#webtube : Inflation persistante, dette publique record, fragilité bancaire : les signaux d’alerte se multiplient. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle crise financière ? Depuis la fin de l’étalon-or et la décision de Richard Nixon en 1971 de suspendre la convertibilité du dollar en or, la création monétaire massive a profondément transformé le capitalisme. Déréglementation bancaire, suppression du Glass-Steagall Act, explosion des produits financiers complexes : les crises sont-elles devenues structurelles ?
Après la faillite de Lehman Brothers en 2008, les États ont renfloué les banques avec l’argent public. Mais aujourd’hui, avec un endettement historique, pourraient-ils encore le faire ? Les dépôts bancaires sont-ils réellement protégés en cas de choc systémique ? Un nouveau krach bancaire est-il possible ? Dans cet épisode de « Politique & Eco », Stéphane Bussière, juriste immobilier et auteur de « C’est la crise, investissez ! » (préfacé par Charles Gave), analyse les causes profondes des crises financières et expose les stratégies concrètes pour bâtir un patrimoine résilient face à l’instabilité économique et monétaire. Au programme :
Pourquoi les crises sont-elles inhérentes au capitalisme ?
Pourquoi investir en temps de crise ?
L’Etat pourra-t-il sauver l’épargne en cas de crise bancaire ?
Comprendre les mécanismes des crises n’est plus un débat théorique. C’est une question de protection patrimoniale. A la suite de « Politique & Eco », retrouvez la chronique financière de Philippe Béchade intitulée : »Ils nous préparent un futur inquiétant… ».
#webtube : jusqu’à une période récente, l’harmonie sociale était considérée comme fondamentale à la réussite de l’État. Rome en avait même fait une déesse – Concordia – symbole de paix et d’unité entre les classes sociales. De nos jours, on a plutôt l’impression que c’est l’inverse qui est vrai : la dissension qui fait rage semble être savamment cultivée. En France, la fracture apparaît de nature civilisationnelle et se manifeste particulièrement dans le culte des morts avec, d’un côté des prénoms devenus symboles – Lola, Thomas, Élias – de l’autre, ceux qui dénoncent une « instrumentalisation des faits divers ». En Italie, c’est autour des politiques publiques du gouvernement de Giorgia Meloni et d’une justice très politisée que le corps social se divise. Les tensions augmentent partout et le schisme se renforce, laissant peu de place pour la nuance ou les terrains d’entente.
Pour y voir plus clair, nous avons interrogé le philosophe et journaliste italien Adriano Scianca, fin observateur des sociétés occidentales. Il est notamment l’auteur de Casapound, tout se réapproprier (Éditions Némésis), d’Ezra Pound et le sacré (Nouvelle Librairie), d’Europe versus Occident, La fin d’une ambiguïté (Nouvelle Librairie).
Breizh-Info : Depuis l’avènement de Donald Trump à la Maison Blanche, une certaine violence parcourt la société américaine. Plus récemment, les événements de Minneapolis semblent avoir accéléré cette réalité et creusé outre mesure le fossé entre les sensibilités politiques. De l’autre côté de l’Atlantique, nous sommes sommés de prendre parti, de choisir notre camp entre d’un côté, des manifestants pro-immigration pratiquant la désobéissance civile et, de l’autre, une police des frontières dont le travail est aussi nécessaire que brutal. Mais la réalité des États-Unis et celles des différents pays du Vieux Continent sont-elles comparables ?
Adriano Scianca : Je pense que ce qui s’est passé aux USA avec l’Ice doit être considéré comme une dynamique typiquement américaine. La violence endémique aux États-Unis, qu’il s’agisse de la criminalité ou des forces de l’ordre, est difficile à comprendre pour un Européen. De plus, la force étatique américaine se laisse emporter facilement. Dans les années 1990, il y avait l’ATF, le Bureau de l’Alcool, du Tabac, des Armes à feu et des Explosifs, qui était souvent utilisé contre des groupes religieux, séparatistes ou patriotes (c’est-à-dire contre des mondes généralement classables à droite). Les produits les plus célèbres de cette époque sont Ruby Ridge et Waco. L’Ice n’est pas du tout la « Gestapo de Trump », mais elle a déployé dans les rues de Minneapolis du personnel pris directement de la guerre aux narcos, sans expérience dans la gestion de l’ordre public, commettant de graves erreurs qui ont fait des victimes. Mais au final, le spectre de la guerre civile me semble avoir été plus évoqué par les observateurs européens que par les Américains, si bien que le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, après avoir vivement protesté, a recommencé à collaborer aimablement avec Trump comme si de rien n’était.
Je serais tenté de dire qu’en Europe, la situation est différente. Mais il est vrai que les conséquences néfastes de l’immigration de masse augmentent considérablement le niveau de violence de la société, et surtout celui de la violence gratuite, destinée à humilier et à opprimer la victime. De plus, l’état d’urgence permanent dont se nourrit l’hystérie antifasciste conduit l’extrême gauche à la violence, comme en témoigne la mort tragique de Quentin Deranque. Si le fascisme est éternellement « aux portes » et s’il est « le mal absolu », n’importe quel moyen employé pour lui faire barrage est licite. Y compris le lynchage.
Breizh-Info : Il n’en reste que le clivage au sein des populations occidentales, que ce soit aux États-Unis, en Italie ou en France, est toujours plus profond, les antagonismes sont toujours plus exacerbés. Les sensibilités politiques apparaissent irréconciliables et totalement fermées aux dialogues. Comment l’expliquez-vous ?
Adriano Scianca : Quand je regarde des comédies italiennes des années 1950 et 1960, cela me frappe beaucoup de voir le fasciste représenté comme un personnage peut-être un peu ridicule ou hypocrite, mais au fond inoffensif, et tacitement accepté par tous comme faisant partie du paysage anthropologique italien. Et nous parlons de films tournés quelques années seulement après une guerre civile sanglante. Aujourd’hui, 80 ans plus tard, cette représentation serait impossible. C’est comme si la violence et l’intolérance augmentaient à mesure que l’on s’éloignait de ces faits. Et pour une raison précise : l’antifascisme viscéral, paranoïaque, est la seule source de légitimité du pouvoir. Il doit donc être alimenté en permanence, sinon le château de cartes s’effondre.
En outre, la polarisation ne touche plus aujourd’hui seulement les interprétations du monde, mais notre propre sens de la réalité.Nous ne sommes plus en désaccord seulement sur la manière d’améliorer la réalité, mais sur la réalité elle-même : pour certains d’entre nous, il se passe des choses dans le monde qui, pour d’autres, ne se produisent pas. Le négationnisme quant à la substitution de population en cours est à cet égard éloquent : on peut tenter de réfuter avec des données objectives ceux qui considèrent que l’immigration de masse est une chance pour l’Europe, mais comment trouver la moindre base pour une confrontation dialectique avec ceux qui nient simplement le phénomène ?
Breizh-Info : Pensez-vous que cette polarisation soit artificiellement alimentée, ou peut-elle être vue comme une libéralisation de la parole, le contre-coup naturel après des années de domination culturelle et médiatique de la gauche, comme si la droite, après des années de mutisme s’assumait enfin ?
Adriano Scianca : Je pense que nous assistons à une phase de réorganisation des classes dirigeantes occidentales, qui comporte une (relative) marginalisation de certaines instances de gauche, comme les extrémismes woke ou les radicalismes antifas. Les dynamiques déclenchées par la crise de Gaza ont accéléré tout cela. Et cela ouvre certainement des espaces plus importants à droite.
Mais attention : il pourrait s’agir d’un cadeau empoisonné. La droite qui s’impose est celle à la Tommy Robinson, la droite conçue par Steve Bannon sur l’île d’Epstein, un monstre occidentaliste et anti-européen. Dans cette phase, il faut être fort pour parvenir à se glisser dans les espaces qui s’ouvrent, mais sans porter le costume que nos ennemis ont confectionné pour nous.
Breizh-Info : À la suite du saccage de la ville de Turin par des antifas, le gouvernement de Giorgia Meloni a été accusé « d’instrumentaliser » les faits pour instaurer un décret sécuritaire. Comme aux États-Unis, on retrouve ceux qui ne tolèrent plus le laxisme judiciaire et ceux qui crient au retour du fascisme des années 30. Les deux camps sont gonflés à bloc par le ton employé par les médias et les responsables politiques. Certains évoquent même un retour des années de plomb… Ne devrait-on pas, plutôt, atténuer ces tons et chercher à apaiser les sensibilités ? Est-ce, selon vous, possible ?
Adriano Scianca : Le retour du fascisme n’est bien sûr qu’un fantasme agité de manière rhétorique. Rien de tel ne se produit en Italie. Les nouvelles mesures mises en place par le gouvernement Meloni ne conduisent à aucun bouleversement de la démocratie libérale, même s’il est vrai que des mesures peuvent avoir une incidence importante sur l’efficacité politique des mouvements radicaux : cela vaut pour l’extrême gauche qui joue à l’insurrection, mais cela pourrait aussi valoir pour les mouvements identitaires.
Je ne crois pas non plus au retour des années de plomb. Par rapport aux années 70, tout a changé en Italie : la composition sociale et culturelle de la société, son rapport à la violence et au conflit, la droite et la gauche ont changé. Un seul élément est resté le même : l’infamie de la classe journalistico-intellectuelle, composée d’hommes d’âge moyen qui n’ont jamais pris la moitié d’un risque dans leur vie, mais qui prennent plaisir à enflammer les esprits et à envoyer des jeunes au massacre. Or, cet unique élément ne peut suffire à reproposer les années de plomb.
Quant à la nécessité d’apaiser les esprits, je crois que ce qu’il faut, c’est la responsabilité. La confrontation des idées doit pouvoir être libre et vivace, quant au conflit social, il ne peut pas non plus être totalement réprimé. Mais chacun doit prendre ses responsabilités. L’extrême gauche, avec ses protecteurs dans les médias et dans les institutions en semble malheureusement incapable et raisonne toujours selon un double standard : elle prône le recours à la bagarre quand elle est l’agresseuse, mais elle soutient l’État de droit quand elle est agressée. Elle voudrait faire la révolution avec le soutien des institutions et combattre des ennemis qui ont les mains attachées derrière le dos. Et cette façon de penser devient dangereuse.
Breizh-Info : Vous évoquez souvent la dimension civilisationnelle du conflit politique contemporain. La bataille autour de la mémoire des victimes et du récit des faits divers est-elle devenue un champ stratégique de cette guerre culturelle ?
Adriano Scianca : De ce point de vue, la France semble malheureusement ouvrir la voie. Il y a une partie du pays qui garde en mémoire la petite Lola ou Thomas de Crépol, et une autre qui ne tient qu’à la mémoire de Nahel. Ces deux sentiments tracent des lignes qui ne se croisent pas. Lors des manifestations de l’extrême gauche ou des révoltes des banlieues, on voit souvent des monuments aux morts vandalisés. Ce n’est pas tant pour des raisons idéologiques (cancel culture) mais parce qu’une partie de la société ne ressent aucun lien avec ces morts. Le même mécanisme se produit aussi sur des terrains plus « pop » et moins politisés : aux funérailles de Johnny Hallyday ou d’Alain Delon, une seule partie de la société française est présente. Il y en a une autre qui vit de références totalement différentes, qui est détachée de tout sentiment commun avec ses compatriotes.
Cela est inévitable avec l’immigration de masse, y compris celle qui ne pose pas de problèmes. Il m’arrive souvent de m’entretenir avec des citoyens d’origine étrangère qui sont parfaitement intégrés, qui aiment cette nation et qui sont des personnes absolument respectables. Pourtant, en nous parlant, on se rend compte que pour eux l’Italie commence le jour de leur arrivée. Il y a aucune continuité culturelle : ils ne savent rien de ce qu’il y avait avant, que ce soit en termes de références « hautes », comme notre histoire la plus glorieuse, les héros qui ont construit cette nation, ou en termes plus « bas », comme les habitudes les plus banales. Et je parle de personnes qui, à leur manière, aiment l’Italie. Imaginez ce qui se passe avec les nouvelles générations, qui, ici comme en France, développent une hostilité explicite envers le pays qui les a accueillis, eux et leurs familles.
Breizh-Info : Enfin, existe-t-il encore un espace commun possible ? Ou bien sommes-nous entrés dans une phase où chaque camp construit son propre univers moral, médiatique et symbolique, au point de rendre toute réconciliation illusoire ?
Adriano Scianca : La polarisation de nos sociétés et les mécanismes du web risquent de créer de nombreuses « bulles » qui ne communiquent pas entre elles. Et en effet, je ne vois pas quel espace commun nous pourrions partager avec les milices antifascistes ou avec la racaille des banlieues. Mais il faut se rappeler que la société est composée pour la plupart de personnes normales, qui veulent vivre leur vie tranquillement et en sécurité, qui ne connaissent pas Evola ou Venner mais perçoivent instinctivement certains des dangers que ces auteurs dénonçaient. Il faut retrouver la capacité de parler à ce peuple majoritaire, même si cela nous met souvent en colère. L’espace commun doit être reconstruit pas à pas, en laissant dehors ceux qui nous détestent, ceux qui détestent cette civilisation, cette identité, en marginalisant les fanatiques de la haine, en les faisant apparaître pour ce qu’ils sont : des élitistes pleins de complexes et de rancœurs.
#webtube : Cette voix rauque, cette guitare acoustique toute simple… et ces mots qui te prennent direct au tripes : « You do something to me, something deep inside ». Une des plus belles chansons d’amour… qui parle en fait d’un amour impossible, d’après Paul lui-même.
#webtube : That raspy voice, that simple acoustic guitar… and those words that hit you right in the gut: “You do something to me, something deep inside.” One of the most beautiful love songs… which, according to Paul himself, is actually about an impossible love.
#webtube : Islamisation, déchristianisation : le penseur et l’homme politique estiment que l’humanisme athée a échoué. Dès lors, faudra-t-il choisir entre Zemmour et les Lumières ?
Deux hommes brillants, deux livres remarquables, qui ont en commun d’être portés par l’intelligence et la lucidité, un style magnifique, un souffle presque prophétique, une riche érudition couplée au souci constant de se mettre à la portée de tous, et la passion sincère de leurs auteurs. Ils partagent une même approche, à la fois chrétienne : « un bon arbre porte de bons fruits, un mauvais arbre produit de mauvais fruits » (Matthieu 7:17) et scientifique : la méthode expérimentale. L’islam contre la modernité, de Ferghane Azihari, est une déclaration d’amour à l’Orient pré-islamique, celui de Pétra, des Sassanides et de Volubilis ; La messe n’est pas dite, d’Éric Zemmour, est une déclaration d’amour à l’Occident pré-islamique, celui de Thomas d’Aquin, de l’idéal chevaleresque et de la conquête spatiale.
Tous deux, en effet, ont une même inquiétude : « l’islamisation de nos sociétés est le plus grand défi auquel elles sont confrontées, tant ce processus entraîne avec lui des dommages difficilement réversibles » écrit Ferghane Azihari ; « les formes islamiques imprègnent peu à peu l’espace européen, tandis que les formes chrétiennes s’effacent et disparaissent » constate Éric Zemmour. A l’appui de leurs observations, rappelons que même la CEDH a dû conclure à « l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie », c’est l’arrêt Refah Partisi vs Turquie du 13 février 2003, et reconnaissons qu’il y a de nombreuses raisons de penser que cette idéologie est un danger pour toute société, que ce soit en Orient ou en Occident.
Faut-il s’inquiéter de l’islamisation de l’Europe, ou de sa déchristianisation ?
J’ajoute que Ferghane Azihari apporte trois arguments majeurs : un bilan de l’islamisation comparant l’Orient musulman (Maghreb compris) à ce qu’il était avant son islamisation ; un comparatif statistique (il parle sur-représentation, prévalence, etc) de l’état du monde musulman par rapport au reste de la planète (liberté de conscience, droits des femmes, libertés publiques, découvertes scientifiques, capacité à l’auto-critique, capacité à apprendre des autres cultures) ; enfin et c’est très bien trouvé, il fait de la pluralité même des interprétations de l’islam, souvent brandie pour interdire toute critique de l’islam en prétendant qu’il serait un objet à l’essence insaisissable, un argument contre celui-ci, puisque malgré leur pluralité aucune de ses interprétations n’a été capable d’inspirer une société réellement acceptable. « C’est en effet la question essentielle que pose mon livre : pourquoi y a-t-il si peu de démocraties et de sociétés prospères dans ce monde musulman qui a pris racine dans les provinces les plus opulentes de l’Antiquité tardive ? »
Les deux ouvrages – et leurs auteurs – divergent cependant sur un point : Éric Zemmour appelle à une rechristianisation culturelle, Ferghane Azihari place son espérance dans l’humanisme des Lumières, et de ce qu’on appelait l’idéal républicain avant que la République soit dévoyée par la gauche et l’extrême-centre. Pour Éric Zemmour, « l’Europe survivra au péril que fait peser sur elle l’ombre de Mahomet si elle reste conforme à ce qu’elle est ; et seul le christianisme peut l’y aider, car lui seul se souvient de quoi elle est faite » ; pour Ferghane Azihari, « la détermination avec laquelle la IIIè République – que l’on crédite d’avoir instauré les grandes libertés publiques – a combattu l’influence de l’Eglise sur la société fait passer les plus anticléricaux d’entre nous pour de doux agneaux. « Mon but, proclamait Jules Ferry, est d’organiser l’humanité sans Dieu ni rois. » (….) La lutte contre l’islamisation doit retrouver la vigueur du républicanisme d’antan. »
Je ne peux qu’inviter chacun à lire ces deux livres, dont vous aurez compris qu’ils m’ont enthousiasmé, et à se faire son propre avis. A titre personnel, il y a dix ans je partageais sans réserve la position de Ferghane Azihari, mais je me suis depuis rapproché de celle d’Éric Zemmour, pour des raisons qui sont, peu ou prou, celles qui ont conduit l’ex-musulmane Ayaan Hirsi Ali à se convertir au christianisme après avoir longtemps défendu l’athéisme, et qui font que même Richard Dawkins se dit désormais « culturellement chrétien. » « Si je devais choisir entre le christianisme et l’islam, je choisirais le christianisme à chaque fois » déclare le biologiste et militant athée britannique, dont l’honnêteté le conduit à rejeter la posture pseudo-laïque qui renvoie toutes les religions dos à dos.
Ferghane Azihari en convient, d’ailleurs : « à tout prendre, une société de culture chrétienne vaut mieux qu’un pays islamisé. Il marque cependant un point lorsqu’il souligne que « le seul moment où les fondations de la civilisation islamique vacillent réellement coïncide avec la diffusion des idées séculières dans le monde arabo-musulman. (….) Deux siècles de modernisation sous la bannière du progrès ont davantage ébranlé les mentalités et les institutions des sociétés musulmanes que mille ans de confrontation avec la chrétienté, ses armées et sa littérature apologétique. » Pour autant, et même si la chrétienté a dans le passé dû reculer face aux conquêtes militaires de l’islam (mais n’a jamais succombé), c’est bien la déchristianisation qui coïncide avec le rejet radical des fondations de la civilisation occidentale (y compris l’humanisme) par ses « élites », et leur décision d’islamiser l’Occident au moyen de l’immigration massive et d’une propagande islamophile permanente (on songe aux institutions de l’UE faisant l’apologie du hijab, par exemple, ou aux services de santé britanniques promouvant les mariages consanguins).
L’humanisme athée a échoué
Voilà ce qu’explique Ayaan Hirsi Ali : l’humanisme athée prophétisait que la déchristianisation libérerait l’Occident des derniers restes de dogmes passéistes pour permettre le triomphe de la raison, de la liberté de pensée, du débat d’idées, de la science. Seulement, on observe qu’en réalité la déchristianisation n’a ouvert la voie qu’au fanatisme woke, à la censure permanente sous prétexte de ne pas « offenser » telle ou telle « minorité », à la « cancel culture » – et bien sûr aux génuflexions permanentes des « progressistes » devant l’islam, mais la question sur ce point précis n’est pas l’islam, c’est la dérive de l’Occident lui-même (notamment ses universités) vers l’obscurantisme. Or, la démarche scientifique impose de juger la validité d’un modèle à sa capacité prédictive. La conclusion inévitable est que puisque l’humanisme athée s’est radicalement trompé dans ses prévisions, alors il s’est également trompé, radicalement, dans la représentation qu’il se fait du monde. En outre, non seulement les valeurs humanistes de Richard Dawkins et Ferghane Azihari sont mieux servies dans une société de culture chrétienne que dans un pays islamisé, mais l’expérience actuelle montre qu’elles sont aussi mieux servies dans une société de culture chrétienne que dans un pays presque totalement sécularisé !
En somme, Ayaan Hirsi Ali applique à l’Occident déchristianisé la méthode que Ferghane Azihari applique à l’Orient islamisé : elle compare l’avant et l’après. Lui écrit : « Pendant que l’Europe sombrait dans les temps obscurs, que la culture classique s’érodait et que la connaissance du grec se perdait, les musulmans se saisissent, dès les débuts de l’islam, du « plus vieux carrefour d’hommes et de peuples civilisés qui soient au monde » (….) Dotés d’un legs exceptionnel, ils disposaient du plus précieux des patrimoines que l’humanité puisse concevoir. Qu’en ont-ils fait ? » On peut dire la même chose des sociétés occidentales post-modernes, qui sabordent méthodiquement le legs hélléno-judéo-chrétien. Passer de la Sainte Chapelle au Kermit gonflable (et dégonflé) de la place Vendôme, passer de G.K.Chesterton à Geoffroy de Lagasnerie, passer des petits pois du moine Gregor Mendel au dogme selon lequel une femme peut avoir des chromosomes XY et un pénis, ne plaide assurément pas en faveur de la déchristianisation…
On arrive donc à un dilemme : le christianisme n’a pas réussi à arracher l’Orient à l’emprise de l’islam, mais l’absence de christianisme livre l’Occident au wokisme et, in fine, à l’islamisation. Alors, est-ce insoluble ? Non. Non, car Eric Zemmour et Ferghane Azihari partagent autre chose : ils ont en réalité les mêmes valeurs, la liberté intellectuelle de Socrate et le plaidoyer de Grégoire de Nysse contre l’esclavage – on se souviendra qu’au cœur de son argumentaire il y avait l’idée que tout Homme est l’image de Dieu, et que mille ans plus tôt Homère chantait déjà « cet inconnu, tout comme toi, est enfant de Zeus. » Le christianisme que défend Éric Zemmour est un christianisme pétri de culture gréco-latine – on sait que l’un des grands combats de Benoît XVI fut précisément de lutter contre la déshellénisation. Il en va de même de l’humanisme universaliste de Ferghane Azihari, tout comme de cet Orient du Gandhara et de Cyrénaïque dont il déplore à juste titre la perte, lui qui rappelle que contrairement à une propagande répandue, la transmission des trésors culturels de l’Antiquité dans le monde musulman ne fut qu’utilitaire, sans que l’islam se laisse enseigner le regard que les Anciens portaient sur le Cosmos, et que ce qui en survit est surtout dû aux juifs et aux chrétiens vivant dans ce monde musulman, non à l’islam. Et lorsqu’il observe que le monde musulman actuel est statistiquement très en-dessous de l’Occident en termes de valeurs humanistes et de résultats, Ferghane Azihari parle des accomplissements d’un Occident dont l’art de vivre, le rapport au monde, les manières de penser étaient encore profondément imprégnées de christianisme – mais pas n’importe lequel : un christianisme intimement hellénisé.
Disons-le donc simplement : le christianisme déshellénisé, c’est François qui n’a eu de cesse de vouloir offrir l’Europe à l’islam ; la modernité déshellénisée, c’est le wokisme qui fait alliance avec l’islamisme contre la civilisation occidentale ; l’Orient déshellénisé, c’est ce monde musulman prisonnier de l’islam.
Dès lors, la solution s’impose : puiser au miracle grec, prolongé dans le monde hellénistique puis gréco-latin, qui enfantera à la fois la chrétienté et l’Orient pré-islamique.
Il ne s’agit pas de trancher de manière univoque entre la proposition d’Éric Zemmour et celle de Ferghane Azihari, mais de se souvenir de la juste mesure d’Aristote – qui est tout sauf un « juste milieu », tout sauf un centre faussement au-dessus de la mêlée mais dont la prétendue neutralité cache mal le véritable relativisme, c’est-à-dire le nihilisme. Mêlons donc une juste mesure de l’héritage de Jeanne d’Arc et une juste mesure de celui de Cyrano de Bergerac, décence commune chrétienne et liberté de pensée humaniste. Elles sont aussi nécessaires l’un que l’autre, mais elles ont l’une et l’autre besoin, pour ne pas pervertir leur génie propre, de s’abreuver sans cesse à la source commune de leur grandeur : « l’actualité des grands principes et des grandes espérances que les Grecs nous ont légués, qui nous émeuvent, nous saisissent, et nous rappellent ce vers quoi nous aimerions aller, aussi fièrement qu’ils le faisaient, sous la conduite de la déesse Athéna » (Jacqueline de Romilly, L’Orestie d’Eschyle).
#webtube : Le film ravira les familles qui souhaitent un récit agréable sans trop de discours politiquement corrects. C’est un succès indéniable pour Christophe Barratier. Le metteur en scène des Choristes, de Faubourg 36, de La Nouvelle Guerre des boutons et du Temps des secrets en est déjà à plus de 450.000 entrées pour son dernier film, Les Enfants de la résistance. De quoi le conforter dans sa volonté affichée de réaliser toute une trilogie ; le second volet devrait d’ailleurs être tourné cet été.
Les enfants montrent l’exemple
Adapté de la série de bande dessinée de Benoît Ers et de Vincent Dugomier, composée de neuf tomes, le récit nous plonge en 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale, dans le village fictif de Pontain-l’Écluse, situé à proximité de la ligne de démarcation, sur le canal reliant la Marne à la Saône.
Du haut de leurs treize ans, François, Eusèbe et Lisa, une jeune Allemande qui s’est réfugiée récemment sous une fausse identité auprès de la famille du premier, décident d’entrer en résistance contre l’envahisseur. Sous le nom de code « Lynx », ce réseau clandestin va alors donner du fil à retordre aux ennemis de la France : de la distribution de tracts aux sabotages en tous genres, en passant par des actes de vandalisme, rien ne sera épargné aux Allemands.
Hélas, si les enfants feront des émules parmi les adultes du village, ils apprendront bien vite que leur engagement peut avoir de lourdes conséquences pour leurs proches.
Un film qui ne dépasse pas les archétypes…
Portant à l’écran les deux premiers tomes et une partie du troisième, le film de Barratier, disons-le, a un parfum de déjà-vu, avec ses ostensibles teintes sépia et ses musiques omniprésentes, surlignant l’action et les sentiments des personnages. Le réalisateur, surtout, célèbre un patriotisme qui semble davantage relever, chez lui, d’une forme de jeunisme naïf que d’une réelle conscience nationale – les enfants, depuis Mai 68, ayant forcément des leçons de vie à donner aux adultes, c’est bien connu…
Ce cliché-là, dont le cinéma de Spielberg fut l’un des principaux promoteurs dans les années 80, n’est pas le moindre ; on relève, en outre, un « maire-courage » incarnant la République solide comme un roc, un curé de village excentrique joué par Gérard Jugnot, un bistrotier collabo et servile à souhait, et des soldats allemands qui ne cessent de crier… Des archétypes que l’on conçoit aisément en bande dessinée mais qui, au cinéma, nous consternent.
Les jeunes acteurs, au milieu de tout cela, font dans la récitation de répliques volontaristes et martiales écrites par des adultes incapables de se mettre à leur niveau – l’époque des Choristes et du jeu subtil de ses comédiens semble bel et bien révolue…
Pour les familles essentiellement
Le film, néanmoins, n’est pas déplaisant à suivre et, à coup sûr, ravira les familles qui souhaitent un récit agréable sans trop de discours politiquement corrects.
En sus de ses valeurs patriotiques – trop peu présentes au cinéma – et de ses décors de l’Yonne, où s’est déroulé le tournage, Les Enfants de la résistance nous propose une interprétation originale d’Artus dans un rôle de paysan taiseux, inattendu de sa personne.
Mais pour un récit pleinement réussi sur l’enfance durant la Seconde Guerre, nous recommandons vivement à nos lecteurs de revoir Promis… juré !, film à la fois sensible, bouleversant et intelligent de Jacques Monnet, sorti en 1987, avec sa bande originale inoubliable, signée Vladimir Cosma.
#webtube : Un système de financement du Hamas qui révèlerait aussi des contacts et liens avec des figures de LFI. Le 20 février dernier, cinq individus liés à associations qui seraient proches des Frères musulmans, Humani’Terre et Soutien Humani’Terre, ont été mis en examen pour financement d’une entreprise terroriste. Ils sont suspectés d’avoir collecté et envoyé des fonds au Hamas palestinien.
Cinq personnes liées aux associations françaises Humani'Terre et Soutien Humani'Terre, soupçonnées de « faire parvenir des fonds, sous couvert d'aide humanitaire, au Hamas, organisation terroriste »
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) February 21, 2026
Financement du terrorisme
Ces associations, qui ont pris la suite du Comité de Bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), créé en 1990, et depuis les années 2000 dans le collimateur de la justice française qui lui reprochait d’avoir mis en place un réseau de financement de l’organisation terroriste, sous couvert de collecte de fonds pour des opérations d’aide humanitaire. En 2003, le CBSP avait été classé comme organisation terroriste par les services du Trésor américain.
🚨💣 OFFICIEL : L’association HUMANI’TERRE 🇫🇷🇵🇸 classée comme organisation terroriste par le Bureau du Département du Trésor américain 🇺🇸 (OFAC) et reconnue comme étant directement liée au Hamas !
Le 3 novembre 2023, le parquet national antiterroriste français (PNAT), avait ouvert une enquête préliminaire pour financement du terrorisme, association de malfaiteurs terroriste criminelle et blanchiment en bande organisée en lien avec une entreprise terroriste. Dans un communiqué, Humani’Terre avait alors formellement nié les accusations.
[💢COMMUNIQUÉ] Suite à la divulgation par la presse d’une enquête préliminaire visant notre association, suspectée de soutien au terrorisme à travers un prétendu soutien au mouvement palestinien Hamas, nous tenons à rétablir certaines vérités ⬇️ pic.twitter.com/iKulb4RXSJ
Mais le 31 janvier 2024, une première série de perquisitions effectuées au siège social des associations et aux domiciles des membres ou d’anciens membres du bureau de Humani’Terre, avait permis, selon le PNAT, de saisir du matériel informatique et des documents comptables « listant des associations françaises, européennes, palestiniennes et jordaniennes destinataires de fonds ». Les fonds concernés (et saisis), près de 40 millions d’euros, se repartiraient entre 35 millions placés sur des comptes bancaires ou en chèques de banque, et 5 millions d’euros en espèces saisis au siège social et dans plusieurs antennes d’Humani’Terre.
Cinq arrestations
L’affaire a donc rebondi une nouvelle fois le 16 février 2026, avec l’arrestation et la garde à vue de cinq personnes. Parmi elles, Boubaker El Hadj Amor. Imam de la grande mosquée de Poitiers, il est par ailleurs l’un des hauts responsables des Musulmans de France, organisation considérée comme la vitrine française des Frères musulmans. Pendant ce temps, des perquisitions étaient opérées dans les locaux de l’association ainsi que dans les domiciles et bureaux des gardés à vue, lesquels ont été placés sous contrôle judiciaire. La justice a aussi procédé à la saisie de deux immeubles d’Humani’Terre à Paris et à La Courneuve. La section antiterroriste de la brigade criminelle de la préfecture de police de Paris, la DGSI et l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière ont été chargés de l’enquête.
Thomas Portes impliqué ?
Sur son compte X, la chercheuse du CNRS et spécialiste des frères musulmans, Florence Bergeaud-Blackler, a qualifié ce coup de filet de « nouvelle de première importance », estimant que « la confrérie des Frères musulmans en France est touchée en plein cœur ».
C'est évidemment une nouvelle de première importance dans la mesure où la confrérie des Frères musulmans en France est touchée en plein coeur. https://t.co/7hAt1qHNax
Puis, republiant son message du 17 février, illustré d’une photo, elle s’est ensuite demandé si « le député Thomas Portes ici bras dessus bras dessous avec un responsable d’Humani’Terre, lié au Hamas, quelques jours avant le 7 octobre, sera-t-il protégé par son immunité parlementaire ? »
Selon le Figaro, cinq personnes en lien avec les associations Humani’Terre et Soutien Humani’Terre, jugées proches des Frères musulmans, ont été mises en examen le 20 février pour financement d’une entreprise terroriste. Le député Thomas Portes ici bras dessus bras dessous avec… https://t.co/HLyxXGVb77
La personne en question, c’est Abu Amir Eleiwa, que le député LFI a rencontré au Caire, le 5 octobre 2023, comme le confirme, en page 109, le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale (enregistré le 10 décembre 2025), « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ».
Que du beau monde
Mais ce rapport égrène aussi une longue liste des fréquentations de Thomas Portes. Interrogé par la commission d’enquête, le journaliste Omar Youssef Souleimane, auteur du livre-enquête Les Complices du mal (éditions Plon), sur l’alliance entre extrême gauche et islamisme politique, cite notamment Salah Hamouri, avocat franco-palestinien expulsé par Israël en 2022, avec qui le député LFI a rencontré au Liban « plusieurs membres du FPLP, parmi lesquels Marwan Abdel-al », un militant du Hezbollah, ainsi que « Haitham Abdo, le chef du FPLP au Liban ». Il se serait aussi rendu « au cimetière des martyrs palestiniens, au sud de Beyrouth », afin de rendre hommage à Kamal Adouan (tué par l’armée israélienne), qui était « impliqué dans la mort de onze civils Israéliens, survenue en 1972 lors de l’attentat de Munich ».
Rapport parlementaire, p. 109
Témoignant lui aussi devant la commission, le journaliste Emmanuel Razavi mentionne de son côté les liens de Maître Hamouri avec Rima Hassan, Mathilde Panot, Ersilia Soudais et Sébastien Delogu. Le rapport évoque aussi Mohamed Awad, ancien président de la section des Jeunes musulmans de France de La Courneuve, qui a été « investi par LFI lors des élections législatives de 2024 et est tête de liste à La Courneuve pour les élections municipales de 2026 ». Il rappelle par ailleurs que Mariam Abou Daqqa, membre du bureau politique du FPLP, avait été « invitée à l’Assemblée nationale par la députée Ersilia Soudais, pour intervenir à l’occasion de la projection du documentaire Yallah Gaza qu’elle organisait au lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 ».
La Jeune garde est aussi de la fête
Raphaël Arnault n’est pas oublié, puisque le rapport rappelle que le 12 mars 2025, le député LFI et fondateur de la Jeune garde « a convié à une table ronde à l’Assemblée nationale des membres d’Étudiants musulmans de France (EMF), branche estudiantine des Frères musulmans, ainsi que du Collectif contre l’islamophobie en Europe (CCIE) », nouvelle vitrine officielle du frérisme depuis la dissolution du CCIF en France. Un grand déballage qui ne fait sans doute que commencer.
#webtube : À son pot de départ à l’Institut du monde arabe, l’alcool coulait à flots. Contrairement à ce que croient beaucoup de koufars, l’alcool n’est pas haram chez nos frères musulmans qui nous aiment tant. Le pédo-prophète n’a interdit que la consommation de vin. Que lui même buvait sans modération comme Macron.
#webtube : Il a donc fallu 4 mois pour que l’incapable Laurence des Cars, qui n’a jamais rien fait pour la sécurité du musée du Louvre, et porte une grande partie de la responsabilité du vol des bijoux par des racailles de banlieue, finisse par démissionner.
Et encore, il a fallu que Sarah Knafo, en pleine campagne municipale, réclame à cor et à cri cette démission qui aurait dû être évidente et que Rachida Dati aurait dû exiger.
J'appelle le Premier ministre à démettre la directrice du Musée du Louvre, madame Laurence des Cars, de ses fonctions. Cela fait 124 jours que les joyaux de la Couronne ont été braqués. Le Louvre est volé. Le Louvre est escroqué. Le Louvre prend l'eau. Et sa directrice est toujours en poste. Le mot responsabilité doit retrouver son sens.
#webtube : La France devient la lanterne rouge de la zone euro, l’insécurité explose, l’immigration ne s’arrête pas, le narcotrafic s’installe partout et sa classe politique est démonétisée. Mais nos « pouvoirs publics », si impuissants à garantir le bien commun, ont en revanche beaucoup œuvré pour réduire nos libertés, pour censurer les voix dissidentes, pour surveiller, ficher et contrôler la population. Les législations, souvent de circonstance, se sont ainsi amoncelées : peu efficaces pour garantir la sécurité réelle des citoyens, elles ont cependant pour effet de bâtir dans la durée un édifice répressif de plus en plus opaque. Ainsi, entre 2008 et 2022, le nombre d’articles, dans la partie législative du Code de procédure pénale, est passé de 1 722 à 2 403, et ce, tant en raison des travaux parlementaires que de la transposition de textes supranationaux. Et cette augmentation continue nourrit en retour le pouvoir croissant des juges non élus, qui peuvent puiser à l’envi de nouvelles incriminations dans ce fatras législatif et réglementaire. Petite synthèse de plus de 15 ans d’intentions, de mesures et de dérives liberticides à la française. Michel Geoffroy
2008
Décret du 27 juin 2008. L’objectif affiché était de tirer les conséquences de la fusion des Renseignements généraux et de la Direction de la surveillance du territoire pour former la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur. Or ce fichier élargissait considérablement la collecte de données personnelles, afin de « centraliser et d’analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires au gouvernement ou à ses représentants pour l’exercice de leurs responsabilités ». Ce décret a été retiré le 20 novembre 2008. Après correction, il a été remplacé par un nouveau fichier baptisé Edvirsp (abréviation d’« exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique »). À noter que l’essentiel du dispositif initial a été repris par les décrets de décembre 2020.
2009
Ordonnance du 30 janvier 2009 « relative à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme ». Cette ordonnance crée toute une série d’obligations déclaratives nouvelles pour les professions juridiques et bancaires, afin de pister l’origine des capitaux mouvementés ; obligations bureaucratiques qui s’imposent aussi aux citoyens in fine. Mais le narcotrafic ne semble pas particulièrement gêné par ces dispositions…
2010
Loi du 2 mars 2010 renforçant la lutte contre les violences de groupes et la protection des personnes chargées d’une mission de service public. Cette loi affiche deux objectifs : « mieux réprimer le phénomène des bandes violentes et, d’autre part, mieux protéger les personnes travaillant dans les établissements d’enseignement scolaire ». Une nouvelle incrimination est instaurée, réprimant « la participation à une bande ayant l’intention de commettre des violences ou des atteintes aux biens concertées ». Ainsi, « le fait de participer, en connaissance de cause, à un groupement, même formé de façon temporaire, qui poursuit le but, caractérisé par un ou plusieurs faits matériels, de commettre des violences volontaires contre les personnes ou la destruction ou dégradation de biens, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Le fait d’utiliser un « moyen de dissimuler volontairement son visage » sera considéré comme une circonstance aggravante des délits de violences volontaires (un décret publié le 19 juin 2009 prévoit déjà de punir d’une amende de 1 500 euros, 3 000 euros en cas de récidive, le fait de dissimuler son visage « au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation »). Cette loi n’a manifestement pas atteint son objectif affiché, comme en témoignent la prolifération des bandes dans certaines parties du territoire et les violences des groupuscules d’extrême gauche !
Loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, entrée en vigueur le 11 avril 2011. L’application réelle de cette loi, censée viser l’islamisme, est cependant sujette à caution, de l’aveu même des autorités.
2011
La France est désormais la championne d’Europe de la surveillance des télécommunications. Comme le relève la Commission européenne dans l’annexe d’un rapport en avril 2011, il a été procédé, en 2009, à pas moins de 514 813 demandes d’accès aux « logs », données (qui a téléphoné ou envoyé un mail à qui, quand, d’où, pendant combien de temps ?) conservées par les opérateurs de téléphonie fixe ou mobile, et les fournisseurs d’accès à Internet. Pays le plus peuplé d’Europe, l’Allemagne n’en a réalisé que 12 684, soit 42 fois moins que la France.
2012
Loi du 6 août 2012 relative au harcèlement sexuel. Cette loi fixe une nouvelle définition du harcèlement sexuel, établit des circonstances aggravantes et détermine les sanctions qui y sont associées. Le harcèlement sexuel est défini comme « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ». Par ailleurs, est assimilé au harcèlement sexuel « le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers ». La loi crée aussi un nouveau délit qui vise les actes discriminatoires faisant suite à un harcèlement sexuel : désormais, « toute distinction opérée entre les personnes résultant du fait qu’elles ont subi ou refusé de subir des faits de harcèlement sexuel ou témoigné sur de tels faits » constitue une discrimination.
2013
Avril 2013 : le site d’information Atlantico publie une vidéo montrant, dans les locaux du Syndicat de la Magistrature (SM), un « mur des cons » sur lequel sont affichées des photos de diverses personnalités politiques — en général de droite — et de parents de victimes. La présidente du SM sera condamnée à 500 € d’amende pour « injures publiques » en 2019 et à des dommages et intérêts, peine devenue définitive en 2021.
La loi du 17 mai 2013 « ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe » est adoptée malgré de nombreuses manifestations hostiles, réprimées parfois violemment par les forces de l’ordre, à Paris.
2014
Le 6 janvier 2014, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls envoie une circulaire à tous les préfets dans laquelle il donne des instructions en vue d’interdire le spectacle Le Mur que doit donner Dieudonné M’Bala M’Bala dans plusieurs villes de France. Si, aux yeux du ministre de l’Intérieur, la réponse aux propos de l’humoriste « doit avant tout être d’ordre pénal », il estime que « l’autorité administrative dispose également de pouvoirs lui permettant de faire cesser les troubles à l’ordre public », et cela, préventivement.
2015
29 janvier 2015 : Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, déclare : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités (…) Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens… ». Une façon de dire que l’Union européenne est désormais placée sous le signe de la souveraineté limitée des peuples, comme au temps du Pacte de Varsovie…
19 mars 2015 : le tribunal correctionnel relaxe un rappeur ayant publié un CD intitulé Nique la France, au motif, notamment, que la notion de Français de souche « ne recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique ».
Loi du 24 juillet 2015 sur le renseignement, qui définit un nouveau cadre dans lequel les services de renseignement sont autorisés à recourir à des techniques d’accès à l’information, jusqu’alors exclusivement permises dans un cadre judiciaire : balisage de véhicules, sonorisation et captation d’images dans des lieux privés, captation de données informatiques, accès aux réseaux des opérateurs de télécommunications, détection de « comportements suspects » par les fournisseurs d’accès à Internet… Un fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes est également créé.
Le 9 novembre 2015, le Conseil d’État juge légale la circulaire Valls expliquant aux préfets et aux maires la marche à suivre à l’égard des spectacles de Dieudonné. Le lendemain, la Cour européenne des droits de l’homme juge la requête de ce dernier irrecevable contre sa condamnation pour injure publique.
Le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats du 13 novembre, un décret déclarant l’état d’urgence est arrêté en Conseil des ministres. L’état d’urgence doit prendre fin le 1er novembre 2017.
2016
Le 3 juin 2016, la loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement est adoptée. Cette loi donne aux juges de nouveaux moyens d’investigation : elle leur permet notamment d’accéder à distance et à l’insu de l’intéressé à ses correspondances informatiques, de capter et d’enregistrer des paroles prononcées à titre privé dans des lieux ou véhicules privés ou publics, ainsi que l’image de personnes se trouvant dans un lieu privé. Elle valide l’utilisation, jusqu’alors illégale, des « IMSI catchers », appareils dissimulables (dans une valise, un sac, un véhicule) et dont le rayonnement très large et non ciblé soulève des craintes légitimes concernant leur utilisation.
1er décembre 2016 : loi relative à l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse, aussi appelée loi instaurant un délit d’entrave numérique à l’IVG. Cette loi vise à sanctionner « tout moyen, y compris en diffusant ou en transmettant par voie électronique ou en ligne, des allégations, indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ».
2017
Janvier2017 : dans son rapport Global Risks, le Forum économique mondial de Davos estime que si le Brexit l’a emporté et si Trump a été élu en 2016, cela provient du fait que les électeurs anglais et américains ont été désinformés par Internet et les réseaux sociaux. Le Forum préconise donc un « meilleur contrôle qualité de l’information ». Cette analyse contestable va inspirer l’offensive permanente d’Emmanuel Macron contre les réseaux sociaux.
Avril 2017 : lors du Festival international de journalisme de Pérouse, Google annonce la mise en place d’une procédure de « fast check » pour « aider les journalistes à détecter les fausses nouvelles », car « les nouvelles sont nécessaires aux citoyens pour être de bons citoyens ».
Opération médiatique et judiciaire (accusation d’emploi fictif) contre le candidat de la droite, favori du premier tour de l’élection présidentielle, François Fillon (23 avril 2017), dont va profiter la candidature d’Emmanuel Macron.
Le 30 octobre 2017 est promulguée la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, dite SILT. Cette loi confirme la pérennisation dans le droit commun du régime dérogatoire de l’état d’urgence. Ainsi, les perquisitions administratives, les assignations à résidence (appelées MICAS, pour mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance) et les « périmètres de protection », qui permettent d’imposer filtrages et fouilles systématiques, ne sont plus des mesures administratives d’exception.
20 novembre 2017 : la Société générale ferme six comptes bancaires du Front national et ceux d’une quinzaine de fédérations régionales, et HSBC clôture le compte personnel de la présidente du parti.
2018
Violente répression du mouvement des Gilets jaunes : 10 000 gardes à vue, 3 100 condamnations, 400 peines de prison ferme. Les policiers ont tiré trois fois plus de projectiles de LBD et de grenades de désencerclement que l’année précédente, causant des blessés, parfois graves, parmi les manifestants.
Loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, prévoyant la création d’un délit « d’outrage sexiste ». Un outrage sexiste consiste à « imposer à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit créé à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ».
Google, dans un document intitulé « The good censor », révélé par le site Breitbart le 9 octobre 2018, affirme que l’idéal de liberté de l’Internet est devenu « un récit utopique ».
Arrêt E.S. c/ Autriche rendu par la Cour européenne des droits de l’homme le 25 octobre 2018, par lequel la Cour retient un constat de non-violation de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège la liberté d’expression. L’affaire concernait la condamnation de la requérante pour dénigrement de doctrines religieuses, l’intéressée ayant accusé le prophète Mahomet de pédophilie.
10 décembre 2018 : la France signe le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », dit Pacte de Marrakech, qui entend assurer une meilleure protection des migrants. Ce texte prévoit notamment que les médias doivent diffuser une image positive de l’immigration régulière et lutter contre les stéréotypes ; a contrario, il conviendra de cesser « d’allouer des fonds publics ou d’apporter un soutien matériel aux médias qui propagent… la discrimination envers les migrants ».
Loi du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information, dite loi fake news. La loi définit la fausse information comme « toute allégation ou imputation d’un fait, inexacte ou trompeuse ». La loi prévoit une obligation de transparence pour les plateformes numériques, la possibilité de faire cesser la diffusion d’une information par décision d’un juge des référés et l’extension des pouvoirs du CSA.
2019
10 avril 2019 : vote de la loi dite « anti-casseurs » sur fond de crise des « Gilets jaunes », qui autorise les fouilles de sacs et véhicules dans les manifestations et ses abords sur simples réquisitions du procureur, et crée un délit de dissimulation volontaire du visage. Désormais, un juge d’instruction ou un juge de la détention et des libertés peut interdire à une personne sous contrôle judiciaire — donc présumée innocente — de manifester.
4 juin 2019 : modification du règlement de l’Assemblée nationale réduisant le temps de parole des députés.
3 octobre 2019 : à la suite de l’intervention d’Eric Zemmour lors de la Convention de la Droite, le collectif Sleeping Giants dissuade les annonceurs publicitaires de diffuser des publicités pendant son émission sur Paris Première. 7 annonceurs se sont engagés à ne plus faire de publicité pendant l’émission d’Éric Zemmour.
Décret du 11 décembre 2019 réformant la procédure civile. Ce décret instaure notamment le principe de l’exécution provisoire de droit des décisions de justice à compter du 1er janvier 2020. Jusque-là, le principe contraire était posé, à savoir que l’appel avait un effet suspensif (sauf décision du juge d’assortir sa décision de l’exécution provisoire). Désormais, sauf dans certaines hypothèses envisagées par la loi, les décisions de justice rendues pour les instances introduites à compter du 1er janvier 2020 seront, de droit, exécutoires, à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement.
2020
16 mars 2020 : allocution d’Emmanuel Macron : « Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre ».
Loi du 23 mars 2020 : à compter du 24 mars 2020, l’état d’urgence était à nouveau proclamé en France pour faire face à la pandémie de Covid-19, la France devenant alors l’un des très rares États à imposer une limite kilométrique de déplacement autour du domicile, avec l’Irlande, et le seul, à ce stade, à demander une attestation de sortie à ses citoyens. Cette loi du 23 mars 2020 a également habilité le gouvernement à adapter, par voie d’ordonnances, des pans entiers de notre procédure pénale. Ainsi, l’ordonnance du 25 mars 2020 autorisait, jusqu’à un mois après la fin de l’état d’urgence, le recours à la visioconférence ou au téléphone dans le cadre de l’entretien avec un avocat d’une personne gardée à vue, ainsi que l’assistance de la personne par un avocat au cours de ses auditions. Cette manière de procéder, attentatoire aux droits de la défense, était naturellement de nature à susciter des inquiétudes concernant la confidentialité des échanges entre un suspect et son avocat.
Loi du 24 juin 2020 visant à lutter contre les contenus haineux sur Internet, dite « loi Avia », dont le contenu initial est largement remis en cause par le Conseil constitutionnel, mais dont certaines dispositions seront conservées, telles que la création d’un parquet spécialisé et d’un observatoire de la haine en ligne rattaché à l’Arcom. L’essentiel du dispositif initial sera cependant repris dans le règlement européen DSA porté par le commissaire français Thierry Breton.
Trois décrets publiés le 4 décembre 2020. À l’origine de ces décrets se trouvent trois fichiers, aux mains de certains services de police, de gendarmerie et de renseignement, et qui contiennent des informations sur des individus présentant une menace pour la « sécurité publique ». Les trois décrets étendent ces fichiers aux personnes présentant un danger pour « la sûreté de l’État » et « les intérêts fondamentaux de la Nation ». Ce traitement de données à caractère personnel a notamment pour but de recueillir des informations concernant des personnes susceptibles de prendre part à des activités terroristes, de porter atteinte à l’intégrité du territoire ou des institutions de la République, mais aussi « d’être impliquées dans des actions de violence collectives, en particulier en milieu urbain ou à l’occasion de manifestations sportives ». En vertu de ces décrets, les fichiers susmentionnés vont désormais pouvoir recueillir de nouveaux types d’informations sur les individus considérés comme présentant un danger : les opinions politiques, convictions philosophiques, religieuses et appartenance syndicale (et non plus seulement les activités politiques ou religieuses), les données de santé révélant une dangerosité particulière, les données relatives aux troubles psychologiques ou psychiatriques, les comportements et habitudes de vie, les déplacements, les pratiques sportives, les pratiques sur les réseaux sociaux. Les personnes morales et groupements, notamment les associations, pourront désormais figurer dans ces fichiers.
2021
3 mars 2021 : dissolution de Génération Identitaire ; selon le juge des référés du Conseil d’État, l’association prônait bien « une idéologie incitant à la haine et à la violence envers les étrangers et la religion musulmane », et sa dissolution, le 3 mars en Conseil des ministres, était « proportionnée à la gravité des risques pour l’ordre et la sécurité publique ».
Votée le 24 août 2021 en réponse à l’attentat dont a été victime Samuel Paty le 15 octobre 2020, la loi séparatisme a pour but officiel de faire respecter la laïcité et de « lutter contre l’islamisme radical ». Sa principale mesure : la condamnation pour trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour haine en ligne. La loi est encore plus punitive s’il s’agit de « haine » envers un fonctionnaire, un journaliste ou un membre des forces de l’ordre. Elle élargit les possibilités de dissolution des associations si elles se rendent coupables « d’agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens » ou de « graves troubles à l’ordre public ». Mais si l’un des membres d’une association est sujet à des activités antirépublicaines, la totalité de l’association peut être dissoute. Les associations, qui n’étaient alors responsables que de leurs propres agissements, sont désormais susceptibles d’être responsables des actes d’un seul de leurs adhérents. La loi instaure aussi un contrat d’engagement républicain ; avec ce contrat, les autorités n’exigent plus seulement que les associations subventionnées se soumettent au contrôle strict et nécessaire de la légalité de leur action, déjà prévu par la loi, mais au respect des « principes de la République et de l’ordre public ». En réalité, cette loi a aussi été invoquée pour sanctionner la dissidence.
1er octobre 2021 : fermeture des comptes bancaires (Crédit du Nord, filiale de la Société générale) de Charles Gave.
Décret du 17 novembre 2021 portant dissolution de l’Alvarium.
2022
Le 1er janvier 2022, le CSA et la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi) fusionnent pour former l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom).
Loi du 22 janvier 2022 renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et modifiant le code de la santé publique. Le passe sanitaire, instauré par la loi du 31 mai 2021, étendu par la loi du 5 août 2021 à de nombreuses activités de la vie quotidienne et prolongé jusqu’au 31 juillet 2022 par la loi du 10 novembre 2021, est remplacé par un passe vaccinal pour les plus de 16 ans et les adultes (le texte initial prévoyait de le rendre obligatoire dès l’âge de 12 ans). Le passe vaccinal, applicable au 24 janvier 2022, est exigible dans presque tous les lieux où le passe sanitaire était nécessaire : accès aux bars et restaurants, aux activités de loisirs (cinémas, musées, théâtres, enceintes sportives, salles de sport et de spectacle…), aux foires et salons professionnels, aux grands centres commerciaux sur décision des préfets et aux transports interrégionaux. Concrètement, seules les personnes vaccinées, âgées de plus de 16 ans, peuvent désormais accéder à ces endroits, événements et services. Un test négatif au Covid-19 (PCR ou antigénique) ne suffit plus. Les professionnels travaillant dans ces lieux et services sont aussi concernés et ont donc l’obligation de se vacciner.
24 janvier 2022 : loi responsabilité pénale et sécurité intérieure. La loi responsabilité vise principalement une plus grande protection des forces de l’ordre et des moyens juridiques à disposition pour les défendre. Mais cette loi réutilise aussi le projet censuré auparavant par le Conseil constitutionnel de renforcement de l’usage de caméra embarquée et aéroportée via des appareils tels que les avions, hélicoptères, ULM ou drones.
1er mars 2022 : le Conseil de l’Union européenne adopte de nouvelles sanctions économiques à l’encontre de la Fédération de Russie en amendant le règlement 833/2014 du 31 juillet 2014. Ces mesures ont en particulier pour objet de suspendre la diffusion, par tout moyen, des contenus provenant de RT et Sputnik dans l’ensemble des pays de l’Union européenne.
2023
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé devant l’Assemblée nationale mardi 9 mai 2023 avoir demandé aux préfets d’interdire à l’avenir toutes les manifestations de « l’ultradroite ». Or, en droit, le ministre ne peut annoncer que l’interdiction deviendra la règle. En effet, l’article 211-4 du Code de la sécurité intérieure confie à la seule « autorité investie des pouvoirs de police », c’est-à-dire le maire ou, dans certaines villes, le préfet, la compétence d’interdire par voie d’arrêté toute « manifestation projetée » si elle estime que celle-ci est « de nature à troubler l’ordre public ». Il appartient donc à ces seules autorités de police administrative générale d’estimer, au cas par cas, si elles disposent des éléments tangibles suffisants pour interdire une manifestation.
La Préfecture de police (PP) de Paris interdit une réunion de l’Institut Iliade qui devait se tenir dimanche 21 mai 2023 à Paris en hommage à Dominique Venner. « Il existe des risques sérieux pour que, à l’occasion de cet hommage, des propos incitant à la haine et à la discrimination (…) soient tenus », justifie le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, dans son arrêté. C’est une extension de la circulaire Valls de 2014. Cette décision sera annulée par le tribunal administratif le 7 novembre 2025, mais le mal était fait.
Loi du 19 mai 2023 relative aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 autorise, pour la première fois, la mise en œuvre de solutions d’intelligence artificielle dans la « vidéoprotection », une première au sein de l’Union européenne. La loi a été votée en procédure accélérée et indique que les « caméras augmentées » seront utilisées à titre expérimental. La nouveauté tient au fait que des algorithmes identifieront des situations considérées comme « anormales ».
24 juillet 2023 : Emmanuel Macron appelle de ses vœux la mise en place d’un « ordre public numérique ».
Décret du 4 octobre 2023 portant dissolution de l’association Civitas, déclarée le 23 juillet 1999 et qui s’était transformée en parti politique depuis la modification de ses statuts en 2016.
Loi du 1er août 2023 sur la programmation militaire pour les années 2023-2030. Le nouvel article L.2211-1 du code de la défense permet à l’exécutif de prendre toutes mesures permettant de réquisitionner des biens, des personnes, des services, et de fixer la nature de ses réquisitions. Et ce nouveau régime peut être mis en œuvre en cas de menace, actuelle ou prévisible, concepts particulièrement flous. Ainsi, la réquisition de toute personne, physique ou morale, et de tous les biens et les services pour y parer peut-elle être décidée par décret en Conseil des ministres en « cas de menace, actuelle ou prévisible, pesant sur les activités essentielles à la vie de la Nation, à la protection de la population, à l’intégrité du territoire ou à la permanence des institutions de la République ou de nature à justifier la mise en œuvre des engagements internationaux de l’État en matière de défense ».
9 novembre 2023 : le Conseil d’État annule la dissolution des Soulèvements de la Terre. Le collectif écologiste avait été dissous le 21 juin en Conseil des ministres, le gouvernement dénonçant le « recours à la violence » des membres du groupe.
2024
Le règlement DSA (pour Digital Services Act) du 19 octobre 2022 est, avec le règlement sur les marchés numériques (DMA), l’un des grands chantiers numériques de l’Union européenne (UE). Depuis le 17 février 2024, les obligations prévues par ce texte sont applicables à tous les acteurs en ligne sur le marché européen : mise en place obligatoire, par les plateformes, d’une procédure de signalement des contenus illicites, retrait des contenus illicites signalés, coopération avec les autorités judiciaires ; en cas de non-respect de ces dispositions, amende pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires, blocage de la plateforme en Europe en cas de récidive.
13 février 2024 : arrêt CNews-Reporters sans frontières du Conseil d’État. En novembre 2021, RSF saisissait l’Arcom d’une demande de mise en demeure de la chaîne CNews pour manquements à ses obligations légales d’honnêteté, d’indépendance et de pluralisme de l’information. Ayant reçu une réponse négative de l’organe de régulation le 5 avril 2022, RSF déposait le 13 avril 2022 un recours auprès du Conseil d’État. Par une décision rendue le 13 février, le Conseil d’État annule le refus de l’Arcom pour deux motifs principaux : s’agissant de l’indépendance de l’information, le juge reproche au régulateur de cantonner son intervention à des manquements caractérisés à l’antenne, au cours de séquences identifiées, sans apprécier la globalité du comportement de la chaîne ou de sa direction, y compris hors antenne. S’agissant du pluralisme de l’information, le Conseil d’État fait grief à l’Arcom d’avoir limité son contrôle à l’examen du respect des règles de temps de parole des personnalités politiques, sans vérifier si la chaîne respecte réellement la diversité des courants de pensée et d’opinion. En conséquence, le Conseil d’État annule la décision de l’Arcom et lui enjoint de réexaminer sa doctrine sur ces points.
Loi constitutionnelle du 8 mars 2024 relative à la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse. Cette loi comporte un article unique, qui modifie l’article 34 de la Constitution pour y inscrire que « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ». Il s’agit d’interdire pour l’avenir toute remise en cause de cette « liberté » par la loi. Par ce texte, la France devient le premier pays au monde à reconnaître dans sa Constitution la liberté de recourir à l’avortement. Curieux sens des priorités dans un pays où la démographie s’effondre…
Loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique ; cette loi instaure la peine de bannissement d’une plateforme en ligne, d’une durée de 6 mois.
8 décembre 2024 : la Cour constitutionnelle de Roumanie annule le premier tour de l’élection présidentielle, qui voit la poussée du candidat populiste Calin Georgescu, au prétexte d’ingérence étrangère. Ce dernier est interdit de se représenter aux élections de mai 2025. Depuis lors, une commission d’enquête du Congrès américain a établi qu’il n’y avait eu aucune ingérence.
Pavel Durov, président de Telegram, a affirmé le 18 mai 2025 que la DGSE française l’avait approché pour qu’il censure les comptes conservateurs en Roumanie en amont de l’élection présidentielle.
11 décembre 2024 : le Crédit agricole ferme les comptes de l’« Institut Iliade pour la longue mémoire européenne ».
2025
Thierry Breton, ex-commissaire européen auteur du règlement DSA, a déclaré le 9 janvier 2025 à propos de l’annulation du premier tour de l’élection présidentielle en Roumanie : « On l’a fait en Roumanie et il faudra évidemment le faire, si c’est nécessaire, en Allemagne ».
1er mars 2025 : fermeture des chaînes C8 et NRJ 12, l’Arcom n’ayant pas renouvelé leur autorisation de diffusion.
Le 31 mars 2025 : Marine Le Pen, députée et conseillère départementale du Pas-de-Calais, est condamnée par le tribunal judiciaire de Paris à une peine d’inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire, au titre de l’affaire des assistants parlementaires du RN. Conformément au code électoral, le préfet du Pas-de-Calais a, par un arrêté du 10 avril 2025, déclaré Mme Le Pen démissionnaire d’office de son mandat de conseillère départementale. Le tribunal invoque notamment la loi « Sapin II » du 9 décembre 2016, « relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique », qui prévoit l’inéligibilité obligatoire en cas de détournement de fonds publics.
24 mai 2025 : le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a affirmé devant le Sénat que, selon lui, cette « mesure assez simple » permettrait de réduire la délinquance, en particulier le trafic de drogue, en freinant l’activité des points de deal, où les transactions se font en espèces : supprimer la monnaie fiduciaire. Car, selon lui, « une grosse partie de la fraude, de la délinquance du quotidien et même des réseaux criminels, ce sont des fraudes d’argent liquide ».
8 juin 2025 : fermeture des comptes bancaires de TV Libertés.
2 juillet 2025 : la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), sur la demande d’associations militantes d’extrême gauche, décide de retirer son agrément à la revue satirique de droite La Furia (donc avec perte de la TVA à taux réduit et des frais postaux préférentiels), malgré l’absence d’infractions.
23 juillet 2025 : la Cour internationale de Justice, dans un avis sur le climat, affirme que la violation des obligations climatiques par un État constituerait « un fait internationalement illicite engageant sa responsabilité », et donc susceptible de poursuites, à la suite de plaintes d’organisations écologistes.
6 novembre 2025 : le Conseil d’État confirme l’amende de 20 000 € de l’Arcom à l’encontre de CNews pour désinformation climatique. Une première en France. La séquence mise en cause avait été diffusée le 8 août 2023, sur le plateau de l’émission « Punchline Été ». L’économiste Philippe Herlin y avait partagé sa vision dissidente du dérèglement climatique sans aucune contradiction en plateau.
Novembre2025 : à la suite des pressions du groupe Sleeping Giants, Leroy Merlin retire ses publicités du média Frontières. « Le site mentionné a été immédiatement ajouté à notre liste de blocage publicitaire. Nous ne cautionnons en aucun cas les propos tenus sur cette plateforme, ni les messages qu’on a pu y voir relayés », a précisé l’enseigne.
19 novembre 2025 : Emmanuel Macron, à Arras, face aux « lecteurs » de La Voix du Nord, propose la mise en place d’une « labellisation des médias », qui serait effectuée par des professionnels, au prétexte de lutter contre les fausses nouvelles.
15 décembre 2025 : mise sous sanction européenne de Xavier Moreau, Jacques Baud et John Mark Dougan, accusés d’être des propagandistes et désinformateurs pro-russes. Par décision du Conseil européen, la personne placée sous sanction voit notamment ses comptes bloqués et ses avoirs saisis, ce qui ne lui permet plus de payer (par exemple un avocat) ou de recevoir un salaire. Si elle réside à l’étranger, on lui interdit l’accès à l’Union européenne. À noter que ces « sanctions » ne résultent d’aucune procédure contradictoire.
Décret du 22 décembre 2025 supprimant la qualification de « contravention de 5e classe » en ce qui concerne les excès de vitesse de 50 km/h au-dessus de la limite autorisée sur les routes. Ces excès de vitesse deviennent des délits. Dans les faits, une amende forfaitaire délictuelle est désormais proposée pour les excès de vitesse de plus de 50 km/h. En cas de refus de l’amende forfaitaire délictuelle, l’affaire est transmise au tribunal correctionnel, pouvant entraîner notamment une peine de prison (jusqu’à 3 mois) et une peine complémentaire (suspension ou annulation du permis, confiscation du véhicule).
31 décembre 2025 : vœux d’Emmanuel Macron : « Je ferai tout pour que l’élection présidentielle se déroule le plus sereinement possible, en particulier à l’abri de toute ingérence étrangère ».
2026
5 janvier 2026 : procès des « cyberharceleurs » de Brigitte Macron, poursuivis pour avoir diffusé ou relayé insultes et rumeurs liées à son genre et à son écart d’âge avec le président. Le tribunal les condamne à des peines allant jusqu’à six mois de prison ferme. Les accusés jugés les plus influents sur les réseaux sociaux, qualifiés d’« instigateurs » lors du procès, sont condamnés aux peines les plus lourdes, avec interdiction d’utiliser leurs comptes sur les réseaux sociaux pendant une durée de six mois.
20 janvier 2026 : proposition de loi déposée par Caroline Yadan (Ensemble pour la République) visant à « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Ce texte propose de renforcer la répression des infractions de provocation et d’apologie du terrorisme. Il propose aussi la création d’un délit de presse visant notamment à sanctionner les appels publics à la « destruction d’un État » reconnu par la France et d’étendre le délit de contestation de la Shoah. Cette proposition est contestée à gauche : « Ce texte pose un problème de fond : il repose sur une confusion contestable, et même dangereuse, entre l’antisémitisme, la critique de l’État d’Israël et celle de la politique menée par celui-ci », a notamment jugé Sandrine Rousseau (Écologiste et social).
Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 26 janvier 2026, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans à partir du 1er septembre 2026. Cette mesure suppose une identification préalable pour tous ceux qui accèdent aux réseaux sociaux, donc, de fait, la mise en place de l’identité numérique programmée par Bruxelles. Le gouvernement français a également fait part de son intention d’interdire les VPN.
13 février 2026 : Emmanuel Macron déclare : « Je veux qu’une peine d’inéligibilité obligatoire soit appliquée pour les actes et propos antisémites, racistes et discriminatoires ».
18 février 2026 : en déplacement en Inde, Emmanuel Macron déclare que « la liberté d’expression, c’est du grand n’importe quoi si personne ne sait comment on est guidé à travers cette soi-disant liberté d’expression, surtout quand il s’agit de passer d’un discours haineux à un autre. C’est une question d’ordre public. »
#webtube : Mathilde Panot vient de lancer un appel à la guerre civile : « Nous n’accepterons jamais que dans notre pays le fascisme prenne le pouvoir par les urnes ». Ainsi parle Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, un poste clé qui en fait la porte-parole principale du mouvement au Parlement et la responsable de la coordination des députés insoumis.
Elle est également secrétaire nationale de LFI, aux côtés de Manuel Bompard :
Ce sont des propos de fascistes à l’état chimiquement pur. Quelques rappels historiques :
Italie mussolinienne (1922-1943) : Dès son arrivée au pouvoir, Benito Mussolini a progressivement démantelé les institutions démocratiques. En 1925, il abolit le suffrage universel et instaure un régime à parti unique, où les élections deviennent une mascarade : les listes de candidats sont imposées par le Parti national fasciste, et les électeurs n’ont plus qu’à les approuver. Le Parlement est réduit à un rôle symbolique, et toute opposition est réprimée.
Allemagne nazie (1933-1945) : Hitler, nommé chancelier en 1933, utilise l’incendie du Reichstag pour faire adopter la loi des pleins pouvoirs, mettant fin à la démocratie. Les élections de 1933 sont les dernières avant la guerre : le NSDAP obtient 44 % des voix, mais le régime interdit rapidement les autres partis. Le suffrage universel est remplacé par des plébiscites truqués, où les Allemands sont appelés à dire « oui » ou « non » à Hitler, sans alternative réelle.
Espagne franquiste (1939-1975) : Après sa victoire dans la guerre civile, Franco instaure une dictature où le suffrage universel est aboli. Le régime organise des référendums, comme en 1947 pour la loi de succession, mais ceux-ci sont contrôlés et dépourvus de pluralisme. Les Cortès (Parlement) sont désignées, non élues, et le parti unique, la Phalange, domine la vie politique.
France : Régime de Vichy (1940-1944) : Bien que moins radical que les régimes fascistes classiques, le régime de Pétain supprime la République et le suffrage universel. Les élections sont suspendues, les partis politiques dissous, et le pouvoir est concentré entre les mains du maréchal Pétain, qui gouverne par décrets. La « Révolution nationale » rejette explicitement la démocratie au profit d’un État autoritaire et hiérarchisé.
Panot appelle ses militants à prendre les armes pour imposer aux Français un pouvoir qu’ils auraient rejeté dans les urnes. Sédition armée, grève générale, appel aux « frères » des banlieues…
On rappellera ce jugement prémonitoire du réalisateur italien Pasolini, peu suspect de sympathie pour le fascisme mussolinien : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme. » dans ses Lettres luthériennes (1976). Pasolini dénonçait ainsi un antifascisme de façade, qui se contenterait de combattre un fascisme historique et visible, tout en reproduisant les mêmes mécanismes de domination et d’oppression que son alter ego historique.
Depuis plusieurs années, des débats récurrents pointent une domination idéologique de l’extrême gauche dans certaines facultés françaises, en particulier à Sciences Po Paris et Lyon. Ces établissements, réputés pour leur rôle dans la formation des élites politiques et médiatiques, favorisent un climat intellectuel marqué par des idées radicales, voire une forme d’hégémonie culturelle de la gauche radicale ou « wokiste ». Des incidents répétés — annulations de conférences, pressions sur les enseignants, occupations de locaux — illustrent cette tendance, comme en témoignent les polémiques autour de l’annulation récente d’interventions de figures de droite ou du centre ou des intellectuels critiques du « progressisme », ainsi que la multiplication des motions et pétitions internes portées par des « collectifs militants ».
La porosité entre les élus de gauche (LFI, EELV, PS, PC) et les directions de Sciences Po est régulièrement avérée. Plusieurs responsables de ces établissements ont des liens étroits avec des partis de gauche ou des réseaux militants. Par exemple, des directeurs ou membres de conseils d’administration ont pu être proches de figures politiques comme Jean-Luc Mélenchon ou des mouvements sociaux radicaux. Cette proximité est source de partialité dans la gestion des conflits idéologiques, notamment quand des sanctions contre des groupes de droite ou des interventions policières sont clairement disproportionnées, tandis que des actions violentes ou illégales de l’extrême gauche (blocages, intimidations) bénéficient d’une totale tolérance.
L’impunité de l’extrême gauche dans ces milieux s’explique par plusieurs facteurs : une culture institutionnelle systématiquement bienveillante envers les mouvements « progressistes », une crainte des conflits avec des militants de gauche par essence violents, et une stratégie de « pacification » des campus qui peut conduire à fermer les yeux sur des débordements. Les cas de violences ou d’entraves à la liberté d’expression commis par des groupes d’extrême gauche (comme Sud Étudiant ou des collectifs autonomes) sont rarement suivis de sanctions, contrairement aux réactions immédiates et médiatisées quand la droite est impliquée. Cette asymétrie illustre parfaitement le deux poids, deux mesures, et renforce la critique d’une université « militante » en totale opposition à la neutralité politique qui devrait être sa boussole.