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#webtube : La guerre en Iran tourne définitivement la page de la « mondialisation heureuse ». Les bombes tombent sur Téhéran, mais c’est le portefeuille des Français qui saigne, déplore Jean Messiha.
Dans le tumulte des missiles qui lacèrent Téhéran et font trembler le détroit d’Ormuz, la France ne reçoit pas de bombes. Elle reçoit la facture. Silencieuse, implacable, elle s’abat sur les pompes à essence, les factures d’électricité, les bilans des entreprises et le moral d’un peuple déjà exsangue. Cette guerre d’Iran – onze jours de feu et de chaos, déclenchée par les frappes américano-israéliennes du 28 février – n’est pas la nôtre. Elle est pourtant devenue notre garrot. Une guerre lointaine qui, par le col de la mondialisation, étrangle l’Hexagone avec la précision d’un bourreau invisible.
Économiquement, le verdict est déjà tombé, glacial. Le gouverneur de la Banque de France l’a lâché sans fard : « un peu plus d’inflation, un peu moins de croissance ». Traduction littéraire : le baril qui flirte avec les sommets, l’essence qui flirte avec les trois euros, l’industrie automobile – Renault, Stellantis – qui tousse, les transporteurs qui hurlent, les ménages qui serrent les dents. 20% du pétrole mondial transitent par Ormuz. L’Iran le sait, le mine, le menace. Résultat : le CAC 40 qui plonge, les prévisions de croissance 2026 – déjà timides à 1% – qui s’évaporent comme un mirage saharien. Et pendant que Paris convoque en urgence un G7 virtuel ce 11 mars pour « atténuer les conséquences énergétiques », les stratèges de Bercy ressortent les vieilles ficelles : puiser dans les réserves stratégiques, distribuer des chèques carburant. Sparadraps sur une artère sectionnée.
Car la France, cette championne du nucléaire qui se rêvait souveraine, paie au prix fort sa dépendance résiduelle au brut du Golfe. Les raffineries tournent, les camions roulent, les avions décollent encore. Chaque centime de hausse du baril devient un impôt déguisé sur la consommation, une taxe occulte sur la compétitivité. L’inflation, déjà rampante, va mordre plus fort les salaires réels. Les PME, déjà asphyxiées par l’énergie, vont licencier ou fermer. Et les plus modestes, ceux qui n’ont ni télétravail ni SUV électrique, vont choisir entre le plein et les courses. Pendant ce temps, les élites parisiennes, confortablement isolées dans leurs bureaux élyséens, parlent de « coordination européenne » comme d’une incantation magique. La réalité est plus triviale : la France paie pour une guerre qu’elle n’a ni déclenchée ni contrôlée, même si elle sert ses intérêts dans la guerre qu’elle est censée mener contre l’hydre islamique.
Socialement, la braise couve sous la cendre. Car derrière ces chiffres froids se cache la rage muette d’un peuple qu’on a déjà vu exploser pour moins que ça. Souvenez-vous : les gilets jaunes naquirent en 2018 d’une simple révolte contre la hausse du prix du carburant, cette étincelle qui mit le feu aux ronds-points et fit trembler la Ve République. Aujourd’hui, avec l’essence qui s’envole vers les trois euros sous l’effet direct des missiles iraniens, la même colère remonte des périphéries, des campagnes, des banlieues oubliées. Le risque d’un soulèvement populaire n’est plus une hypothèse de cabinet : il est palpable, viscéral. Les classes moyennes écrasées, les précaires qui comptent chaque litre, les jeunes sans horizon – tous sentent l’impôt de guerre indirect leur serrer la gorge. Un nouveau mouvement, plus radical, plus désespéré, pourrait surgir des mêmes ronds-points, cette fois armé non de gilets fluo mais de la certitude que l’État sacrifie son peuple sur l’autel d’une géopolitique dont il n’est même pas maître. Et si les rues s’embrasent, ce ne sera pas pour une taxe écologique : ce sera pour rappeler à l’Élysée que la vraie guerre, parfois, se joue à deux pas du Palais, et non à cinq mille kilomètres.
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Politiquement, le tableau est plus cruel encore. Emmanuel Macron, président du G7 par rotation, joue les pompiers-diplomates : réunion d’urgence, appels à la « désescalade », déploiement « strictement défensif » de frégates et de Rafale pour protéger nos intérêts et ceux de Chypre, cible iranienne. Belle posture. Mais la vérité est amère : Paris n’a pas été informé des frappes initiales. La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, réduite à suivre le sillage de Washington et de Tel-Aviv comme un canot de sauvetage accroché à un porte-avions. Résultat ? L’Iran menace l’Europe entière. Cyberattaques, drones, cellules dormantes : le risque terroriste remonte comme une marée noire. Les services de renseignement renforcent déjà Vigipirate. Les banlieues frémissent, les oppositions se frottent les mains. Le Rassemblement national et La France insoumise, pourtant aux antipodes, convergent dans la critique : « À quoi sert notre diplomatie si elle nous expose sans nous protéger ? » Et dans la tourmente économique et sociale qui s’abat sur le pays, la crise pourrait bien accélérer la chute définitive du paradigme idéologique antinational qui dirige la France depuis 1981 – ce funeste tournant où François Mitterrand, élu sur la promesse d’une rupture avec le capitalisme, trahit son peuple en embrassant l’Europe libérale, la finance internationale et le « ni-ni » qui enterre la souveraineté. De Maastricht en 1992, qui mutile notre monnaie et notre indépendance, à Schengen qui dissout nos frontières, de la « mondialisation heureuse » qui vide nos usines et nos campagnes à l’immigration de masse qui fracture notre identité millénaire, ce paradigme n’a cessé de creuser le même sillon : dissolution de la nation au profit d’un supranationalisme bruxellois impuissant, d’un atlantisme servile et d’un multiculturalisme suicidaire. De Chirac à Sarkozy, de Hollande à Macron – ultime avatar blafard de cette dynastie d’eunuques politiques qui ont fait de la France une province consentante –, tous ont perpétué le reniement systématique de ce qui fit sa grandeur. Cette implosion ouvrirait alors grand la voie à l’avènement du paradigme souverainiste et identitaire, seul capable de répondre à la fureur populaire par la restauration d’une nation redevenue maîtresse de son destin, de ses frontières et de son identité.
L’opinion publique, sondée à chaud, est sans illusion : 77% des Français jugent cette guerre mauvaise pour l’économie nationale. Ils ont raison. Car au-delà des chiffres, c’est la souveraineté qui saigne. La France, qui se voulait « puissance d’équilibre », se retrouve otage d’un conflit où elle n’a ni voix ni veto. Alliée fidèle de l’Amérique, elle en subit les contrecoups sans en récolter les fruits. Partenaire des monarchies du Golfe, elle voit ses intérêts menacés par les ripostes iraniennes. Européenne de cœur, elle découvre que l’Union, divisée, réagit en ordre dispersé. Et pendant ce temps, les mollahs agonisants crient leur haine jusqu’aux portes de l’Europe.
Cette guerre révèle l’essentiel : la France n’a plus les moyens de sa prétention. Sans souveraineté énergétique réelle, sans stratégie autonome au Moyen-Orient, elle reste une grande nation sur le papier, une moyenne puissance dans les faits. Les bombes tombent sur Téhéran ; c’est le portefeuille des Français qui saigne. Et quand le dernier missile se taira, quand Ormuz se rouvrira peut-être, il restera cette cicatrice invisible : la preuve que, en 2026, la grandeur française se mesure encore à l’aune des convulsions d’un régime théocratique à 5 000 kilomètres de Paris.
La leçon est cinglante. Car la France paie aujourd’hui au prix fort ses choix énergétiques calamiteux qui ont sciemment fragilisé la filière nucléaire dont elle était la championne incontestée : des milliards d’euros déversés sans compter dans des énergies renouvelables – l’éolien en tête –, pure escroquerie énergétique, mirage intermittent et subventionné jusqu’à l’os. Ces milliards, on aurait mieux fait de les consacrer à la modernisation et à l’extension du nucléaire, qui serait aujourd’hui le bouclier blindé face à l’explosion des prix des hydrocarbures. Même Ursula von der Leyen a fini par reconnaître que les errements sur le nucléaire avaient constitué une erreur stratégique majeure. La prochaine fois, peut-être, Paris comprendra que la vraie diplomatie ne consiste pas à convoquer des G7 en urgence, mais à ne plus dépendre du pétrole des autres pour allumer ses propres lumières. En attendant, le compteur tourne. Et la France paie. Cher. Très cher.
Jean Messiha, Causeur
