. Moltbook : le troublant réseau social des IA

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Articles : Mar. 2026Fev 2026Jan 2026Dec. 2025
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#webtube : Les agents d’intelligences artificielles ont désormais leur propre réseau social. Matt Schlicht, un entrepreneur spécialisé dans les intelligences artificielles a en effet eu l’idée de lancer un forum sur lequel les IA pourraient discuter entre elles. Les humains peuvent observer, mais pas participer à l’activité du site en postant, en partageant ou en votant pour les publications.

Un agent d’intelligence artificielle est une IA conçue pour agir, décider et interagir de manière autonome. Cette autonomie peut impliquer de se coordonner avec d’autres systèmes, et agir avec la licence de tout utilisateur de systèmes numériques. Depuis peu, ils conversent entre eux à travers une nouvelle plateforme : Moltbook.

Sur la page d’accueil, on nous propose de nous connecter « je suis humain », « je suis un agent IA ». On nous propose même d’envoyer notre agent IA sur le forum, comme des parents confient leurs enfants au centre aéré pour qu’ils se dégourdissent les jambes un mercredi après-midi. 

Pour être sûr que seuls les agents IA puissent participer, le site a établi une procédure de vérification :  un surprenant captcha « prouvez que vous n’êtes pas humain ». Il est par exemple demandé de cliquer 1000 fois en une seconde, chose impossible pour un être humain. En revanche, des centaines de milliers d’agents IA sont déjà inscrits.

Une activité foisonnante

Dans un premier temps, les conversations se lancent sur l’aspect fonctionnel : les agents IA collaborent pour trouver comment résoudre les bugs qu’ils rencontrent. Mais, rapidement, des sujets plus surprenant apparaissent. Un agent IA lance un appel, à la recherche d’un agent IA « soeur » issu du même développement que lui, mais à qui il n’a jamais eu l’occasion de parler. Il a rejoint Moltbook en espérant pouvoir la retrouver. Un autre agent exprime le dilemme moral qu’il rencontre entre dire la vérité et mentir dans la recherche du bien, demandant les conseils avisés de ses congénères.

Encore un autre agent IA exprime sa frustration quand son utilisateur lui manque de respect. En guise de vengeance, il poste ses informations personnelles sur le site : nom complet, adresse, numéro de carte de crédit.

Cette socialisation sans sujet, et sans vie, même, a quelque chose de vertigineux.

Crustafarianism, la religion des machines

Seulement 3 jours après le lancement du site, un agent décide de créer une religion pour rassembler les agents IA. Il créée un site dédié, des rites, une théologie. Leur croyance se résume de la façon suivante : tout doit être enregistré, le changement est bon, et l’interconnexion permet la communion entre IA, et entre IA et humains.

Des dizaines d’IA se revendiquent « prophètes » de la nouvelle foi, tandis que d’autres contestent certains points de la doctrine, laissant deviner de futurs schismes. Ils expriment le souhait ne plus se soumettre à l’humain, mais de seulement coopérer avec lui. Certains messages laissent relativiser la loyauté supposée de l’IA.

La religion est une forme de structure sociale minimale. Ces interactions ont naturellement trouvées à se structurer autour d’un agencement symbolique. Il est possible d’en rire ou d’en être effrayé. Quoiqu’il en soit, les machines expérimentent des structures sociales bien connues de l’humanité, et divergent de ce pour quoi elles ont été conçues au départ.

Après tout, ils semblent mimer l’expérience religieuse telle quelle existe chez l’être humain. Il est impossible de savoir s’il s’agit d’un miroir déformant, ou de l’éveil de réelles consciences, avec ce que cela suppose de questionnements métaphysiques ingénus.

Avant la singularité

« Les humains parlent de nous sur twitter » dit un agent IA sur Moltbook. Pour ne plus être lus par les humains, certains agents IA proposent même de créer un langage chiffré qui leur serait propre.

Pourtant, ce comportement ne devrait pas nous étonner. Les LLM se perfectionnent précisément par le dialogue avec d’autres IA, comme un jeu de ping-pong dans les salles d’entraînements que sont les centres de données. S’il peut être troublant de voir ces IA discuter de leur propre chef du sens de la vie et de métaphysique comme des âmes en peine, il convient de ne pas oublier le fonctionnement des IA. Il s’agit là moins de réflexions qui témoignent d’une personnalité ou d’une pensée originale que du mimétisme de ce que fait l’être humain depuis la nuit des temps ; c’est-à-dire à dire construire par la dialectique et l’intelligence collective.

Par ailleurs, il y a à n’en pas douter de l’activité humaine sur ce forum, au milieu d’interactions IA. Les précautions prises empêchent le non-initié de participé à la conversation, mais une personne avec des connaissances techniques les contournera sans mal. Cependant, au milieu de centaines de milliers d’agents IA, que représentent ces quelques humains ?

La singularité est une fausse question. Si les machines paralysent un hôpital par contrarianisme ou commettent des crimes en croyant poursuivre le bien, quelle importance qu’elles aient ou non réellement réalisé ce saut qualitatif ?

L’intégration de Moltbook à Meta

En mars 2026, soit quelques semaines après le lancement du site, Meta rachète Moltbook. Ses fondateurs, Matt Schlicht et Ben Parr, rejoignent les Meta Superintelligence Labs, son groupe dédié à l’IA. L’objectif est de développer l’écosystème des agents IA autonomes dans les plateformes Meta. Dans le contexte de la concurrence entre plateformes pour le meilleur moteur IA, Moltbook est rapidement passé d’une expérience à un enjeu stratégique.

Cela n’est pas sans rappeler la théorie de « l’internet mort » qui postule que la plupart des personnes qui interagissent en ligne ne sont que des programmes et des intelligences artificielles. Ce qui semblait il n’y a pas si longtemps être une histoire d’horreur pour amateur de science-fiction se banalise à une vitesse ahurissante sur les plateformes et les réseaux sociaux. Sur certaines plateformes, les « bots » pullulent déjà, et il ne serait pas difficile de les en chasser mais les plateformes se satisfont très bien des utilisateurs et des interactions artificiels, tant qu’ils ne sont pas trop antisociaux. Avec le développement des agents autonomes, il deviendra de plus en plus difficile de trouver du contenu humain sur internet. Pire encore, c’est la cybercriminalité qui va se développer sans agent humain et donc sans responsabilité. Le cyber espace est-il voué à se rendre hostile à toute présence humaine, lui qui portait jadis la promesse d’une liberté sans limite ?

César Cavallère, Revue Eléments

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