. Mutualisation de la bombe française : vers une hégémonie allemande en Europe

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#webtube : Emmanuel Macron a prononcé ce lundi un discours à la Sorbonne sur la contribution de la dissuasion nucléaire française à la sécurité de l’Europe. Il a réaffirmé sa volonté d’« ouvrir le débat » sur la mutualisation des armes nucléaires françaises avec les autres États de l’Union européenne, sans pour autant préciser de modalités concrètes. Selon lui, l’offre française d’étendre sa dissuasion nucléaire au reste de l’Europe ne concurrencerait pas le parapluie américain, mais viendrait en complément.

Macron a également confirmé avoir entamé un « dialogue stratégique » avec le chancelier allemand Friedrich Merz et d’autres dirigeants européens sur la manière d’articuler la doctrine nucléaire française avec une approche européenne. Il a souligné que la France reste attachée à son indépendance stratégique, mais que le contexte actuel (prolifération nucléaire, développement de nouveaux missiles russes et chinois) rend nécessaire une réflexion sur le rôle de la dissuasion à l’échelle européenne.

Ses déclarations ont suscité un rejet unanime au sein de la classe politique française, sauf, sans surprise, du bloc central et des écologistes qui y voient une opportunité pour une défense européenne commune. La gauche rejette fermement le projet, soit par attachement à la souveraineté française (PS), soit par opposition de principe à l’arme nucléaire (LFI). 

Le Rassemblement National s’est fermement opposé à toute remise en cause de l’indépendance de la dissuasion nucléaire française, qu’il considère comme un héritage gaullien et un pilier de la souveraineté nationale. Le parti a lancé une pétition intitulée « Pour que la dissuasion nucléaire reste française », appelant l’Assemblée nationale à veiller à ce que Macron ne franchisse aucune ligne rouge sur ce sujet

Depuis 1964, la dissuasion nucléaire française incarne la volonté intransigeante de la France de ne dépendre que d’elle-même pour sa sécurité. Le général de Gaulle, visionnaire et stratège, avait compris une vérité intangible : « Puisqu’un homme et un pays ne peuvent mourir qu’une fois, la dissuasion existe dès lors qu’on a de quoi blesser à mort son éventuel agresseur, qu’on y est très résolu et que lui-même en est bien convaincu. » Cette doctrine, forgée dans l’humiliation de 1940, de Dien Bien Phu et de Suez, reposait sur trois piliers :

  • L’autonomie absolue : La France maîtrise l’intégralité de la chaîne nucléaire, de la conception à la réalisation, sans dépendre d’aucun allié.
  • La liberté d’action : La dissuasion protège les intérêts vitaux de la France, délibérément non définis pour maintenir l’adversaire dans l’incertitude.
  • L’égalité par l’atome : Peu importe la taille de l’arsenal, l’arme nucléaire est un égalisateur absolu.

Cette doctrine a permis à la France de se hisser au rang de puissance indépendante, capable de tenir tête aux États-Unis, à l’URSS, puis à la Russie. Elle a aussi évité à l’Europe de devenir un protectorat américain ou un satellite soviétique. Pourtant, aujourd’hui, Emmanuel Macron s’apprête à sacrifier cet héritage sur l’autel d’une Europe dominée par l’Allemagne.

La mutualisation : un abandon déguisé de la souveraineté

Emmanuel Macron, dans son discours sur la « contribution de la dissuasion française à la sécurité de l’Europe », prépare le terrain pour une mutualisation de l’arme nucléaire. Sous couvert de « solidarité européenne », il s’agit en réalité d’une abdication : la France accepterait de partager sa force de frappe avec des partenaires qui n’ont ni contribué à son financement, ni supporté les sacrifices scientifiques et budgétaires nécessaires à son développement.

Un effort historique ignoré : Entre 1961 et 1967, la France a multiplié par cinq son effort financier pour la dissuasion, passant de 0,2 % à 1 % du PIB. En 2025, 7 milliards d’euros y étaient encore consacrés. Aucun autre pays européen n’a consenti un tel sacrifice.

Une technologie maîtrisée : Contrairement au Royaume-Uni, dépendant des États-Unis, la France contrôle toute sa chaîne nucléaire. La mutualisation signifierait ouvrir les portes de nos secrets stratégiques à des États qui n’ont ni la volonté ni les moyens de les développer eux-mêmes.

L’Allemagne, future hyperpuissance européenne

L’Allemagne, déjà maîtresse économique de l’Europe, cherche à devenir une puissance militaire. Avec une armée en pleine expansion et une influence croissante sur les décisions européennes, elle n’a qu’un obstacle : l’absence d’arme nucléaire. En mutualisant la bombe française, Macron lui offre la clé de la domination continentale.

Berlin, qui dicte déjà les politiques économiques et migratoires, pourrait bientôt imposer sa volonté stratégique. La France deviendrait un simple fournisseur de services nucléaires, perdant toute autonomie.

L’Allemagne, sans avoir à supporter le coût ou les risques de la dissuasion, en récolterait les bénéfices. Elle pourrait ainsi neutraliser la France comme rival stratégique, tout en consolidant son hégémonie.

La fin de l’avertissement nucléaire français

La doctrine française prévoit un « avertissement » nucléaire en cas de menace sur ses intérêts vitaux. Mais si la dissuasion devient européenne, qui décidera du déclenchement ? Berlin ? Bruxelles ? Une commission technocratique ?

Une décision diluée : La rapidité et la crédibilité de la riposte nucléaire, essentielles à la dissuasion, seraient remises en cause par des débats interminables entre 27 États.

En 1956, la France a déjà payé le prix de l’indécision collective lors de la crise de Suez. Une Europe nucléaire serait condamnée à la même impuissance.

Les conséquences géopolitiques : une France affaiblie, une Europe vassalisée

La dissuasion gaullienne garantissait à la France une marge de manœuvre indépendante des États-Unis et de l’OTAN. En mutualisant, Macron aligne la France sur une Europe atlantiste, où Washington et Berlin dicteront les règles.

Un alignement sur l’OTAN : Les États-Unis, qui ont toujours vu d’un mauvais œil la force de frappe française, y gagneraient une Europe nucléaire sous leur contrôle indirect.

Sans autonomie nucléaire, Paris perdrait son statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, où sa voix ne pèserait plus que celle de l’Italie ou de l’Espagne.

Un signal de faiblesse envoyé aux adversaires de l’Europe

Le monde entier ne manquerait pas de voir dans cette mutualisation un signe de décadence française

Moscou craint avant tout une Allemagne revancharde en train de forger un outil militaire de grande ampleur. Que cette Allemagne dispose à son tour de la dissuasion nucléaire est un très mauvais signal que nous lui envoyons. La France, qui malgré la politique belliciste de Macron, jouit d’un capital de sympathie en Russie, serait considérer au Kremlin comme un ennemi stratégique sur le même plan que l’Allemagne.

Pékin, qui mise sur la fragmentation de l’Occident, y verrait quant à lui une confirmation de l’affaiblissement européen.

Un précédent dangereux pour la prolifération

En partageant son arsenal, la France légitimerait la prolifération nucléaire en Europe. Pourquoi l’Allemagne, l’Italie ou la Pologne ne développeraient-elles pas leurs propres armes, si la mutualisation devient la norme ?

Une Europe multi-nucléaire serait bien plus instable qu’une Europe où la France, puissance responsable, assure seule la dissuasion.

La mutualisation pourrait être interprétée comme une violation de l’esprit du traité de non-prolifération, ouvrant la voie à de nouvelles puissances nucléaires.

Macron, fossoyeur de la grandeur française

Emmanuel Macron, en proposant la mutualisation de la bombe atomique, trahit l’héritage gaullien et livre la France à une Europe dominée par l’Allemagne. La dissuasion nucléaire n’est pas un service public européen, mais l’outil ultime de la souveraineté française.

Henri Dubost, Riposte Laïque

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