. Fête de l’aïd : l’enseignement à l’épreuve d’une réalité nouvelle

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#webtube : Cantines fermées, examens annulés : quand la règle cède face au nombre. Pour le jour de l’aïd afin de fêter la fin du ramadan, à Marseille, 27 cantines scolaires sont fermées, faute de personnel. L’image est nette : un service public qui s’interrompt, non pas pour un mouvement social, mais sous l’effet d’absences massives liées à une fête religieuse.

Cet épisode local agit comme un révélateur. Car il ne s’agit plus de cas isolés mais d’un phénomène suffisamment ample pour désorganiser concrètement le fonctionnement scolaire. Une réalité que l’on retrouve d’ailleurs dans d’autres services publics, certaines municipalités mettant chaque année à disposition des stades ou équipements sportifs pour accueillir les prières de l’aïd, preuve que ces pratiques s’inscrivent désormais dans l’organisation même des territoires.

Un cadre juridique clair… mais bousculé

Le droit encadre pourtant précisément ces situations. Depuis la loi de 1967, les absences pour fêtes religieuses sont autorisées, à une condition essentielle : qu’elles ne perturbent pas le fonctionnement du service public. À cela s’ajoute la circulaire de 2004, qui impose la neutralité religieuse au sein de l’école et renforce l’autorisation d’absence à l’occasion des fêtes religieuses.

Sur le papier, l’équilibre est limpide : liberté de conscience d’un côté, continuité du service de l’autre. Mais à Marseille, cet équilibre semble rompu. Lorsque des cantines ferment, c’est bien que la règle ne suffit plus à contenir la réalité.

Ce état de fait se retrouve à l’intérieur même des établissements. À Strasbourg, un professeur témoigne auprès de BV qu’un BTS blanc a été annulé pour tenir compte de l’aïd. « Les élèves connaissaient la date […] et ils ont demandé l’annulation, l’administration a accepté. » L’ampleur de l’absentéisme est tout aussi révélatrice : « C’est plus de la moitié qui est absente le jour de l’aïd […] on est proche des deux tiers. »

Dans certaines classes, l’absence devient quasi générale. Les établissements ne se contentent plus de constater : ils anticipent, déplacent, s’adaptent. L’exception se transforme en organisation.

Un phénomène réel… mais impossible à mesurer

Reste une difficulté majeure : l’absence de données consolidées. Une circulaire du ministère de l’Intérieur du 21 mai 2023 rappelle l’interdiction de collecter des statistiques fondées sur l’appartenance religieuse. Conséquence directe : aucune vision d’ensemble. Le phénomène est observé localement, mais demeure statistiquement invisible à l’échelle nationale.

Ce flou alimente aussi le tabou. En 2025, dans une école élémentaire de La Courneuve, la direction avait affiché la liste des enseignants absents, avec la mention « fête religieuse », correspondant à l’aïd. L’initiative avait provoqué une vive polémique, dénoncée comme une « atteinte grave à la vie privée », et conduit le rectorat à envisager la mise en place d’une cellule d’écoute. L’épisode illustre la sensibilité extrême du sujet.

Une évolution de fond qui accentue la pression

Ces situations s’inscrivent dans une transformation plus large de la société française. Selon l’INSEE, la population immigrée atteint 10,3 %, en 2023, contre 7,4 %, en 1975, une part croissante étant originaire de régions à majorité musulmane. Dans le même temps, la pratique religieuse progresse : selon l’IFOP, 41 % des musulmans se déclarent pratiquants, en 2020, contre 25 %, à la fin des années 1980, avec une dynamique particulièrement marquée chez les jeunes.

Autrement dit, ce qui désorganise aujourd’hui ponctuellement certains établissements pourrait, demain, s’inscrire dans une tendance plus large. Car à mesure que ces évolutions se renforcent, la pression sur l’école et ses règles ne peut que s’intensifier.

Yann Montero, dans BV

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