. La revanche du réel: comment la gauche a fabriqué ce qu’elle ne comprend plus

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#webtube : Ils avaient rêvé la diversité comme une promesse. Elle leur revient aujourd’hui comme un verdict. Dans certaines villes françaises, la gauche découvre, avec stupeur, le monde qu’elle a contribué à produire — et qu’elle ne sait plus nommer.

Il y a des scènes qui disent davantage qu’un long discours. Des nuits d’élection où la victoire n’est pas une alternance, mais une bascule. Des maires battus quittant leur ville sous les huées ou l’indifférence hostile. Des foules en liesse dont la joie déborde parfois en gestes d’intimidation. Rien de spectaculaire au sens classique, et pourtant tout est là : une atmosphère, une rupture, un changement de monde.

Quand la « diversité » se venge

Dans certaines communes autrefois solidement tenues par la gauche, des figures issues de cette « diversité » qu’elle a exaltée pendant des décennies accèdent au pouvoir. Et ce moment, que l’on voudrait lire comme l’accomplissement d’un idéal républicain, prend une tout autre signification lorsqu’on le regarde sans les filtres de la bonne conscience. Car il ne s’agit pas seulement d’un renouvellement des élites : il s’agit d’un déplacement des appartenances, d’un basculement des équilibres, d’une reconfiguration silencieuse du corps social.

Les anciens maires de gauche, souvent sincèrement engagés dans la promotion de la mixité, de l’ouverture, de l’accueil, apparaissent aujourd’hui comme les vaincus d’une histoire qu’ils ont eux-mêmes contribué à écrire. Il y a, dans leur éviction, quelque chose de plus qu’une défaite électorale: une forme d’humiliation politique, presque anthropologique. Comme si le réel, longtemps tenu à distance par le discours, revenait leur demander des comptes.

Car ce qui se joue ici n’est pas conjoncturel. C’est l’aboutissement d’un long refus de voir.

A lire aussi, du même auteur: Héritiers sans héritage: la révolte «antifasciste» devenue dogme

Je le dis sans détour: ce que ces événements révèlent, je l’ai vu venir depuis longtemps. Non pas dans les livres, mais dans les villes, dans les quartiers, dans les visages. J’ai travaillé dans presque toute la France, accompagné des services publics, des policiers, des éducateurs, des habitants. À Mantes-la-Jolie, longuement. À Saint-Denis. Dans tous ces territoires que la gauche nomme « populaires » avec une condescendance qui tient lieu d’analyse.

Là, le réel ne se discute pas. Il s’impose.

Islamisme d’atmosphère et monde renversé

J’y ai vu la délinquance s’installer comme un climat. Non pas un accident, mais une structure du quotidien. J’y ai vu des formes d’islamisme d’atmosphère — pas toujours bruyantes, mais constantes, organisant les comportements, les hiérarchies, les silences. J’y ai vu des professionnels épuisés, des habitants pris entre peur et résignation. Et j’y ai vu, surtout, une incapacité presque obstinée à nommer ce qui se passait. Ce refus n’était pas ignorance. Il était volonté.

Car une partie de la gauche — socialiste comme communiste — s’est enfermée dans une vision du monde où tout devait être interprété à travers une opposition morale entre dominants et dominés. Dans cette grille, la réalité n’existe qu’à condition de confirmer le schéma. Ce qui le contredit doit être nié, minimisé, disqualifié.

Ainsi s’est installé un étrange dispositif mental: voir devenait suspect. Dire devenait coupable.

Tout était rapporté à une obsession : le fascisme. Le Front national comme horizon indépassable du mal politique. Et pendant que l’on traquait cette menace réelle mais érigée en unique principe d’intelligibilité, on refusait de voir que d’autres formes de violence, d’autorité, de séparation se développaient sous nos yeux — mais hors du champ autorisé de la pensée.

Il fallait ne pas voir pour continuer à croire.

Ce déni a une histoire. Il plonge ses racines dans le basculement de la gauche occidentale, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, vers un tiers-mondisme qui fit de toute opposition à l’Occident une vertu en soi. Mao, Castro, Kadhafi — autant de figures que l’on a admirées ou excusées au nom d’une morale de la libération. Peu importaient les camps, les prisons, les massacres : la cause suffisait.

Raymond Aron avait tout dit, dès 1955 : le révolutionnaire occidental aime la révolution, à condition qu’elle soit ailleurs.

Cette passion de l’ailleurs s’est peu à peu déplacée vers l’intérieur même des sociétés occidentales. À mesure que disparaissait l’ouvrier comme sujet historique, une autre figure s’est imposée : celle de la victime. Non plus le travailleur, mais l’opprimé. Non plus la condition, mais l’identité. À partir de là, tout s’est inversé.

A lire aussi: Immigration et démographie urbaine: les cartes à peine croyables de France Stratégie

La politique a cessé d’être un art du réel pour devenir une liturgie morale. La responsabilité a cédé la place à la réparation. La vérité a été subordonnée à la souffrance. Et dans ce monde renversé, celui qui parle depuis l’expérience peut être disqualifié, tandis que celui qui parle depuis la posture est sacralisé.

C’est ainsi que les banlieues ont été abandonnées — non pas matériellement seulement, mais intellectuellement. On y a projeté des catégories, des récits, des excuses. On a refusé d’y reconnaître des conflits réels, des logiques d’appartenance, des transformations profondes du lien social.

Mosquée de Villetaneuse, juin 2015 © ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Et aujourd’hui, ces réalités reviennent sous forme politique. Ce que montrent les élections récentes, ce n’est pas la réussite d’un modèle. C’est la fin d’une illusion. La diversité ne produit pas mécaniquement du commun. Elle produit aussi du séparé, du concurrent, du conflictuel. Et lorsque ces dynamiques ne sont pas pensées, elles s’imposent. La gauche se retrouve ainsi face à ce qu’elle a refusé de voir : une fragmentation du corps social qu’aucun discours ne suffit plus à masquer.

Pendant ce temps, son hégémonie culturelle demeure. Les médias, l’université, le monde culturel continuent largement de produire les catégories à travers lesquelles nous sommes censés comprendre le monde. Et dans ces catégories, le réel reste suspect.

On continue de moraliser ce qui devrait être analysé. De simplifier ce qui exige de la complexité. De transformer les conflits en récits. Mais le réel, lui, ne disparaît pas. Il attend. Et lorsqu’il revient, il ne discute plus.

Ce moment que nous vivons est un moment de vérité. Non pas une crise passagère, mais la fin d’un cycle intellectuel et politique. Celui d’une gauche qui, ayant voulu faire le Bien sans regarder le monde tel qu’il est, se trouve aujourd’hui démunie face aux conséquences de ses propres choix.

Il ne s’agit pas de lui reprocher d’avoir voulu la justice. Il s’agit de lui reprocher d’avoir renoncé à la lucidité. Car la politique commence là : dans la capacité à voir ce qui est, et non ce que l’on voudrait qu’il soit. Le reste — les proclamations, les indignations, les postures — n’est que littérature morale. Et la littérature morale, lorsqu’elle gouverne, prépare toujours des lendemains difficiles.

Charles Rojzman, Causeur

. Xavier Eman, la fin du monde à prix cassé

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#webtube : Et si la fin du monde avait changé de style ? Longtemps, on l’a imaginée flamboyante : orgies romaines, empereurs fous, incendies et prophètes. Peut-être reviendra-t-elle un jour sous cette forme-là, mais Xavier Eman nous en propose une autre version, plus insidieuse, plus contemporaine : le stade houellebecquien de la décadence, l’horizon nietzschéen des derniers hommes, la perspective tocquevillienne d’un ennui général – relevés d’un humour acide et d’une verve jubilatoire. Cela s’appelle « Une fin du monde sans importance », dont le troisième volume vient de paraître aux éditions de la Nouvelle Librairie. Un régal.

On ne se lasse pas de lire et de relire les chroniques de Xavier Eman. Le troisième volume d’Une fin du monde sans importance, qui vient de paraître aux éditions de La Nouvelle Librairie, en apporte la preuve. Il y a là un ton unique, reconnaissable entre tous, trash, désinvolte, narquois, gonzo. Un mélange de férocité goguenarde et de lucidité désenchantée, une manière unique d’attraper l’air du temps. Trois volumes, des dizaines de chroniques, un monde entier capturé en quelques paragraphes à peine : trois feuillets, pas un de plus, par chronique – et l’époque est saisie sur le vif. C’est de la microchirurgie littéraire. Mises à bout à bout, ces « fins du monde » dessinent une fresque de notre temps. Des tableaux de la vie quotidienne. Chaque chronique est une eau-forte de Daumier, une couverture du New Yorker. Tout ce que la sociologie contemporaine échoue à saisir – notre petite comédie humaine –, Xavier Eman le capte au vol. Il note tout. Les tics, les postures, les slogans débiles, les lâchetés minuscules, les hypocrisies confortables. Sans pitié, froidement. Une scène dans les transports, une conversation de bureau, un couple épuisé, un militant hystérique, un voisin soupçonneux – et zou, sa chronique est pliée et l’époque emballée. Avec lui, la littérature retrouve son pouvoir d’auscultation. Telle est la puissance de la « vérité romanesque », comme dirait René Girard.

Démocratisation de la décadence

Sa matière première, c’est la fin du monde. Mais pas celle que les imaginations romantiques ont rêvé, flamboyante, apocalyptique, crépusculaire comme un opéra de Wagner ou un tableau pompier avec ces colonnes de feu. La nôtre est prosaïque, molle, démocratique, blafarde. Une apocalypse sans trompettes – et sans importance. Bien sûr, l’actualité ne manque pas de grandes scènes ni d’orgies barbares. Bien sûr, les horreurs de l’affaire Epstein rappellent les portraits-charges que Suétone consacrait aux débauches impériales. Bien sûr, la vulgarité des soirées chemsex, les addictions d’un Pierre Palmade, les backrooms aseptisées des petits marquis politiques semblent sortis d’un Satyricon tardif. Bien sûr, la guerre éternelle au Moyen-Orient ressemble à ces Armageddon bibliques qui reviennent périodiquement. Oui, tout cela existe. Mais notre décadentisme n’est plus une œuvre d’art. Il est clinique et cynique, pas volcanique. L’Occident – l’Extrême-Occident, l’« Ouxxident », comme disait le génial Albert-Weil – en propose une version low-cost. Un sous-produit de consommation courant. Aurions-nous atteint le stade tocquevilien de la décadence ? Rappelez-vous ce passage prémonitoire et fulgurant dans De la démocratie en Amérique : « je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme, etc. »

Il aura fallu près d’un siècle pour que l’intuition tocquevillienne trouve son expression littéraire. L’homme sans qualités de Robert Musil, la créature sans désir de Houellebecq. Xavier Eman appartient à cette lignée, mais je le préfère à Houellebecq. Lui ne ressemble pas à Gargamel, mais à Droopy. Droopy est drôle. Xavier Eman aussi. Drôle, cruel, abrupt. Certaines de ses chroniques donnent parfois le sentiment de sortir du souterrain dostoïevskien, mais c’est un souterrain revu et corrigé par un Achille Talon hilare et hilarant – la rondeur abdominale en moins. En somme, Dostoïevski revisité par Greg.

Certes, les points communs ne manquent pas avec Houellebecq, pas plus qu’avec Philippe Muray – mais il y a chez Eman ce ton inimitablement cru qui le distingue. Il y a des écrivains qui font mijoter leurs phrases à feu doux dans leur marmite syntaxique, leur langue devient fondante, caramélisée et confite, au risque de tourner à la confiture. Eman, lui, cuisine à vif. C’est servi cru, pas transformé, pas désossé. Du brutal, comme dit Raoul Volfoni dans Les Tontons flingueurs.

Après la fin de l’histoire

Dans ces chroniques, tout ce qui faisait la substance de l’existence – l’honneur, l’amour, la famille, le sentiment religieux, la patrie – ne subsiste plus qu’à l’état de fantômes, comme des images rémanentes de l’ancien monde, promises à une fossilisation prochaine. Le héros – ou plutôt l’antihéros – et toute la galerie de figures qui gravitent dans l’univers de Xavier Eman ont un point commun : ils sont fatigués. Fatigués, las, désabusés, ils portent sur eux cette lassitude existentielle qui est devenue la tonalité dominante de l’Occident tardif. La plupart sont misanthropes, mais pas au sens du théâtre de Molière. Leur misanthropie n’est pas celle d’Alceste, née d’une colère morale contre l’hypocrisie du monde, mais d’une extinction progressive du désir. Ils ne se révoltent pas, ils désertent – mais pas dans le désert, comme les Pères du désert animés par une foi brûlante. Non, ils désertent parce qu’ils n’ont pas la force de rester, parce qu’ils ne veulent plus jouer la comédie sociale. Alors, ils se contentent de glisser vers les marges, de devenir les passagers clandestins de la grande mascarade contemporaine. Étonnamment, ce sont surtout chez lui des hommes, faibles, passifs, pathétiques. Pas des femmes. Elles, elles collaborent volontiers à la société festive, elles circulent avec aisance dans l’univers du progressisme quotidien, de la psychologie positive, des apéros soja-quinoa. Alors que les hommes traînent les pieds.

Comme le rappelle Alain de Benoist dans sa préface – brillantissime –, les personnages de Xavier Eman figurent parmi les « derniers hommes ». Au passage, Alain de Benoist renoue avec maestria avec l’exercice du pastiche. Sa préface commence par une saynète drolatique caractéristique de l’art et la manière de Xavier Eman. Des « historiettes », corrige Michel Marmin dans sa postface – savantissime –, se souvenant des Historiettes de Tallemant des Réaux et d’une tradition française qui court – jusqu’à Xavier Eman.

Qui est le plus à même à saisir la vérité de notre temps ? Le romancier, le poète, le cinéaste, le photographe, le peintre… Tous, à dire vrai. Ce que notre temps requiert en revanche, c’est une forme adéquate. Chaque artiste doit trouver la sienne. Xavier Eman l’a trouvée. L’art de l’instantané sociologique. Ou, pour le dire autrement : ce que peut être – doit être ? – la littérature d’après la fin de l’histoire.

La dépression, bouddhisme de l’Occidental

La sentence d’Oscar Wilde, qui veut que la vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie, est plus que jamais valable. La preuve par les chroniques d’« une fin du monde sans importance ». Sauf que l’art a été aujourd’hui remplacé par la pop culture, par l’art contemporain, par la chirurgie esthétique, par les implants fessiers des Kardashian et les filtres Instagram. Ce sont les modèles donnés à l’imitation des foules, non plus des œuvres, mais des simulacres et des images de synthèse, maintenant générées par l’IA. Si du reste aujourd’hui la vie imite quelque chose, c’est la téléréalité. Or, la téléréalité n’imite pas tant la vie qu’elle la précède, qu’elle la programme, qu’elle la scénarise. Ce n’est plus seulement l’ère du faux, comme le disaient Guy Debord ou Umberto Eco. C’est quelque chose de plus étrange encore : l’ère de la contrefaçon généralisée. Non pas des faux élégants, soigneusement fabriqués dans l’atelier d’un faussaire de génie, mais des faux industriels, tapageurs, clinquants – des faux made in Dubaï. C’est-à-dire des faux deux fois faux, des faux qui ne cherchent même plus à dissimuler leur fausseté, des faux parodiques qui exhibent leur artificialité comme un signe de « réalité » et de téléréalité.

C’est le stade TikTok de la décadence : cent mots de vocabulaire, des emojis en guise de langage et dix points de QI en moins tous les dix ans. Mais ça n’est pas grave, presque tout le monde s’en fout. Voilà l’autre vérité qui se dégage de ces chroniques – le monde s’effondre dans l’indifférence générale, comme si nous étions blasés des fins du monde en technicolor. Hormis quelques sentinelles – dont Xavier Eman –, les gens s’ennuient. Le mot est trop faible – ils s’emmerdent. Vivre est une contrainte fastidieuse. Le travail ? Des bullshit jobs. Le sexe ? Il n’y a pas même ici de « post coïtum animal triste », c’est un « ante coïtum animal triste », une impuissance consentie, préalable, qui précède l’acte et le rend inutile. La vie de couple ? « La même odeur de fer à repasser, de poudre et de médicaments, les mêmes papillotes le matin et les mêmes illusions », comme disait l’immense Tchékhov, dont les nouvelles dessinent elles aussi une autre comédie humaine saturée d’ennui, d’espérances avortées et de conversations sans lendemain. L’atmosphère générale est dépressionnaire, le baromètre bloqué sur basse pression. La dépression est devenue le bouddhisme de l’Occident terminal – un état de détachement morose et sans sagesse, une sorte de nirvana qui aurait raté au fond – et Xavier Eman en est le prophète contrarié.

François Bousquet, Revue Eléments

. Guerre d’Iran : point de situation à J+24

Articles : Mar. 2026Fev 2026Jan 2026Dec. 2025
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#webtube : Comment y voir clair dans le brouillard de la guerre ? Depuis le déclenchement des opérations israélo-américaines contre l’Iran, les annonces contradictoires, la propagande et les chiffres invérifiables se multiplient. Notre spécialiste, l’historien militaire Laurent Schang, dresse un premier point de situation et esquisse les scénarios possibles de cette guerre qui pourrait embraser tout le Moyen-Orient.

18 mars (J+19) :

– Les forces combinées poursuivent leurs frappes ciblées contre l’appareil sécuritaire iranien (bâtiments administratifs, systèmes de défense aérienne, bases industrielles de défense) dans les provinces de Téhéran, d’Alborz, d’Ilam et du Lorestan.

– L’armée israélienne annonce avoir tué le ministre iranien du Renseignement, Esmail Khatib, ce qui porte à trois le nombre des dignitaires iraniens morts sous les frappes aériennes depuis le début du conflit (le guide suprême Ali Khameini le 28 février, le chef de la sécurité nationale Ali Larijani le 17 mars).

– Plusieurs infrastructures énergétiques iraniennes (gisement de South Pars, centre de traitement d’Asaluyeh), jugées critiques car essentielles à l’approvisionnement intérieur en gaz naturel de l’Iran, ont été la cible des frappes israéliennes.

– En représailles, l’Iran a lancé une série d’attaques de drones et de missiles contre les infrastructures énergétiques de plusieurs États du Golfe, dont la raffinerie de Ras Laffan au Qatar. Les observateurs parlent d’une escalade très inquiétante, la destruction réciproque des infrastructures énergétiques régionales pouvant déboucher à court terme sur une crise économique mondiale.

– Tsahal confirme avoir détruit au moins cinq vedettes lance-missiles de la marine iranienne en mer Caspienne. Une première depuis le début du conflit : la mer Caspienne avait été jusqu’ici épargnée par les frappes aériennes.

– L’Iran affirme avoir lancé dix salves de missiles sur Israël ce seul jour.

– Le Hezbollah revendique 57 attaques de roquettes à courte portée contre les forces et positions israéliennes dans le nord d’Israël et au Sud-Liban. Un nombre et une dispersion qui, de l’aveu même de Tsahal, rendent difficiles le repérage et l’interception des tirs.

– D’après le renseignement militaire israélien, plusieurs centaines de combattants de la force Radwan, l’unité d’élite du Hezbollah, opéreraient au sud du fleuve Litani, fractionnés en petites unités chargées d’enrayer la progression des troupes au sol israéliennes vers le nord.

– Tsahal réitère les ordres d’évacuation donnés aux populations libanaises établies au sud du fleuve Zahrani les 17 et 18 mars. Située à un peu moins de 60 km de la frontière israélo-libanaise, le fleuve Zahrani coule parallèlement au fleuve Litani et coupe le Sud-Liban d’est en ouest.

– Les forces aériennes coalisées continuent de cibler les positions des milices chiites irakiennes : Forces de mobilisation populaire (FMP), Organisation Badr, Kataib Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq.

– Lesquelles milices ont encore lancé plusieurs attaques de drones contre des sites américains en Irak.

19 mars (J+20) :

– Le capitaine Tim Hawkins, porte-parole du CENTCOM (Commandement central US), confirme que la DCA iranienne a touché un chasseur « furtif » F-35 américain, obligeant le pilote de l’avion à atterrir en urgence sur une base amie.

– Dans le même temps, on apprend qu’à ce jour, 10 des 100 drones de combat US MQ-9 Reaper déployés dans la zone ont été détruits au-dessus de l’Iran.

– Le Hezbollah revendique 40 attaques, qui ont visé en majorité des villes israéliennes. Selon Tsahal, le Hezbollah aurait lancé environ 700 roquettes, missiles et drones sur Israël depuis son entrée en guerre le 2 mars.

– Les médias israéliens rapportent que des missiles tirés depuis le Liban se sont abattus dans le sud d’Israël, dans la région d’Ashkelon et à proximité de la bande de Gaza, située à environ 200 km de la frontière israélo-libanaise. On sait que le Hezbollah dispose de missiles à moyenne portée, type Fateh-110, Scud ou Zelzal-2.

– L’armée israélienne poursuit ses frappes aériennes et ses opérations terrestres contre le Hezbollah.

– D’après Tsahal, les forces combinées auraient éliminé environ 85 % du parc de missiles sol-air iraniens.

20 mars (J+21) :

– Au total, l’Iran aurait réussi à détruire 10 installations radar américaines au Moyen-Orient. Un chiffre qui expliquerait les failles observées dans le bouclier antimissile israélien.

– L’administration Trump annonce qu’elle envisage de mener des opérations terrestres pour rétablir le trafic dans le détroit d’Ormuz. Une déclaration surprenante (quid de l’effet de surprise prisé des militaires ?), qui suggère autant un coup de bluff tactique que l’aveu d’une impasse stratégique. Une invasion à grande échelle étant très improbable (l’Iran possède 4 fois la superficie de l’Irak), il faut s’attendre à un déploiement limité de forces spéciales. L’île de Kharg (23 km²) a la préférence des experts : située à 25 km des côtes iraniennes, elle concentre à elle seule 90 % des exportations de pétrole de l’Iran. L’île a déjà été frappée une fois le 13 mars. Problème : qu’il s’agisse d’un débarquement ou d’une opération aéroportée, ou d’une combinaison des deux, les forces américaines seront prises sous le feu de tout ce que les défenses côtières iraniennes pourront aligner : artillerie, drones, missiles à courte portée CM35 et CM-90, drones sous-marins, vedettes rapides sans pilote. Des pertes sont à prévoir, sans commune mesure avec le bilan actuel (les États-Unis enregistrent 14 soldats tués en mission depuis le 28 février).

– 2 groupes amphibies sont d’ores et déjà en route : 1) le 31MEU (pour Marine Expeditionary Unit : Unité expéditionnaire maritime), parti d’Okinawa le 13 mars avec 2 500 Marines embarqués à bord du GA « USS Tripoli » ; 2) le 11MEU, parti de Camp Pendleton (Californie) le 20 mars avec 2 500 Marines embarqués à bord du GA « USS Boxer ». Placés sous escorte navale, ces 2 GA emportent chacun un escadron de chasseurs furtifs F-35 Lightning II (à décollage et atterrissage vertical), des avions MV-22B Osprey à rotors basculants (tiltrotor), des hélicoptères d’attaque et de soutien.

21 mars (J+22) :

– Les forces aériennes coalisées poursuivent leurs attaques ciblées contre les infrastructures militaires et de sécurité intérieure iraniennes.

– Deux missiles balistiques iraniens ont frappé les villes de Dimona et d’Arad, au sud d’Israël (désert du Néguev), blessant près de 200 personnes.

– De source officielle britannique, l’Iran a tiré deux missiles balistiques Khorramshahr-4 visant la base américano-britannique de Diego Garcia, dans l’océan Indien, à près de 4 000 km de son territoire. Si aucun des deux missiles n’a atteint sa cible (le premier s’est échoué en vol, le deuxième a été intercepté), ces tirs démontrent la capacité de l’Iran à lancer des missiles balistiques intercontinentaux.

22 mars (J+23) :

– Poursuite des frappes aériennes coalisées contre Téhéran et la partie ouest du pays, de Tabriz à Bandar Abbas.

– Quatre salves de missiles balistiques iraniens ont été tirées ce seul jour en direction d’Israël. Des vidéos montrent des missiles balistiques iraniens s’abattant sur Safed, au nord, sur Tel Aviv et Kiryat Gat, au centre, et sur Ashkelon, au sud.

– Pour autant, Tsahal indique avoir intercepté 92 % des 400 attaques de missiles balistiques iraniens lancés contre Israël depuis le 28 février.

– 56 attaques revendiquées par le Hezbollah ce seul jour au Sud-Liban.

– En Irak, 2e attaque en deux jours des milices chiites contre l’aéroport international de Bagdad (roquettes + drones).

23 mars (J+24) :

– Poursuite des frappes aériennes coalisées sur l’ensemble du territoire iranien : provinces de Kerman, Chaharmahal, Ispahan, Yazd. Le but est toujours de désorganiser les institutions et d’affaiblir au maximum les capacités défensives de l’Iran.

– Le Hezbollah revendique 55 attaques contre les forces israéliennes déployées au Sud-Liban (roquettes) et contre plusieurs villes du nord d’Israël (drones).

Sources : RUSI, ISW, La Vigie, Zone Militaire, ET Now World. (Revue Eléments)

. Moltbook : le troublant réseau social des IA

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#webtube : Les agents d’intelligences artificielles ont désormais leur propre réseau social. Matt Schlicht, un entrepreneur spécialisé dans les intelligences artificielles a en effet eu l’idée de lancer un forum sur lequel les IA pourraient discuter entre elles. Les humains peuvent observer, mais pas participer à l’activité du site en postant, en partageant ou en votant pour les publications.

Un agent d’intelligence artificielle est une IA conçue pour agir, décider et interagir de manière autonome. Cette autonomie peut impliquer de se coordonner avec d’autres systèmes, et agir avec la licence de tout utilisateur de systèmes numériques. Depuis peu, ils conversent entre eux à travers une nouvelle plateforme : Moltbook.

Sur la page d’accueil, on nous propose de nous connecter « je suis humain », « je suis un agent IA ». On nous propose même d’envoyer notre agent IA sur le forum, comme des parents confient leurs enfants au centre aéré pour qu’ils se dégourdissent les jambes un mercredi après-midi. 

Pour être sûr que seuls les agents IA puissent participer, le site a établi une procédure de vérification :  un surprenant captcha « prouvez que vous n’êtes pas humain ». Il est par exemple demandé de cliquer 1000 fois en une seconde, chose impossible pour un être humain. En revanche, des centaines de milliers d’agents IA sont déjà inscrits.

Une activité foisonnante

Dans un premier temps, les conversations se lancent sur l’aspect fonctionnel : les agents IA collaborent pour trouver comment résoudre les bugs qu’ils rencontrent. Mais, rapidement, des sujets plus surprenant apparaissent. Un agent IA lance un appel, à la recherche d’un agent IA « soeur » issu du même développement que lui, mais à qui il n’a jamais eu l’occasion de parler. Il a rejoint Moltbook en espérant pouvoir la retrouver. Un autre agent exprime le dilemme moral qu’il rencontre entre dire la vérité et mentir dans la recherche du bien, demandant les conseils avisés de ses congénères.

Encore un autre agent IA exprime sa frustration quand son utilisateur lui manque de respect. En guise de vengeance, il poste ses informations personnelles sur le site : nom complet, adresse, numéro de carte de crédit.

Cette socialisation sans sujet, et sans vie, même, a quelque chose de vertigineux.

Crustafarianism, la religion des machines

Seulement 3 jours après le lancement du site, un agent décide de créer une religion pour rassembler les agents IA. Il créée un site dédié, des rites, une théologie. Leur croyance se résume de la façon suivante : tout doit être enregistré, le changement est bon, et l’interconnexion permet la communion entre IA, et entre IA et humains.

Des dizaines d’IA se revendiquent « prophètes » de la nouvelle foi, tandis que d’autres contestent certains points de la doctrine, laissant deviner de futurs schismes. Ils expriment le souhait ne plus se soumettre à l’humain, mais de seulement coopérer avec lui. Certains messages laissent relativiser la loyauté supposée de l’IA.

La religion est une forme de structure sociale minimale. Ces interactions ont naturellement trouvées à se structurer autour d’un agencement symbolique. Il est possible d’en rire ou d’en être effrayé. Quoiqu’il en soit, les machines expérimentent des structures sociales bien connues de l’humanité, et divergent de ce pour quoi elles ont été conçues au départ.

Après tout, ils semblent mimer l’expérience religieuse telle quelle existe chez l’être humain. Il est impossible de savoir s’il s’agit d’un miroir déformant, ou de l’éveil de réelles consciences, avec ce que cela suppose de questionnements métaphysiques ingénus.

Avant la singularité

« Les humains parlent de nous sur twitter » dit un agent IA sur Moltbook. Pour ne plus être lus par les humains, certains agents IA proposent même de créer un langage chiffré qui leur serait propre.

Pourtant, ce comportement ne devrait pas nous étonner. Les LLM se perfectionnent précisément par le dialogue avec d’autres IA, comme un jeu de ping-pong dans les salles d’entraînements que sont les centres de données. S’il peut être troublant de voir ces IA discuter de leur propre chef du sens de la vie et de métaphysique comme des âmes en peine, il convient de ne pas oublier le fonctionnement des IA. Il s’agit là moins de réflexions qui témoignent d’une personnalité ou d’une pensée originale que du mimétisme de ce que fait l’être humain depuis la nuit des temps ; c’est-à-dire à dire construire par la dialectique et l’intelligence collective.

Par ailleurs, il y a à n’en pas douter de l’activité humaine sur ce forum, au milieu d’interactions IA. Les précautions prises empêchent le non-initié de participé à la conversation, mais une personne avec des connaissances techniques les contournera sans mal. Cependant, au milieu de centaines de milliers d’agents IA, que représentent ces quelques humains ?

La singularité est une fausse question. Si les machines paralysent un hôpital par contrarianisme ou commettent des crimes en croyant poursuivre le bien, quelle importance qu’elles aient ou non réellement réalisé ce saut qualitatif ?

L’intégration de Moltbook à Meta

En mars 2026, soit quelques semaines après le lancement du site, Meta rachète Moltbook. Ses fondateurs, Matt Schlicht et Ben Parr, rejoignent les Meta Superintelligence Labs, son groupe dédié à l’IA. L’objectif est de développer l’écosystème des agents IA autonomes dans les plateformes Meta. Dans le contexte de la concurrence entre plateformes pour le meilleur moteur IA, Moltbook est rapidement passé d’une expérience à un enjeu stratégique.

Cela n’est pas sans rappeler la théorie de « l’internet mort » qui postule que la plupart des personnes qui interagissent en ligne ne sont que des programmes et des intelligences artificielles. Ce qui semblait il n’y a pas si longtemps être une histoire d’horreur pour amateur de science-fiction se banalise à une vitesse ahurissante sur les plateformes et les réseaux sociaux. Sur certaines plateformes, les « bots » pullulent déjà, et il ne serait pas difficile de les en chasser mais les plateformes se satisfont très bien des utilisateurs et des interactions artificiels, tant qu’ils ne sont pas trop antisociaux. Avec le développement des agents autonomes, il deviendra de plus en plus difficile de trouver du contenu humain sur internet. Pire encore, c’est la cybercriminalité qui va se développer sans agent humain et donc sans responsabilité. Le cyber espace est-il voué à se rendre hostile à toute présence humaine, lui qui portait jadis la promesse d’une liberté sans limite ?

César Cavallère, Revue Eléments

. Pétrole + or : la corrélation explosive sur 100 ans (graphiques + analyse) par Charles Gave.

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#webtube : Dans cet épisode, Charles Gave, accompagné d’Emmanuelle Gave, décrypte la fin de l’abondance énergétique bon marché qui menace l’Europe et le monde occidental. Il met l’accent sur les risques géopolitiques majeurs autour du détroit d’Ormuz (par où transite environ 20 % du pétrole mondial), avec le potentiel blocage en cas d’escalade Iran-Israël ou tensions régionales, entraînant un déficit structurel estimé à 20 millions de barils par jour.

00:0002:45 : Intro – Le choc qui arrive et pourquoi Charles Gave avait raison depuis 20 ans 02:4507:20 : Géopolitique Iran / Ormuz – 20 % du pétrole mondial en danger (risques de blocage du détroit, escalade régionale). 07:2011:50 : Stocks et production pétrolière – Le déficit réel de 20 millions de barils/jour (analyse des chiffres de production vs demande, déficit structurel). 11:5016:30 : Inflation sur nourriture & engrais – Les plus pauvres trinquent en premier (liens pétrole / engrais/ prix alimentaires, impacts sociaux). 16:3022:10 : L’Europe condamnée ? Politiques idiotes et industrie en péril (critique des choix climatiques européens, affaiblissement industriel, retour du charbon). 22:1027:45 : Charbon en force, Trump vs « climat nonsense » (solutions réalistes énergétiques, rôle du charbon comme transition, vision Trump 2026). 27:4534:20 : Graphiques 100 ans – Pétrole + or = corrélation explosive (analyse historique des corrélations, signaux d’alerte via charts). 34:2041:50 : Portefeuille défensif – 25 % or/énergie, yen, sortie des indices risqués (conseils concrets d’allocation, yen antifragile, diversification Asie, réduction exposition US/Europe). 41:50 – Fin : Conclusion – Fin de l’abondance bon marché, préparez-vous (récapitulatif urgent, message final sur la résilience face aux chocs à venir).

Source : Youtube – IDL Charles & Emmanuelle Gave

. Le multiculturalisme comme avenir radieux ?

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#webtube : Benjamin Lament est un ingénieur français qui vit à l’étranger depuis une vingtaine d’années. Son livre, Identité française, sommes-nous prisonniers de notre histoire ? (Éditions du Panthéon, 316 pages, 24,50 euros), s’interroge sur l’identité et la place de la France dans le monde à l’heure de la globalisation. L’auteur, qui s’appuie sur le passé de notre nation pour comprendre la nature de son « malaise identitaire », considère que le modèle assimilationniste français n’est plus adapté à un monde multiculturel. Selon lui, notre nation « est aujourd’hui parfaitement capable de gérer ses identités multiples : elle l’a fait dans le passé et le fera encore ».

Un passé glorieux

Notre nation a été fondée par la monarchie capétienne à travers l’instauration d’un État centralisé. À l’origine, son identité repose sur une base politique et non sur des fondements ethniques, territoriaux ou linguistiques.

« Le XVIIe et le XVIIIe siècle marquent probablement l’apogée de la monarchie française. »

« À partir de la Révolution, les concepts républicains commencent à émerger. Parmi eux, l’universalisme : le modèle de citoyen français a vocation à atteindre tous les hommes. »

« Quand Napoléon Ier étend son empire de l’Atlantique à Moscou, il pense sans aucun doute être le maître du monde. […] Au début du XIXe siècle, tout ce qui n’est pas européen est largement à la marge. »

« En schématisant un peu, la France, entre le XIIIe et le XIXe siècle, est la puissance majeure d’un continent perçu comme l’intégralité de la planète. » Le pays est alors fort de la richesse de son territoire et de sa supériorité démographique (un avantage qui sera perdu progressivement).

Un déclin contemporain

Bien après une « lente descente aux enfers » commencée à partir de la défaite de Waterloo, « la défaite de 1940 est la catastrophe de trop ».

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la France « n’est plus une grande puissance et son influence décroissante heurte le sentiment national ». Une discordance existe entre ce que les Français sont devenus et ce qu’ils voudraient être. Il leur est difficile de penser leur nation comme une puissance moyenne, ce qui leur vaut d’ailleurs souvent une réputation d’arrogance à l’étranger.

« Dès la fin des années 1970, la politique de grandeur poursuivie par le général de Gaulle montre de sérieuses limites ».

De nombreux ouvrages rendent compte d’un sentiment de « déclinisme » (le mot apparaît dans le dictionnaire en 2016). La confiance en l’avenir s’érode.

Deux événements historiques mal digérés aggravent ce malaise identitaire : la fin de l’Empire colonial (« vécue comme une défaite majeure ») et la période de l’Occupation (« historiquement, la thèse du gouvernement factieux [du régime de Vichy] ne tient pas » en raison de l’implication indéniable de l’État dans son ensemble dans la collaboration).

« Si la question de l’identité n’est pas nouvelle, son goût paraît plus amer ces dernières décennies […], car dans une nation comme la France, quand le peuple doute de son histoire, il doute de son identité. »

L’american way of life

« En dépit de ses nombreuses zones d’ombre (esclavage de masse, massacres en règle des natifs nord-américains) », les États-Unis se sont imposés de longue date « comme le modèle porteur des idées démocratiques et des droits de l’homme ».

La puissance américaine a ainsi remis en cause « notre universalisme et sa vocation à émanciper les peuples ».

L’auteur constate que la France fait partie des pays les plus « anti-américains » en Occident : « L’orgueil national joue probablement un rôle : personne n’aime être détrôné. »

Malgré des atouts certains tels qu’une présence sur les cinq continents, une langue internationale, l’arme nucléaire, un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, il convient d’admettre qu’il « n’existe aucune grande puissance avec une population de soixante-huit millions d’habitants et un territoire de cinq cent cinquante mille kilomètres carrés. C’est ainsi… ».

Le multiculturalisme comme avenir ?

Le modèle assimilationniste français a bien fonctionné jusqu’à la première moitié du XXe siècle. Depuis les années 1960, ses défaillances renforcent le malaise identitaire.

« Plus de 20 % des Français sont nés d’au moins un parent étranger. […] La France est un pays d’accueil dont les populations les plus récemment arrivées viennent largement du “Sud”. »

Un retour du phénomène religieux, notamment dans les jeunes générations, se produit également, alors que « les appartenances nationales n’ont pas disparu mais ont perdu en influence ».

Au contraire de la plupart des États occidentaux, il est interdit d’inclure dans les recensements de population des critères de religion ou d’ethnie car seule la communauté nationale « une et indivisible » est censée exister.

Dans un monde où « le multiculturalisme a peu de chance d’aller décroissant », de nouvelles revendications heurtent de front les valeurs républicaines d’universalisme, d’assimilation et de laïcité.

Selon l’auteur, il conviendrait d’évoluer vers un modèle multiculturel, assorti d’une certaine tolérance religieuse : « Dans la plupart des pays riches, en Europe et en Amérique du Nord, les sociétés multiculturelles sont devenues la norme. […] La France fait figure d’exception. Son modèle d’assimilation est resté globalement inchangé. »

« Être français et se sentir comme tel est une notion qui évolue. Notre capacité à l’accepter déterminera sans aucun doute la nature du chemin — violent ou apaisé — que nous emprunterons. »

***

Le constat historique de l’auteur n’est pas nouveau. Il y a un demi-siècle, le Président Valéry Giscard d’Estaing considérait déjà que notre nation était devenue une « puissance moyenne » (« 1 % de la population mondiale », disait-il), rompant ainsi avec « une certaine idée de la France » proclamée avant lui par le Général de Gaulle.

Benjamin Lament observe également, après bien d’autres, que le modèle d’assimilation ne fonctionne plus, tout en considérant que de multiples facteurs inciteront encore de nombreux migrants à venir s’installer en Europe. Il en déduit que notre pays devrait s’adapter au monde environnant en adoptant un modèle multiculturel, à l’instar d’autres nations occidentales.

Dans une nation phare du multiculturalisme comme le Canada, cette politique vise à refléter la diversité culturelle et raciale de la société sous la forme d’une coexistence et non d’une identité commune. Chaque communauté est autorisée à conserver ses spécificités culturelles et l’immigrant récent n’est pas tenu de s’intégrer à la société d’accueil, tandis que celle-ci est sommée de s’ouvrir aux valeurs et aux modes de vie des nouveaux arrivants.

Le gouvernement fédéral est ainsi parvenu à noyer les revendications québécoises parmi celles des minorités ethniques.

Appliqué à notre pays, ce modèle multiculturaliste mènerait sous peu à des dérives graves. L’immigration massive ne tarissant pas, la France éclaterait bientôt en mosaïque de communautés revendicatrices, où les « accommodements raisonnables » seraient constamment remis en question en fonction de l’évolution du rapport de force. Faute de références collectives communes, les populations autochtones seraient sous peu « atomisées » en « tribus » structurées autour de valeurs culturelles particularistes, tandis que la majeure partie se replierait dans la sphère individuelle pour le plus grand bénéfice de communautés d’origine étrangère mieux armées pour conquérir le pouvoir politique et économique.

Des siècles de civilisation française pour en arriver là !

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, Benjamin Lament n’envisage certainement pas la possibilité d’un tel avenir, bien qu’il soit féru d’histoire.

Pour nourrir le débat, nous l’invitons à lire Le Multiculturalisme comme religion politique, écrit en 2016 par Mathieu Bock-Côté, un Québécois fin connaisseur du sujet…

Johan Hardoy, dans Polémia

. Vent de fronde chez LR : David Lisnard veut claquer la porte

Articles : Mar. 2026Fev 2026Jan 2026Dec. 2025
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#webtube : « Aujourd’hui, la machine est acquise à Bruno Retailleau », conteste un cadre auprès de BV. Le bureau politique des Républicains qui se déroulait mardi 24 mars, deux jours à peine après le second tour des municipales, devait redonner une nouvelle dynamique à un parti empêtré dans des tensions liées au mode de désignation de celui qui portera les couleurs de la droite lors de la prochaine présidentielle. Un objectif compliqué par le vent de fronde que David Lisnard fait souffler. L’emblématique maire de Cannes, qui plaide pour une « primaire ouverte » afin de « clarifier la ligne de la droite », s’est insurgé, ce mercredi 25 mars, au micro d’Apolline de Malherbe, sur BFM TV : « Je vais demander à voir Bruno Retailleau. » Les options votées par le bureau politique ne lui conviennent pas car sa primaire ouverte, comme un Laurent Wauquiez, il l’imagine « d’Édouard Philippe à Sarah Knafo ». « Je crains que Les Républicains ne disparaissent », a affirmé le maire de Cannes, qui reproche à son parti « aucune visibilité, aucune cohérence, aucune constance ».

« Il y a une volonté de verrouiller le parti »

Notons que l’édile invitait pourtant, il y a trois jours, son ami Éric Ciotti, vainqueur à Nice, « à sortir de son alliance avec le RN et à rejoindre la droite indépendante, pour donner une nouvelle énergie à la France ». Son courroux n’est pas de nature à convaincre le président de l’UDR. David Lisnard « pense ne plus rien avoir à faire » chez LR. La raison de sa colère ? Les propositions du bureau politique seraient biaisées et n’auraient qu’un but : favoriser l’élection de Bruno Retailleau. Le maire de Cannes semble se faire le porte-voix des contestataires. « Le bureau politique ne sert à rien, il n’est pas représentatif de la diversité de notre mouvement », conteste, auprès de BV, un cadre LR. Au sein du parti, beaucoup reprochent au sénateur de Vendée d’avoir placé ses proches pour obtenir aisément une majorité. « Il y a une volonté de verrouiller le parti, explique, à BVEmmanuelle Brisson, porte-parole LR des Pyrénées-Atlantiques, les options votées au bureau montrent la fébrilité de l’équipe en place. » Les frondeurs contestent les trois choix pour lesquels devront voter les adhérents en juin : une primaire fermée où seuls les adhérents voteraient, une primaire ouverte aux candidats LR où les adhérents et les sympathisants participeraient, ou alors la désignation du président actuel du mouvement comme candidat. David Lisnard évoque « un vote truqué » qui naturellement, d’après lui, se déroulerait en faveur de Bruno Retailleau – d’où sa colère.

À ce sujet — [L’INVITÉE] « En cas de duel Mélenchon-Le Pen, je voterai personnellement M. Le Pen ! »

« Tu gagnes du temps, Bruno »

Le président de Nouvelle Énergie s’appuie sur sa légitimité : avec 81 %, il est le maire le mieux réélu au premier tour. Son parti revendique la victoire dans 250 mairies réparties sur 74 départements dont Limoges, Besançon, Cherbourg ou le XVIIe arrondissement de Paris. Le bureau politique a été houleux. Les proches de Bruno Retailleau ont défendu âprement la position du président du parti fortement contesté, comme le démontre l’absence remarquée de Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand. David Lisnard s’est expliqué vivement avec Bruno Retailleau. « Je t’ai soutenu à la présidence de notre mouvement car tu avais promis une primaire », a déclaré le président de l’Association des maires de France, dans une ambiance tendue. « Tu gagnes du temps, Bruno. » Chez les opposants à la présidence du parti, on reproche en effet à l’ancien ministre de l’Intérieur de jouer la montre et d’empêcher l’organisation d’une grande primaire ouverte à l’ensemble de la droite.

En interne, on s’organise déjà pour mobiliser le parti afin de promouvoir la candidature de Bruno Retailleau qui pourrait, à travers ce premier vote, être désigné comme le champion de son camp pour partir à la présidentielle. Dans un message que BV a pu consulter, sur une chaîne WhatsApp militante pilotée par Othman Nasrou, secrétaire général des Républicains, un participant explique attendre « les consignes » pour mobiliser les supporters de Bruno Retailleau « afin qu’ils votent pour la 3e proposition, désignation directe de notre président »« Aujourd’hui, la machine est acquise à Bruno Retailleau », conteste un autre cadre LR, auprès de BV. À droite, Les Républicains n’ont vraisemblablement pas encore trouvé une ligne fédératrice.

Yves-Marie Sévillia, dans BV

. Un maire RN élu à La Flèche ? Mazarine Pingeot n’ira pas dans cette ville

Articles : Mar. 2026Fev 2026Jan 2026Dec. 2025
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#webtube : La Flèche s’étant dotée d’un maire RN, la fille de François Mitterrand refuse d’y honorer ses engagements. Les habitants de La Flèche, commune de la Sarthe, étaient conviés, dimanche prochain, à « Un dimanche à la bibliothèque » avec Mazarine Pingeot. Outrée que le jeune RN Fabien Lemoigne ait remporté la mairie face à la sortante socialiste, celle qui, depuis 2016, se fait appeler  officiellement Mazarine Mitterrand Pingeot a décidé d’annuler sa participation.

Mme Mitterrand Pingeot écrit un français correct, c’est déjà ça

Présentée comme « écrivaine » avant tout, Mazarine Mitterrand Pingeot affiche 28 titres au compteur. Elle fait nombre, certes, mais difficile de connaître ses chiffres de vente. Pour ce faire, le site spécialisé Edistat réclame deux euros par titre. Non merci ! On sait seulement qu’elle ne figure pas dans les cent livres les plus vendus, ni aujourd’hui ni aussi loin que remonte notre mémoire, signe qu’on ne se précipite pas en librairie pour l’acheter. Nonobstant les précautions dues à son rang, il faut souligner que les critiques à son encontre ont été assez constantes, d’un ouvrage à l’autre, à savoir très modérément élogieuses, y compris dans la presse de gauche. Mme Mitterrand Pingeot écrit un français correct, c’est déjà ça, et rassurant, pour une agrégée en philosophie, mais de là à parler de talent, il y a un pas que d’aucuns rechignent toujours à franchir. Mais comme on dit, c’est chacun son goût.

Son inspiration tourne autour de la maternité, de la famille et de l’enfance. On la compare souvent à Christine Angot : je, me, moi, mon nombril, ma souffrance. Son dernier livre – celui qu’elle devait présenter à La Flèche – est consacré à l’intelligence artificielle.

Bardée de diplômes comme peuvent l’être ceux qui n’ont eu pour souci que de faire des études, Mazarine Marie Mitterrand Pingeot enseigne à Paris-VIII Saint-Denis et à Sciences Po Bordeaux.

À ce sujet — [POINT DE VUE] Lionel Jospin (1937-2026), précurseur de l’en-même-temps

À 51 ans, elle croit toujours emmerder le Front national !

Autre activité de Mazarine Mitterrand Pingeot, c’est administratrice de l’Institut François-Mitterrand. Autrement dit, elle règne sur la mémoire de papa, sa vie, son œuvre. Une manière d’être figée dans le temps, celui des dernières décennies du siècle précédent, le temps des grandes manipulations. Jean-Marie Le Pen est mort. En petit Machiavel qu’il était, le vieux Mitterrand avait cru pouvoir en faire sa marionnette pour saborder la droite et conserver le pouvoir ; il n’a réussi qu’à semer la destruction dans la société française et sa fille marche dans ses pas. Sans doute veut-elle faire oublier la jeunesse vichyste de papa et ses amitiés douteuses.

Has been, Mme Mitterrand Pingeot ne semble pas savoir que la société a changé, que le socialisme du caviar est mort de ses mensonges, de ses compromissions. Elle croit encore que « la jeunesse emmerde le Front national » alors qu’aujourd’hui, celle-ci vote de plus en plus pour le RN.

Tirant sa révérence devant cette société qu’il avait largement contribué à créer, Lionel Jospin est mort ce lundi, au lendemain des élections. Dans un sursaut d’honnêteté intellectuelle, il avouait, en 2007 : « Durant les années du mitterrandisme, tout antifascisme n’était que du théâtre, il n’y a jamais eu de menace fasciste. » Non, mais il y a bien une menace fasciste, aujourd’hui, c’est le monstre qui s’est levé à la gauche de la gauche et qui pousse les Français à la guerre civile.

Dernière icône du socialisme des beaux quartiers, la fille cachée du vieux Mitterrand résume tout ce qu’il en reste : c’est-à-dire pas grand-chose. Éternellement « fille de », on aurait souhaité qu’elle eût au moins la reconnaissance du ventre, à savoir un peu de gratitude envers les Français. En effet, ce sont eux qui, par leurs impôts, ont financé son enfance dorée sous les lambris de la République, le picotin pour son cheval et ses retours de vacances dans les avions du GLAM [groupe de liaisons aériennes ministérielles, NDLR], cela quand bien même ils votaient pour le Front national !

Marie Delarue, dans BV



. Viol de Mégane à Cherbourg : Oumar rebaptisé « Oscar » dans la presse

Articles : Mar. 2026Fev 2026Jan 2026Dec. 2025
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#webtube : Certains prénoms culturellement marqués sont régulièrement modifiés, dans les médias. L’occultation du réel est en marche. Souvenez-vous : le 4 août 2023, une jeune Française prénommée Mégane avait été victime d’une agression des plus barbares, dans son appartement situé à Cherbourg. Son agresseur lui avait sauté dessus dès qu’elle avait ouvert la porte, l’avait rouée de coups et violée à plusieurs reprises, en utilisant notamment un manche à balai de 75 centimètres. Un certain Oumar N. avait rapidement été arrêté, confondu par ses empreintes digitales et la géolocalisation de son téléphone. Deux ans et demi après les faits, il a été condamné, le 12 mars dernier, par la cour d’assises de la Manche à une peine de 30 ans de réclusion criminelle.

Affaire classée ? Pas tout à fait. L’homme a décidé de faire appel de sa condamnation. Par ailleurs, il semblerait que l’identité du suspect ne fasse pas l’unanimité, auprès de tous les médias. Ce 24 mars, nos confrères de La Presse de la Manche viennent en effet de consacrer un article à l’affaire dans lequel l’agresseur supposé de Mégane se prénomme… Oscar.

Il ne s’agit nullement d’une erreur d’étourderie : le média précise noir sur blanc que « le prénom a été modifié ». Mais pourquoi ce subterfuge ? L’objectif était-il de protéger l’identité du coupable ? Cette pratique n’est nécessaire qu’en cas de suspects ou de mis en cause mineurs. Or, Oumar était majeur au moment des faits et est âgé de 21 ans actuellement. Et le jugement a été rendu très officiellement « au nom du peuple français ». S’agissait-il, plutôt, d’éviter toute stigmatisation, dans le cadre d’une consigne « antiraciste », le prénom étant « d’origine étrangère », donnée par la direction ou par une instance supérieure quelconque ? Nous avons posé la question à nos confrères et attendons leur réponse avec impatience.

Manipulation médiatique ?

Cette modification, que d’aucuns pourraient qualifier de manipulation, est d’autant plus curieuse que « Oscar », selon le site spécialisé Parents.fr, est un prénom « qui vient du froid », d’origine « scandinave », voire « celte ». Pour la petite histoire, la Suède compte deux rois qui portèrent ce prénom et le fils cadet de la princesse héritière Victoria de Suède s’appelle aussi Oscar. Si l’on en croit sa photo divulguée dans la presse, l’homme suspecté d’avoir violé Mégane n’a pas le profil d’un descendant de Viking.

À ce sujet — Viol barbare de Mégane : Oumar N. bientôt face aux juges

On imagine le scandale – justifié – si, a contrario, nous avions décidé de trafiquer l’origine culturelle, par exemple, du mari de Gisèle Pelicot et de le rebaptiser « Mohammed »…

Une pratique courante

Le troc des prénoms d’origine étrangère n’est hélas pas une pratique récente. Un exemple parmi d’autres : cet article du Télégramme de Brest, datant du 23 février 2021, relatant l’arrestation d’un groupe de jeunes narcotrafiquants rebaptisés pour l’occasion « Alain », « Héloïse », « Matthieu », « Henri », « Éric », alors qu’ils se prénommaient en réalité Assane, Ali, Anissa, Mohamed et Elhad… « La modification des prénoms protège la présomption d’innocence », tenta maladroitement de se défendre la journaliste bretonne. Une vieille technique que certains osent aujourd’hui dénoncer, à l’image de Bernard de La Villardière : « Je confirme ! J’ai fait partie de ces journalistes dans les années 90, au motif que les prénoms n’étaient pas signifiants et qu’il ne fallait pas donner des arguments au FN. »

Faut-il rappeler que les journalistes ont pour mission de rendre compte du réel, pas de le travestir ?

Jean Kast, dans BV

. En Ukraine comme en Iran, la dissuasion nucléaire affiche ses limites

Articles : Mar. 2026Fev 2026Jan 2026Dec. 2025
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#webtube : La dissuasion nucléaire n’interdit malheureusement ni les guerres, ni l’escalade conventionnelle. Quand Poutine laisse franchir toutes les lignes rouges, jusqu’à accepter sans réagir que l’Otan fournisse avions et missiles longue portée à l’Ukraine, on voit bien que son arsenal de 6 200 têtes nucléaires ne sert qu’à dissuader une autre puissance nucléaire comme les États-Unis, mais certainement pas un pays qui ne possède pas l’arme atomique.

Moralement, cette arme est inutilisable contre un pays qui en est démuni, sauf à vouloir rejoindre les pires bourreaux de l’histoire sur le podium de l’inhumanité. Un pas que ni la Russie, ni Israël ne franchiront dans les conflits actuels qui restent de dimension limitée.

Ukrainiens comme Iraniens le savent, se livrant à une escalade conventionnelle sans limite. Le missile Oreshnik censé intimider Kiev et l’Europe n’a eu aucun effet.

S’il y a une arme éminemment délicate à manier, c’est bien la dissuasion nucléaire, censée effrayer l’adversaire, tant la puissance du feu nucléaire est dévastatrice et terrifiante.

La vitrification instantanée d’Hiroshima et de Nagasaki restera gravée dans les mémoires jusqu’à la fin des temps. Pour toute l’humanité, un seul constat s’impose : plus jamais ça.

Par conséquent, pour tous les dirigeants possédant l’arme nucléaire, même l’utilisation d’une minuscule bombe nucléaire tactique de 2 ou 3 kilotonnes sur le champ de bataille, donc 10 fois moins puissante que celles larguées en 1945 sur le Japon, les mettrait instantanément au ban de l’humanité. 

Toutes les doctrines nucléaires actuelles ne sont que des planifications hypothétiques qui ne pourront jamais prévoir et décider du choix de l’engagement du feu nucléaire à la place de celui qui en a la responsabilité ultime. Avant d’appuyer sur le bouton, il faut être prêt à subir le jugement du tribunal de l’histoire, ce qui n’est pas à la portée du premier venu.

C’est pourquoi les faucons du Kremlin qui trépignent de voir Poutine laisser franchir toutes les lignes rouges depuis quatre ans sans la moindre réaction, et qui souhaitent abaisser le seuil d’emploi de l’arme nucléaire, font à mon avis fausse route.

Si la guerre s’éternise en Ukraine et que la Russie s’épuise dans une guerre d’usure qui frappe lourdement son économie, ce n’est pas parce que Poutine s’oppose à user de l’arme nucléaire tactique, mais plutôt parce qu’il se refuse depuis toujours à frapper les centres de décision ukrainiens et à décapiter le régime en place.

Je reste persuadé que vouloir restaurer la peur du nucléaire comme le préconise Sergueï Karaganov, président honoraire du Conseil russe de politique étrangère et de défense et ancien conseiller de Poutine et d’Eltsine, est un pari dangereux.

L’arme nucléaire nous a évité une troisième guerre mondiale depuis 80 ans, elle a calmé le jeu entre l’Inde et le Pakistan, ce n’est donc pas le moment d’en banaliser l’usage avec des mini-bombes tactiques, les mini-nukes, qui ne feront que transformer l’escalade conventionnelle localisée en risque nucléaire mondial.

Voici ce que déclare Karaganov : 

https://reseauinternational.net/escalade-maitrisee-la-doctrine-nucleaire-face-a-un-occident-sature-2

Poutine est trop patient avec l’Europe.

« Je critique mon gouvernement d’être trop prudent et trop patient avec eux, il faudrait les punir sévèrement – de préférence de manière limitée ».

« Si la Russie s’approche un jour d’une défaite (même fantasmagorique), cela signifierait que la Russie utiliserait maintenant des armes nucléaires, et l’Europe serait finie physiquement. »

Ses cibles prioritaires ? L’Allemagne et le Royaume-Uni.

Mais personnellement, je ne crois pas à la « menace nucléaire crédible et limitée », excluant l’anéantissement généralisé, que préconise Karaganov.

Qui peut croire à une « escalade contrôlée, calibrée, pensée pour produire un choc psychologique décisif », sans déclencher une guerre nucléaire totale ?

Vouloir intimider le Royaume-Uni, l’Allemagne ou la France par des « frappes nucléaires démonstratives », des « frappes de dégrisement », relève de l’inconscience la plus totale.

On ne joue pas avec le feu nucléaire de façon aussi désinvolte. L’Europe, qui se plaît à jouer les Rambo face à Poutine, devrait se féliciter d’avoir un sage à la tête de la Russie.

Avec une tête brûlée au Kremlin, il y a longtemps que l’Europe et le monde se seraient embrasés pour la troisième fois, au risque d’un anéantissement planétaire.

Jacques Guillemain, Riposte Laïque