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#webtube : J’avais pris mes distances. Pas par peur. Pas par conversion soudaine à la tiédeur. Simplement parce qu’à force d’encaisser, d’écrire, de commenter, de se heurter toujours aux mêmes murs, on finit par s’user. Le militantisme permanent, les polémiques en boucle, les indignations quotidiennes… Tout cela finit par ressembler à un bruit de fond. Et dans ce bruit, la vie continue. Le travail, la famille, les responsabilités concrètes. Le réel.
Alors oui, j’avais levé le pied. Moins de terrain. Moins de présence. Moins d’exposition.
On peut appeler ça du recul. On peut appeler ça de la fatigue. Peu importe.
Mais il y a des moments qui ne relèvent plus du militantisme. Il y a des moments qui relèvent de quelque chose de plus simple et de plus exigeant : la conscience.
Aujourd’hui , je serai à la marche d’hommage.
Je n’y vais pas pour jouer au dur. Je n’y vais pas pour provoquer. Je n’y vais pas pour transformer un hommage en démonstration de force. Je n’y vais pas pour alimenter un théâtre d’opposition. J’y vais parce qu’un hommage ne se regarde pas depuis son canapé. Parce qu’un mort ne devient pas un simple sujet de débat. Parce que certaines absences finissent par ressembler à des abandons.
On peut débattre de tout, contester tout, analyser tout. Mais un hommage n’est pas un meeting. Ce n’est pas une tribune. Ce n’est pas un concours de postures. C’est un moment où l’on se tient droit, sans micro, sans mise en scène, sans calcul.
Depuis des années, la rue est devenue un symbole. Un espace que certains considèrent comme leur propriété. Un terrain que d’autres désertent par lassitude ou par prudence. À force de laisser des espaces vides, on finit par les perdre. Pas dans un fracas spectaculaire. Dans une lente évaporation. Dans l’effacement discret de ceux qui pensent que leur présence ne changera rien.
Je n’ai pas l’illusion qu’une marche transforme un pays. Je ne crois pas aux mythes révolutionnaires ni aux fantasmes d’embrasement. Mais je crois à la valeur d’un geste simple : être là.
Être là, c’est dire que l’on refuse que tout se dissolve dans l’oubli. Être là, c’est refuser que la peur ou l’habitude décident à notre place. Être là, c’est rappeler que le silence n’est pas toujours une vertu.
On m’a souvent posé la question : à quoi bon ?
À quoi bon écrire ?
À quoi bon se déplacer ?
À quoi bon s’exposer ?
À bon pour ne pas disparaître.
Un pays ne bascule pas toujours dans le chaos spectaculaire. Il s’effrite parfois dans l’indifférence. Dans la résignation tranquille. Dans le confort de ceux qui pensent que d’autres feront le travail symbolique à leur place.
Je ne vais pas à cette marche pour cultiver une posture victimaire. Je ne vais pas pour pleurer sous les caméras. Je ne vais pas pour régler des comptes. Je vais parce qu’un hommage impose la présence. Parce qu’il y a une ligne invisible entre le recul légitime et la démission intérieure. Et que je refuse de franchir cette ligne.
Oui, j’ai ralenti. Oui, j’ai pris de la distance. Mais il existe des moments où l’absence devient plus lourde que la fatigue.
Aujourd’hui, je marcherai.
Je ne demanderai la permission à personne. Je ne chercherai l’approbation de personne. Je n’attendrai ni validation morale ni médaille.
Je serai là parce que ma place est là.
Parce qu’un hommage ne se délègue pas. Parce que la présence ne se sous-traite pas. Parce qu’à force de s’effacer, on finit par ne plus compter.
Je ne sais pas ce que donnera cette marche. Je ne sais pas combien nous serons. Je sais seulement une chose : l’absence, elle, produit toujours le même résultat.
Elle laisse le terrain vide.
Et dans une époque où tant de choses vacillent, rester debout n’est pas un détail. C’est une décision.
Aujourd’hui , je serai là.
Jérôme Viguès, Riposte Laïque
