urgence. Un voyage qui peut même être fatal en cas d’attaque russe. Un missile Iskander est vite arrivé et ça ne pardonne pas.

Bref, se rendre en Ukraine, en bon petit candidat de 2027 pour faire comme tout le monde, va devenir risqué. Mais snober Zelensky, c’est signer sa propre défaite. Il faut choisir.

En ce qui concerne Lindsay Graham, nous ne connaîtrons jamais le fin mot de l’histoire, mais l’ancien analyste de la CIA Larry Johnson a fait valoir que le voyage du sénateur en Ukraine et son heure d’arrivée à son retour étaient impossibles.

« Lindsey Graham n’aurait pas pu mourir chez lui samedi soir », a déclaré Johnson. « Le voyage en Ukraine, ajouté au trajet de retour, rend impossible une arrivée à 20 h 30. Les initiés du Pentagone connaissent la vérité. Il est mort à Kiev. La version officielle est déjà contredite par de simples horaires. Les États-Unis méritent de connaître la vérité. »

La seule certitude qu’on a est que Lindsay Graham était dans le collimateur de Moscou depuis longtemps. Il avait souhaité à plusieurs reprises l’élimination de Poutine, ce qui n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

« Oui, j’espère qu’on s’en débarrassera. D’une manière ou d’une autre. Je me fiche de la façon dont on s’en débarrassera… Si John McCain était là, il dirait la même chose… Le monde se porterait mieux sans Poutine. »

McCain, c’était l’Américain arrogant type. L’usage de la force à n’importe quel prix, pourvu que cela serve l’Amérique. Mais la roue tourne. Chine et Russie ne sont pas la petite Serbie qu’on peut matraquer à qui mieux mieux sans aucun risque. Il va bien falloir que l’arrogante Amérique baisse d’un ton, de gré ou de force.

Lindsay Graham a-t-il fait un voyage de trop alors qu’il appelait à l’élimination de Poutine ? Nul ne sait. Certains pensent que la maladie « brève et soudaine » qui l’a emporté s’appelle Iskander.

Si c’est le cas, il n’y a rien de bien nouveau dans ce genre d’opérations. Tous les pays pratiquent les éliminations ciblées. Ennemis, opposants devenus dangereux  sont victimes d’accidents inattendus. Les services action sont faits pour ça et Israël, Russie, États-Unis, France, etc. ne s’en privent pas si besoin est.

L’espérance de vie en politique n’est quand même pas celle d’un Poilu à Verdun ou d’un soldat allemand à Stalingrad, mais on voit parfois des « suicides » étranges, comme un noyé dans une flaque d’eau ou un pendu avec les pieds touchant le sol. Cela dit, ils se battent tous pour y faire carrière, comme quoi la soupe est bonne.

Jacques Guillemain, Riposte Laïque

– Pourquoi la gauche n’est plus à la mode

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#webtube : Pendant près d’un demi-siècle, la gauche n’a pas seulement exercé une domination politique ou intellectuelle ; elle a imposé un climat moral, une manière d’habiter le temps, une définition du bien et du mal qui paraissait aller de soi.

Être de gauche ne relevait plus simplement d’un choix parmi d’autres : c’était appartenir au camp de l’Histoire, à celui qui prétendait accompagner le mouvement même de l’émancipation humaine. On pouvait contester tel programme ou telle réforme, mais il semblait difficile d’échapper à cette évidence diffuse selon laquelle l’avenir parlait sa langue.

Atmosphère

La droite, quant à elle, paraissait condamnée à défendre les vestiges d’un monde promis à disparaître, à protéger des héritages dont les démocraties modernes entendaient précisément s’affranchir. Les universités, une grande partie de la presse, les institutions culturelles, le monde artistique, une large fraction des élites partageaient cette conviction avec une telle unanimité qu’elle cessait presque d’apparaître comme une idéologie. Elle devenait l’atmosphère même de l’époque.

Il existait ainsi une véritable mode de gauche, mais ce mot de mode ne doit pas être entendu dans son acception frivole. Il désigne ici cette étrange puissance grâce à laquelle une vision du monde finit par s’imposer comme une évidence, jusqu’à rendre invisibles les présupposés dont elle procède. Les sociétés démocratiques aiment croire qu’elles raisonnent ; elles oublient souvent qu’elles obéissent aussi à des climats intellectuels, à des sensibilités collectives, à des formes de prestige dont elles ne prennent conscience qu’au moment où elles commencent à se dissiper. Pendant plusieurs décennies, les valeurs de la gauche ont bénéficié de cette autorité silencieuse. Elles définissaient moins une opinion qu’une respectabilité. Elles dispensaient ceux qui les partageaient d’avoir à démontrer leur légitimité, puisqu’elles semblaient se confondre avec la marche même du progrès.

Basculement

Mais aucune hégémonie culturelle n’est éternelle. Les constructions intellectuelles les plus solides ne meurent pas toujours sous les coups de leurs adversaires ; elles se fissurent lorsque le réel cesse de leur obéir. Les hommes supportent longtemps les discours qui simplifient le monde, à condition que leur expérience quotidienne continue, au moins en partie, de leur donner raison. Lorsque cette correspondance disparaît, lorsque les faits résistent obstinément aux récits destinés à les expliquer, une lassitude s’installe, puis une méfiance, enfin un basculement. Ce ne sont pas seulement les idées qui vieillissent : c’est la confiance que les sociétés leur accordaient qui s’épuise.

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Or c’est bien ce qui semble se produire sous nos yeux. L’Occident est entré dans une époque que peu avaient véritablement envisagée. Le retour de la guerre sur le continent européen, l’irruption durable du terrorisme islamiste, les migrations de masse, la fragmentation culturelle, l’affaiblissement des institutions chargées de transmettre une mémoire commune, les violences ordinaires devenues l’horizon banal de tant de vies, tout cela a fait resurgir des interrogations que l’on croyait définitivement ensevelies sous les certitudes de la mondialisation heureuse. Les frontières, la souveraineté, la continuité historique, la sécurité, l’identité collective, l’autorité de l’État, autant de notions que l’on disait appartenir au vieux vocabulaire des nations inquiètes, retrouvent aujourd’hui une vigueur inattendue parce qu’elles répondent à des expériences que nul discours ne parvient plus à effacer.

Plus portée par l’esprit du temps

Les priorités s’en trouvent profondément modifiées. Il ne s’agit pas de dire que les aspirations à davantage de justice sociale auraient disparu. Elles demeurent, et elles continueront sans doute d’habiter les démocraties modernes. Mais beaucoup découvrent qu’aucune solidarité ne peut durablement prospérer si le monde commun dans lequel elle devrait s’exercer se défait peu à peu. Avant de redistribuer les richesses, encore faut-il préserver l’espace politique qui rend cette redistribution possible ; avant de multiplier les droits, il faut maintenir les institutions qui leur donnent une réalité ; avant de célébrer l’autonomie des individus, il importe de conserver cette civilisation discrète, faite de règles, de transmissions, d’habitudes et de fidélités, sans laquelle la liberté elle-même finit par devenir une abstraction privée de chair.

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C’est pourquoi la gauche n’est peut-être pas rejetée autant qu’elle cesse d’être portée par l’esprit du temps. Son influence demeure considérable dans les lieux où se fabrique encore la légitimité culturelle, mais elle paraît répondre de plus en plus difficilement aux inquiétudes qui travaillent la vie quotidienne d’une partie croissante des peuples européens. Inversement, des thèmes longtemps frappés d’indignité morale retrouvent une force singulière. Non parce qu’ils auraient soudain conquis une supériorité éthique, mais parce qu’ils donnent le sentiment de nommer ce que beaucoup éprouvent confusément et que les anciens récits ne parviennent plus à désigner.

Sommes-nous vraiment devenus « conservateurs » ?

Marcel Gauchet dirait sans doute que nous assistons moins à la victoire de la droite qu’à l’épuisement d’un cycle historique. La gauche fut l’idéologie dominante du temps où les démocraties avaient pour tâche essentielle de libérer les individus des anciennes appartenances, des anciennes tutelles, des anciennes hiérarchies. L’époque qui s’annonce est d’une autre nature. Elle oblige les sociétés à s’interroger moins sur les conditions de l’émancipation que sur celles de leur propre continuité. Car une démocratie qui ne serait plus capable de transmettre sa culture, d’assurer sa sécurité, de préserver ses institutions ou de maintenir un monde commun suffisamment stable découvrirait bientôt que la liberté qu’elle prétend protéger n’est plus qu’un mot flottant au-dessus de ruines. Nous ne sommes peut-être pas devenus plus conservateurs ; nous découvrons seulement, avec un retard dont l’histoire mesure toujours le prix, que la protection n’est pas l’ennemie de la liberté, mais sa condition la plus profonde.

Le réel finit toujours par reprendre ses droits. Il revient avec la lenteur des choses inexorables, sous les traits de la violence, de la fragmentation des peuples, de l’effacement des héritages, de la difficulté croissante à transmettre autre chose que des droits privés de devoirs. Ce que l’on nomme aujourd’hui la droitisation n’est peut-être rien d’autre que l’éveil douloureux de sociétés qui découvrent qu’elles ne vivent pas dans l’histoire des idées mais dans celle des civilisations, où la liberté n’existe jamais sans les formes qui la protègent, ni la démocratie sans un peuple encore capable de croire qu’il existe quelque chose de plus grand que les individus qui la composent. Ce n’est pas la droite qui triomphe ; c’est peut-être l’illusion progressiste qui s’achève dans le fracas silencieux d’un monde qui retrouve le sens du tragique. 

Charles Rojzman, Causeur

– En Ré majeur, l’autre visage de l’île blanche

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#webtube : Loin des clichés d’une île envahie par les Parisiens, Valérie Solvit dévoile, dans Petit éloge de l’Île de Ré, l’autre visage de cette terre de pêcheurs et de paysans où s’entrecroisent l’histoire de France et ses souvenirs personnels.  

Valérie Solvit a fait de l’art de vivre, de la gourmandise et de la curiosité un métier. À la tête de son agence de communication, elle promeut avec la même passion bouchers et artisans d’art, cuisiniers et mécènes, musées et fromagers… Sans poser, elle a imposé sa marque : être là où on ne l’attend pas et bousculer les convenances avec bienveillance, jusqu’à faire de ses bureaux un véritable salon parisien où se croisent artistes et politiques, littérateurs et grands reporters, éditeurs et restaurateurs. Malgré cela, Solvit surprend encore. En publiant cet été Petit éloge de l’Île de Ré, elle dévoile, outre un talent de plume, son sens de l’humilité, celui nécessaire à l’exercice d’admiration – voire à la déclaration d’amour. Tel est le lien qui l’attache à cette île.

Promenade le long des côtes

Son rapport à cette terre de pêcheurs et de paysans posée au large de la Rochelle n’est pas complexe, il est entier. C’est un rapport charnel et familial en prise direct avec la nature et l’histoire. L’histoire de France, qui se lit dans les pierres des maisons et celles des églises, l’histoire de son père, qui lui transmet dès l’enfance le goût de la voile et des connaissances agronomiques, l’observation de la mer et de la terre, toutes deux nourricières, et le bonheur profond de s’y enraciner : de les connaître et de les savoir en soi pour faire littéralement corps avec elles. De là découlent les joies simples des promenades le long des côtes à pied ou à vélo, des baignades, des pique-niques sur la plage… Les souvenirs s’entremêlent en même temps qu’ils se construisent face aux couleurs éclatantes des hortensias et des clématites ; face aux variétés succulentes de pommes de terre locales, (la recette rustique de la « cuisson au diable charentais » met l’eau à la bouche) ; face au vent ; face aux ports ; face aux bistrots qui abritent encore l’âme de Ré…

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Ancrage sincère

La place faite aux nourritures terrestres atteste d’un ancrage sincère, d’une pulsion vitale. Les pages consacrées aux sardines, à la roquette, aux entrecôtes, aux poivrons et aux homards n’ont rien d’anecdotiques. Les recettes qui se transmettent de génération en génération en disent souvent plus que n’importe quel album de photos. Quant au poulet rôti, il occupe une place de choix : l’anagramme de Valérie Solvit n’est-il pas « volatile servi » !  

Suivre l’auteur en son île, c’est aussi emprunter les sentiers qui mènent aux marais salants, là où se déclinent à l’infini les nuances de blancs et de roses. C’est également cheminer sur la route des églises, « elles sont le relief de ce paysage horizontal », et elles sont nombreuses : celles de Rivedoux-Plage, de Sainte-Marie-de-Ré, de La Flotte-en-Ré, de Saint-Martin-de-Ré, de Loix-en-Ré… et tant d’autres jusqu’à celle d’Ars-en-Ré, l’église Saint-Étienne, à laquelle Valérie Solvit consacre une grande partie de sa vie rétaise. Pour d’abord rénover son clocher noir et blanc planté « comme un crayon » vers le ciel, puis pour sauvegarder l’ensemble de l’édifice et ce qu’il renferme, elle a créé il y a plus de dix ans une biennale qui s’accompagne d’une vente aux enchères. Toutes les personnalités sollicitées (peintres, photographes, sculpteurs, écrivains, musiciens…) se prêtent au jeu : en offrant une œuvre à la vente, ils contribuent à la préservation du symbole, du trésor du village. À cette occasion, la galerie de portraits qu’elle brosse de ses amis artistes n’a rien de people, elle témoigne d’un long compagnonnage entre les créateurs et cette terre du golfe de Gascogne depuis toujours, et d’un lien d’amitié indéfectible qui s’y est naturellement noué. Voilà une autre leçon de générosité.

Pour découvrir l’Île de Ré loin des clichés, il ne vous reste qu’à suivre le guide…  

Jonathan Siksou, Causeur

Petit éloge de l’Île de Ré, Valérie Solvit, Éditions Les Pérégrines, 2026. 200 pages

– « Ticket Carbone » de Système U: quand le greenwashing mène droit à la contrainte

Articles : Juil. 2026 – Juin 2026 – Mai 2026Avril 2026
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#webtube : Présenté comme un simple indicateur écologique, le « ticket carbone » de la chaîne de supermarchés pourrait bien habituer les ménagères à voir leurs achats évalués, notés et, pourquoi pas demain, limités…

Une information est passée pratiquement inaperçue cette semaine, hormis dans la presse professionnelle spécialisée. Le groupe coopératif Système U annonce fièrement généraliser à l’ensemble de son réseau le « Ticket Carbone », après une phase pilote menée dans quatorze points de vente. Il reste à convaincre les petits fournisseurs artisanaux de passer sous les fourches caudines des contrôleurs, et de faire certifier l’empreinte carbone de tous leurs produits. Ils vont subir une contrainte supplémentaire et ils n’auront pas le choix, car « 100 % des produits seront étiquetés avec leur empreinte carbone », promet Système U. Contraintes complémentaires, coûts supplémentaires, car il faudra bien payer les cabinets spécialisés qui délivrent la certification. Ils s’engraissent confortablement dans ce nouveau business. Même si ça n’a rien à voir, Jean-Marc Jancovici, pape de la décarbonation, cofondateur du cabinet Carbone 4, qui vend des bilans carbone aux plus grandes entreprises françaises, siège aussi au Haut Conseil pour le climat, chargé de conseiller le gouvernement sur sa politique climatique. Vous avez dit « conflit d’intérêt » ? Circulez, il n’y a rien à voir !

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Système U devient ainsi la première enseigne de la grande distribution française à évaluer l’impact carbone global du panier. Concrètement, chaque produit glissé dans le caddie se voit désormais affublé d’une petite étiquette invisible: son équivalent CO₂. Une information supplémentaire, vertueuse, purement indicative, au service du consommateur éclairé. Rien d’obligatoire, rien de contraignant. Juste de la pédagogie. Cependant, l’histoire des grandes bascules sociétales nous enseigne que la première étape semble souvent anodine.

De l’information à la comptabilité

La technologie permettant d’aller bien au-delà d’un simple affichage existe déjà. En 2019, l’opérateur Mastercard s’est associé à la start-up suédoise Doconomy pour lancer la carte « DO », capable non seulement d’afficher l’empreinte carbone de chaque achat, mais surtout de bloquer purement et simplement la transaction une fois le quota d’émissions atteint (voir notre illustration ci-dessous). Cette carte ne laisse d’ailleurs aucune ambiguïté sur ses intentions : un plafond, et rien d’autre. Ni programme de fidélité, ni avantages premium, mais bel et bien un couperet numérique. Après la comptabilisation, la sanction peut pointer le bout de son nez.

De la comptabilité à la sanction

Car la décarbonation de l’économie est une nouvelle doxa, y compris dans l’esprit de nos décideurs. Le député Jean-Marie Fiévet en est un. Ce n’est pas un khmer vert, mais un benoît député Renaissance des Deux-Sèvres. Depuis 2018, il milite ouvertement pour la création d’un «compte carbone» individuel, estimant qu’il n’existe pas d’autre chemin vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 et que ce compte permettrait d’y parvenir à la fois collectivement et individuellement. L’idée, popularisée en France depuis la Convention citoyenne pour le climat de 2020, est reprise dans la Stratégie nationale bas-carbone. Elle consiste à faire descendre chaque Français d’une empreinte moyenne actuelle voisine de douze tonnes de CO₂ par an vers un plafond de deux tonnes, la norme à ne pas dépasser pour respecter l’Accord de Paris.

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La feuille de route est donc claire : un compte qui se débite à chaque acte d’achat, un quota qui diminue chaque année, la création d’une Agence nationale du carbone, une carte qui refuse la transaction au-delà du seuil fixé : voilà les ingrédients du rationnement qui s’annonce inéluctable. Ne serait-ce pas un remake des tristement célèbres tickets de rationnement du passé ?

De la sanction à la prison

Bref, la notion de crédit individuel carbone qui émerge sera un carcan numérique pour chaque consommateur. Car, au-delà des achats de produits de grande consommation en supermarché, tout bien ou service est désormais comptabilisé pour son empreinte carbone. Ainsi, un e-mail, c’est 4 grammes de CO₂1 (mais 35 grammes avec une pièce jointe), une recherche sur Google entre 0,2 et 7 grammes de CO₂, l’article que vous lisez, c’est jusqu’à 4,6 grammes2, un verre d’eau du robinet 0,03 gramme, un verre d’eau minérale 100 grammes, un chien de taille moyenne 630 kg par an3, un voyage aller-retour aux Antilles 3 tonnes et un rouleau de papier toilette 250 grammes de CO₂4. Il faudra bientôt apprendre à arbitrer entre euthanasier Médor, se torcher, lire Causeur, boire un verre d’eau, manger un steak, aller passer un week-end à la campagne ou aller visiter ses enfants en Guadeloupe…

Le supermarché, idiot utile de l’ordre vert

Évidemment, Système U n’a rien demandé de tout cela. Par naïveté autant que par bêtise, l’enseigne ne fait que surfer sur la vague de cette « conso qui s’engage », comme elle le mentionne sur son site. C’est précisément ce qui rend l’affaire si inquiétante. Nul besoin de loi liberticide enfantée dans la douleur, ou de décret passé en catimini à la suite d’une Convention citoyenne pipeautée par des organisateurs militants : il suffit qu’un distributeur, mû par le seul opportunisme marketing, habitue des dizaines de millions de clients à voir leur caddie noté, évalué, comptabilisé. D’autant plus que les autres enseignes travaillent d’arrache-pied sur le sujet. Le conditionnement précède toujours la contrainte. Hobbes l’avait théorisé dès 1651 : le souverain ne gouverne pas en frappant sans cesse, mais en parvenant à « tenir tous les hommes en respect ». Le réchauffement climatique joue aujourd’hui ce rôle de spectre permanent : plus besoin de coercition brutale quand la peur de la catastrophe fait accepter d’elle-même n’importe quelle mesure présentée comme salvatrice. Le peuple, terrorisé, réclamera bientôt lui-même sa propre laisse, pourvu qu’on la baptise protection.

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Demain, quand le quota individuel deviendra réalité, plus personne ne s’en étonnera : nous serons préparés depuis des années, un ticket de caisse après l’autre. Sa mise en place sera presque vécue comme une délivrance, un acte de contrition pour « sauver la planète ». Système U ne dirige rien, ne légifère rien et ne contraint personne. L’enseigne se contente, par pur calcul commercial, d’exploiter la peur du grand réchauffement. Mais c’est justement ce calcul, aussi opportuniste que mesquin, qui, multiplié par des milliers de points de vente, rendra la marche vers le compte carbone obligatoire chaque jour un peu plus irréversible.

Étienne de La Boétie l’avait déjà compris au XVIe siècle : un tyran ne tient sa toute-puissance que du consentement de ceux qu’il asservit. Qu’ils cessent de coopérer, qu’ils refusent seulement de lui prêter la main, et l’édifice s’effondre de lui-même, faute de bras pour l’exécuter. Nul besoin de chaînes quand les sujets se les forgent eux-mêmes, par habitude, par lassitude ou par vertu affichée. C’est très exactement ce consentement que Système U, sans le vouloir ni s’en soucier, façonne, un ticket de caisse après l’autre : une servitude qui ne sera pas imposée, mais désirée, presque exigée par des consommateurs convaincus d’être vertueux, car «écoresponsables». Voici comment une nouvelle ligne anodine sur un ticket de caisse ouvre en douceur la voie à un nouveau contrôle social.

Jean-Marc Perrin , dans Causeur


  1. https://www.lsa-conso.fr/cooperative-u-generalise-le-ticket-carbone-une-premiere-dans-la-grande-distribution-en-france,466621 ↩︎
  2. ADEME ↩︎
  3. Website Carbon Calculator ↩︎
  4. Yavor, K.M., Lehmann, A., Finkbeiner, M. (2020), « Environmental Impacts of a Pet Dog: An LCA Case Study »Sustainability, vol. 12, n°8, article 3394, publié par le Department of Sustainable Engineering, Institute of Environmental Technology, Technische Universität Berlin ↩︎
  5. Product Carbon Footprints (2009), menée par le WWF, l’Öko-Institut, le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et le think-tank berlinois THEMA1 — présentée à Berlin le 26/01/2009 ↩︎