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#webtube : Combien de robots travaillent dans les usines françaises, comparé à nos voisins ? Et surtout, qui mène vraiment la course mondiale à l’automatisation ? Le rapport World Robotics 2025, publié le 8 avril 2026 par la Fédération internationale de robotique (IFR) à Francfort, apporte des réponses qui ne vont pas rassurer grand monde dans l’Hexagone. Décryptage.
Une mesure simple : combien de robots pour 10 000 ouvriers ?
Avant d’entrer dans les chiffres, un mot d’explication. Pour comparer équitablement un géant comme la Chine et un petit pays comme le Danemark, les experts utilisent un indicateur appelé « densité robotique » : le nombre de robots installés dans les usines, rapporté à 10 000 salariés de l’industrie. Plus ce chiffre est élevé, plus le pays est automatisé — et donc, en théorie, plus son industrie est moderne et compétitive.
La moyenne mondiale s’établit aujourd’hui à 132 robots pour 10 000 salariés. Un seuil qui permet déjà de séparer les bons élèves des cancres.
L’Europe de l’Ouest bien placée… en apparence
Première bonne nouvelle : en moyenne, l’Europe occidentale caracole en tête avec 267 robots pour 10 000 salariés, devant l’Amérique du Nord (204) et l’Asie (131). Huit pays européens figurent dans le top 20 mondial : l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Italie, la Belgique-Luxembourg, la France et l’Espagne.
Mais attention, cette moyenne flatteuse masque de grosses disparités. L’Allemagne, championne européenne, compte 449 robots pour 10 000 salariés et se classe 3ᵉ mondiale. Elle est suivie par la Suède (377), le Danemark (329), la petite Slovénie (315) — oui, la Slovénie fait mieux que la plupart des grands pays — et la Suisse (294).

Et la France dans tout ça ?
C’est là que le bât blesse. La France figure certes dans le top 20 mondial, mais loin derrière ses voisins allemands, suisses, néerlandais, autrichiens, italiens et même belges. Dans un pays qui se rêve puissance industrielle, qui parle à longueur de discours de « réindustrialisation » et de « souveraineté économique », le constat est rude : nos usines s’automatisent moins vite que celles des voisins.
Pourquoi est-ce important ? Parce que chaque robot installé, c’est une chaîne de production qui reste en Europe au lieu de filer en Chine ou au Vietnam. C’est un emploi qualifié préservé, un savoir-faire maintenu, une usine qui ne ferme pas. À l’inverse, moins de robots, c’est souvent moins de compétitivité — et à terme, des délocalisations.
Les vrais champions sont asiatiques
Si l’on regarde non plus les moyennes régionales mais les pays un par un, la hiérarchie change radicalement. En tête du classement mondial, et très loin devant tout le monde, trône la Corée du Sud avec 1 220 robots pour 10 000 salariés. C’est près de trois fois la densité allemande. Portée par ses géants de l’électronique (Samsung, LG) et son industrie automobile, la Corée robotise ses usines à un rythme de 7 % par an depuis 2019.
Derrière, on trouve Singapour (818 robots), un cas un peu particulier puisqu’il s’agit d’une cité-État avec peu d’ouvriers, mais dont la progression est spectaculaire (+13 % par an). Puis l’Allemagne (449), le Japon (446), qui reste le premier fabricant mondial de robots, la Suède, le Danemark, la Slovénie, les États-Unis (307), Taïwan (302) et la Suisse pour clore le top 10.
Autrement dit : quatre des dix pays les plus robotisés de la planète sont asiatiques, autant que toute l’Europe réunie. La moyenne asiatique basse s’explique simplement par les nombreux pays encore peu industrialisés du continent — mais là où la robotisation compte vraiment, les Asiatiques dominent sans partage.
Le cas chinois : un rouleau compresseur
La Chine, elle, mérite un paragraphe à part. Avec « seulement » 166 robots pour 10 000 salariés, elle n’arrive qu’à la 22ᵉ place mondiale — logique vu son immense population ouvrière. Mais en chiffres absolus, Pékin écrase littéralement la concurrence :
- Environ 2 millions de robots installés dans ses usines, soit 4,5 fois plus que le Japon, pourtant deuxième mondial.
- 54 % de tous les robots installés dans le monde en 2024 l’ont été en Chine, soit 295 000 unités sur une seule année.
- Une progression de +17 % sur un an pour la densité robotique chinoise, la plus rapide du monde.
En clair : la Chine équipe ses usines à un rythme tel qu’elle devient, année après année, de plus en plus incontournable dans la production mondiale.
Et l’Amérique du Nord ?
Les États-Unis progressent (+4 %) et occupent la 8ᵉ place mondiale avec 307 robots pour 10 000 salariés. Le Canada suit avec 241 unités. Le Mexique, qui sert de base d’assemblage bon marché à l’industrie américaine, reste très en retard avec 62 robots seulement.
Ce que cela signifie pour la France
Au fond, ce rapport raconte une histoire simple : le monde industriel se scinde en deux. D’un côté, les pays qui investissent massivement dans l’automatisation — Corée, Japon, Allemagne, Chine — et préparent leur industrie aux défis des vingt prochaines années. De l’autre, ceux qui prennent du retard, voient leurs usines fermer, et se réfugient dans les discours.
La France possède pourtant de sérieux atouts : des écoles d’ingénieurs reconnues, un tissu de PME mécaniques encore vivant, une recherche publique de qualité. Mais sans un choc fiscal, énergétique et réglementaire en faveur de l’investissement productif, le prochain classement de l’IFR en 2030 risque d’être encore plus douloureux que celui-ci. À force de regarder passer les trains, on finit par ne plus savoir construire les rails.
Source : World Robotics 2025 Report, Fédération internationale de robotique (IFR), communiqué du 8 avril 2026, Francfort-sur-le-Main.
Breizh-info
